D'une certaine façon, notre réaction envers la folie en est une de crainte. Il faut dire que d'autres types de maladies nous effraient; on n'a qu'à penser au cancer. Il y a toutefois une différence de degré. L'ablation d'un organe, la perte d'un membre, le temps perdu pendant une longue maladie et même la mort à la suite d'une maladie sont des tragédies personnelles que l'on peut comprendre et accepter avec dignité. Mais s'il est vrai que le cerveau est la citadelle de l'âme, perdre l'esprit, c'est se perdre soi-même. Nous devenons, pour citer Euripide, «un corps aussi vide d'esprit que la statue de marbre sur la place publique». Il n'est donc pas surprenant que la maladie mentale nous effraie et que cette crainte se traduise en une aversion envers le malade mental. Même si des recherches récentes nous portent à croire que l'attitude du public devient plus éclairée, il n'en demeure pas moins que le malade mental est encore stigmatisé. Ce stigmate s'avère encore plus prononcé si le désordre mental s'est associé à la criminalité. Une personne qui porte les deux étiquettes «méchant» et «dément» est deux fois damnée. On la perçoit comme un être particulièrement dangereux, dont l'état nécessite encore davantage de mesures privatives de liberté que le simple malade mental ou le simple criminel.1
____________________________________________________________
1
Commission de réforme du droit du Canada: Document de travail No 14: Rapport au parlement sur le désordre mental dans le processus criminel, Ottawa, 1975.