RiCTUS... Le site de Borhan

ECRISITOIRE

Sommaire

Lachez le dhad et le croissant !
Harkis d'hier et d'aujourd'hui
L'Algerie otage de tous les "ismes"
Entre excès d'honneur et indignité
Ils ont semé le vent, nous récoltons la tempête.
Que vive le culte de notre personnalité !
Le larcin en offrande
Etat des lieux
Panthéon et pilori
Toute propriété est un vol
Le temps c'est de l'argent
L'art de tranformer le sourire en rictus
Lombric malgré lui
Guillotine et planche à billet
Encore un coup de Peters...
Culpabilisation injuste
Fote d'ortograf

FAUTE DE FRANCAIS...

Dans les étalages de nos libraires attitrés ou de ceux qui le sont moins (au fait savez-vous que l’EDIPAL s’est mise elle aussi à vendre des cahiers ?...), on rencontre un joli cahier de français avec la marge à gauche. Il est du genre " Le rolangraphe " de l’école d’hier et sur la couverture, il porte un dessin exécuté à la va-vite et qui représente des ruines... Je ne sais quel symbolique cela sous-tend et sous-entend. C’est peut-être pour indiquer que notre enseignement est ruiné, qu’il est ruineux ou qu’il tombe en ruines...

Non, je crois plutôt que c’est encore une de ces petites idées genre " joindre l’utile à plus utile "; c’est à dire, profiter d’une couverture pour nous apprendre qu’il existe chex nous un monument funéraire nommé " Soumaa du Khroubs " qui pourrait être le tombeau de Massinissa...

L’idée est noble, même si le choix d’un tombeau sur un cahier d’écolier reste discutable.

Le fond de l’idée, bien sûr, parce que dans la forme, il y a comme une fausse note.

Une fote d’ortografe grosse comme ça, vient comme une sale verrue déformer le beau texte explicatif qui, au verso, nous explique et nous situe ces fameuses ruines. " ... la découverte en 1915 de nombreux éléments funéraires font penser... ".

Pour un cahier de français, n’est ce pas malheureux ... Je dirais même plus, n’est - ce pas scandaleux.

Dans des pays où l’on respecte le consommateur, un produit pareil est immédiatement mis au pilori et au... pilon.

Chez nous, et c’est désopilant, même nos dignes professeurs semblent ne rien avoir remarqué.

05.10.1991

GUILLOTINE ET PLANCHE A BILLETS

Il faudrait peut être installer une guillotine à côté de la planche à billets pour faire rendre gorge à tout "fondé de pouvoir" qui oserait la remettre en marche. C'est cette machine infernale qui nous a foutus dans ce merdier.
Ne faut-il pas penser que ce brusque mouvement de sympathie tonitruant et trop bien orchestré pour etre sincere - envers les bas-salariés n'est autre qu'une sorte d'olive qu'on glisse pernicieusement et précocement à ceux qui s'apprêtaient à venir nous faire profiter de leurs industries en profitant de nos (relatifs) bas-salaires... Quelle belle aubaine à nos voisins et faux freres marocains et tunisiens que ce redressement spectaculaire de nos salaires qui sonne comme un stop peremptoire à nos velleités d'ouverture économique et à notre désir de nous inscrire dans la dynamique irresistible de la mondialisation !
Et quelle victoire à la Pyrrhus pour les gardiens du temple de l'unicité de pensée et leurs applaudisseurs invétérés que representent les défenseurs-profiteurs des "acquis" que cette pirouette qui va nous faire retomber, le cul par terre, deux decennies en arrière !
Hormis Sidi Said et Louisa Hanoune, tout le monde (et notre presse aussi...) sait pourtant que c'est une belle imbecilité que de croire qu'on peut améliorer le pouvoir d'achat du peuple en augmentant les salaires...
Tout le monde, Sidi Said, Louisa Hanoune et notre presse inclus, savent que le gros des troupes de pseudo travailleurs qui vont bénéficier de cette charge impossible à supporter par notre trésor ne générent pas un sou vaillant de valeur ajoutée puisqu'ils émargent à la fonction dite "publique"...
Le populisme fait hélas encore recette malgré Octobre et les 12 années de sang qui l'ont suivi... et gageons que Bouteflika qui n'arrête pas de faire du populisme en prétendant le combattre, se laissera aller à approuver ce SNMG à 1000 000 de cts (ou presque) qui va asséner le coup de grace sur la nuque de ce pays à genoux pour lui faire mordre definitivement la poussière.
Quant aux hommes de courage (politique) qui auraient pu dire non à cette mascarade, il faut peut être faire comme Diogène et les chercher à la bougie...

LE TEMPS C'EST DE L'ARGENT...

Si par malheur vous descendez un jour dans cette ville carrefour qu'on nomme Bouira, vous verrez qu'aucune curiosité artistique, naturelle ou architecturale ne retiendra votre regard: alors, en errant comme une âme en peine entre les groupes de gros parallélépipèdes de béton qu'on nomme indécemment " cités " et qui portent le nom des entreprises qui les ont conçus , ECOTEC, SORECAL.. ou des blocs qu'ils renferment: cité des 2000, 1400. des 160 logements...comme s'il y'avait pénurie de noms en ce pauvre pays à l'imagination en panne, si par malheur vous y descendiez, disais-Je, essayez de vous créer une petite diversion et pour ne pas vous réveiller au triste spectacle de la déchéance de l'esthétique, amusez vous à compter ... les horloges !

On ne sait pas qui a eu un jour l'idée d'importer tout ce lot de mécanique de précision et surtout quelles étaient les pulsions profondes qui l'ont poussé à le faire.

Dans une de ses qacidates. !e grand El Bar Amar que l'on devrait impérativement réscuciter pour rendre justice à notre patrimoine folklorique va de supputations en supputations et finit par connaître les mésaventures d' une tête de mort " Ras Bnadem " qu'il rencontre au cours de ses pérégrinations.

Devant cette profusion d'horloges qui ont coûté ce qu'elles ont coûté en devises fortes et en frais de mission - donnant débilement raison à l'adage qui dit: " le temps c'est de l'argent " , l'on a envie aujourd'hui de faire comme le vieux barde et de nous enfoncer nous aussi dans la recherche des tortueuses motivations qui ont un jour donné l'idée à quelqu'un de vouloir à tout prix suspendre le vol du temps au dessus de chaque carrefour.

Elles sont en effet une trentaine à indiquer chacune une heure différente de l'autre. Et ces aiguilles arrêtées à des heures indues ajoutent une note d'immobilisme à cette impression d'inertie et de nonchalance qu'on éprouve en parcourant la ville.

Mais, pourquoi remuer inutilement le passé quand le présent lui aussi est sujet aux même anachronismes... L'esthétique de nos espaces de convivialité n'a jamais été notre souci premier sinon, dites-moi dans quelle ville l'artiste a un droit de veto ou même un droit de regard sur l'aménagement de ces espaces qui sont conçus et réalisés en fonction non pas de nos réalités culturelles ou des canons de l'art mais dans le meilleur des cas selon quelque vision fugitive qu'un édile aurait inconsciemment enregistrée lors d'une virée à Moscou. Roubaix, Barcelone, Ankara ou Tunis ou dans le pire celui d'une fantaisie du même édile, fantaisie qu'il conçoit plus comme un témoignage pour l'éternité de son passage à la tête de la cité que comme figure artistique digne de donner à nos yeux quelques plaisir ou du moins d'attirer notre curiosité... C'est ce qui fait qu'à chaque nouveau " rab el maqla " installé à la mairie on se retrouve à démolir frénétiquement les totems du maire d'avant pour en construire de nouveaux à la gloire du maire d'alors... " El farès, elli erkeb el youm " dit-on cavalièrement dans ce pays à ruades....

Maigre consolation pour nous. c'est un peu, à beaucoup plus grande échelle comme ça que se fait depuis toujours l'histoire de l'humanité, selon les bons vieux principes qui disent sans détours: " de gustum et colorum non discutandum " (c'est du latin approximatif: mais qui peut donc se vanter aujourd'hui de ne pas l'avoir perdu ?...) et, un peu plus loin, en français dans le texte: " le roi est mort, vive le roi! ".

Pour éviter à nos villes ces abcès artistiques (jets d'eau sans eau, espaces verts sans verdure, feux de carrefours sans lumières...) et par ricochet l'inévitable, inutile bruyante et coûteuse intervention du marteau piqueur, il faut impérativement enlever au politico-administratif les prérogatives de l' esthétique de la Cité et les confier à l'artiste,...

Et aujourd'hui, il faut profiter de la mobilisation des jeunes qu'on affecte au rebadigeonnage des murs de la ville pour mobiliser la troupe des artistes en perdition dans toutes nos villes et tous nos villages (et il en existe!...) afin de n'entamer le travail qu'après qu'un " plan directeur esthétique " soit dûment arrêté.

Ca nous permettra de ne pas donner à des édiles en mal de statut l'idée de s'ériger des statues à nos frais... et ça permettra, d'enlever ces horloges fatalistes qui pointent froidement leurs doigts d'acier immobiles vers les passants pour les remplacer par quelque chose de plus original, de plus beau. De plus gai ou de plus utile... quitte à ce que ce soit de gros sabliers l...

L’ART DE TRANSFORMER  LE SOURIRE EN RICTUS

L’Homo-sapiens mauretanicus, cet Algérien qui croit tout avoir mais qui se répète à satiété les deux dernières syllabes de son identité qu’il n’arrête pas de perdre, continue en vaillant hurdler son interminable course de haies.

Après avoir failli se casser les dents sur deux Aïds, après avoir trébuché sur une quinzaine de fêtes estivales faites de circoncisions, mariages, quilles, réussites sans gloire à des examens après de très généreux repêchages, après avoir rudement traversé quelques fêtes nationales, après s’être cassé les pieds lors des allers-retours des pèlerins, le voici hagard, le souffle court et les poches retournées, qui aborde le sprint final avec pour dernier obstacle cette échéance qu’on nomme avec appréhension " la rentrée "...

La rentrée est pour demain et derrière les vitrines on entend déjà les fripiers et les papetiers aiguiser leurs prix.

La fête va encore une fois se transformer en cauchemar, à l’instar de toutes les fêtes qui jalonnent comme des haies le parcours éreintant du citoyen.

Dieu que l’Algérien est doué pour transformer vite fait le sourire en rictus et le rire franc en rire jaune ...

Les chérubins chéris qu’on a habillés de pied en cap lors de chaque mémorable événement religieux, national ou familial pour ne pas paraître plus pauvre que le voisin, qui ont eu malgré tout leur mouton de l’Aïd pour faire comme le voisin, vont être reconduits devant le fripier comme les enfants du voisin et auront, comme les enfants du voisin, ces habits de pacotille qui coûtent les yeux de la tête et dont la moitié sera bonne à jeter avant le premier appel du maître... Mais, " maâlich, dir ki djarek oualla bedel bab darek " nous disons-nous avec un hochement d’épaule fataliste et résigné.

Et ce n’est pas tout ...

Chacun des mioches qui n’en espérait pas tant, livré qu’il fut à la rue durant une bonne partie de l’été comme les enfants du voisin, se voit gratifié d’un cartable cousu à la va-vite dans un similicuir de basse facture qui ne fera pas le tour de l’automne; puis il y aura ces fournitures scolaires que, par un malin plaisir on exige en bloc dès le premier jour de l’école.

Il y aura ce rouleau de ruban adhésif inutile, ce lot de stylos feutres déjà desséchés, cette boîte de crayons de couleurs intayables, l’infaillible et inénarrable stylo vert, sans compter le rapporteur pour le décor de la trousse et, pour corser le tout, de bons paquets de double-feuilles pour les compositions et qui seront d’ici là épuisées en petits bateaux et avions de papier... et puis aussi et surtout ces gros tas de cahiers de 32, 48, 64, 96, 120 et jusqu’à 240 pages... et dont le tiers seulement est réellement nécessaire.

Il y aura aussi ces petits cahiers de dessin et ces grands cahiers de travaux pratiques qui ne serviront à rien sinon à recevoir des dessins de quelque basse maison de tuiles rouges, de quelque mosquée au minaret perdu dans les nuages ou de quelques rutilante voiture vue de profil, seules figures de style qui inspirent nos maîtres qui en éprouvent des abcès de fixation.

Le père et le maître ont pourtant souvenance des temps héroïques où , pour tout bagage, l’élève avait son porte-plume et son cahier de cours où il recevait indifféremment sa dictée, sa récitation, ses exercices d’arithmétique et où il réalisait sa petite rédaction sans s’embarrasser de ces gros cartables surchargés et trop lourds pour les frêles épaules des enfants et les modestes poches de leurs parents.

Mais aujourd’hui, le père et le maître, muets devant l’absurde, se contentent, le premier d’acheter et le second de décompter; il y a bien longtemps que la responsabilité leur a été déniée par une administration qui leur a fixé même la couleur du tablier et du protège cahier au nom d’un uniformisme qui a complètement détruit l’esprit d’initiative et déresponsabilisé l’Algérien de son sort.

Si au moins on était sûr en fin de parcours que l’enjeu vaudrait la chandelle... parce qu’à voir les flots tumultueux de jeunes désemparés que l’école rejette sans ménagements à chaque fin de parcours, on se permet de douter .

Par un paradoxe que nous somme seuls à cultiver, notre école qui devait être l’instrument de rationalisation de nos comportements, détournée de sa vocation par une bureaucratie asphyxiante, participe à notre abrutissement en faisant primer le contenu sur le contenant...

15 Août 1991

TOUTE PROPRIETE EST UN VOL

Aux lendemains immédiats du 5 juillet 1962, la richesse appartenait à tout le monde et à personne, c'est à dire au Peuple, Les Lois promulguées depuis lors et jusqu'à nouvel ordre (économique mondial) avaient pour souci, non pas le transfert en douce de cette propriété récupérée des colons à des personnes physiques mais plutôt la préservation du caractère collectif de la possession.

Les hommes de la nomenklatura n'étaient pas aussi désintéressés que ça mais ils préféraient jouir des bienfaits de la propriété collective en laquelle ils trouvaient leurs larges comptes au lieu de s'embarrasser des problèmes de possession d'affaires et des contraintes de leur gestion. Dire que cette pratique innommable fut parfois assimilée à de la grandeur d'âme ! Les hautes gens de la nomenklatura jouissaient sans coup férir ni sueur exsuder des bienfaits du socialisme au nom du principe les faisant "représentants de l'Etat et du Peuple" qui se confondaient allègrement en apparence et dans les slogans dont on abreuvait généreusement les militants de la claque. Et c'est ainsi qu'on a vu se créer une classe de nantis sans actes de propriété compromettants, qui se permettaient le pouvoir et l'argent du pouvoir, disposant de richesses incalculables et menant un train de vie qu'envieraient les princes d'Arabie.

Tout autour de ces grands mécènes devant l'Eternel, se constituaient des cercles concentriques de relations douteuses de copinage, voisinage cousinage et concubinage dont le degré d'aisance étais proportionnel à la distance qui les reliait au centre de rayonnement.

La possession privée, avec " acte de propriété" trouvait elle aussi son compte en servant la nomenklatura et en la caressant dans le sens du poil (de la bête). Lui servant des miettes,  elle se permettait en contrepartie de se remplir toutes ses poches disponibles en utilisant à son profit une administration goulue, empêtrée allègrement dans un dirigisme forcené car bête et méchant.

Il me souvient qu'en 1973, aux plus forts moments de l'euphorie révolutionnaire, un sous-préfet d'une ville du centre qui n'a rien à voir avec le sous-préfet poète de l'auteur des "Lettres de mon moulin", devenu par la suite Wali - rédempteur des partisans de Bacchus puis Consul, recevait - de l'aveu même de ses ''bienfaiteurs" - de pleins paniers de bananes et autres fruits exotiques en contrepartie bien sûr de marchés juteux et d'interventions énergiques auprès d'un fisc malléable à merci et modèle même de l'arbitraire, pour moins de zéle dans ses redressements.

On raconte que ce sous-préfet, petit potentat dans son genre grâce à un FLN aux ordres, à chacune de ses nombreuses visites chez un gros grossiste de la contrée, s'entendait avec plaisir dire à son digne rejeton: "voilà pour t'acheter chi hlaouatt !" et voir se tendre un millier de DA que le gosse empochait goulûment sous l'oeil attendri de son papa...rappelons qu'avec 1000 DA de l'époque qu'aucun Hamrouche n'avait indexés sur les Francs Français, on pouvait s'acheter un téléviseur, son antenne sa table et son stabilisateur...

Il y'avait alors, d'un coté une Administration gourmande, omnipotente et ventripotente et de l'autre des tiques opportunistes qui avaient tellement bien étudié les ficelles du système qu'elles pouvaient inspirer ou pervertir tous ses textes pour en faire des marche-pieds vers l'assouvissement de leur boulimie gargantuesque.

Des fortunes ont commencé à se constituer chez des citoyennes qui n'avaient pour seuls mérites que la souplesse de leur échine ou la disponibilité de leurs atours. Et le pouvoir, pour faire passer la pilule (j'allais écrire l'"olive") infantilisait le peuple par un paternalisme dont les effets castrateurs continuent à produire leurs effets - et quels effets ! - jusqu'à nos jours, L'Algérien qui avait appris l'art de subvenir honnêtement à ses besoins fut réduit à l'état de lombric. Le Pouvoir Révolutionnaire lui assurant le gîte. la bouffe, les nippes, le boulot sans qu'il n'ait à trop s'en faire. On disait dans les slogans des banderoles flottantes aux courants d'air des rues: "Le travail est un droit garanti par la Révolution", pas un Devoir du citoyen envers la Société.

Le dicton montagnard toujours à propos dit: "quand l'âne est rassasié, il se met à braire (pour ne pas dire un mot plus détonnant...) ou moins crûment: "Quand le ventre est plein, la tête se met à chanter" et le peuple risquait d'entonner des airs viciés; alors, les gouvernants trop prévenants et qui avaient beaucoup de suite dans les idées firent appel au PAP pour lui remplir la bouche. Le Peuple, bien élevé, ne pouvait parler la bouche pleine." Et son silence fut exploité pour saper insidieusement les idoles qu'il avait vénérées et les remplacer par d'autres. Le Socialisme fut jeté aux oubliettes de l'Histoire parce que la supercherie avait trop duré; de plus, les fortunes qui s'étaient constituées avaient besoin de lever ces carcans qui les empêchaient de se régénérer.

En un tour de main, la richesse qui constituait une tare honteuse est redevenue noblesse et belle référence. Et la fortune sourit aux audacieux parasites.

Les banques se mirent à distribuer l'argent du Peuple à tours de bras, sans s'assurer de la crédibilité des heureux bénéficiaires. La terre fut dépecée et servie sur des plateaux d'argent à des Entrepreneurs qui n'ont ni les capacités intellectuelles d'entreprendre, ni le mérite de l'amour du risque puisqu'assurés de n'en courir aucun.

L'Ecole pour préparer les luttes épiques d'un demain nécessitant diversion, recruta par pleines pelletées, des mou'allimin" bien de chez nous pour algerianiser un enseignement ecartelé entre les conceptions diamétralement opposées de nos frères arabes et de nos camarades soviétiques conceptions qui font qu'à ce jour, les zombies ainsi formés ne se regardent plus seulement dans le blanc des yeux avec des éclairs assassins mais passent à l'acte. L'école des masses, ouverte à deux battants aux enfants de la canaille ne s'embarrassa plus de "moyenne" pour faire gravir les échelons à ses potaches mais généralisa la pratique du rachat, des quotas et des passages automatiques et enleva toute émulation en supprimant le "classement" de ses bulletins de notes.

Et c'est à coup de "verités religieuses" que ceux qui ont légitimé la Révolution Agraire en s'empressant de verser au FNRA de Si Mohamed Abdeslam leur héritage foncier, s'en sont revenus défendre la légalité de la possession après s'être rendus occupants de terres maintenant plus intéressantes pour sa spéculation grâce à un inénarrable ministre grand distributeur des biens qui ne lui appartiennent pas.

L' Etat déliquescent en arriva même à vendre des murs entre ciel et terre à des pauvres bougres qui n'y on vu qu'une occasion de se faire quelques affaires sans se rendre compte qu'on leur faisait des fumigations. de leurs propres barbes! Boussaad Abdiche , le billettiste attitré d'El Moudjahid des années de plomb disait dans un des ses billets à peu près ceci: "Pour pouvoir voler tes boeufs sans s'entendre traiter de voleurs, ceux d'en haut permettent à ceux d'en bas de voler les oeufs "

Voici, résumée, l'histoire de la propriété dans ce ban d'essai que constitue l'Algérie. Une propriété oui n'a pas fini de miner ses assises, parce que d'un coté, il y'a ceux qui possèdent sans avoir souffert pour créer et de l'autre ceux qui ont souffert pour créer mais no possèdent rien. Et si les richesses algériennes sont ainsi évaluées, c'est que ces deux composantes de la Société n'ont ni l'amour de conserver une richesse tombée du ciel pour la première, ni le désir de préserver une richesse injustement attribuée pour la seconde. Faut-il dés lors s'étonner de voir brader nos terres, nos usines à souliers, nos forêts et nos greniers à blé ". Dans cette Algerie-éprouvette, où des sorciers indignes ont fait (et continuent à faire) d'un Pays à la naïveté désarmante, un bouillon de culture pour leurs sordides expériences...

Redéfinir la propriété et la possession sur des bases autrement moins passionnées mais plus rationnelles, c'est régler en grande partie l'imbroglio Algerien. A vot'bon coeur. Monsieur MALEK !

LE PILORI EN GUISE DE PANTHEON 

3000 gestionnaires du secteur public croupiraient dans les geôles de la République.

Ces gestionnaires n’ont pas laissé leurs places vacantes puisque d’autres gestionnaires les remplacent au fur et à mesure qu’ils passent à la trappe; les remplaçants, en attendant eux aussi de passer à la trappe, n’hésitent pas, pour remercier ceux qui les ont placés, à enfoncer encore plus ceux qui les ont précédés, en faisant leur, cet adage qui dit que l’absent a toujours tort...

L’UNEP qui se trouve moralement obligée de défendre les premiers sans renier les seconds ne peut faire autrement que s’insurger sporadiquement tout en sachant que ses coups de gueules ne seront considérés que comme des bâillements de gros toutou inoffensif.

l’UGTA qui a fait des gestionnaires ses cibles préférées parce qu’ils représentent des boucs émissaires très pratiques ne se frotte même pas les mains de satisfaction et se tait comme pour dire qu’elle ne tire pas sur les ambulances; et Ouyayia qui a la partie belle, jure à qui veut l’entendre que les fournées de cadres qu’on envoie au purgatoire ne méritent que ce qui leur arrive et qu’il s’agit d’une nouvelle politique durable d’assainissement et non d’une campagne " manu pulite " à visée électoraliste ou politicienne.

Si le RND et le FLN se taisent piteusement, le RCD, ETTAHADDI, l’ANR, le FFS, le MAJD et même le HMS s’insurgent, plus pour critiquer Ouyaya que par sympathie pour ces cadres. C’est de bonne guerre... seuls les crétins et les naïfs continuent à croire que la politique qui ne croit qu’à l’opportunisme peut rimer avec la sincérité ou la morale.

En résumé, un cadre gestionnaire en prison, ça vous arrange beaucoup d’affaires...

Celles de l’administration qui réussit à mettre un nom sur une gabegie qui n’est due qu’à ses inconséquences; celles d’ une justice qui démontre que nul n’est au dessus de la Loi (sauf ses servants), celles du peuple à qui on donne à manger du cadre, faute de pain, celles des partis politiques qui y trouvent un terrain de lutte compensant l’indigence de leurs programmes, celles d’une certaine presse qui y trouve la sensation pouvant faire diversion à la lassante et indécente litanie des massacres terroristes etc...

En réalité, les vols, les détournements, les trafics d’influence, le népotisme, le gaspillage et tous les fléaux qui caractérisent la gestion humaine des biens publics comme la fuite fiscale caractérise la gestion des bien privés, ne datent pas d’hier et ne s’arrêteront pas demain. Et si aujourd’hui on découvre avec des yeux de vierge effarouchée l’étendue du scandale, ça ne veut absolument pas dire qu’hier ce fut moindre ou que demain ça sera moins pire.

Le pourfendeur attitré des laïco-assimilationistes n’a pas dit que des bêtises... il a affirmé un jour que ce sont les procédures qui ont permis sinon encouragé les abus et non une quelconque pulsion atavique de l’ algérien à la malversation.

Et si on assiste à cette brutale levée de boucliers aujourd’hui spécialement, cela n’est pas dû au fait que les juges d’aujourd’hui soient plus intègres ou plus compétents que tous ceux d’hier, que le gouvernement Ouyayia soit plus honnête que tous ses prédécesseurs, que la politique d’aujourd’hui soit moins permissive... ce serait accorder un excès d’honneur au présent et une perfide indignité au passé. De même que les gestionnaires d’aujourd’hui ne sont pas une caste de diables rouges comparés aux gestionnaires d’hier qui furent des anges candides...

Depuis que ce pays a conquis le droit de s’autogérer, il a toujours fait en sorte d’entourer le décideur d’une foule de pseudo-censeurs siégeant - pour la forme - dans des commissions, comités, assemblées etc... Ce fut une idée noble; mais dans la pratique, c’est ainsi qu’on a cautionné tous les grands écarts...

Les décideurs avaient le beau rôle au temps d’avant la crise puisque toutes leurs décisions étaient entérinées par ces structures gigognes composées généralement de béni-oui-oui qui leur donnaient quitus à main levée en pensant aux agapes qui suivaient leurs sessions et en exploitant à fond la dilution de leur propre responsabilité dans l’anonymat que confère la " décision collégiale ".

Aujourd’hui aussi, sous prétexte de baliser les espaces d’intervention des décideurs afin d’éviter les abus, on a réinstallé d’autres formes de structures de contrôle et de censure qu’on appelle pompeusement " conseils d’administration ", " assemblées générales des actionnaires ", pour ne parler que des entreprises publiques; des conseils et assemblées composés d’administrateurs choisis eux-mêmes dans une totale opacité et qui doivent cautionner les décisions de PDG parachutés on ne sait comment ni d’où.

Et entre les deux périodes, livrés à eux-mêmes, face à la perte des repères et à l’abandon des règles établies, les gestionnaires qui ont dû faire violence à leur légalisme pour faire tourner l’activité, sans avoir la possibilité d’enteriner leurs actes par des structures démissionnaires ou devenues obsolètes, se trouvent accusés d’avoir pris des décisions unilatérales derrières lesquelles, à chaque fois, on soupçonne la recherche de l’ intérêt personnel et où on lit toujours la mauvaise intention (Ah qu’il avait raison ce quidam qui disait à la manière de Monsieur de Lapalisse qu’on ne peut prêter que ce qu’on possède ! ).

La Révolution est véritablement un ogre qui dévore ses propres enfants... Et tous ces cadres qui croupissent dans les geôles et dont on finira par libérer la plupart pour innocence avérée, mais dont on ne pourra jamais cicatriser la blessure morale, représentent une preuve vivante d’ingratitude à l’encontre de messieurs qui ont osé assumer leurs responsabilités quand d’autres qui aujourd’hui s’érigent en " monsieur Propre " ont préféré ne rien décider pour ne pas avoir à se tromper...

Pour avoir assumé leurs responsabilités dans la période de grands troubles que nous avons traversée ces cadres méritent non pas d’être cloués au pilori mais d’être placés au panthéon.

UNE AUTRE VICTIME DU COMPLEXE DE PETERS

A Bouira, les "primaires" du RND se sont déroulées sans aucune surprise. Comme il fallait s'y attendre, c'est Monsieur M*** le Président d'APW qui a eu les faveurs d'un suffrage cousu de main de maître par un parti qui a appris à faire dire aux urnes ce qu'il veut. Cette fois-ci, il n'y a pas eu fraude et la transparence fut de rigueur; mais tout le monde savait que les jeux étaient faits depuis belle lurette; tout le monde, sauf ces naïfs impénitents qui se sont portés candidats face au favori qui ne semblait même pas éprouver le trac de circonstance tant il était sûr de sa victoire.

C'est à 11 heures tapantes que débuta ce show sans suspens. Le Président d'APW invita l'assistance à observer une minute de silence à la mémoire des Martyrs de la Révolution puis il présenta l'invité d'honneur, Monsieur CHIHEB Seddik qui développa un petit discours de circonstance en belle langue sylvestre.

Après avoir transmis les salutations militantes de Ahmed Ouyahia, le tribun expliqua les motifs qui avaient poussé le Parti à organiser ces primaire en disant qu'elles devaient permettre de démontrer la cohésion de ses militants devant ceux qui n'arrêtaient pas de parier sur la disparition de cette formation accusée d'avoir été créée pour remplir momentanément un vide politique conjoncturel. Ces primaires ajoutera - t'il, devaient permettre de récupérer le poste perdu au profit du FLN lors des précédentes élections, pour des considérations qu'il s'est refusé de dénoncer, de peur surement, d'éveiller les démons de la 'ourouchiya.

L'organisation de ces élections précisera-t-il, ne devait pas être interprétée comme une appréhension quant à leur issue. Le Parti qui domine 1100 APC et compte plus de 8000 élus dont 157 députés de l'APN et qui est fort de ses 190 000 militants peut perdre jusqu'à 50% de ces sièges sans se retrouver minoritaire. Mais la deuxième chambre est une "institution politique stratégique" (sic) surtout en considération du fait qu'elle chevauche les mandats des autres assemblées élues.

Le recours à ces primaires constitue, toujours d'après monsieur CHIHEB, un enracinement de la "culture de l'urne". Il précisera que le RND s'est imposé la démocratie comme principe et le vote à bulletins secrets comme moyen d'y parvenir en insistant sur le fait que "personne n'y sera coopté"... La crise que vit le pays dira-t-il n'a qu'une seule solution: la démocratie et le pluralisme.

Avant de clore son intervention, Monsieur CHIHEB insistera encore une fois sur la récupération du siège perdu, "quel que soit le prix à payer"…

Le recueil des candidatures s'est effectué dans le calme et la discipline. Monsieur M*** fut le premier à se déclarer, il fut suivi de 8 autres candidats soucieux pour certains de jauger leur notoriété, pour d'autres de donner un alibi de pluralité et une crédibilité à un scrutin qui s'apparente plus à une cooptation qu'à un vote libre en dépit des déclarations d'intention.

Le vote se déroula sans incidents et le résultat fut sans surprises…

Le RND qui s'est décidé à récupérer son siège perdu "quel qu'en soit le prix" devrait pouvoir le récupérer effectivement si aucun imprévu de dernière minute ne venait à se mettre au travers du chemin des étoiles de Monsieur M*** mais le prix à payer sera très fort.

Monsieur M*** est en effet un facteur déterminant du fragile équilibre qui a toujours caractérisé l'APW de Bouira. Sa diplomatie et son bon usage du compromis (certains disent de la compromission) ont permis à cette assemblée de vivre des périodes de symbiose entre ses élus pourtant de tendances très éloignées; et l'esprit partisan s'est graduellement estompé au point où on a vu lors de la dernière session, des élus du RND et du FLN empêchés d'assister aux débats en plénière, laisser des procurations à des élus RCD sans que personne n'ait relevé cet extraordinaire pied-de-nez aux usages politiques.

D'aucuns n'ont pu s'empêcher de reprocher à Monsieur M*** son égoïsme.

Son élection au Sénat laissera l'APW orpheline. Et cette recherche du confort d'un statut personnel est antinomique avec l'esprit de sacrifice qui doit caractériser un cadre politique occupant une fonction si sensible et si déterminante pour le Parti.

Mais s'il est indéniable que Monsieur M*** sortira gagnant au change, le Parti et les électeurs qui semblent ignorer les ravages du complexe de Peters, auront pour leur part gagné un mauvais sénateur et perdu un bon président d'APW.

LOMBRIC MALGRE LUI...

Qu’est ce donc que ces cris de vierges effarouchées que lancent sous leur masque hypocrite tous ces bons samaritains de chefs de files des partis et syndicats, à chaque fois que l’Etat Providence - si décrié par ailleurs - lève sa main paternaliste de dessus la tête d’un peuple infantilisé jusqu’au ridicule jusqu’à la caricature?...

Eh quoi ? N’avez - vous pas décrété sans appel que le " socialisme " et tout son cortège de populisme de bas étage était la cause de tous les maux de notre Peuple ?...

N’avez - vous pas crié à tous ceux qui voulaient vous entendre - et même à ceux qui ne le voulaient pas - que l’Etat Providence était la cause de la " castration des masses " , que le dirigisme aboutissait à la faillite morale et matérielle de la Société, que la Planification Centralisée était le plus grand mal du siècle...

Il faut qu’on sache ce que vous voulez...

Et d’abord, ayez le courage responsable de faire une analyse sans parti-pris de ces aberrations que nous avons cultivées, de ce sucre dont on se sucrait si peu par rapport aux grands passeurs trabendistes qu’on enveloppait de nos burnous populistes et dont se sucraient sans retenue nos gentils voisins qui ont compris le jeu et les enjeux. Trois kilogrammes ya âdjaba par famille et par jour, et pas un petit murmure d’indignation... une orgie de baklava, de kalb ellouz et de zlabia dont on stocke à l’avance les ingrédients en huile bon marché et en sucre à la limite du gratuit et des Algériens transformés pour les besoins de la cause en tubes digestifs et en porte-monnaie, qui ferment leurs ateliers de plomberie de maroquinerie et de menuiserie, leurs librairies et leurs papeteries pour les transformer en bouges infects d’où ils servent et se servent en saloperies.

Et cette huile qu’on déversait par pleins fûts dans des fritures de pommes de terre elle aussi importée ... Une huile " sans goût " dont la modicité du prix nous a détournés de l’entretien de nos oliviers et de la cueillette de nos olives alors qu’en d’autres cieux cette huile de luxe que nous négligeons constitue à elle seule une belle monnaie d’échange.

Pourquoi ne pas dire franchement au Peuple que l’huile de tournesol n’est pas pour nous tant que le tournesol ne pousse que comme fleur d’ornement dans nos jardins... Le Suédois pourrait-il exiger d’avoir à merci la figue sèche et le Tchèque peut-il pleurnicher pour se gaver de Déglet Nour ? Nous pouvons continuer à aller plus loin. L’ampleur de la déculturation ne réside pas seulement dans le look extérieur que nous nous sommes donnés ni dans le langage que nous avons appris mais aussi dans ces habitudes alimentaires inconcevables que la rente pétrolière a incrustées dans notre subconscient collectif et qui nous a rendus plus tributaires du café que les Brésiliens, plus amateurs de pâtes que les Italiens plus assoiffés de fromage que les Hollandais et plus avides de ris que les Pakistanais.

Mais au lieu de prendre le courage politique à deux mains et de décréter la fin des utopies pour réveiller un peuple engourdi par des années de dorlotements, ne voila-t-il pas qu’on s’en va tout doucement remplacer un soporifique bromuré par un autre.

Non Messieurs / Votre idée de continuer si vachement à subvenir aux besoins du "  petit " peuple en allant rechercher cette illusoire distinction des revenus pour appliquer une illusoire justice des prix n’est qu’une autre version des parodies de justice dont nous avons bien soupé.

Ce sont des décisions de ce genre qui ont détruit en nous toutes les idées de saine émulation, de créativité, de surpassement dans l’effort et le mérite, de justice...

Il y a derrière les pensées de nos décideurs, cachée dans les circonvolutions d’un ça qui n’ose pas se dévoiler, une idée loufoque de nivellement dont ils se sont faits une raison. On a l’impression, à les entendre parler et à les voir décider, que toutes les fortunes sont mal acquises et que tous les " fortunés " doivent expier leur crime de s’être rendus riches parce que la richesse serait une tare, un péché irrémissible...

C’est en partie compréhensible ... l’Algérie de 62 à nos jours a vu tellement d’abus, tellement de passe-droits, tellement de magouilles qu’on est tenté, pour paraphraser Proudhon de dire que " toute propriété qui s’y est acquise est un vol ". Mais croyez-vous qu’il est sain, qu’il est juste, qu’il est logique de sanctionner la richesse par des manoeuvres aussi débiles ? Croyez-vous qu’il est sain, qu’il est normal de récompenser la pauvreté et la misère de cette manière ? ... Ne croyez-vous pas que cette pratique de l’assistance sélective en fonction du revenu est un encouragement à plus d’indigence et de veulerie et un découragement à peine déguisé de l’effort et du mérite ?...

Le jour où vous parviendrez à vous décomplexer face à la richesse, le jour où vous déculpabiliserez la fortune, le jour où l’indigence vous paraîtra moins culpabilisante et que vous ne la concevrez plus comme un état pathologique mais comme un état social qui doit inciter celui qui s’y trouve à en sortir par l’effort et non l’assistanat, ce jour là, vous aurez enfin compris que le Peuple est mature et que la seule assistance dont il a besoin, c’est que la paix lui soit conférée et que la liberté lui soit donnée pour qu’il puisse, sans vos entraves bureaucratiques ou sentimentales, donner libre cours à son génie.

Et si vous voulez absolument faire rendre gorge à tous les parasites qui ont profité du système pour s’accaparer une opulence insultante - et c’est un noble objectif - commencez par sévir contre les tricheurs, ces sauteurs d’étapes qui ont sali le pays en y blanchissant un argent peu ragoûtant et balisez les routes de la richesse de noblesse de mérite, d’efforts et de persévérance.

Etre juste, c’est donner à tous les chances égales au point de départ; ce n’est pas soigner les effets par une sélection et une ségrégation bureaucratique qui, de toute manière ne profitera qu’aux plus futés, comme toujours.

Au lieu de continuer à dorloter le peuple par l’idée d’un soutien sélectif des prix de la bouffe, - voyez le drame " culturel " que revêt cette exclusivité qui réduit l’Algérien à l’état de lombric venez nous soutenir un peu plus les moyens de nous instruire, de nous cultiver et de produire. Aidez nous à labourer à moindre coût, à payer moins cher nos engrais et nos semences, à couvrir plus aisément nos serres à élever notre bétail par des aliments et des produits vétérinaires plus accessibles, à faire tourner nos usines, à produire et acheter nos livres et nos cahiers, nos journaux, nos ordinateurs..

Et si vous voulez à tout prix aider l’indigent à se sortir de la mélasse où vous l’avez enfoncé, accordez lui des réductions dans les charges de l’éclairage, du chauffage, de la communication, des (vrais) soins, des matériaux de construction... vous lui permettrez d’économiser et ainsi de pouvoir se payer lui aussi le sucre, l’huile et le lait à leur juste prix sans trop toucher à la dignité des hauts salariés qui, pour la plupart, ont bien bossé pour mériter leur dû.

01.10.1991

ETAT DES LIEUX

Le Président Chadli aimait parler de " halte " afin de " mesurer le parcours " pour corriger " notre avancée "...

C'est sous l'impulsion de ses hauts technocrates qu'on s'est arrêté en 1980 et quand on a mesuré notre parcours, au lieu d'avancer en corrigeant les insuffisances, nous avons, devant l'ampleur présumée ou avérée de ces insuffisance, préféré tout bloquer et repartir à zéro.

Exit la politique sociale de Boumediene durant laquelle nous nous plaisions en parfaits masochistes à être " mendiants et orgueilleux " ! ... Nous avons enfourché le PAP et, sous les exhortations effrénées de nos anciens amis socialistes et de nos nouveaux amis capitalistes qui trouvaient tous les deux leurs comptes dans notre système hybride, nous avons poussé la charrette de l'endettement si loin qu'elle a basculé dans le ravin de la crise que seul nos fondés de pouvoir ne voyaient pas courir vers nous à toute vitesse.

La désillusion fut si terrible que nous en payons le prix depuis bientôt 10 longues aimées.

Aujourd'hui englués jusqu'au cou dans deux systèmes antinomiques que nous avons réussi à juxtaposer, nous ne savons plus sur quel pied danser et, pour extirper ce socialisme qui nous colle à la peau comme une mauvaise gale, nous essayons de jouer les capitalistes sans capitaux.

L'état des lieux n'est pas reluisant; qu'on en juge!

- AGRICULTURE : Après avoir bureaucratisé les comités de gestion et crée les domaines autogérés où des fellahs fonctionnarisés s'amusaient à débattre des stratégies de développement au lieu de les appliquer, nous avons découragé les vrais fellah privés en important par gros cargos plein de pomme de terre, de pois-chiches, de pois cassés, de haricots blancs, d'aulx, de tomates en conserve, de champignons de Paris en boîtes, de mérinos émasculés, de lait en poudre et même d'huile d'olive de Syrie, de Harissa de Tunisie ou d'oranges du Maroc !-..

N'ayant plus rien à produire, nos fellah privés s'en sont abstenus... ils ont été qualifiés d'absentéistes et leurs terres leur ont été confisquées ou limitées pour être distribuées à des coopérateurs de la Révolution Agraire à qui on a construit des villages où, par mesure d'hygiène on leur a interdit d'élever volailles, lapins, moutons et vaches...

Le secteur agricole complètement disloqué continua à faire semblant de produire en consommant de gros crédits et des tonnes d'engrais et de pesticides qui ont eu raison de la virginité de notre environnement, et des semences et autres reproducteurs importées qui ont complètement laminé les variétés du terroir sans rien donner en contrepartie. On n'a semble-t-il pas compris que le péon d'Argentine ou le rancher yankee qui viennent nous aider à développer notre céréaliculture ont tout intérêt à nous voir échouer, et pour cause ! ne sommes nous pas le plus gros importateur de blé tendre du monde !... On n'a semble-t-il pas compris que la seule aide que les producteurs européens de lait peuvent nous apporter, c'est celle de réduire notre production afin que nous restions toujours leurs clients et on n'a pas compris que ceux qui nous vendent des semences de pommes de terre ne sont pas naïfs pour s'en venir détruire de leurs propres mains un marché si porteur pour leur production...

Impatients, nous n'avons jamais laissé une expérience arriver à maturité. Le secteur de l'agriculture fut bien malmené. De restructuration en restructuration, il finit par être organisé sous forme d'EAI et EAC où les compétences techniques furent sournoisement soumises à l'humiliation de devoir, non pas exploiter leurs connaissances pour moderniser l'agriculture, mais " taper la pelle " comme tout le monde et où les coopérateurs livrés à eux-mêmes eurent tôt fait de faire de leurs coopératives des arènes-

Ayant hérité de hangars, de matériel agricole, de cheptel, et de plantations, ils se trouvèrent pris dans la bureaucratie bancaire. Pour survivre, ils ont dû liquider les bâtis puis se débarrasser du matériel puis vendre le cheptel... après avoir vendu les récoltes des vergers sur pieds, ils en sont arrivés à déraciner les plants pour se chauffer car le gaz butane est devenu hors de prix et à vendre les piquets-tuteurs des vignobles pour subsister.

La sécheresse contre laquelle l'Algérien n'utilise que des invocations sans conviction dans des " Salât El Istisqua " lancées par des autorités dont on attend plutôt la construction de banquettes, de barrages, de retenues collinaires ou la canalisation des cours d'eau a compliqué l'équation, le terrorisme, en s'attaquant aux haouchs isolés et sans défense a ajouté son lot de sang et, pour clore en toute beauté, l'Etat n'a même pas pris la précaution élémentaire de retirer des chemins de l'inflation les moyens d'exploitation de la terre qui ont vu le prix du tracteur sauter de 7 millions de cts à 70 millions et le prix du mazout de 2 à 20 DA, sans parler des motopompes, des engrais, des semences, de l'énergie électrique... Et ce n'est pas la petite réduction du prix dé l'énergie, décidée par les pouvoirs publics et dont profitera toute la faune des embusqués qui n'ont rien à voir avec l'agriculture qui délestera le secteur de toutes les charges qui pèsent sur lui.

C'est ce moment de profonde déprime que choisit l'administration pour imposer sa présence sur le terrain ... de la bureaucratie en imposant cette carte de fellah qui n'a même pas la valeur de ce que les fellah appellent " el bou " (le bon} qui donnait droit à la ration alimentaire imposée en temps de disette puisque le commerce libéré s'embarrasse très peu des passe-droits et des cartes d'adhésion aussi officielles fussent-elles.

Quant sous d'autres cieux on en est au clonage ou aux plantes génétiques, nous en sommes toujours aux expériences sur le droit de propriété - Au slogan; " la terre à celui qui la travaille " a succédé celui de " La terre à celui qui l'aime " et l'on commence à murmurer " la terre à celui qui l 'a libérée "...Le secret des performances en agriculture est pourtant très facile à percer.

1- Que l'Etat n'autorise plus l'importation de ce qui peut être produit chez nous: II suffit de le décréter pour que ça soit appliqué; les seuls perdants seront les messieurs 10% du secteur public et les éboueurs privés des décharges alimentaires occidentales...

2- Que ce qui est mobilisé pour ces importations soit investi dans l'aide aux producteurs, Et pour éviter que les habituels embusqués ne viennent se servir les premiers, que les " importateurs " invétérés se transforment en constructeurs et que cet investissement se fasse dans les aménagements visant la mobilisation des ressources hydriques ou dans la mise en valeur des terres.

3- Que les banquiers fassent leur travail de banquiers, en calculant non pas les risques qu'ils encourent personnellement devant la suspicion généralisée qui frappe les gestionnaires des deniers publics mais les risques qu'encourent leurs institution.

4- Que ceux qui veulent exploiter la terre acceptent d'en payer le bail et d'honorer le cahier de charge...

- INDUSTRIE: l'Industrie industrialisante a été abandonnée, non pas parce qu 'elle était inopportune, même si aujourd'hui on s'évertue à vouloir le démontrer en invoquant son gigantisme, ses mauvais choix, ses coûts... non ! l'option a été délaissée parce que ses promoteurs sont tombés en disgrâce. On invoque à tout bout de discours les constantes; Islamilé, Arabité, Berberité, Révolution..., on doit assurément ajouter à ces constantes nationales ce phénomène que Boukrouh appelle " Le Khechmisme " et qui veut que le responsable du moment ait raison même s'il a tort.

Si au moins cette industrie industrialisante sur laquelle des théories fumeuses ont été élaborées avait été démantelée graduellement pour être remplacée par cette autre option biscornue de l'industrie à caractère socialiste mais à finalité capitaliste que voulait imposer Abdelhamid la Science avec l'aide de la canne de Messaoudi Zitouni et des sermons ou des silences de Demene Debbih Abdellah...Non, puisque Abdesselam Belaid était englouti par la centrifugeuse (le terme est de Abderrahmane Mahmoudi), il fallait que tout ce qui s'apparentât à lui soit mis immédiatement aux oubliettes.

Ce fut une oeuvre grandiose. En un tour de main des entreprises de l'envergure de la SONATRACH, de la SNIC, de la SONACOME ou de la SNMC ont vu leurs empires disloqués pour être réduits à une multitude de petites boites au nom du principe complètement débile du "plus c 'est petit plus c 'est maîtrisable ".Des fleurons de l'industrie du tiers-monde et qui pouvaient rivaliser avec les plus grosses compagnies occidentales furent réduites en miettes sous les applaudissements de presque tout le monde puis, pour faire de la place aux administrations, elles furent éjectées de la capitale pour s'en aller croupir dans les villes de l'intérieur, loin des regards indiscrets.

La grande débâcle commença.

Des entreprises marchant à l'injonction administrative, supportant une législation qui favorise tout sauf le travail ont dû produire pour produire ou produire pour stocker sous les encouragements sonnants et trébuchants des "stimulations matérielles et collectives" et autres distributions de bénéfices en grandes pompes et le Stakhanovisme fut recrée aux couleurs locales.

Abdelhamid Brahimi parti sévir ailleurs, on s'est rendu compte de l'immense gâchis. On inventa alors "l'autonomie de l'Entreprise", une option Hidoucienne qui était présentée comme une panacée aux maux dont souffrait l'industrie.

Et ce fut l'Administration qui prit en charge cette autonomie qui signifiait la fin de sa propre tutelle sur la gestion... Un véritable cinéma ! A chaque fois qu'elle essayait de décoller un doigt, du corps exsangue de l'entreprise, ses pulsions tutélaires irrésistibles lui collaient toute la main...

On inventa des fonds de participation qui. en guise de participation participèrent à rendre la situation des entreprises encore plus précaire puis, en vertu du principe selon lequel l'option ne résiste pas au départ de son initiateur, on abandonna ces fonds et l'on créa " les Holdings ", un anglicisme qui, faute d'être efficace, a au moins une consonance pédante !

Et l'on se rendit enfin compte que ce n'est pas l'entreprise, ni son encadrement, ni ses travailleurs qui sont coupables d'incompétence atavique. Le problème se situe au niveau de l'option économique, sociale et politique. Il faut donc changer d'option, abandonner la propriété collective des moyens de production pour la confier à l'individu.

On finit par écouter Mebtoul et par l'appeler même à mettre en pratique cette privatisation qu'il s'évertuait à défendre à coups de placards dans les journaux; mais c'était compter sans le terrible poids de l'administration et le potentiel extraordinaire de résistance aux changements aussi bien des travailleurs que des gestionnaires du secteur public et même du secteur privé qui appréhenderaient peut-être l'idée de devoir affronter des concurrents libérés des contraintes du secteur public et qui investiraient avec leurs considérables moyens de production ou de réalisation un marché déjà très étriqué...

Pour bien montrer que le secteur public ne paie plus et décourager une fois pour toutes ceux qui refusaient de lâcher prise, on déclencha ta machine judiciaire qui assimila tout risque de gestion assumé selon les règles de la commercialité à un délit pénal particulièrement si ce risque s'est économiquement mal terminé pour celui qui l'a assumé. On se débarrassa aussi vite fait du SGT et l'on ne lésina plus sur les décrets poussant les travailleurs bon gré mal gré à aérer les ateliers à coup de départ volontaire ou de perte involontaire de l'emploi...

Que donneront les mesures d'ouverture des entreprises au capital privé ou à la participation ouvrière ? Le technicisme dont on entoure l'opération " privatisation " ne fait que la compliquer et retarder ses échéances. Car pour parler vrai, le potentiel industriel Algérien, vu de manière macro-économique ne se perdra pas mais ne fera que se transformer puisqu'il reste algérien quel que soit son propriétaire. Tout ce technicisme procédurier ne peut être compris que par son rôle " moralisateur " de cette opération.

Il y eut bien des opérations autrement moins urgentes mais aussi sinon plus juteuses et qui ont été bâclées sans aucun égard pour la morale (cession des biens de l'Etat par exemple) . Que cette opération qui revêt un caractère d'extrême urgence vu ce qu'elle charrie comme gaspillage et comme drames sociaux ne s'éternise pas pour des considérations purement démagogiques, des considérations qui ne nourrissent pas le peuple !...

LE LARCIN EN OFFRANDE

Le credo des prosélytes de la dernière pluie est le respect "religieux" des prescriptions dans l ' espace et dans le temps. Et ce souci de ponctualité et d'exactitude arrive parfois à surclasser toutes les autres conditions qui président à l'exécution des rites: préparation, volonté, conviction, désintéressement...

Cela se remarque dans la course effrénée vers la "Sedjada" dès l'appel décibélique du Muezzin') cela se remarque aussi dans l'assaut vers la Meida dès l'annonce du "F'tour"; cela se remarque enfin dans l'acharnement avec lequel on accrédite l'idée de la nécessaire observation à l'oeil nu du croissant quand les mouvements de la lune sont sus mathématiquement avec une précision qui frise l'absolu et pour des siècles à venir.

Le croyant est réglé avec la minutie d'un métronome.

C'est une très bonne chose ! ...

Et rien que pour ça, on devrait s'accorder pour reconnaître que l'Islam constitue une véritable "Révolution" Lui qui a réussi à imposer à des populations perdues dans les immensités désertiques sans repère spatial ou temporel cette vision du temps en tranches (horaires des prières, début et fin du Ramadhan, horaires du F'tour et du S'hour, Mawssim du Hadj...) et de coordonnées spatiales (Qibla, Mosquée,...).

L'Islam a détruit la complicité qui prévalait entre l'Espace, le Temps et l'Homme au détriment de ce dernier; ce fatalisme de l'homme-spectateur qui se laisse aller au gré de l'espace et du temps.

L'Islam a donné à l'Homme, bien avant que la Révolution Industrielle ne les lui impose, les armes qui lui permettent de domestiquer l'espace et le temps en les découpant en tranches, en les régentant pour ne plus les subir passivement.

Mais, par la vertu d'on ne sait quelles digressions, les plus fervents défenseurs de l'amalgame du spirituel avec le temporel, ceux qui défendent avec un zèle douteux à tout bout de prêche l'idée de "l'Islam Dine Oua Dawla" sont de ceux qui acceptent la dissociation de l'obligation religieuse de l'obligation vitale.

Et les voici qui acceptent sans rechigner le retard au travail mais s'insurgent qu'on ne réponde pas a la seconde près à l ' appel à la prière, qui banalisent la sortie avant l'heure mais sont scandalisés par la prière avant l'Adhan, qui acceptent tout naturellement de célébrer les grandes fêtes de l' effort physique et moral ( Aid El Adha, Awwal Moharrain…) par le repos et le farniente, qui ne se posent rnême pas la question de choix du Vendredi, jour de l'effort par excellence, comme journée de repos... C'est à n'y rien comprendre l...

L'Ecole de la Prière, celle du Ramadhan, sont des Ecoles qu'i, en principe, forment des élèves dont le principal mérite est "l'Organisation". Comment expliquer alors que nos Ecoles, nos Unités de Production, nos Administrations et même les services des Urgences de nos Hôpitaux fonctionnent avec cette désinvolture qui se caractérise déjà au matin par une moyenne d'une demi-heure de retard" à midi par un battement d'une autre demi-heure et le soir, pour terminer la journée en beauté, par une demi-heure d'avance sur les horaires officiels???... Et ceci, sans compter la préparation fastidieuse et le temps mis durant les deux prières de la journée qu'on effectue généralement séance tenante...

Pour échapper à ce phénomène de "VOL" auquel nous nous adonnons sans qu'aucun scrupule ne semble effleurer nos petites consciences et qui, si on laisse aller notre Ijtihad, pourrait nous valoir une population "active" à majorité amputée des mains, il faut que nous prenions notre logique à deux mains et que nous nous disions: "trêve d'hypocrisie !"; si le temps alloué officiellement au travail est de 8 H/Jour et que nous sommes bien payés pour les accomplir, il nous faut les accomplir en évitant d'y faire interférer nos obligations religieuses. Et si la paix de nos âmes est si chère, en attendant de fixer dans un cadre légal des horaires qui tiennent en compte nos nécessités spirituelles, soyons honnêtes avec nous-mêmes et avec les autres et faisons en sorte d'arriver plus tôt le matin ou de repartir 'plus tard le soir pour compenser à notre employeur (tout état soit-il) le temps que nous lui avons indûment prélevé pour le réserver à notre Créateur.

Continuer à agir comme nous le faisons, c'est comme si, du fruit d'un chapardage, nous faisions une offrande.

C'est malheureux de le dire, mais c'est comme ça !

L'Algérie otage de tous les "istes"...

Voilà un pays auquel le Bon Dieu a tout donné pour réussir: une espace sidérant, des paysages magnifiques, des ressources inépuisables, une religion unique, une langue véhiculaire commune et des traditions et cultures vernaculaires millénaires qui ont démontré au cours des siècles qu'elles se complètent plus qu'elles ne s'opposent.

Voilà un pays où des apprentis sorciers se sont arrogés chacun le droit de s'accaparer une parcelle d'identité pour en faire non un morceau de ce grand puzzle qui fait un pays mais pour l'extraire et la brandir comme étendard opposé aux autres parcelles "étendardisées" dans une optique non pas "complémentariste" mais "exclusionniste" elles aussi.

*- La Révolution armée qui a libéré le Pays est aujourd'hui revendiquée exclusivement par ceux-là qui, hier seulement ont refusé manu militari que la devise "par le peuple et pour le peuple" soit descendue des frontons des institutions officielles. Et comme pour bien montrer un droit de propriété sans partage, ils en sont arrivés à s'organiser de sorte à faire de la Révolution leur propre plate-bande qu'ils surveillent avec le sourcil froncé et le doigt sur la gachette. Regardez comment, dans les villages les plus reculés, c'est toujours un groupe restreint de "Moudjahidine" qui vous tire les salves d'honneur le 1er novembre, qui vous dépose les gerbes de fleurs sur les stèles commermoratives le 5 Juillet, qui vous celebre à guichets fermés la journée du Chahid... Poussant plus loin cette terrible et horrible atteinte au caractère populaire et non élitiste de la Révolution, ils en sont arrivés à organiser les progénitures en corporations non pour défendre les principes mais pour se les accapparer et en profiter comme d'un butin de guerre... La famille dite "révolutionnaire" est ainsi venue se constituer en bloc exclusionniste, en secte qui a ses gourous, en religion qui a ses dogmes et son clergé. Pour s'autoconvaincre du devoir de défense de la Révolution, la famille a inventé des tas d'ogres sournoisement anti-révolutionnaires... Ses ennemis irréductibles ne sont pas très loin, ce sont les autres algériens qui croyant en leur droit à la citoyenneté, osent emettre d'autres avis que les avis autorisés...

*- L'islam dont personne n'a eu à douter depuis son avénement en ces terres et dont même les pères-blancs ont du faire leur deuil de le soustraire aux autochtones, pour se consacrer aux seules oeuvres de charité chretienne, abandonnant tout idée de missionnariat, cet Islam que chacun pratiquait selon sa propre lecture sans que l'autre ne trouvat à redire a été squatté par les "exclusionnistes". Ils en ont fait un bloc compact, une secte avec de nouveaux dogmes, des tenues rituelles et un clergé qui à un doigt à l'oeil et l'autre sur la détente. Son universalisme a été réduit à un très restreint corporatisme; une sorte de KKK ou les messes-basses le disputent à la suspicion et ou la suffisance et l'absoluité ont detruit toute idée de modestie et de relativité. Et les ennemis à combattre et à réduire furent trouvés dans ces algériens qui ne pêchent que par divergence d'avis avec le nouveau clergé... Pour se donner bonne contenance, ses promoteurs ont appelé ce nouveau phénomène: Sah'wa !

*- L'arabe qui n'est qu'une langue très mal parlée et très peu utilisée par ceux là-mêmes qui s'en disent détenteurs de la légitimité originelle et qui aurait pu sans ses gardiens du temple, évoluer et investir les temples du savoir et de la technologie moderne, a été réduite à un simple faire-valoir. Les arabistes qui s'en réclament ne le font qu'en opposition aux usagers des autres langues qui, elles, ont tout fait pour avancer au lieu de s'arrêter à la croisée des chemins pour se barricader contre des agresseurs que ses servants atteints de myopie ont toujours été seuls à voir.

Cette langue est devenue aujourd'hui un objet de culte; elle a son clergé et ses soldats et l'ennemi à réduire, c'est cet algérien qui, à son gré ou contre son gré, trouve qu'il lui est plus loisible de s'exprimer autrement... Ils ont appelé cela: devoir sacré et ont mélangé un zest de religion (c'est la langue du Coran hé! oh!) et un zest de patriotisme (on ne va pas adopter la langue du colonialisme hé! ho!). En fait, derrière ces gros coups de gueules bigottement patriodardiques se cache un tout petit motif terre à terre: ne maitrisant que peu ou pas du tout les autres langues, ils cherchent à tout prix à se faire une place au soleil en utilisant l'Arabe comme monture...

*- La berberité qui va des côtes atlantiques du Maroc aux confins des Oasis de l'Egypte et qui renferme en son sein autant de cultures que de dialectes se trouve revendiquée essentiellement par quelques inadaptés qui ne savent pas qu'en la coloriant en jaune kabyle, ils ne la font pas du tout grandir mais la réduisent à deux ou trois départements algériens (d'ailleurs partiellement "kabylisés"). Le tohu bohu généré par ces défenseurs très restrictifs de l'identité partout où est mis à leur disposition (parfois très peu innocemment) un moyen d'information eclipse toute possibilité de raisonnement et de discussion. Les tiraillements entre tendances prouvent si besoin est que le but à atteindre n'a jamais été la restauration ou le reconnaissance d'un statut pour la culture ou l'identité autant que pour les servants de cette cause comme il témoigne des oppositions entre toutes les forces instrumentalisantes et autres tireurs de ficelles qui ont trouvé selon le cas, dans la perfidie , dans l'ingénuité ou dans les ambitions de certains, un mercenariat très bon marché pour disloquer un pays sans recourir à d'autres opérations aussi risquées que coûteuses ou du moins pour l'occuper dans des combats d'arrière-garde afin qu'il ne contamine pas, par sa volonté de démocratisation, les pays reservoirs de la sous-région ou de la région...

Et le berberisme s'est graduellement erigé en caste dans laquelle trônent les gourous et se fabriquent des mutants et où il n'arrête pas de tirer des plans sur la comète et de menacer de faire rendre gorge à ses énnemis que sont comme de bien entendu... les autres malheureux algériens qui n'ont pas pu ou su conserver leurs facultés berberophones... que dis-je ? kabylophones !

*- La democratie qui se veut un moyen de conferer au peuple le choix de ses servants s'est laissée prendre dans les rets de certaines élites qui n'ont jamais admis qu'un peuple pouvait être autre chose qu'un ramassis de peuplades irresponsables.

Pour la sauver du peuple qui risquait de la malmener, Elles l'ont mise à l'abri et entourée de barbelés.

Et aujourd'hui, on constate en cette terre d'Algerie qu'il n'y a pas pire dictature que... la démocratie !

Elle s'est construite une tour d'ivoire d'où elle invective le Peuple par l'intermédiaire de ses fondés de pouvoir désignés ou autoproclamés. La presse a tôt fait de lui dessiner les contours et de lui affecter ses servants qui se sont laissés prendre au jeu et se sont constitués eux aussi en secte où ils font les gourous et fourbillent les armes à des meutes de zelateurs prêts à aller en découdre avec l'ennemi. Et l'ennemi, c'est toujours ce malheureux algérien qui a eu l'outrecuidance de douter des big brothers ou de faire la moue devant les rethoriques fumeuses des démocrates de façade.

Chacune de ces sectes, outre les ennemis irréductibles qu'elle voit dans les autres sectes, n'arrête pas de vilipender les tenants du pouvoir, du système ou du régime, qualifiés de tous les adjectifs superlatifs.

A bien réflechir, et puisque telle semble être notre fatalité, il est préférable d'avoir affaire à des noceurs et jouisseurs inveterés qui ont le merite de ne chercher que les plaisirs du ventre et du bas-ventre, que de laisser passer l'une quelconque de ces sectes qui n'accepte la convivialité que dans la réduction d'autrui et qui ne se repait que du sang des autres.

Parce que, si par malheur on avait eu l'idée de permettre à l'une de ces sectes d'accéder au podium, ce pauvre pays aurait connu le sort de la Somalie, du Rwanda ou du Burundi...

Vous pouvez avoir un avant-goût de ce qui nous est reservé, en consommant les délicieux posts que nous servent les dignes représentants de ces sectes, lavés, blanchis et nourris par leurs bienfaiteurs d'outre-mer...

LE POUVOIR ALGERIEN ENTRE EXCES D'HONNEUR ET INDIGNITE.

Dans le fond: La question: "le pouvoir algérien merite t'il le soutien, l'indifference, l'indulgence ou le mépris" exige absolument qu'on s'y attarde car elle représente depuis toujours un sujet de controverse et un fonds de commerce très juteux aussi bien pour les hommes qui se sont arrogés le droit de diriger le pays que pour ceux qui n'arrêtent pas de leur dénier ce droit.

Il y a un certain nombre de petites verités qu'il est indispensable de se mettre en tête pour pouvoir discuter du sujet du pouvoir en Algerie sans verser dans une analyse préalablement faussée.

Et d'abord cette évidence:

L'Algerie n'est ni la France, ni le Maroc, ni la Lybie, ni la Tunisie. L'Algerie est un cas unique. C'est un pays qui a subi une colonisation de peuplement et dont la décolonisation s'est faite avec une rare brutalité. La guerre a été menée sous la bannière du FLN, un mouvement de liberation qui avait pour ligne directrice et pour programme essentiel et presque exclusif: LA LIBERATION DU PAYS.

Pour y arriver, il a du réduire toutes les velleités et les ambitions politiques (parfois fondamentalement divergentes) qui divisaient les Algeriens: Ulémas, communistes, messalistes, arabistes, berberistes, assimilationnistes...

La mise au pas de ces tendances ne pouvait se faire avec un gant de velours et ça se comprend ! Et si les differentes tendances ont accepté de se fondre dans le creuset du FLN, elles n'ont pas pour autant renié leurs principes ni pardonné cette mise au pas.

A l'independance, deux choix se présentaient:

a)- liberer les tendances et leur permettre d'activer, chacune selon ses conceptions.

b)- continuer à monopoliser le pouvoir en matant les crâneurs qui font preuve de resistance et en instrument(alis)ant les dociles qui font acte de soumission.

La première alternative ne pouvait être envisagée, sachant que le pays était d'une part extrêmement fragile et que d'autre part, la guerre froide battait son plein et faisait courir le risque d'une guerre civile devastatrice sous les influences et les exhortations des deux blocs (souvenez-vous de ces "dons du peuple des Etats Unis d'Amerique à ne pas vendre ou échanger" et des clins d'oeils paternalistes des camarades soviétiques...). Et c'est la deuxième option qui fut choisie. La première Constitution a le mérite d'expliquer sans ambages cette option puisque dans son préambule elle dit textuellement:

" les régimes présidentiels et parlementaires classiques ne peuvent garantir (la) stabilité alors qu'un régime basé sur la prééminence du peuple souverain et du parti unique, peut l'assurer efficacement."

Le pouvoir de l'époque fut aussi très clair dans ses choix puisque:

Le 14/8/63, le decret 63/297 fut promulgué; tous les ministres et Ben Bella signèrent l'interdiction " sur l'ensemble du territoire national les associations ou groupements de fait ayant un caractere politique."

Et comme conséquence logique de ce décret,

Le 28/9/63 est prononcée la dissolution du FFS "considerant qu'il poursuit un but politique, que son activité est de nature à porter atteinte à l'integrité du territoire et à l'unité nationale."

Et pour clore le chapitre,

Le 3/10/63 dans un message à la nation lu a l'assemblee nationale, Ben Bella annonce: "conformement au voeu du peuple et du FLN, je mets en oeuvre cet article 59 de la Constitution. A partir du moment present j'assume les pleins pouvoirs comme j'en ai recu la mission et comme j'en ai fait le serment afin de maintenir la RADP dans la voie que vous lui avez tracée..."

L'article 59 en question stipule:

"En cas de péril imminent, le Président de la République peut prendre des mesures exceptionnelles en vue de sauvegarder l'indépendance de la nation et les institutions de la République..."

La boucle est dès lors bouclée.

Dans le domaine économique aussi, deux alternatives (il n'y en a pas d'autres !) devaient s'imposer: le libéralisme ou le socialisme.

La propriété terrienne, commerciale ou industrielle étant vacante du fait du départ brutal des colons, commerçants et industriels français, il fallait la consacrer bien du peuple ou l'affecter à de nouveaux propriétaires. La Révolution s'étant laissée prendre à son altruisme a préféré ne pas considérer cette propriété comme un butin de guerre et la répartir entre les combattants. Elle l'a confiée aux "comités de gestion". Le choix du socialisme s'est ainsi imposé de lui-même.

Le 22/10/62, Ben bella, Ahmed Francis, Ahmed Medeghri, Amar Ouzeggane et Bachir Boumaaza decretent l'institution des comités de gestion dans les entreprises agricoles vacantes.

Le 23/11/62 Ben bella , Ahmed francis, Laroussi Khelifa et Boumaaza   instituent les comités de gestion dans les entreprises  industrielles, artisanales et minières vacantes.

Le 10/7/63: Medeghri, Boumaza, Bouteflika, Benhamida et Belaouane sous l'autorité de Ben Bella creent le CNAP - centre national d'amitié avec les peuples et lui nomment Yacef Saadi président. Son but: "faire connaitre sur le plan international les efforts et les realisations de la RADP  pour l'édification d'un socialisme specifiquement algerien."

Le 5/4/63 ben bella nomme Mohamed Harbi conseiller chargé du secteur socialiste

Les détracteurs du Parti Unique et du Socialisme trouveront ci-haut une modeste explication qui leur démontrera que le Pays n'avait pas l'embarras du choix...

Mais le Parti Unique était traversé par tous les courants d'opinion qui s'étaient fondus en lui malgré eux. Durant la periode 62-65, Nasser qui avait une dette envers Boulganine et une dent contre les islamistes s'est infiltré dans la conscience encore en formation de Ben Bella grace à Fethi Dhib et a convaincu le jeune pouvoir algérien de s'arrimer à l'URSS. Boudiaf rapporte dans son "Ou va l'Algerie" que Ben Bella, dans une interview à l'Unita, disait qu'il voulait instaurer un socialisme à la cubaine... C'est en cette periode que Hachemi Cherif était sous-prefet à Palestro et son camarade, Abderrahmane Chergou à Miliana (un homme d'une grande probité, d'un grand courage et d'un amour fou pour la pays et qui fut assassiné par les islamistes dans une cité populeuse où il a continué à habiter malgré ses prises de position sans complaisance et les menaces patentes qui pesaient sur lui). A l'époque, le représentant des berberistes, trop impatient, fut poussé à l'insurrection (je sais que cette classification va faire grincer des dents...) et le représentant des islamistes fut interdit d'exercice en dépit de l'aura de son père...

Puis vint le 19 juin 1965. Le Parti Unique dut se recomposer. Les communistes furent impitoyablement pourchassés, les berberistes exilés et toute idée de contestation severement réprimée:

Le 22/10/66 debuta une réunion du conseil de la revolution qui se termina le 26 par une résolution au sujet de la "fuite" de Mahsas et Boumaza (qui n'étaient ni communistes ni berberistes, c'est vous dire dans quel maccarthysme s'était enlisé le pays !): leur adhesion au mouvement du 19 juin n'a procédé que de bas calculs et d'une ambition morbide du pouvoir. leur fuite à l'étranger conséquemment au remaniement ministeriel les concernant ne fait que confirmer leur conception opportuniste de la responsabilité. leur collusion avec les contre revolutionnaires à la solde de l'étranger est un acte de haute trahison..." peut-on y lire.

Mais ce n'est malheureusement pas à l'aide de seules resolutions que furent réduits les opposants...

Les arabo-islamistes se retrouvèrent propulsés aux commandes aux côtés des "nationalistes".

Usant d'un entrisme pernicieux et profitant des préjugés favorable de Boumediene surtout suite aux développements que connut la scène moyen-orientale et qui developpa l'idée du panarabisme, ils ont pu prosperer au detriment des forces de gauche qui se sont vues réprimées et c'est ainsi que Boumediene nomma le 12/9/66 Malek Bennabi conseiller technique au ministère de l'éducation, un ministère qui fut confié à Taleb El Ibrahimi (qui représentait et represente encore le courant islamiste soft) dont Mehri viendra assurer le secretariat general du l2/11/70 au 31/10/77 entre temps, Lacheraf qui représente le courant moderniste fut relevé le 9/10/74 de ses fonctions de conseiller à la presidence du conseil pour les affaires éducatives et culturelles et du centre national d'etudes historiques et envoyé faire l'ambassadeur en... Argentine ! Taleb réussit a instiller graduellement une empreinte ulemiste à l'histoire après avoir corrigé son nom en ajoutant El Ibrahimi à Ahmed Taleb le 20/7/70. Mais tout n'était pas si simple. Parallelement à la poussée islamiste, les gauchistes qui ont aussi découvert les vertus de l'entrisme en inventant "le soutien critique" commencèrent à grignoter des pans de pouvoir. Un échange de bons services eut lieu entre Boumediene et le PAGS par étudiants volontaires interposés.

Malgré l'autoritarisme du pouvoir, il y eut quand même des frictions parfois dramatiques. Mais ces frictions n'étaient pas pour déranger ce pouvoir qui les exploita tantot en encourageant une tendance tantot l'autre. Et c'est ainsi que se succédèrent les conferences islamiques alors qu'on amarrait solidement le pays à l'union soviétique grace à une cooperation tous azimuts... Ce fut l'époque où Abassi se faisait élire à l'APW d'Alger et où il tronait dans la commission d'arabisation de l'Université quand Kateb Yacine donnait en representation "Mohamed Prends ta valise" ou "l'homme aux sandales de caoutchouc".

Mais si les forces progressistes axaient leur travail sur les aspects économiques, et la prise en charge du quotidien, les forces traditionalistes faisaient un travail autrement plus porteur à terme puisqu'elle s'attelaient à moduler les esprits et c'est Taleb El Ibrahimi qui fit de sorte que l'on celebrat le 16 avril "jour du savoir" en hommage à Ben Badis qui eclipsa Ben M'Hidi, Benboulaid et Didouche des manuels d'histoire et qui fut considéré comme le pere spirituel de la Revolution, bien plus que l'Emir Khaled oublié ou Messali Hadj occulté ou Boudiaf exilé. C'est surement sous sa ferule que Boumediene decreta la fin du "week-end infidèle" pour le remplacer par un "week end islamique" le 11/8/76 après qu'il eut interdit par ordonnance ... l'elevage du porc le 27/2/75 ! Mais si les traditionnalistes arabo-islamistes se distinguaient par leur perseverance et leur foi en leur cause, les options socialisantes étaient minées à la base parce que ceux qui les théorisaient n'en étaient même pas convaincus et c'est ainsi qu'on retrouve au hasard des commissions des hommes qui ont démontré par la suite leur totale aversion de cette option. Jugez-en:

10/11/72 désignation des membres de la commission nationale pour la >Gestion Socialiste des Entreprises; on y rencontre Smail Hamdani, Driss Jazairi et... Abdelhamid Brahimi !

30/1/74: commission nationale du Statut General du travailleur (SGT): Belloucif et... Hidouci !

Et malgré les balises posées dans la Constitution de 1976:

Promulguée le 22/11/76, elle contient 5 fois le mot irreversible et son article 195 est d'une rigueur extrême puisqu'il dit en toutes lettres: aucun projet de revision constitutionnelle ne peut porter atteinte à l'option socialiste.

Malgré l'inamovibilité du FLN et sa surdité aux airs du temps:

Les Statuts du Parti, adoptés lors du Congrès du 27/1/79 contiennent  11 fois le mot socialisme...

Le socialisme, condamné par l'histoire, par ses propres servants mais aussi par tous ceux qui ne pouvaient y trouver le terrain favorable à la fructification des fortunes acquises en le parasitant, ce socialisme pourtant si bien protégé par les textes allait s'averer d'une incroyable fragilité.

A la mort de Boumediene, un pouvoir faible lui succéda. Messaadia, en gardien du temple arabo-musulman, fit du parti un appareil aux mains des forces arabistes et islamistes et en expulsa graduellement les autres composantes. La surenchère islamiste s'instaura avec plus de vigueur et le 14/3/81 on décreta l'inenarrable "arabisation de l'environnement"; le 6/3/84, le ministre des habous lance un appel d'offre pour l'impression de 50000 exemplaires des ecrits de Ben Badis et pour finir en apothéose, le 9/6/84 fut promulgé l'infâme code de la famille...

Entre temps, en 1985 s'effectua une jonction qui n'a pas fini de dévoiler ses secrets: celle des oppositionnistes revanchards: Ait Ahmed dont la bataille se résumait à un communiqué par semestre pour ne pas se faire oublier et Ben bella qui, pensant sans doute que seuls les imbeciles ne changent pas, avait troqué le bleu shangaï et le col mao du proletariat pour la barbe et la abaya des islamistes.

Lassés par les avatars arabistes du pouvoir et la nonchalance presque complice d'Ait Ahmed en qui ils voyaient pourtant leur père spirituel, les berberistes eurent un sursaut d'orgueil en 1980 et s'installèrent dans une subversion d'usure qui ressurgissait par intermittence sous differentes formes: culture, droits de l'homme... En même temps, galvanisés par le khomeinisme et poussant leur surenchère à l'extrème, les islamistes crurent le pouvoir à portée de fusil et déclenchèrent l'épisode Bouyali.

Aux abois, le pouvoir bousculé de chaque côté, abandonna la partie. Livré à des courants aussi irréductibles qu'impatients, le pays courait vers une veritable partition sanglante.

Le hola fut mis par l'armée et les gens de bonne volonté qui reprirent les choses en mains... La suite, on la connait.

C'est ce pouvoir incolore et inodore mais le seul à pouvoir conserver le pays à l'abri des apetits des uns et des autres qu'aujourd'hui on veut casser sans savoir (ou en sachant pertinemment) que face à l'irreductibilité des prétendants, il est aléatoire d'esperer arriver à une cohabitation sans cette zone tampon qu'il représente.

Quant à affirmer que Hamrouche ferait mieux l'affaire que Bouteflika, c'est prendre le peuple, la logique et l'histoire pour moins que rien...

En quoi Hamrouche serait-il moins "Pouvoir - régime - système" que Bouteflika, lui qui portait le parapluie de Boumedienne et qui fut nommé directeur du protocole à la presidence le 1/5/79... Lui qui fut premier ministre de Chadli après avoir conçu les réformes dont on voit aujourd'hui l'efficacité...

Et puis, que peut donc faire Hamrouche et qui ne serait pas à la portée de Bouteflika ?

Espère-t'on qu'il réussira à convaincre les opposisionnistes à "participer" et même si ça devait se faire, n'y aurait-il pas, avec lui, création d'un oppositionnisme de remplacement ? (Qu'on s'entende, l'oppositionnisme n'est pas l'opposition...)

Bouteflika qui a le merite d'avoir été ejecté sans menagements du pouvoir et de s'être tenu à l'écart du système durant deux decennies a aujourd'hui un autre merite, celui non négligeable d'avoir réussi à faire cohabiter arabistes, berberistes, islamistes, revolutionnistes, démocratistes... Les oppositionnistes comme leur nom l'indique ne sont disposés à convivre qu'avec leur statut d'opposants. C'est demander l'impossible que d'esperer les arracher à cette option si confortable pour eux...

Et s'il n'y a pas révision globale du schema politique et abandon des chapelles pour des partis aux programmes moins exclusifs, il faut esperer que le Pays puisse toujours avoir en reserve des hommes qui ont su garder une équidistance de ces groupes irréductibles qui se sont erigés en partis politiques, afin de les nommer "présidents". Parce que s'il devait puiser de ces paniers à crabes, il condamnerait le peuple à des épreuves encore plus douloureuses que celles qu'il a vecues.

HARKIS D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

ll faut vraiment manquer de bonne foi pour affirmer ou admettre ou essayer de faire admettre que le "Nationalisme" et son anti-thèse sont des valeurs (et contre-valeurs) héréditaires, inscrites dans les gênes des géniteurs et transmises tout naturellement aux progénitures et encenser les descendants d'une lignée pour jeter l'anathème sur l'autre.

Nombre de "coquins" de harkis - j'en connais et vous en connaissez !... - sont les enfants de "dignes" maquisards et nombre de dignes maquisards - j ' en connais et vous en connaissez ! sont les dignes enfants dé fieffés collaborateurs. Nombre de valeureux Révolutionnaires -j'en connais et vous en connaissez ! ... sont les frères de vilains fantôches et la réciproque est si vraie...

La guerre, c'est cette machine infernale qui oppose à mort deux clans. Elle ne se suffit pas de détruire physiquement les bâtis et les Hommes; elle arrive à détruire irrémédiablement les liens les plus sacrés et les plus fermes qui unissent les Humains.

La collaboration est un phénomène connu. Elle découle de la lâcheté, du besoin et surtout de l'ignorance mais très rarement de l’intime conviction. Et le phénomène de la collaboration qu'on a vu naître sous nos cieux de 54 à 62 est très différent de celui par exemple que la France a subi sous l'occupation. Si en France il y'avait et il y'a encore dea nazillons qui, jusqu'à aujourd'hui continuent à considérer Mein Kampf comme leur livre de chevet, il est loufoque de croire que de pauvres hères qui, à ce jour ignorent que la terre est ronde aient pu se prévaloir en toute conviction d'idées colonialistes ou même de simple francophilie.

En réalité, le phénomène harki en Algérie est une conséquence logique, non pas d'une prédisposition atavique à la trahison ni d'une conclusion d'un cheminement dialectique quelconque ni de toute autre considération hautement philosophique ou métaphysique...

le phénomène harki trouve sa source et ses raisons dans l'abrutissement érigé en système de la Société Algérienne par la colonisation qui n'avait en fait que ce moyen pour perdurer; il est la conséquence de la déculturation des masses... C'est donc, contrairement à la collaboration des Klaus Barbie et autres qui était "voulue", une sorte de fatalité, une attitude"subie"... Les exceptions à cette règle existent bien sûr mais c’est pour mieux la confirmer.

Dans notre cas, c'est généralement par ignorance et par besoin que nombre de gueux affamés et brimés ont rejoint les troupes françaises qui, après les avoir détroussés et réprimés se sont converties en âmes pieuses leur offrant le gîte, la nourriture, la sécurité et un semblant de considération.

Il y eut, pourquoi l'occulter aussi, de ces abus qui, de part et d'autre ont contraint les gens a s ' intégrer dans l'un ou l'autre des clans. Et l'on ose maintenant, reconnaître que si le FLN a réussi- a "se noyer dans la population comme un poisson dans l'eau''. ce n'est pas toujours grâce seulement, à la force de persuasion de ses "commissaires politiques" mais en développant lui aussi sa stratégie de la persuasion musclée...

Comme il faut admettre que les Harkis n ‘étaient pas tous conscients de l’ignominie de leur forfaiture, il faut reconnaître aussi que les Moudjahidine n’avaient pas tous la conviction de Larbi ben M'Hidi ou de  Zighoud Youcef et nombre d’entre eux n'ont acquis la hargne du combat contre l’oppresseur qu’après avoir connu directement l’oppression – non pas de leur pays ou de leur peuple, par l’effet d’un nationalisme et d’un patriotisme inné mais par l’experimentation directe de préjudices  dans leur biens, dans leur chair ou dans leur âme.

D'un côté comme de l'autre, l'engagement fut une réaction dont le catalyseur ne fut pas l’idée abstraite de l’amour de l’Algerie ou de la France. L'engagement fut parfois dicté par de simples idées de revanche sur le sort ou sur l’homme. Et comme il nous a été donné de constater le ralliement de sacrés baroudeurs des cruelles légions coloniales au FLN, nous avons aussi déploré des rédditions avec armes et bagages de valeureux combattants de la liberté à la bannière tricolore... Et même dans ces cas, il n’est pas toujours exact que ce fussent de grandes notions qui aient été à la base des revirements. Ce fut parfois et très souvent pour de simples querelles de clocher ou d’insignifiantes questions de petite susceptibilité.  Des héros de nos Djebels ont, dans des moments de désespoir et de déception, rejoint les SAS les plus proches et des collaborateurs intraîtables – qui ont parfois réussi à se faire officiers de l’armée française – ont, dans des moments de lucidité rejoint le Djebel.

Entendons-nous bien... ceci n’est pas un réquisitoire pour pardonner les fautes, quoique pareil geste serait à l’honneur de ceux qui l’accompliront. Non, il n’est nullement dans nos intentions de préconiser cela. Ce que nous voulons, c’est susciter un débat dépassionné qui permette de discuter de ce sujet qui continue à engranger les tabous et que certains trouvent leurs comptes en le conservant sous la chape du silence et de l’interdit qui le couvre depuis trois décennies...

Déculpabiliser un sujet ne veut pas dire disculper ses acteurs... Mais ces inculpés sont connus, il serait malhonnête de continuer à entretenir l’amalgame sur cette culpabilité. La propre fille de Staline vivait dans les années de plomb sous la bannière étoilée et personne n’est arrivé à l’accuser de stalinisme comme personne n’a reproché à Staline la conduite de sa fille. La soeur de Castro dirigeait en Floride les aigris du castrisme sans pour autant qu’elle ne soit récusée pour castrisme et sans que Fidel n’ait été appelé à rendre des comptes sur l’engagement de sa soeur....

Et nous, nous nous évertuons à entretenir un complexe de culpabilité,qui ne nous avance à rien, d'une partie de notre population qui, par réflexe d'autodéfense, s'abrite dans la première chapelle qui lui reconnaît sa considération, sa citoyenneté pleine et entière et son droit le plus absolu à participer à l'édification d'un Pays qui lui appartient à elle aussi.

Il est très dangereux de faire endosser à la progéniture les fautes de ses géniteurs. Le faire, c'est recloisonner les Algériens en citoyens de première et de seconde zone; toutes idées patriotiques ou religieuses mises à part, c'est ce cloisonnement qui a permis à Novembre de prendre forme dans les revendications assimilationnistes des prémices de 54.

Et 62 n'est pas venu détruire une forme de cloisonnement pour la remplacer par une autre.

Le Nationalisme, Messieurs, ce n'est plus seulement une déclaration de circonstance !... Le Nationalisme c'est l'amour de la Patrie et l'Amour de la Patrie c'est un sacrifice permanent.

A voir les gens se bousculer devant les portes des ambassades pour aller voir comment on a fait fleurir la Californie, on ne peut que croire que les harkis sont de nouveau parmi nous. Des Harkis qui refusent de se retrousser les manches pour aller faire les pionniers au Far South mais ne rechignent pas à à s'abaisser jusqu'à terre pour aller se dorer au Far West.

Les Harkis d'hier ont au moins l'excuse de croire à l'époque que l'horizon du monde se limitait aux montagnes qui encerclent leurs villages... Ceux d'aujourd'hui savent, même s'ils n'ont jamais été à l'école et grâce aux formidables moyens d'information, que le monde n'est pas si petit et que l'Algérie est un Pays dans toute l'acception du terme.

L'on ne peut aussi s'empêcher de penser que les Harkis d'un genre plus pernicieux sont parmi nous ; non pas dans ce fantasmagorique Hizb França qui n'existe que comme épouvantail, mais dans cette foultitude de magouilleurs qui n'aiment l'Algérie que dans la bonne chair et les bonnes affaires qu'ils y trouvent ou y fomentent... Ceux-ci sont encore plus vilains et plus dangereux que les petits rêveurs qui pensent trouver l'Eldorado en Australie et au Colorado; ils sont bien plus vilains et plus nocifs que les pauvres bougres qui hier, n'ont très souvent  voué leur âme au diable que parce qu’ils n’ont pas trouvé à quel saint se vouer...

Et, à voir ce que cette troisième catégorie de Harkis a fait de notre Algérie, on ne peut que très difficilement reprocher aux deux premières leurs agissements...

LACHEZ LE DHAD ET LE CROISSANT ! 

Je vais vous dire pourquoi tout un beau monde ne se reconnait plus Arabe après avoir vécu sa propre identité en totale symbiose avec l'arabité, ni même musulman après avoir vécu sa foi en toute bonne foi.

Et puis d'abord une petite, toute petite levée d'équivoque: "est arabe celui qui parle l'arabe" - el a'rbi elli tkellem l'aarbia ou, pour les puristes: "innama el a'rabiyou men takallama el a'rabiyata". L'arabité n'est pas une caracteristique raciale, culturelle ou religieuse. Elle transcende tout ça et la preuve en est administrée par toutes les éthnies, toutes les cultures, toutes les religions qui y cohabitaient sans heurts depuis bien longtemps. Ce sont les arabistes et les islamistes qui veulent réduire cette caracteristique exclusivement linguistique qui transcende les cultures et les croyances, aux dimensions dans lesquelles ils pourront s'y imposer comme clérgés. Ce n'est ni la grandeur de l'Islam ni celle de la race arabe (qui, comme la "race juive" reste indefinissable) qui interesse ces clergés, c'est le confort d'une situation de leadership qu'ils recherchent. L'Islam n'a jamais été un imperialisme culturel ni une secte unanimiste lui qui reconnait les "chou'oub et les kaba'il", qui ne fait aucune difference entre les "arabi et les a'adjami" qui ne regarde pas "la couleur de vos peaux"... L'arabe pour sa part n'a pas à s'imposer comme langue vernaculaire là où, à l'évidence elle n'est que véhiculaire... Et les ennemis de l'Islam et de l'Arabe sont plus ceux qui veulent leur imposer des domaines ou des fonctions qui ne sont pas les leurs que ceux qui résistent à ces agressions.

Les kabyles de chez nous n'hésitaient pas, il n'y a pas si longtemps à bomber le torse (ou a baisser la tête) en se retournant le pouce contre leur poitrine pour dire avec orgueil ou pour reconnaître honteusement leur identité en avouant: "noukni s'ou'aaraven !"...

Aujourd'hui, résistants très mal aux velleités insistantes des nouveaux clergés arabistes ou islamistes (et très souvent arabo-islamistes), ils vous montrent d'un doigt vindicatif en vous criant à la face: "koun'wi s'waaraven !"... C'est ce qui explique qu'il n'y a pas si longtemps, El Anka, Dahmane, H'Sissen, et même Slimane Azem et Cheikh El Hasnaoui ou, plus près encore, Sami et Hamidou n'éprouvaient aucun complexe à chanter en Arabe alors que maintenant, c'est presque un sacrilège que de demander à un chanteur kabyle de proférer un traitre mot en arabe.

Les nouveaux clergés oublient une chose: après les quelques batailles des "foutouhettes" l'Islam et l'Arabe n'ont pas eu beaucoup de difficultés pour se faire accepter... On les a adoptés pendant des siècles parce qu'il n'y avait aucune idée de domination derrière eux et surtout aucune idée de propriété ou de chasse gardée. Si aujourd'hui il y a ce phénomène de rejet, c'est parce que certains ont en fait leurs propriétés personnelles et les utilisent comme moyens afin d'imposer leur suprématie et leur domination et par delà, leurs lois et leurs conceptions et leurs concepts. Ainsi, tous les merites des anciens "moubachirines" et autres "moudarrissines" aussi sympathiques que persuasifs se trouve battu en brèche par les nouveaux missionnaires dont la hargne et la brutalité n'ont d'égales que la morgue et la suffisance.

Et ce qui est certain, c'est que c'est la piètre image qu'ils donnent aujourd'hui de la langue et de la religion qui fait fuir ceux qui n'ont en jamais douté auparavant.

Alors, au lieu de faire feu de tout bois contre les arabophobes ou de vouer aux gémonies les infidèles, lachez le dhad et le croissant, vous les asphyxiez dans vos étreintes trop exagérément passionnées pour être sincères; et vous serez responsables devant Dieu de tout le mal que vous faites au Coran et à sa langue...

QUE REVIVE LE CULTE DE NOTRE PERSONNALITE !

Pour faire passer la fadeur des débats politiques entre dinosaures et donner des couleurs au quotidien métro boulot dodo des beaufs, la grande meute journalistique hexagonale rabat à l'occasion quelque gibier médiatique et lui tombe dessus à bras raccourcis. Et pour joindre l'utile à l'agréable elle use de tous les artifices informatifs: gros plans, flash back, poids des mots, choc des photos , etc. . . afin de faire par extrapolation de tout insignifiant fait divers un hymne à la civilité de Fafa en en faisant un réquisitoire contre la sauvagerie d'autrui...

Voyez comment elle a déployé tous ses micros et caméras pour montrer le petit tatar russe qui a trucidé six de ses proches (il était pourtant très intelligent puisqu'il avait appris le français en moins de deux années (sic) . . -ï ; voyez aussi comment elle s'en est allée traiter à coup de grosses manchettes l'affaire de Sabrina qui a étranglé Leila dans les toilettes d'un lycée et voyez avec quelle douceur elle a déniché quelque part ce courageux petit français de quatorze ans à peine qui a sauvé une concitoyenne de 3 ans de la noyade en se jetant dans une eau qui ne faisait pas moins de 14 degrés Celcius (courageux et modeste en plus) (resic).C'est de bonne guerre ! Pour cultiver le prestige d'un peuple, la presse dont c'est aussi le rôle (malgré tout ce qu'on ergotera) fait des comparaisons en catimini entre la petitesse des autres et la grandeur des siens.

Ce qui est de très mauvaise guerre, c'est notre comportement sado-masochiste à nous autres qui, à longueur de colonnes et à flots de salives, ne savons faire de comparaisons qu'entre la pseudo-grandeur d'autrui et la pseudo-petitesse des nôtres...pour nous étonner apràs coup de rencontrer des con-citoyens et con-patriotes qui n' interprètent la citoyenneté et le patriotisme que comme de parfaites conneries...Nous qui portons encore comme un étendard notre complexe du colonisé et nos masques blancs sur nos peaux noires, nous devrions - imiter pour imiter - prendre exemple sur ceux de l'autre rive de la mare nostrum et développer un peu ce culte de notre personnalité au lieu de continuer à vouer notre génie aux gémonies en faisant par comparaison l'apologie surfaite du génie d'autrui.

ILS ONT SEME LE VENT... NOUS RECOLTONS LA TEMPETE


Il y a, comme ça, des affirmations pourtant gratuites car ne reposant sur aucune étude
ou expérience, qui finissent pas "'établir comme vérités, parce qu'elles constituent les explications les plus faciles ou les moins compromettantes ou... les plus utiles à ceux qui les lancent ou qui les exploitent.

Il en est ainsi de cette sempiternelle ritournelle qui veut absolument nous faire admettre que ce sont les exclus et autres marginalisés du système qui constituent le gros de troupes de tueurs à gages qui donnent libre cours à leur appétit insatiable en bon sang pur d'Algériens sans reproches.

C'est une très subtile manière de donner quelque part raison à ces hordes nihilistes en donnant à leurs actes désespérants et désespérés, si ce n'est un blanc seing, du moins des circonstances atténuantes.

En fait, il n'en est rien de tout cela. Les pauvres bougres de hitistes en voyage continuel dans leurs rêves australiens ont d'autres problèmes et leur recherchent d'autres solutions: c'est la même chose pour tout le "quart monde" des pauvres "zouafra", occupé à joindre deux bouts qui s'éloignent chaque jour un peu plus, tirés d'un côté par une démographie galopante et de l'autre par une inflation vertigineuse. Les exclus du système ne le sont pas seulement depuis 1991 et le "système" lui même a été mis" out depuis cette date... alors, parler d'"exclus du système" qui en veulent au "système'", c'est, ma foi, aller trop vite et trop "simplistement" en besogne .

Ceux qui exécutent cette noire partition que des maîtres d'orchestres insoupçonnés dirigent de quelques sombres offices d'ici et de nombres de perfides officines d'ailleurs, ce ne sont pas ceux qu'on appelle les "marginaux et autres exclus" mais de respectables ( pas au sens d'"honarabies" bien sûr) rentiers guidés, les uns, par la volonté de préserver un pactole aussi facile que sale qu'ils ont amassés en parasitant un socialisme très permissif, et les autres, par de sombres idées revanchardes sur une Révolution qu'il considèrent arrivée à un degré de sénilité ne lui permettant plus de faire face enfin au moment attendu depuis plus de trente ans pour lui faire rendre gorge.

Et ces tristes sires se recrutent généralement parmi une faune de petits pseudo érudits ayant acquis quelques rudiments de connaissances d'une école pervertie de sa mission de dispensatrice du savoir pour être orientée vers la fonction de "moralisatrice"; ils se recrutent aussi parmi des pseudo-commerçants (fruits et légumes, olives, pièces détachées..) qui n'ont appris entre les mains expertes de leurs aînés, de l'art de commercer, dans sa pureté et sa noblesse, que les vilains trucs de la rétention des stocks, de la spéculation et des soultes occultes. Ils se recrutent encore dans les
employés d'une administration brouillon qui a fait par la grâce de la promotion interne, de tous les sous-fifres sans bagages ni conscience, des chefs (de bureau, de section, de service...). Ceci n'est qu'un échantillonnage très limité des pourvoyeurs de la Causa Nostra dielna en "anges de la mort".

D'autre part, ceux qui ont décidé un jour de rejeter comme une partie négligeable les
pauvres hères qui sont venus s'agglutiner faute de mieux dans les misérables
bidonvilles des périphéries de la capitale pour pouvoir montrer à leurs illustrissimes
hôtes un makam sans tâches alentours et qui les ont renvoyés dans les djebels sans
leur donner les moyens d'y rester et sans faire trop cas du déracinement culturel ainsi
produit, ceux qui ont lancé sans aucune intelligence îa construction d'immondes cités
dortoirs pour caser un peuple dans des clapiers aussi mal conçus que mal famés, ont
aussi programmé cette descente de tout le pays vers les abîmes de la désespérance. Ils
doivent être comptables du désastre devant le Peuple qu'ils ont grugé et floué et qu'ils
continuent à utiliser dans leurs sombres combines. Parceque aujourd'hui, le gros des
troupes de nihilistes provient de cette frange de la pôpulation qu 'on à humiliée en la
chargeant sur des camions militaires, comme un bétail à envoter paître ailleurs, dans
des zones éloignées afin quelle ne dérange pas la quiétude d'une nouvelle bourgeoisie
arriviste qui s'est construit sur le dos de la "canaille" des quartiers huppés.

Et il est illusoire de prétendre arriver à éradiquer comme par un effet magique ce
terrible cancer par la matraque, les saupoudrages politiciens ou la culture de la
nostalgie d'une grandeur révolutionnaire passée. Tant qu'on ne s'attaque pas aux
causes qui ont pour noms:

-Ecole détournée de sa vocation

-Ordre des valeurs totalement bouleverséé par l'intrusion d'un lucre agressif et sans
commune mesure avec nos potentialités créant un algérien mutant qui veut toujours
ch... plus haut que son c...(hachakoum f)

-Administration complètement corrompue eet en déphasage total avec la réalité (et dont
les conséquences et la facture sont excessivement lourdes: agriculture à vau-l'eau,
commerce anarchique, système de santé lépreux, industrie agonisante, tourisme mort
né. artisanat déliquescent, trabendo gêneralisé, fiscalité idiote...)

-Urbanisation et aménagement du territoiire totalement inappropriées...
tant que ces causes ne sont pas prises à bras le corps par un pouvoir qui n'aura pas
peur des poussées fébriles du peuple et qui aura le courage d'assumer son
"impopularité" en allant au fond des choses même s'il doit bousculer des vérités toutes
faites et des tabous tenaces, il faudrait s'attendre à ce que le feu, même s'il donne
l'apparence d'être éteint ne fera que couver sous la cendre pour se réveiller encore dans
des brasiers qui finiront par tout emporter et qui transformeront en cauchemar le
grand rêve pour lequel sont morts un million et demi d'Algériens.

Imputer la terreur aux seuls "désoeuvrés" c'est remettre sur le tapis cette explication de
la "Révolution d'Octobre 88 "par la simpliste hypothèse de l"'émeute du pain" ou de
"chahut de gamins". En trente années d'"expérimentations Révolutionnaires" on a
réussi à fabriquer des Algériens (c'est trop dire !...) mutants qui ne savent rien faire
d'autre de leur fêtes vides, de leurs pieds ankylosés et de leurs mains amorphes que
tuer pour quelques francs ou...pour îe plaisir de tuer. Et le malheur, c'est que les
damnés Frankeinstein et autres Dr Mabuse qui les ont conçus continuent à jouir
impunément du spectacle sanglant des oeuvres de leurs sinistres créatures du haut des
balcons fleuris de leur luxueuses demeures..

Ignorer par ailleurs, ou feindre d'ignorer les terribles fractures qu'a occasionné au
corps social le mouvement national dans sa dialectique (Harkis, Messalistes,
Communistes, Islamistes, Arabistes, Berberistes, Marabouts, Centralistes...), c'est jeter
un voile pudique sur un corps en putréfaction - sans plus !... Ces problèmes existent et
empoisonnent la vie de larges franges de la population. Il faut impérativement avoir le
courage politique de les assumer en les démythifiant pour pouvoir leur trouver les
compromis (qui ne signifient pas obligatoirement "compromissions") susceptibles de les
désamorcer en douce pour restaurer la confiance du citoyen dans son état, dans ses
dirigeants et.. dans ses concitoyens. Parce qu'il ne faut pas se leurrer ! nombre
d'épreuves qui nous sont imposées ne sont que résurgences d'un passé mal assumé et de
fractures mal cicatrisées...


CULPABILISATION INJUSTE

Il y a dans les réquisitoires culpabilisants qu’on lance à la face de nos élites ou de notre peuple quelque chose de profondément injuste.

Il y a dans certaines comparaisons entre nos performances et celles de nos voisins quelque chose de fondamentalement faux.

Et si on veut véritablement remettre sur pieds ce pays terrassé non seulement par des décennies d’expérimentations hasardeuses mais aussi et surtout par une déstructuration totale du fait d’une colonisation brutale et d’une décolonisation encore plus brutale, il faut impérativement cesser de le considérer comme une motte de pâte à modeler.

Nos élites et notre peuple ne sont ni plus ni moins méritants que ceux des autres pays de notre voisinage immédiat ou même des confins du monde.

Ce sont les politiques que chaque nouveau chef - à tous les niveaux de responsabilité - s’empresse de changer pour se démarquer de son prédécesseur qui ont instauré cette situation de chantier toujours recommencé.

Depuis l’indépendance, en tout lieu et de tout temps, des plus insignifiants postes de décisions aux plus hautes charges de l’état, on a défini et appliqué la " stratégie " selon un seul et unique critère: faire le contraire du prédécesseur.

Et Bouteflika ne s’est nullement trompé en affirmant que ceux qui devaient gérer le pays après Boumédiene n’avaient qu’une idée fixe en guise de programme: détruire Boumédiene.

Il reste à espérer qu’il n’adopte pas ce pêché mignon en guise de programme lui aussi... Et, il faut l’avouer, la gabegie paraît si évidente qu’il lui sera extrêmement difficile de ne pas succomber à la tentation...

En réalité, si nous n’avons pu rendre performants ni l’agriculture, ni l’industrie ni l’enseignement etc... c’est parce que nous n’avons pas encore réussi à les stabiliser, pour une grande part à cause de cette satanée propension à considérer les décisions d’autrui comme des inepties consommées pour les remplacer par d’autres décisions très simplistes car basées sur un seul principe, celui de faire le contraire...

Et là où ça devient littéralement hilarant si ce n’est le tragique de la chose, c’est quand, à chaque fois, les décideurs (quel que soient leurs niveaux de décision), trouvent toujours, non seulement les techniciens qui, forts d’un argumentaire éminemment techniciste, arrivent à justifier leur point de vue mais aussi des hommes de l’information qui leur font la propagande, des élus qui les cautionnent et une masse populaire qui les applaudit à tout rompre.

Et c’est ainsi que nous pouvons rencontrer dans ce pauvre pays éprouvette des ministres qui ont défendu la GSE et la Révolution Agraire puis qui ont allègrement enfourché les coursiers de l’économie de bazar sans même expliquer leur cheminement ou s’excuser pour ces retournements de vestes.

Prenez par exemple cet éminent et sémillant ministre Hamrouchien qui s’est converti en réformateur convaincu et en partisan plus que zélé du libéralisme et qui est même arrivé à écrire un livre sur la perversion politique et relisez le JORADP; vous découvrirez qu’il siégeait à la Commission Nationale de La Révolution agraire le 21.01.1971 et que le 30.01.1974, il était membre de la Commission chargée du SGT...

Ne peut on pas conclure quelque part que certaines options étaient insidieusement minées à la base par l’insertion préméditée dans leur processus de maturation puis dans leur exécution d’agents chargés délibérément de les saboter ? Le parcours de nombre de grands et gros responsables incite à bien y réfléchir...

Mais si le pays n’arrête pas de se faire charcuter sans anesthésie sur le billard de l’imbécile suffisance par des apprentis chirurgiens depuis 62, c’est aussi parce qu’il souffrait au départ d’une totale désarticulation.

La décolonisation qui s’est opérée en douce en Tunisie et au Maroc n’a disloqué aucun secteur et n’a détruit ni les principes de gestion ni les droits de propriété. Elle a même assuré la continuité de l’ordre social, le pêcheur restant pêcheur, l’éleveur éleveur, le khammas khammas et le propriétaire propriétaire.

Il n’en fut pas de même chez nous où, à l’insoluble problème de la propriété est venu se greffer un incroyable essor démographique, culturel, cultuel, et industriel qui a bouleversé l’ordre social d’un peuple maintenu durant 132 ans dans un dénuement moral, culturel et physique qui, sans son incroyable capacité de résistance, lui aurait été fatal comme il l’a été aux indiens d’Amérique.

C’est peut-être , nonobstant les drames humains, l’un des plus grands griefs qu’on doit retenir contre la colonisation qui, non contente d’avoir littéralement sucé le pays, l’a abandonné en y laissant une multitude de bombes à retardement dont la moindre n’est pas ce problème de " bien vacants " qui a fait que le " socialisme ", ses passes droits, son égalitarisme castrant et ses parasites inévitables fut quasiment imposé...

Et même si c’est le contraire qu’on a toujours déclamé, c’est en réalité pour se débarrasser de ce " socialisme " que le pays n’arrête pas de s ’ébrouer douloureusement depuis 1962.

Monsieur le Président a blâmé les Algériens pour leur faibles performances dans l’agriculture en reconnaissant que nous obtenons laborieusement 6 q/ha alors que nos voisins atteignent allègrement 60 q/ha...

Que les groupes de pression - quelle que soit la légitimité dont ils se revendiquent - arrêtent de défendre l’indéfendable statut d’une terre qui appartient à tout le monde et à personne; que le droit de propriété plein et entier - celui qui permet à l’homme d’investir et de s’investir totalement - soit reconnu à l’exploitant, que l’Etat comme tout état qui se respecte subventionne les intrants au lieu d’encourager l’importation et l’on verra, au bout de deux à trois années ce que cette terre si généreuse et ces bras si disposés sont capables de donner...

Parce que, à force de répéter qu’il faut se retrousser les manches, on ne fait que culpabiliser injustement tout un peuple qui n’est pas amorphe par un quelconque atavisme.

Si cette masse de bras ne fait rien, Monsieur le Président, c’est seulement parce qu’on ne lui a pas permis de faire quoi que ce soit en ne lui donnant rien à faire...

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