L’émission « Au nom de la loi » du 3 juin 1998 a fait le bilan de près de deux ans d’enquête. Sa conclusion : Dutroux était un malfaiteur solitaire profitant des dysfonctionnements stupéfiants de nos systèmes judiciaire et policier.
Au mois d’août 96, le désastre Dutroux fait vibrer la Belgique. En vingt mois, l’affaire connaît de nombreux ricochets : les trafics de voiture à Charleroi, l’apparition des témoins X et de la secte Abrasax, l’hypothèse des protections et de réseaux pédophiles...
« Nous avons tous participé volontairement ou involontairement à une immense manipulation de l’opinion publique », déclarait Claude Eerdekens lors de l’émission. Il a laissé entendre que certains parlementaires auraient joué d’intimidation morale en voyant des réseaux et des appuis de pédophiles partout.
En réaction à l’émission, le député Ecolo Vincent Decroly s’est fortement opposé à ces affirmations : « C’est la Justice qui établira la vérité. Soit Dutroux est un prédateur isolé, soit il existe des réseaux. Toutes les hypothèses doivent être envisagées ».
René-Philippe Dawant dans son livre « L’Enquête manipulée », paru aux éditions Luc Pire, écrit : « La Belgique n’est pas le paradis de la pédophilie à la merci d’un réseau tentaculaire d’ogres sataniques mangeant des petits enfants ». Selon l’auteur, ex-journaliste d’ « Au nom de la loi », Dutroux a enlevé quatre enfants et deux adolescentes aidé par Michel Lelièvre, Bernard Weinstein et le silence complice de Michèle Martin : « Rien à voir avec le trafic et la maltraitance d’enfants ».
Alors, que penser aujourd’hui d’un système judiciaire prêtant foi tantôt à telle déposition, tantôt à telle machination ou plus ahurissant encore, libérant Dutroux après son évasion (le 23 avril) dans un arrêt de la chambre du conseil de Neufchâteau en mai dernier ?
Peut-on entrevoir une représentation policière mieux portante avec la réforme des polices approuvée par les huit partis politiques le 24 mai, « un accord historique » ?
La presse doit-elle renseigner la masse de l’état des travaux ou, comme l’a mis en relief l’ex-commissaire Jacqueline Herzet sur les antennes de « Mise au point » (le 7 juin), ne vient-elle pas « déstabiliser l’opinion » ? Maître Arnauts, avocat d’un témoin X et conseil de la famille Benaïssa déclarait lui-même : « Avec les médias, nous assistons à un festival de courts-métrages ! »
L’émotion a-t-elle pris le pas sur la lucidité ? Il y a fort à gager que oui.
Pour être en mesure de commettre ses crimes, Dutroux aurait été inexpugnable par le fait d'acteurs hauts placés de notre société... Michel Nihoul, serait, lui, le grand instigateur du trafic d’enfants... L’instruction démontre plutôt que Dutroux est passé au travers des mailles de filets judiciaire et policier délabrés par « une guerre » des polices, des graves lacunes au niveau de la communication et des moyens entre parquets et magistrats...
« Le point de Départ, c’est le calvaire de deux petites filles de 8 ans, Julie et Mélissa, détenues par Marc Dutroux pendant près de neuf mois, alors même que la gendarmerie considérait ce dernier comme « un suspect intéressant » », rappelle R-P. Dawant.
« C’est parce-que personne n’a voulu clairement en assumer la responsabilité que l’affaire Dutroux a pris un tour aussi délirant ». Selon cet auteur, la gendarmerie, les médias, les membres de la commission d’enquête parlementaire se sont laissés emporter, de fausses informations se sont propagées, de même que de faux témoignages.
Après l’évasion de Dutroux, en avril dernier, deux ministres ont démissionné, Stefaan De Clerck et Johan Van de Lanotte.
L’affaire Dutroux, en révélant les nombreux dysfonctionnements, a été à la base de la réforme des polices et d’une magistrature qui, depuis des années, prétendent à une amplification de leurs moyens.
Le centre pour enfants disparus Child Focus a été créé.
Pour R-P. Dawant, « c’est en gardant à l’esprit le drame de ces deux petites filles mortes abandonnées dans la cache d’un pervers, en n’oubliant jamais les erreurs commises, en restant conscient de tous les excès et des drames personnels provoqués pas le train fou de Neufchâteau, qu’on aura la force de continuer à exiger, encore et toujours, une justice plus juste ».