La véritable solution : Un État démocratique et laïc.

Ce texte est pris de deux conférences que j’ai livrées en mai 2008 et mai 2009 à l’Université  McGill à Montréal et à l’Université de Waterloo en Ontario respectivement.  Le contenu se résume aux points suivants :

1.      La source du problème / du conflit personnalisé  ou la Nakba

2.      La nature du sionisme ;

3.      Gaza et le génocide en cours ;

4.      Structure de la stratégie médiatique des sionistes ;

5.      La nature de notre lutte et stratégies ;

6.      La question de deux États ;

7.      La véritable solution : Un État démocratique et laïc.

1. La source du problème / du conflit personnalisé  ou la Nakba:

Mon nom est Rezeq Faraj,  je suis né en Palestine avant la création de l ‘État d’Israël. Mon village Dayr Rafat est situé à 26 km  à l’ouest de Jérusalem, 300 mètres au-dessus du niveau de la mer. En 1948  sa population était de 499 habitants et 157 maisons. Ses terres étaient de 13242 dunums *[1], dont 12996 appartenaient  à sa population musulmane et chrétienne. 246 dunums étaient de propriété publique.  Il y avait là une mosquée et un monastère. Le monastère existe encore aujourd’hui. Les 157 maisons et la mosquée ont été complètement détruites. Dayr Rafat a été complètement détruit (à l’exception du monastère) durant la deuxième moitié d’octobre 1948. Le village a subit un nettoyage ethnique le 18 juillet 1948. Mon père a été tiré, est devenu aveugle et est décédé un an plus tard. Mon frère aîné  a été tué lors de cette même attaque. Dayr Rafat a été victime de la deuxième étape de l’opération Danny, brigade Har’el, et de l’assaut militaire des troupes juives. En 1998, on estime le nombre de réfugiés de Dayr Rafat  à 3036 selon les statistiques des Nations-Unies. Vous  vous demandez probablement pourquoi je vous raconte l’histoire de mon village.

Simple. C’est l’histoire de plus de  400 villages palestiniens qui ont été détruits et qui ont subit en 1948 un nettoyage ethnique sans précédent. Selon différentes sources 750 à 800 mille Palestiniens ont alors subit ce nettoyage ethnique.  En 1967, Israël occupe le reste de la Palestine et fait 150.000 autres réfugiés. Ces réfugiés sont  aujourd’hui plus de 5  millions. La population totale des Palestiniens est d’environ 10 millions  selon l’estimé des statistiques des Nations-Unies de 1998. La Nakba de 1948 et de 1967 est   une catastrophe humaine engendrée par  des humains. Cela fait 61 ans que la population palestinienne demande à rentrer chez-elle. Israël appuyé par les pays occidentaux et en particulier les États- Unis refuse ce droit. Le nettoyage ethnique continue encore aujourd’hui dans les territoires palestiniens sous occupation israélienne depuis 1967. Aujourd’hui 61 ans plus tard les réfugiés  palestiniens de 1948 et de 1967 sont  encore réfugiés. Le droit des Palestiniens de retourner chez eux est un droit inaliénable. Ce droit de retour est clairement reconnu dans la résolution 194 des Nations-Unies, dans la Déclaration Universelle des droits de l’homme des Nations-Unies et dans la convention de Genève. Le droit de retour est un droit individuel et collectif inaliénable. Ce droit de retour ne peut être dénié ou appliqué sans le consentement de la population palestinienne. La question primordiale : quand est-ce que ce droit de retour des réfugiés palestiniens sera t –il  mis en oeuvre ?

Si vous êtes un juif canadien, vous pouvez aller en Palestine / Israël, vous  y établir avec votre famille. Moi, qui suis né en Palestine avant même la création d’Israël je ne peux pas faire de même. Certes, je peux aller visiter avec un visa pendant quelque mois mais  il faut que je quitte après trois mois.  99 % de ma famille et parenté vivent encore en Palestine dans les camps de réfugiés autour de Bethléhem et en Jordanie. Pourquoi cela m’arrive -t-il à moi et à des millions de Palestiniens? Pourquoi nos droits humains et notre droit de retour sont ils déniés ? Pourquoi nous Palestiniens sommes-nous les seuls ou presque qui ne peuvent  pas retourner chez eux dans leur pays ?

Encore une fois la réponse à ces questions est simple si on lit un peu l’histoire.  

  2. La nature du sionisme;

Voici quelques citations qui illustrent bien mon idée:

  Théodore Herzl, le véritable père du mouvement sioniste écrivait dans son livre « Juden Staat »  « Pour l’Europe, nous constituerions là-bas un morceau du rempart contre l’Asie, nous serions les sentinelles avancées de la civilisation contre la barbarie. Nous demeurerons, comme État neutre, en rapports constants avec toute l’Europe, qui devrait garantir notre existence »[2]
Vladimir Jabotinsky, père de la droite sioniste écrivait en 1923 
« La colonisation sioniste ne peut progresser et prendre l’ampleur que sous la protection d’une puissance qui ne dépend pas de la population locale, à l’abri d’un mur de fer que la population locale ne peut franchir » [3]

En 1998 Ariel Sharon déclarait:

«Nous devons tous courir nous   emparer d’un maximum de sommets de collines afin d’agrandir les colonies, car tout ce que nous prendrons maintenant nous appartiendra…tout ce que nous laisserons leur reviendra»[4]

Ytzhak Shamir : « Les colonies de peuplement dans la terre d’Israël sont l’essence même du sionisme. Sans les colonies nous ne pouvons accomplir le sionisme. C’est aussi simple que ça. »[5] (traduction de l’anglais par Rezeq Farajr)

  Le ministre adjoint de la défense israélienne, M. Matan Vilnai a menacé le 29 fév.2008  à la radio de l’armée israélienne « Plus leurs tirs de roquettes vont s’intensifier, plus les Palestiniens s’approcheront d’un plus grand Holocauste….. »[6]

 

Voici quelques citations qui décrivent un peu les conséquences de cette politique  israélienne organisée et structurée depuis Herzl en 1896.

« La barrière de séparation lésera gravement les droits de centaines de milliers de Palestiniens. Cette aussière entrave à leur liberté de circulation restreindra leur accès à leurs lieux de travail, à leurs établissements de santé et à leurs institutions d’enseignement »[7]

  « Un génocide est en cours à Gaza…» Selon Pape, les dirigeants israéliens, et plus particulièrement l’armée, voient « Gaza comme une prison avec la communauté de détenus la plus dangereuse, qui doit être éliminée d’une façon ou d’une autre. » [8]

  « Est-ce une exagération irresponsable que d’associer le traitement infligé aux Palestiniens avec ce palmarès criminel d’atrocités collectives perpétrées par les nazis ? Je ne le pense pas. Les derniers développements dans la bande de Gaza sont particulièrement dérangeants précisément parce qu’ils expriment une intention absolument délibérée, de la part d’Israël et de ses alliés, de soumettre une communauté humaine entière à des conditions mettant sa vie en danger dans la plus extrême cruauté. La suggestion que ce type de comportement est en réalité un holocauste en devenir représente un appel quasi désespéré adressé aux gouvernements du monde entier ainsi qu’à l’opinion publique internationale leur demandant d’agir urgemment afin d’empêcher que ces tendances génocidaires ne culminent dans une tragédie collective »[9]
 
Le prix Nobel portugais, M. Jose Saramago qui visita en 2002 la Cisjordanie disait ceci à propos d’Israël « Je ne savais pas que pour protéger quelques personnes, la terre agricole doit être confisquée et la récolte détruite.  Je ne savais pas que pour assurer la sécurité à quelques personnes, des centaines de gens devaient attendre aux points de contrôle et aux barrages routiers avant qu’on leur permette d’entrer chez eux exténués, s’ils ne sont pas tués »[10] ((traduction de l’anglais par Rezeq Faraj)

  L’an dernier, de façon similaire,  l’Archevêque allemand, Gregor Maria Franz Hanke, en visitant la  Cisjordanie a décrit la politique israélienne envers les Palestiniens comme suit « Ce matin nous avons regardé des  photos des ghettos de Varsovie à Yad Vashem et ce soir nous allons au ghetto de Ramallah »[11]( (traduction de l’anglais par Rezeq Faraj)

  En d’autres mots, le peuple palestinien fait face à un problème structurel. J’appelle cela un mouvement européen de colonisation de peuplement connu sous le nom de Sionisme.  Pour bien se représenter la situation dans laquelle le peuple palestinien se trouve, les gens devraient imaginer que, depuis 61 ans, je dis bien 61 ans, la  population de plusieurs  villes et villages, vit dans des camps de réfugiés et dans la misère,  ayant subi un nettoyage ethnique sans précédent dans l’histoire de l ‘Homme  moderne. Ce nettoyage ethnique  a été planifié il y a cent ans par un mouvement colonial européen, le mouvement colonial  sioniste. Ce mouvement  devait dépendre d’une puissance européenne pour le protéger et protéger ses desseins en Palestine. Le protecteur a été d’abord la Grande Bretagne et aujourd’hui ce sont les États Unis d’Amérique.

C’est alors, qu’il y a 61 ans Israël était créé  grâce à un nettoyage ethnique de la terre de  Palestine de ses habitants, le peuple palestinien. En 1948, des villages et plusieurs villes ont  été détruits et la population chassée de chez elle à coup de massacres comme celui de Deir Yassin.  Aujourd’hui, les réfugiés sont plus de cinq millions entassés dans les camps de réfugiés partout au Moyen –Orient et dans les territoires occupés depuis 1967. Tout cela s’est passé devant les  yeux de la soi-disant communauté internationale.

Le nettoyage ethnique continue encore aujourd’hui dans les territoires palestiniens sous occupation israélienne depuis 1967. Herzl et Jabotinski ont dicté au mouvement sioniste le chemin à suivre quel que soit le gouvernement israélien en place. Le mouvement sioniste suit de façon méthodique et structurée la réalisation de ses objectifs. L’usage du slogan  « terre sans peuple pour peuple sans terre »,  « terre promise », l’usage déformé de la religion, la colonisation incessantes  des terres palestiniennes,  l’implantation de colonies de peuplement juives dans les territoires occupés a commencé en 1967 et n’a jamais cessé. Les implantations se sont poursuivies pendant les années d’Oslo, il y a plus de 450.000 colons juifs dans un nombre incalculable de colonies éparpillées dans les territoires palestiniens. Tous les gouvernements israéliens successifs ont œuvré pour contribuer à la réalisation de l’objectif de Théodore Herzl, la création de faits accomplis, le nettoyage ethnique de 1948, la politique d’immigration juive en Palestine sont quelques exemples suivis par tous les gouvernements israéliens, de droite ou de gauche. La liste est encore longue. C’est encore cet esprit qui est derrière la construction du mur de l’apartheid. La Cour internationale de Justice de La Hayes, organe judiciaire principal des Nations Unies, en a demandé la démolition. Sa construction est illégale et contraire au droit international ainsi qu’à la quatrième convention de Genève de 1949. La Cour a même demandé aux Nations Unies « d’examiner quelles mesures doivent être prises afin de mettre un terme à la situation illicite découlant de la construction du mur et du régime qui lui est associé »

Le mur est construit en territoires palestiniens sur les terres les plus fertiles de la Cisjordanie. Le mur relie les colonies les unes aux autres et permet ainsi aux Israéliens de s’emparer d’une énorme partie du territoire palestinien occupé depuis 1967. Le mur gruge 9% des 22% dont Israël a occupé en 1967. « Si nous ajoutons les colonies de peuplement et les autoroutes de contournement, il en restera à peine 9 % sur lequel on veut construire un état palestinien. Quelle farce! »  En plus du mur, il y a les routes de contournement réservées aux Israéliens et aux colons juifs, Quand on circule sur certaines de ces routes, on ne voit pas les villages palestiniens éparpillés dans la campagne environnante. Ces routes traversent les territoires  palestiniens en empiétant sur les terres palestiniennes. Les Palestiniens ne peuvent se rendre aux parties de leurs villages situées de l’autre côté ni y cultiver leurs champs. Pour traverser ces routes, ils doivent parcourir des kilomètres et des kilomètres et se présenter à l’un ou l’autre des points de contrôle qui les jalonnent. L’humiliation, l’indigence, voilà le lot des populations palestiniennes qui vivent près de ces routes ou près du mur. « Ces routes de contournement »[12] relient les colonies juives entre elles et les relient en Israël. Les points de contrôle restreignent la liberté de mouvements des Palestiniens, humilient la population palestinienne et aggravent les problèmes dus au manque de travail, aux privations et à la misère économique. Le mur fait en sorte que  « les colonies de peuplement »[13] israéliennes soient à l’intérieur d’Israël. Il y a environs 450 000 colons, dont 220 000 à Jérusalem et 230 000 ailleurs en Cisjordanie  « cette politique qui privilégie les 230.000 colons juifs au détriment des 2,1 millions de Palestiniens qui vivent en Cisjordanie a de nombreuses similitudes avec l’ancien régime de l’Apartheid en Afrique du sud»[14]

Les Israéliens essaient par différents moyens de réaliser le rêve de Théodore Herzl d’un État juif qui s’étend des rives du Jourdain jusqu’à la mer, habité uniquement par des juifs et dont toute la population palestinienne en a été expulsée. La destruction de plus de 400 villages palestiniens en 1948 et la poursuite de ces destructions jusqu’à ce jour n’ont qu’un seul objectif : s’accaparer les terres et se débarrasser des gens qui les possèdent. L’implantation de colonies de peuplement dans les territoires occupés a commencé en 1967 et n’a jamais cessé. Que dire de Gaza avec les réfugiés qui s’y trouvent depuis 1948, qui a été occupée avec d’autres territoires palestiniens depuis 1967 par Israël et qui, en particulier depuis l’évacuation des colons de Gaza, est soumis à la volonté de l’armée israélienne depuis 1967, qui subit comme en Cisjordanie, les assassinats dits sélectifs, les bombardements réguliers qui tuent et blessent hommes femmes et enfants, qui détruisent des maisons. Depuis août  2005 et l’évacuation des colons de Gaza, Israël affame, assoiffe la population palestinienne de Gaza. Gaza est devenue une prison à ciel ouvert. 1.5 millions de personnes se trouvent assiégées par terre, par mer et par air. Il n’y a pas d’électricité, ni de pétrole et il y un manque flagrant de médicaments et de nourriture. Depuis lors, la communauté internationale est toujours silencieuse face à ce génocide. Les dirigeants israéliens, et plus particulièrement l’armée, voient  Gaza comme une prison avec la communauté de détenus la plus dangereuse, qui doit être éliminée d’une façon ou d’une autre. Le ministre adjoint de la défense israélienne, M.Matan Vilnai a menacé le 29 fév.2008  à la radio de l’armée israélienne que  les Palestiniens s’approcheront d’un plus grand Holocauste. Et la situation  continue, parce que l’idéologie sioniste est bien structurée et basée sur le racisme, le nettoyage ethnique de la terre palestinienne de sa population. Pour arriver à ses fins Israël a utilisé et utilise encore aujourd’hui tous les moyens illégaux, coercitifs, militaires, économiques, psychologiques et environnementaux pour chasser le restant de la population palestinienne de chez elle pour la remplacer  par  les colons sionistes venants de partout dans le monde.

  3.Gaza et le génocide en cours;

La situation vécue depuis des décennies par les Palestiniens à Gaza et dans l’ensemble des territoires occupés, l’invasion armée par Israël à la fin de 2008 ont été qualifiés comme étant la perpétration d’un génocide. Cette attaque sur Gaza, avec les bombardements aériens et l’offensive terrestre, a exposé une cruauté poussée à son paroxysme avec la destruction des établissements publics comme les hôpitaux et la mort de centaines de civils. Un autre massacre qui s’ajoute à une liste que l’on n’ose pas mettre à jour trop souvent, car en identifiant les responsables elle peut mettre en péril leurs intérêts et exercer, par le fait même, une pression pour les traduire devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité.  Les génocides sont passés à l’histoire sans que tous leurs auteurs aient été jugés et condamnés selon les prescriptions du droit international en cette matière. L’impunité pour la majorité a prévalu.

Il me semble extrêmement important de faire le point à ce sujet car le peuple palestinien est présentement victime d’oppression et de nettoyage ethnique qui dure depuis 1948. Ce qui arrive à Gaza est le dernier épisode. Ce phénomène horrifiant continue de se produire..

Je crois que le seul moyen de prévenir ces tragédies humaines est de les ramener sans cesse dans la mémoire des citoyens, afin que ceux-ci puissent faire pression sur leurs représentants politiques pour que les principaux instruments de la gouvernance mondiale puissent intervenir de manière à agir efficacement sur le processus qui les génère et à les prévenir.

La notion de génocide:

«Selon l’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l'assemblée générale des Nations unies, le 9 décembre 1948, il est affirmé : «  Dans la présente Convention, le génocide s'entend de l'un quelconque des actes ci-après commis dans l'intention de détruire, ou tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :

    a) Meurtre de membres du groupe ;

    b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

    c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;

    d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

    e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe.  »

 

«Cette définition a été reprise dans l'article 6 du Statut de Rome le 17 juillet 1998, l’acte fondateur de la Cour pénale internationale.»

 

Le blocus ainsi que l’invasion armée d’Israël de la Bande de Gaza à la fin de décembre 2008 et au mois de janvier 2009 sont un exemple où la notion de génocide s’applique sans aucune ambiguïté. Le génocide à Gaza a provoqué un véritable cri de douleur entendu un peu partout dans le monde lors de manifestations tenues dans la plupart des grandes capitales au cours des dernières semaines et mois. «Arrêtez le massacre». Un appel lancé par des millions de manifestants et d’organismes pour la défense des droits humains. L’invasion de l’armée israélienne de la Bande de Gaza a causé la destruction d’un total estimé de 22 000 édifices publics et privés. Elle a  entraîné la mort de plus de 1, 500 personnes dont 410 enfants, 110 femmes et 199 vieillards. De plus environ 5300 personnes blessées dont 1855  enfants et 795 femmes. Tout cela  après des mois d’un blocus total du territoire. Il est permis de penser, en nous référant aux termes de la Convention mondiale pour la prévention et la répression du crime de génocides que les exactions perpétrées par Israël en Palestine concorderaient avec celles du crime de génocide. Les très nombreux rapports venant de témoins des actes d’Israël dans les territoires occupés et dans la Bande de Gaza ainsi que l’invasion armée de fin 2008 décrivent tout simplement une situation qui a pris l’ampleur d’une catastrophe humanitaire difficile à saisir et à décrire. Selon D. Van Hove, «la Palestine ne demande pas d’assistanat. Les capacités du peuple palestinien et de ses leaders sont remarquables…La Palestine nous demande simplement d’appliquer les normes de justice qui s’applique à tout pays. Etc. » Et comme depuis 61 ans, cette demande n’aboutit pas malgré les multiples concessions faites à l’État d’Israël, il est temps de nous rendre compte que nous nous sommes effroyablement trompés dans notre approche politique avec un État qui en a profité pour mener à bien une idéologie criminelle. Soucieux de préserver les acquis fragiles d’une jeune Nation née dans le traumatisme de l’après-guerre 40-45, les générations d’alors ont manqué de fermeté à l’égard d’Israël et au fil du temps, englués dans les relents d’une mauvaise conscience (adroitement entretenue) nous nous sommes montrés incapables de lui indiquer les limites. Et aujourd’hui, personne ne sait comment enrayer cette désastreuse descente aux enfers. 

Après avoir indirectement participé à ce génocide, soit par le silence, soit par l’appui tacite ou par l’appui déclaré, la soi- disant communauté internationale, après avoir permis le baiser de l’ourse, s’est réunie au début de mars 2008 (2 au 4 mars)  à Sharm El-Sheikh en Égypte pour verser les larmes de crocodile. L’argent promis par les États Unis (900 millions) sera donné à l’autorité collaboratrice de Mahmoud Abbas et non pour  la reconstruction de Gaza. Même après cette réunion, Gaza est toujours soumise au blocus israélien. Pendant que cette communauté internationale est réunie, les dirigeants israéliens déclarent à qui veut l’entendre qu’ils vont intensifier la colonisation de la Cisjordanie. De plus, les sionistes cherchent une façon pour expulser la population arabe (22% de la population totale d’Israël)  d’Israël vers d’autres destinations d’ou leur demande de reconnaître Israël comme état juif . Le nettoyage ethnique des palestiniens qui a débuté en 1948, s’est poursuivi en 1967 et continue sans relâche. Les massacres qui ont commencé en 1948 comme celui de Deir Yassin, en 1956 comme celui de Kafer Kassem, en 1967 comme durant la guerre de six jours, en 1982 comme le massacre de Sabra et Shatila (camps de réfugiés palestiniens) au Liban, en 2002 comme le massacre de Jenine et en 2008 et 2009 à Gaza. À quand le prochain massacre dans la poursuite du génocide?

Des livres sont et vont être écrits sur ces sujets ce qui n’aidera pas la population qui subit ces nettoyages ethniques, ce génocide, ce massacre ou encore ceux qui seront sous occupation sous le régime d’apartheid israélien. 

4 : Structure de la stratégie médiatique sioniste;

1. Définir les termes du débat, et vous gagnez le débat. Très tôt les sionistes ont défini le contexte, le point de départ, le fil  conducteur qui façonnera la compréhension de l’attaque sur Gaza. Par exemple : les sionistes ont réussi avec la répétition constante à établir la notion que le conflit a commencé le 19 décembre 2008, date prévue de  la fin du cessez le feu de six mois entre Israël et Hamas.. Israël a défini que Hamas a  unilatéralement  mis fin au  cessez- le- feu.  Ce faisant, Israël ignore,

2.Reconnaître que les stéréotypes fonctionnent car pendant des générations, le conflit israélo–palestinien a été défini par des images culturelles positives des Israéliens  et des images négatives pour les  Palestiniens. (Israël la seule démocratie au Moyen-Orient versus les terroristes palestiniens) Les propagandistes  israéliens ont des avantages ici qu’ils peuvent plus facilement exploiter, parce que le fil conducteur a toujours été présenté comme un problème humain auquel font face les Israéliens. La couverture médiatique de tout conflit commente ce problème affectant les Israéliens. Comme l’a dit une fois Golda Meir «  nous pouvons pardonner les Arabes de tuer nos enfants, mais ne pouvons jamais leur pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants » Ainsi, ce n’est pas surprenant que malgré la disproportion de la souffrance des Palestiniens, les médias dans leur prétention d’être neutres, donneront un traitement excessif avec des photos montrant le chagrin, la peine, la peur et l’impact que la guerre a sur les Israéliens. Très tôt le traitement  médiatique a eu le plus d’impact favorisant Israël. Les Palestiniens, comme d’habitude ont été réduit comme nombre négligeable ou comme dommage collatéral.

3.L’anticipation des erreurs de  l’opposant.  La maladresse de Hamas a joué un rôle des les départs dans la stratégie israélienne. Des le départ, Israël s’attendait à ce que le Hamas lance des roquettes, et fasse des menaces contre Israël, menaces, qui ont attiré la sympathie des pays occidentaux, les Israéliens, sachant que cela va certainement se produire, et qu’ils pourront l’exploiter dans leur propagande.

4.Être partout et répéter la même chose et s’assurer que vos opposants restent invisibles le plus possibles. Au début de chaque guerre que Israël déclenche, Israël a   des porte-parole, la plupart des occidentaux, disponibles en tout temps pour les médias par exemple Israël a un consul général. d’origine arabe disponible à Atlanta ou se trouve CNN. Ces porte-parole partout aux États Unis et dans les pays occidentaux répétant la même litanie assure le succès. En même temps, on a interdit aux médias l’accès à Gaza   seulement permettant aux journalistes occidentaux de regarder de loin sous la surveillance et le contrôle de IOF. Cela a garanti à Israël de façonner la ligne conductrice de son histoire et en même temps empêchant une vérification indépendante des horreurs commises par leur guerre à Gaza.

5.Ne laisser aucun espace politique à l’opposition. Faire en sorte que les gouvernements occidentaux suivent la ligne conductrice dictée par Israël et soit suivie de façon rigoureuse. Que ce soit à Washington, à Ottawa ou ailleurs dans le monde occidental. Exemple, les déclarations du congrès américain, les porte-parole, les médias, même la présidence américaine, et d’autres organes gouvernementaux occidentaux suivent l’idée de départ. En répétant la même chose partout dans le monde, on s’assure ainsi au moins de 50 % de réussite de la guerre. (Exemple : Israël à le droit de se défendre)

6.Nier, nier ,nier tout le temps les réalités qui réussissent à passer entre lignes qui contredisent le narratif israélien. Utiliser la machine de propagande pour nier et encore nier. Qui est ce que vous croyez? Moi ou vos yeux menteurs? Ou encore créer de toute pièce un autre narratif contraire et mettez le blâme sur l’autre, nous n’avons pas fait cela, ils nous ont forcés à le faire…ainsi la mort des Palestiniens est toujours la faute de quelqu’un d’autre. Ou encore, accuser les journalistes et les critiques de monter la souffrance des Palestiniens, en voulant dire que les souffrances des Palestiniens ne sont pas comme les nôtres.

7.Le dernier recours…quand tout cela ne réussit pas, trouver quelques exemples d’antisémitisme et généraliser cela et accuser les critiques d’être antisémites. Avant, c’était toujours jouer aux victimes en utilisant l’holocauste. Les sionistes utilisent toujours ça, mais aujourd’hui pour faire taire le monde, l’antisémitisme est à la mode. Que ça va être demain lorsqu ‘ils attaqueront Gaza à nouveau?  

5. La nature de notre lutte et stratégies ;

Permettez-moi de croire que vous croyez comme moi que le peuple palestinien a subi une grave injustice flagrante et que nous sommes ici pour travailler à rendre justice au peuple palestinien. Je voudrais vous  parler d’éléments de stratégies pour briser ce cercle vicieux dans lequel nous nous trouvons.

Aujourd’hui, avec l’Internet, l’information circule. Il y a beaucoup d’informations disponibles et accessibles. Informations fiables et importantes, informations critiques qu’on peut facilement utiliser. Mais il y a un côté négatif à cette grande quantité d’informations : c’est la difficulté de discernement et de discrimination. Constamment, nous avons besoin de nous rappeler le véritable objet de la lutte. L’objet  principal de lutte est le mouvement colonial de peuplement – le sionisme. Les faits que j’ai mentionnés devraient nous aider à mettre un ensemble de stratégies et comment procéder.

1. Tout d’abord, nous devons comprendre que notre lutte n’est pas une lutte religieuse.

2. Elle n’est pas une lutte entre ceux et celles qui croient que les citoyens d’Israël ont le droit d’exister ou pas.

3. Ce n’est pas une lutte pour trouver un arrangement temporaire à savoir comment mettre fin à l’occupation ou minimiser les effets de

celle –ci sur la population palestinienne.

4. Contrairement à la perception populaire, ceci  n’est pas une lutte  pour seulement gagner la liberté pour les Palestiniens de l’occupation israélienne.

5. Cette lutte est une lutte contre un système et une structure qui permet l’occupation et la suppression de l’autre.  Une structure pour atteindre la « pureté juive» sur la terre de la Palestine.

Nous avons donc besoin d’une stratégie pour travailler contre la structure d’occupation, cherchant le démantèlement de son système d’apartheid, de son idéologie d’exclusion basée sur le nettoyage ethnique et du transfert de la  population non juive.

a) Pour atteindre notre objectif, nous devons comprendre qu’il n‘y a pas de libération des Palestiniens de cette structure sans la libération des Israéliens, et qu’il n’y a pas de libération des Israéliens de cette structure sans la libération des Palestiniens. Cette structure opprime tous les deux, Palestiniens et  Israéliens.

b) Pour atteindre notre but, je vois deux niveaux de lutte : Une lutte à l’interne centrée en Palestine / Israël, et une lutte à l’externe centrée sur le reste du monde en mettant l’accent  particulièrement aux endroits où il y a une présence juive politiquement active dans tout ce qui se passe en Palestine historique (Palestine/ Israël,), plus particulièrement mais non exclusivement en Europe de l’ouest, au Canada et aux États Unis d’Amérique. Nous avons besoin de tous ceux et celles qui s’opposent aux structures d’occupation israélienne en Palestine. Nous devons inciter les juifs progressistes dans ces pays à devenir l’avant-garde de la lutte dans le démantèlement de la structure d’apartheid  et de l’occupation.

Le niveau interne doit donner le ton de la lutte et renverser le mode et le courant actuel. Le niveau interne doit refaire l’agenda de la lutte et donner et le ton pour le reste du monde. En Palestine historique nous devons bâtir une coalition de toutes les forces internes engagées qui luttent véritablement contre la structure et l’idéologie de l’occupation. Cette coalition doit être inclusive et doit contenir toutes les forces qui travaillent pour le même objectif. Elle doit être composée des juifs israéliens, des musulmans et des chrétiens palestiniens,  des laïcs israéliens, des laïcs palestiniens ainsi de suite. La plate-forme de cette coalition doit être claire dans ces objectifs contre l’occupation et le démantèlement des structures de l’apartheid et doit inclure également  le retour des réfugiés chez-eux si nous cherchons une solution juste et durable a ce conflit.

6.La question de deux États ;

  Ces idées ne seront pas politiquement  populaires, ne seront pas non plus acceptables pour les oreilles de la soi-disant « communauté internationale.» Cette coalition que j’appelle la coalition des gens  engagés, doit :

  1. Rejeter l’idée et le slogan de deux états. Une idée et un slogan devenus redondants, irréalisables  parce que  totalement détruits par l’appui des pays occidentaux aux politiques  d’apartheid israélien.
  2. L’idée de deux états doit être rejetée parce qu’injuste. L’état palestinien avec les données actuelles serait un bantustan ne répondant  pas aux besoins du peuple.  Sa liberté  et son droit au développement  y seraient toujours entravés.
  3. La solution de deux états donne la légitimité au vol des terres  des communautés palestiniennes ( plus de 90% de la Palestine historique).
  4. La solution de deux états doit être aussi rejetée parce qu’elle maintient les politiques racistes et oppressives actuelles.
  5. La solution de deux états est basée sur le concept d’exclusion, de transfert de population, de nettoyage ethnique et de ghettoïsation des communautés. C’est une séparation artificielle des Palestiniens et des Israéliens, dans la terre Palestine /Israël.
  6. La solution de deux états est une solution frauduleuse. C’est une idée pour permettre  la conquête et la consolidation de l’expansion israélienne en Palestine et n’a jamais été pour la justice et la libération des Palestiniens. C’ est un poison et une attrape.
  7. La solution de deux états n’est pas un compromis. L’Histoire nous montre  qu’il n’y a pas de compromis  à faire avec les sionistes, leur structure et leur idéologie.
  8. En résumé, la solution des deux états est tout simplement la liquidation des Palestiniens et de la Palestine.

 

7.Le véritable solution : un État démocratique et laîc

  La coalition doit donc lutter pour transformer la terre de Palestine/Israël en un seul état démocratique et laïc où tous (Palestiniens et  Israéliens) de cette terre pourront vivre librement, indépendants, égaux, et avec les même droits et devoirs. Une personne, un vote, un seul état. J’ai déjà avancé cette idée dans mon livre de 2005 «Palestine  le refus de disparaître, Édition plein Lune». Dans le processus de libération, le droit de retour des réfugiés sera implanté. Quand nous réaliserons cela, nous aurons aussi réussi à libérer nos esprits. Cette stratégie du peuple met au défi les positions politiques officielles actuelles de tous les côtés. Cette stratégie mine les politiques existantes et les transforme en harmonie avec les aspirations et besoins du peuple. Cette stratégie  ou cette approche met à nu et en évidence la redondance, l’inutilité  des négociations superflues en  cours depuis plus de 18 ans. Cette stratégie sera dénoncée, interrompue et attaquée par les pouvoirs officiels. Conséquemment nous devons nous attendre à une longue lutte avec très peu de résultats immédiats. D’autre part, une  telle  stratégie du peuple peut devenir une force motrice extraordinaire, libérant le peuple, et libérant les esprits. Une telle stratégie du peuple peut générer  une nouvelle ligne de pouvoir soutenu et engagé.

Finalement, notre engagement à faire partie de cette longue lutte pour mettre fin à l’occupation, à l’apartheid, à l’injustice, pour arrêter le transfert illégal de populations et le nettoyage ethnique ,en somme pour libérer  l’esprit et  la terre, ce qui est l’essence même de la libération. Nous pouvons le faire. Palestine –Solidarité pour un seul état est un début dans ce sens à Montréal. Il y a déjà plusieurs associations semblables qui existent et des conférences sur la question s’organisent un peu par tout. Les sionistes ont commencé à dénoncer de telles activités, car la chose le plus dangereuse  pour le sionisme est l’état démocratique et laïc.

 



[1] Un Dunum est l’équivalent de 1000 mètres carrés.

[2] Théodore Herzl, l’État Juif,  éditions de l’Herne,1969, page 45.

[3] Vladimir Jabotinsky, 1923, cité dans le documentaire « Le Mur de Fer »

 de Mohammed Alatar.

[4] Déclaration d’Ariel Sharon (Premier ministre israélien) : AFP, 15 novembre 1998.

[5] Ytzhak Shamir, (Premier ministre israélien)  cité dans Maariv, le 21 février 1997. (traduction de l’auteur).

[6] (Voir le journal La Presse, 2 mars, page 6, cahier Plus). 

 

[7] B’tselem dans son bulletin de juillet 2002.

[8] Ilan Pappe, le 2 septembre 2006 dans Électronique Intifada. Prof. Ilan Pappé né Haifa de parent juifs-allemands qui ont fui la persécution Nazie en 1930. Il a obtenu son D.Phil. de  l’Université de Oxford en 1984. Il enseigne actuellement à l’Université de Exeter en Grande-bretagne. Auteur de plusieurs livres dont  le dernier  "The Ethnic Cleansing of Palestine" (le nettoyage ethnique en Palestine.

 

[9] Richard Falk, le 7 juillet 2007. Richard Falk est professeur de droit international à l’Université de Princeton.

[10] .“I didn’t know that in order to protect a few people, farmland had to be confiscated and crops had to be destroyed; I didn’t know that in order to provide security for a few people, hundreds had to be kept waiting at checkpoints and roadblocks before being allowed to return home exhausted, that is if they are not killed.”

[11]  «This morning we saw pictures of the Warsaw ghetto at Yad Vashem and this evening we are going to the Ramallah ghetto.»

[12] B’tselem :Noam Hoffstater, le porte-parole de B’tselem, a émis le constat, en août 2004.

[13] L’implantation de colonies de peuplement juives dans les territoires occupés a commencé en 1967 et n’a jamais cessé. Les implantations se sont poursuivies pendant les années d’Oslo, il y a plus de 450.000 colons juifs dans un nombre incalculable de colonies éparpillées dans les territoires palestiniens. Tous les gouvernements israéliens successifs ont œuvré pour contribuer à la réalisation de l’objectif de Théodore Herzl

[14] B’tselem : Noam Hoffstater, le porte-parole de B’tselem, a émis le constat, en août 2004.

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