Pendant ce temps les Cosaques Terek eurent une surprise. Un de leurs héros morts, Nikolai Lazarevitch Kulakov, qui était prétendument mort suite aux blessures reçues pendant la guerre civile revint à la vie pour mener ceux-ci contre les communistes. L'histoire de Kulakov commença en 1920, quand le premier régiment de l'armée anticommuniste des volontaires de la Volga combattait pour assurer sa retraite en direction de la Mer Noire alors qu’elle subissait une pression extrême de la part de l’Armée Rouge qui disposait d’une supériorité numérique importante..La Neige et la glace entravaient leur retraite, et les nombreux champs de bataille étaient distinguables par la neige souillée de sang.
C’est sur un tel champ de bataille près de Kavkazkaya que le lieutenant Nikolai Kulakov, adjoint du régiment, déploya ses hommes pour faire face à un autre assaut de l’Armée Rouge. La bataille fut cruelle. Aucun des deux adversaires ne montrèrent de pitié.
Alors les artilleurs de l’Armée Rouge trouvèrent la portée nécessaire, et un obus éclata à seulement à quelques pas du lieutenant. Heureusement il ne perdit que connaissance, et secoué par les cahots, il finit par se réveiller un peu plus tard dans une vielle charrette qui avançait péniblement. Ses jambes étaient une masse tordue de tendons et de muscles ensanglantés.
L’ambulance, car c’était bien là une ambulance, l’emmena dûment à la gare de Kavkazkya, où il fut mis dans un train en attente. Les médecins tentèrent de soulager ses souffrances avec les moyens médicaux limités dont ils disposaient, mais il était trop tard pour sauver ses jambes et lorsque le train arriva à Pashkovskaya elles furent toutes les deux amputées. C’est alors que ses nombreux amis, pour qui il était déjà une figure de légende, pensèrent que sa carrière de soldat, vielle de vingt ans, était finie.
. Tout en récupérant de l’effet de l'anesthésique rudimentaire qu’on lui avait administré, il lui fut dit qu’une femme attendait pour le voir. Il n’avait aucune idée de qui il pouvait s’agir puisqu’il ne connaissait personne dans ce lieu désolé. C’était sa femme Dasha, qui était partie à sa recherche après avoir entendu qu’il était blessé. Ensemble ils furent emmenés vers Novorossijsk, où ils espéraient être hors de danger. Ce ne fut pas le cas. Encore l'armée volontaire dû retraiter, et l'ordre de retraite vint si inopinément qu'on eut pas le temps d’évacuer les blessés. En dépit des efforts vaillants de son épouse pour cacher celui-ci, Kulakov fut capturé par l’Armée Rouge. Dasha alla d’un bureau à l’autre, plaidant la cause de son mari avec quiconque prêt à l’écouter. « Mon mari est en train de mourir et vous n’avez pas besoin de lui, » disait-elle, « laissez-le venir avec moi à la maison pour qu’il meure en paix.. » Son éloquence porta fruit et par une journée chaude de juillet il fut relâché d’Ekaterinodar, où il avait été emprisonné, mais seulement pour découvrir que les chasseurs de têtes communistes de la Tcheka l’attendaient. La Tcheka lui demanda de remplir un formulaire, et après discussion avec son épouse il décida de dire la vérité. En tant qu’ancien officier cosaque, un ennemi des Soviétiques, il fut transféré dans une briqueterie que la Tcheka avait transformée en un lieu de torture et d’assassinats. Affolée,
Dasha entama de nouveau des démarches sans fin auprès d’officiels de l’Armée Rouge, plaidant pour son mari et demandant qu’on le laisse mourir en paix. Encore une fois ses efforts portèrent fruit et on lui donna la permission de l’emmener à leur stanitza natale. Ils arrivèrent à leur maison tard durant la nuit et l’oncle de Dasha ainsi que le fils de trois ans de Kulakov, Kolia, leur souhaitèrent la bienvenue. Mais ce ne fut pas une réunion joviale. Son oncle avait de mauvaises nouvelles. La Tcheka locale planifiait d’arrêter Kulakov le matin suivant. Toute la nuit ils travaillèrent alors que Kulakov gisait sans pouvoir les aider en les regardant faire. Au matin ils avaient creusé une cache sous le plancher du hall d’entrée. Pensant que ce n’était qu’une question de temps avant que les communistes ne soit défaits, Nikolai Kulakov entra dans ce caveau sans rechigner. Les jours passèrent, puis les mois, puis les années, et Kulakov devint une légende. Dasha avait dit aux hommes de la Tcheka que son mari était mort sur le chemin du retour à la maison. Il resta dans ce trou jusqu’à ce l’Armée Rouge soit fut conduite hors de la stanitza, et alors, revêtant son uniforme et récupérant son épée, il émergea dans un monde où pouvait voir les jours succéder aux la nuits plutôt qu’un monde de noirceur permanente. Sur les jambes de bois qu’il avait sculpté lui-même pour meubler ces longues heures de solitude, Nikolai Kulakov alla de stanitza en stanitza dans un matrioka, un chariot tiré par trois chevaux, appelant ses frères cosaques Terek à former une sotnias et reprendre le combat contre Staline et le communisme.