HON THON THAY SEPTEMBRE 55
Un matin, quand il arriva au bout de la rue, il s'aperçut que l'endroit grouillait de flics de la Sûreté Vietnamienne en civil. Il fit demi-tour précipitamment, ça puait l'embuscade.
" Bon sang, une descente des types de la rue Vo Thanh, les Viet Cong se sont fait piéger."
Il regagna tout droit le Parc de Khan Hoi et attendit les événements en se rongeant les poings. Avec les méthodes d'interrogatoire des Services Secrets de Ngo Dinh Diem il n'y avait aucune chance pour que son activité littéraire et subversive reste anonyme.
Les choses ne traînèrent guère en effet. Dans l'après-midi la Prévôté fit son apparition au Parc. Les flics déboulèrent dans la chambre de Petit Louis, ramassèrent tout ce qu'ils purent trouver, presque rien en fait et l'embarquèrent manu militari les menottes aux poings.
" On retourne à Chi Hoa" se dit-il " depuis trois ans, j'ai un ticket pour le gnouf. "
Il se trompait. La forteresse avait été réquisitionnée par les Vietnamiens qui avaient besoin d'énormément de place pour embastiller tous les opposants au régime, ça faisait du monde !
Les Français devaient se contenter d'un camp, à Hon Thon Thai, un faubourg de Saigon, un endroit marécageux pour changer.
Petit Louis retrouva les enceintes de barbelés, les miradors et les baraquements avec un sentiment de déjà vu. Mais en comparaison avec Kim Ton, c'était un club de vacances.
Les baraques en bois sur pilotis étaient bien un peu chaudes avec leur toit en tôle ondulée, les lit Picot trop près les uns des autres, mais il y avait un terrain de volley-ball, des poteaux de basket, des douches et une certaine liberté à l'intérieur du camp. Seules les nuit étaient agitées.
Les gardes lâchaient parfois les chiens à l'intérieur du camp. Ces monstres circulaient normalement sur le chemin de ronde entre les deux enceintes de treillis qui entouraient le camp mais certaines nuit ils faisaient la chasse au rat sous les baraques. La proximité de l'arroyo expliquait la présence des rongeurs, une variété à la queue aplatie et d'une taille gigantesque mais totalement dépourvus d'aggressivité.
L'ambiance à Hon Thon Thai se révéla bien meilleure que l'atmosphère sinistre qui régnait à Chi Hoa. Le hommes avaient de la place pour se remuer, ils faisaient du sport, un bureau d'Assistance Sociale très actif procurait des livres, des journaux et des revues aux détenus, tous en prévention. Il était permis d'avoir de l'argent, d'acheter des cigarettes, des articles de toilette ou du linge. Comme ce n'étaient pas les matons qui géraient la cantine, le trafic odieux qui avait cours à Chi Hoa avait disparu.
Quand Petit Louis fut conduit dans une des baraques il repéra tout de suite un groupe qui jouait aux cartes dans un coin. Un des joueurs se leva en disant:
" Bienvenue au club ! "
" Je ne voudrais pas interrompre la partie... " lui dit Petit Louis qui ne s'attendait pas à ce genre d'accueil.
" Vous n'interrompez rien, je fais le mort. Vous savez jouer au bridge ?"
" Un peu, mais je dois être rouillé."
On se serait cru dans un salon de la rive gauche.
" Les quatre piques sont tout juste faits." annonça un autre joueur l'air satisfait.
" Ca nous fait cent à la marque, le rob et la partie. On fait les comptes."
" Vous jouez de l'argent ? " s'enquit Petit Louis un peu étonné. C'était interdit en principe.
" Non, des cigarettes, à une tige le point, ça peut monter. Mais nous avons du répondant."
Il montra du doigt un tas impressionnant de cartouches de différentes marques bien alignées contre le mur. A côté des cartons, un Sarah était assis par terre les yeux clos.
" Voici Momo, le gardien du trésor. Il est plus sûr qu'un Fichet. Mais je ne suis pas présenté : Bertrand Chochon de la Touche."
" Louis Bourgain " Petit Louis était estomaqué et se demandait s'il s'agissait d'un blague compliquée. Voyant son étonnement un des joueurs lui assura:
" C'est bien son nom, même les matons n'en reviennent pas. Moi c'est Mossessian. Salut."
Un autre se présenta et demanda tout à trac:
" Qu'est-ce qui t'amène ici ? " Avant que Petit Louis ait pu répondre, les autres entonnèrent en choeur:
" Une é-pou-van-ta-ble erreur judiciaire ! "
" Pas d'indiscrétion les amis ! " fit Bertrand et à Petit Louis:
" Ne vous sentez pas obligé surtout de fournir une explication quelconque à ces malotrus. "
" Il n'y a pas d'indiscrétion. J'ai écrit un bouquin. "
" Ca c'est une première ! " fit Mossessian " et qu'est-ce qu'il racontait ce bouquin ? il parlait des moeurs spéciales d'un général ? ça n'intéresse plus personne."
" C'était sur les atrocités commises par le Corps Expéditionnaire..."
Un lourd silence tomba.
" On peut dire que vous savez choisir vos sujets ! "remarqua Bertrand " Il aurait peut être mieux valu attendre d'être rentré en France pour vous y mettre."
" J'avais une commande urgente." expliqua Petit Louis et il s'en tint là.
Il fut aussitôt admis comme 'membre du club'. C'est ainsi que se désignait le petit groupe qui gravitait autour de Bertrand, des hommes bénéficiant d'une certaine éducation à défaut d'un sens moral conventionnel.
Les autres détenus représentaient l'échantillonnage normal d'une prison, depuis Laumière, un meurtrier jusqu'aux deux gosses qui avaient volé un plumeau et que Petit Louis avait entrevus à Chi Hoa.
Quand Laumière fut condamné à dix sept ans de prison pour avoir tué sa maîtresse vietnamienne et infidèle de dix sept coups de couteau, il fit cadeau de sa pipe en souvenir à Petit Louis et lui confia:
" J'ai été con. J'aurais dû la buter d'un seul coup, je m'en serais tiré à bon compte ."
Momo le Sarah garde du corps était la victime d'une histoire compliquée de meurtre rituel. Dans son village d'Afrique, son frère avait été tué par un membre d'un village voisin au cours d'une de ces expéditions de vol de bétail qui mettent un peu de piment dans la monotonie de la vie locale. Pour éviter des représailles l'auteur du forfait s'était engagé dans l'armée française. Momo avait été chargé par son village de venger l'honneur bafoué et s'engagea à son tour quelques années plus tard pour retrouver son gibier.
Il y parvint, le hasard aidant, après des mois de recherche et découpa sa victime à la machette suivant la plus pure tradition. Les autorités avaient décidé de le renvoyer chez lui sans plus, ça dépassait leur compétence.
Petit Louis s'aperçut tout de suite qu'il serait fort occupé. Dès l'ouverture des baraques il faisait en trottinant plusieurs tours de camp, prenait son petit déjeuner, et entreprenait une de ces interminables parties de bridge qui passionnait l'équipe, entrecoupées d'exercices de rééducation. Il lisait beaucoup et jouait aux échecs avec quelques partenaires intéressants.
Malgré le climat chaud et humide de Saigon, il récupérait ses forces et pouvait maintenant lever son bras gauche au-dessus de sa tête sans trop de tiraillements. Pas encore question de faire des 'pompes' ou de jouer au volley, mais ça viendrait en son temps.
Au bout de huit jours, n'ayant aucune nouvelle de son affaire, il se décida à employer une partie de son temps d'un façon plus utile. Par l'intermédiaire de l'assistante sociale il acheta un manuel de calcul différentiel: le 'Grandville & Smith' un bouquin énorme qui contenait environ 2.700 exercices.
Il commença par le premier en se disant:
" Le temps que j'arrive au dernier, la situation aura évolué, sinon je vais rester le dernier Français sur le territoire."
Dans l'intervalle, Bertrand avait eu une idée de génie: ouvrir une sorte de casino où les détenus pourraient jouer au baccara, une roulette aurait été trop difficile à fabriquer.
Une table garnie d'une couverture clouée fit l'affaire, c'était un tapis kaki au lieu d'un tapis vert mais qu'importe. Le sabot ne fut pas difficile à confectionner et les jeux de cartes ne manquaient pas. On pouvait commencer.
Les clients affluèrent. Quelques uns repartaient avec une brassée de cartouches mais la plupart se faisaient plumer bien entendu.
Quand le tas près du Sarah devenait trop évident, une partie du stock était revendue aux matons qui écoulaient les cigarettes en dehors du camp. Tout le monde y trouvait son compte et la direction fermait les yeux sur l'existence du tapis franc.
Rn matin ça bougea. Un prévôt fit appeler Petit Louis à la grille.
" Bourgain ! à l'instruction."
Un gendarme lui mit les menottes et l'emmena en 4x4 aux bureaux du Tribunal militaire boulevard de la Somme.
L'officier instructeur fit enlever les bracelets et ouvrit un dossier.
" Vous êtes inculpé de désertion en face de l'ennemi avec emport d'effets militaires, de trahison et d'acte de nature à nuire à la défense nationale."
Il cita une série impressionnante d'articles du code de justice militaire et ajouta.
" Avez-vous un avocat ? "
Petit Louis secoua la tête en avalant sa salive. L'accumulation des charges l'avait laissé sans voix.
" Mettez-vous rapidement en rapport avec un défenseur. Vous pouvez demander les services d'un avocat civil. Dans le cas contraire un membre des services du Tribunal Militaire vous sera commis d'office. C'est tout, je vous convoquerai à nouveau dans quatre jours. Garde ! "
Le pandore réapparut.
" Inutile de lui remettre les menottes, ce n'est pas un droit commun. Vous ferez passer la consigne."
C'était toujours ça de gagné mais encore une fois ça tournait au bizarre.
Revenu au camp, Petit Louis décrivit sa trajectoire matinale avec les commentaires appropriés. Mossessian sortit un bouquin, le fameux code et regarda les articles en question.
" D'après ce que je vois, tu vas être fusillé trois fois."
" Reste tranquille avec ton code, ce n'est pas le moment." fit Bertrand d'un ton de reproche.
" Ecoutez, ça ne tient pas debout " se rebiffa Petit Louis " je ne peux pas être considéré comme déserteur puisque d'abord je n'étais même pas militaire et qu'ensuite je me suis fait cravater par les Viets."
Il réfléchit un moment : emport d'effets militaires ? il était en civil au moment de sa capture... Ah oui, il y avait les Pataugas ! Puis il eut un sursaut.
" Pourvu qu'ils n'aient pas entendu parler du Mauser . Je n'y ai jamais fait allusion, mais si le 2B a fouillé mes affaires à Hanoi il n'ont pas pu le trouver..."
Trahison ? il ne voyait vraiment pas...le manuel d'électronique, foutaise! Quant à l'autre charge, ce devait être le bouquin et ses atrocités.
Mauvais tout ça !
" Dites les gars, vous ne connaîtriez pas un bon avocat ? un civil...Si on me refile un officier il ne sera pas chaud chaud pour me défendre. "
" Il y a Maître Ranoire, il est un peu rouge sur les bords, mais il a du mordant et il a la cote auprès du Tribunal. "
" Comment est-ce que je fais pour le contacter ? "
" Tu demandes au chef de poste de lui téléphoner. C'est prévu par le règlement et ils ont la liste de tous les avocats avec leur adresse et leur numéro de téléphone."
Petit Louis partit comme un dard dans la direction de la grille. Il n'y eut aucune difficulté et rendez-vous fut pris pour le lendemain.
Maître Ranoire lui fit tout de suite une excellente impression, il inspirait confiance. Assez grand, très mince, la quarantaine environ, il faisait plutôt penser à un sportif qu'à un homme de loi. L'entrevue fut des plus brèves. Petit Louis lui expliqua son affaire en quelques mots. L'avocat hocha la tête et lui dit:
" Ca m'intéresse. Signez-moi ce papier. Je demande copie de votre dossier au Tribunal et je reviens vous voir afin d'étudier avec vous la ligne de défense à adopter. Le député communiste Marcel Dufriche est justement de passage à Saigon. Il revient de Pékin. Je vais lui en parler."
Moins d'une semaine plus tard, il faisait demander Petit Louis dans la baraque qui servait de centre administratif au camp.
" Les choses vont aller très vite. Le Tribunal cesse toute activité à la fin de l'année. La date de votre jugement a déjà été fixée au 20 octobre. J'ai la copie du dossier d'accusation du Tribunal ainsi qu'un rapport de la Sûreté Vietnamienne qui s'est occupé de la cellule Viet Cong qui vous a fourni les documents. Afin d'éviter les problèmes de juridiction, j'ai obtenu la disjonction des deux affaires: votre départ en 53 et votre activité à Saigon en 55. Je vais vous assister lors des prochaines séances d'instruction."
L'avocat reprit sa serviette et s'en alla en coup de vent.
" C'est un rapide..." se dit Petit Louis, l'entrevue avait duré quatre minutes.
Le gendarme qui escorta Petit Louis chez le juge d'instruction quelques jours plus tard devait être un grand distrait. Il le fit descendre du 4x4 devant les grilles du Tribunal et se mit à discuter avec le prévôt de garde à l'entrée. Ce dernier sans y faire attention referma la grille laissant Petit Louis dans la rue.
" Hé ! " fit Petit Louis en vain, les deux autres s'éloignaient déjà.
" Bon sang ! il ne vont pas me laisser sur le trottoir. "
Il avisa une sonnette et se mit à carillonner. Une tête apparut, un autre gendarme.
" Qu'est-ce que vous voulez ? "
" Je suis un taulard " lui expliqua Petit Louis qui s'amusait bien, " je suis venu à l'instruction avec un gendarme et il m'a enfermé dehors."
Il n'eut pas à s'expliquer plus longtemps l'autre revenait au triple galop. " Vous êtes toujours là ! " constata-t-il avec un soulagement visible.
Il fit rentrer Petit Louis et reprit son souffle.
" Pourquoi n'en avez-vous pas profité pour vous barrer ? ."
" Où voulez-vous que j'aille ? J'en ai ras le bol de ce putain de pays, je ne vais pas rentrer en France à la nage."
L'instruction fut brève et il n'eut même pas à répondre au questions, son avocat prenait la parole à sa place. Puis le magistrat instructeur dit à Maître Ranoire.
" Si vous n'y voyez pas d'inconvénient, je voudrais faire entrer Maître Pruys. Il a quelques questions à poser à votre client à propos des deux ressortissants belges qui se trouvaient dans un camp au Nord Vietnam."
Un type énorme fit son entrée. Sous les tropiques il existe deux catégories d'individus: ceux qui se dessèchent et ceux qui enflent. L'avocat belge appartenait au deuxième genre. Il avait un accent flamand assez prononcé.
" Nous avons besoin de votre témoignage pour établir le lieu et la date du décès des deux prêtres belges faits prisonniers à Phat Diem en avril 1953 afin de clore le dossier civil."
Il parut fort ennuyé lorsque Petit Louis lui avoua d'être tout à fait incapable de lui certifier le nom du village près duquel se situait le camp ainsi que la date exacte de la disparition des deux Pères. Il fit un récit assez complet des derniers jours des deux malheureux.
" Il y avait dans les environs un village appelé Tien Ich ou quelque chose d'approchant. J'ai entendu des prisonniers en parler. Quant à la date, c'était vers la fin 53, je ne savais même pas quel mois on était..."
" Y a-t-il un moyen d'identifier leur tombe ? . "
" Pour le Père Kunch, je ne sais pas, il devait se trouver un peu avant le milieu de la première tranchée. Pour le Père Bruneau, c'est le quatrième corps de la deuxième fosse."
Il dut expliquer le système employé pour les inhumations.
" Quand vous êtes parti, combien y avait-il de fosses ?"
" La troisième était déjà bien avancée."
" Mais alors ça fait.."
" Quatre cents...cinq cents, c'est difficile à dire."
Le belge paraissait horrifié. Il reprit:
" Il faudrait demander des précisions au gouvernement du Nord Vietnam."
" Vous vous imaginez peut-être qu'ils tenaient un registre des effectifs."
Le magistrat instructeur intervint:
" Nous n'avons pu établir l'existence de ce camp que par des recoupements, les déclarations de sujets du Nord réfugiés au Sud et de certains déserteurs qui ont demandé leur rapatriement. C'est de cette façon que nous avons pu tardivement inclure Bourgain dans la liste des échanges de prisonniers. Tout cela figure dans son dossier. Je pourrai vous fournir une copie des pièces qui vous intéressent. "
Finalement il fut convenu d'un lieu et de dates approximatives qui figureraient officiellement dans les actes administratifs. Petit Louis signa une déclaration sur l'honneur et le juge d'instruction et Maître Ranoire paraphèrent le document pour l'authentifier. La procédure parut assez curieuse à Petit Louis.
" Cette histoire ne peut que nous être favorable. " lui dit Maître Ranoire en sortant du bureau. Cette unique séance mit fin à l'instruction.
Le 20 octobre 1955 Petit Louis comparut devant le Tribunal Militaire de Saigon. Il y avait cinq juges militaires, dont un colonel qui présidait la séance. Les débats furent expédiés comme une séance d'éliminatoires dans un concours de dragsters. Le temps pressait, tous ces types avaient déjà leur billet de retour en poche. Le procureur se leva et lut les charges: trente secondes. L'avocat fit son plaidoyer parlant de la 'conduite exemplaire' du prévenu dans les camps Viets: trois minutes. Les juges délibérèrent: quarante cinq secondes.
Le colonel enfonça son képi cachant une calvitie prononcée et le verdict tomba: cinq ans !
Petit Louis titubait dans le couloir entrevoyant soixante mois aux Baumettes ou à la Santé. A sa sortie il aurait presque trente cinq ans, pas de travail et une existence compromise...
Sa rumination douloureuse fut interrompue par Maître Ranoire qui avait l'air tout content de lui.
" Ne faites pas cette tête-là ! le jugement n'est qu'une formalité. J'ai conclu un arrangement avec le Procureur Varocquot vous allez bénéficier d'une suspension d'exécution de jugement. Voici en quoi ça consiste: Au lieu de purger votre peine en prison, vous êtes libéré et rentrez en France. Bien sûr vous resterez sous la tutelle d'un officier de police et à tout moment le Procureur de la République peut à nouveau vous faire incarcérer si vous commettez un délit. A vous de vous tenir tranquille."
De retour à Hon Thon Thai, Petit Louis annonça la nouvelle aux curieux qui s'étaient rassemblés pour l'accueillir.
" Combien ? "
" Cinq . "
" Sec ? "
" Sec ! "
" Merde ! " dialogue bref et militaire. Ecrit tel quel, ça ne dit rien. Ce sont les intonations qui en font toute la saveur.
Petit Louis ne fit pas mention de la mesure de suspension qu'avait mentionné son avocat. Il lui semblait plus sage d'attendre que la promesse se concrétise.
Malgré tout, les jours suivants parurent bien long. Une semaine passa, puis une autre et il se dit:
" C'est rapé ! je vais me taper les cinq piges à moins qu'on élise un nouveau Président de la République."
Il reprit son 'Granville'. Le deux millième exercice avait été résolu quand il fut de nouveau convoqué au parloir. La mine triomphante de l'avocat lui fit comprendre que c'était gagné.
La suite de l'histoire vaut à peine d'être mentionnée.
Petit Louis embarqua sur le Pasteur qui fit le tour de l'Afrique par le Cap de Bonne Espérance avec de multiples escales. En passant le Détroit de Gibraltar le thermomètre dégringola en une nuit de 22 au dessus à moins 8 et c'est par un froid polaire qu'il regagna ses pénates le 11 février 1956 en se jurant bien d'oublier ses aventures vietnamiennes et d'éviter, à l'avenir, de soulever la moindre vague.
Il tint parole, ou presque...