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Paul-Armand
Gette
(lyon, 1927)
"PEINTURE (S)"
extrait du texte de Lydie Rekow pour la publication
"Peinture (s)", éd. de la galerie, 2001
| (...) Selon une biographie2 rédigée
par l'artiste, 1948 marquerait le début de son activité artistique,
précisément picturale : " commence à peindre (?) ".
Cette indication m'a longtemps laissé dans l'expectative en raison
de la précision de la formule mise en doute par l'énigmatique
point d'interrogation. Récemment, à l'occasion d'une publication,
il compléta cette notice par : " entreprenant l'exploration solitaire
de la peinture " 3. Exploration et solitaire
soulignent l'état d'esprit marqué par les expériences
antérieures du jeune scientifique entomologiste qu'il fut (1945-1947),
solitaire nécessairement : comme le promeneur enclin à des
rêveries4, comme le scientifique
en quête ou le peintre devant sa toile. L'artiste indique ainsi ses
débuts artistiques, en liens étroits avec sa pratique scientifique.
C'est dans cet espace certes restreint - défini entre, sur les bords,
à la lisière des conventions de l'une et de l'autre des disciplines
- que se joue désormais l'art de Paul-Armand Gette.
la grille (rosa rugosa Thun.) |
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La série des cadrages d'espaces, à l'œuvre dès
1966 à travers les travaux sur les cristaux, puis poursuivie au-delà
de 1969 dans les Contributions à l'étude des lieux restreints,
marque la genèse de cette réflexion. Elle consiste à
isoler la portion arbitraire d'un espace quelconque pris pour modèle
(délimitée par une forme géométrique simple
ou plus tard par une simple ficelle dessinant au sol un carré).
L'utilisation par P.-A. Gette de cette méthode, propre aux scientifiques
pour montrer l'endroit de leur étude, établit une première
parenté avec le cadre, inhérent à la peinture, qui
centre l'attention. De même, il rappelle la méthode du dessin
classique fait d'après modèle selon la mise au carreau :
entre le modèle et le peintre, se dresse une grille régulière
de lignes orthogonales destinée à guider l'artiste dans un
cadrage imposé. Le motif observé est représenté
sur la feuille de dessin suivant un quadrillage identique afin de préserver
les justes proportions7.
Derrière l'objectif de l'appareil photographique, P.-A. Gette choisit lui-même ses angles, cadrages resserrés ou points de vue panoramiques. Si son rapport au modèle vivant a évolué de la promiscuité et complicité vers le toucher (1983), il s'est lui-même inséré comme acteur dans l'espace de son art : de l'autre côté de l'objectif, il a posé sa main sur le modèle vivant ou il a posé de dos, vêtu d'un T-shirt imprimé de l'emblème montrant le début du paysage, l'indication 0m.8 Image évoquant les sentiments romantiques du peintre face à l'infini du paysage9 - image dont P.-A. Gette récuse les préceptes - elle institut tout autant les paradoxes des systèmes scientifiques, socioculturels et artistiques. En effet, l'indication de mesure renvoie à une méthode scientifique mais qui s'annule en tant que telle car elle est isolée. La tradition des " points de vue " panoramiques imposés aux touristes est ridiculisée. Enfin, pour raviver le débat esthétique classique sur le " beau naturel ", P.-A. Gette envisage un " art de la désignation " révélant davantage le " talent du désigneur " qu'un arbitraire " beau dans la nature "10 ! (...) l'arbre de Diane |
| Des histoires s'écrivent avec les titres donnés aux oeuvres.
Les images et les dispositifs en provoquent d'autres que le spectateur
est amené à s'inventer. Fréquemment, elles évoquent
des rencontres incroyables dans un univers de merveilles, remontant souvent
jusqu'à la mythologie grecque. Déployant leur charme envoûtant,
les nymphes donnent la main aux jeunes modèles de l'artiste dans
un tourbillon de fleurs, de fruits ou de papillons, avec joie et espièglerie.
A travers la poétique de P.-A. Gette, on a la démonstration
que la métaphore est inhérente à l'art. Celle des
passions, dont les expressions furent inscrites à l'enseignement
de la peinture au XVIIème siècle11,
P.-A. Gette l'emprunte aux débordements éruptifs du volcan,
lieu même de l'incontrôlable. Il associe blocs-sculptures et
peinture géante où le pubis coloré d'une nymphe oscille
quelquefois vers l'évocation d'un cratère volcanique ou ses
menstrues vers l'éruption12. Cette
analogie inattendue s'inscrit dans l'effort de l'artiste de démystification
; en variant les échelles, il fait basculer nos repères et
nous plonge dans son univers poétique où " tout peut arriver
"6.
Extrait de "Peinture (s)"
la contemplation de la sourceLydie REKOW |
NOTES:
2 " Paul-Armand Gette, Nymphe, Nymphaea & Voisinages
", pp. 92, Grenoble, Magasin-centre national d'art contemporain, 1989
3 " Paul-Armand Gette " avec Bernard Marcadé,
pp. 125, Paris, Fall édition, 1999
4 Jean-Jacques Rousseau, " Les rêveries du promeneur
solitaire ", 1776-1777.
5 Par exemple des carrières de la région
Bourgogne (lieux dits " Vaux-Prè ", " Fontaine froide ", " Pari
gagné "). L'artiste a convié un groupe à les visiter,
le 31 mai 1991.
6 P.A.Gette, " A propos du modèle & d'une
intervention dans la salle de bain ", Lyon, FRAC Rhône-Alpes, 1992.
7 Albrecht Dürer, " Le dessinateur et la femme couchée
", 1525, gravure sur bois, 7,5 x 21,5 cm., Kunsthalle, Brême
8 " Le début du paysage ", Col de la Furka, 1991.
9 Caspar David Friedrich (1774-1840).
10 P.-A.Gette, " Le beau naturel n'est peut-être
pas si beau que ça ", dans " Textes très peu choisis " pp.
168-169, Dijon, Adac, 1989
11 Charles Le Brun, " Sur l'expression des passions ",
Paris, 1668
12 " L'intimité volcanique de la déesse
", Nantes, Musée des Beaux-arts, 1996-1997
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