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Désastre:
Espèces humaines en voie de disparition


Si l'on n'y prend garde, plusieurs espèces de Béninois devraient bientôt disparaître.
Jadis, au XXe siècle, des Béninois faisaient de leur pays le "Quartier latin de l'Afrique". Cette race d'élite intellectuelle chevronnée fut "ravagée" par 17 années d'un régime marxiste-béniniste qui instaura un système éducatif "excellenticide". Résultat, le niveau des élèves et étudiants ne cesse de baisser. Dans les années soixante, pourtant, les premiers aux concours régionaux et internationaux étaient souvent béninois. Il est l'heure de lancer un S.O.S., comme ce professeur de l'Université nationale : " le Bénin passe du quartier latin au quartier crétin de l'Afrique. "
Homo politicus
Une autre race de Béninois est menacée : celle des hommes qui ont une conviction politique. En dix années de régime démocratique, les mouvements individuels d'opinion se sont effectués dans tous les sens. Au gré des intérêts particuliers et égoïstes, on passe à gauche, puis à droite, on navigue d'un extrême à l'autre, de la mouvance à l'opposition. On a même assisté, en 1997, à la création d'un parti dont le credo se résume à cette phrase laconique : " toujours dans la mouvance, jamais dans l'opposition. " Les derniers dinosaures à être restés fidèles à leur ligne politique sont issus des rangs des deux partis communistes et ont pour noms Séraphin Agbahoungbata, Jean Kocou Zounon, Magloire Gnansunu, Philippe Noudjènoumè, Fantondji Pascal ou Zinzindohoué Eustache. Pourtant, dans les périodes pré-coloniales, ils étaient nombreux, les hommes politiques béninois prêts à se sacrifier pour défendre, bec et ongles, leurs idéaux.
Homo desastrus
C'est que les électeurs eux-mêmes ne sont plus tentés par l'idéalisme et l'ascétisme. Aujourd'hui, celui qui gagne les élections est celui qui a le plus déversé sur le peuple vivres et espèces sonnantes et trébuchantes. Le général Kérékou et ses lieutenants ne doivent-ils pas leur victoire à leur générosité, le temps d'une élection ? On vote pour une mesure de riz, une feuille de tôle ou encore une somme allant de 200 à 5 000 francs cfa. Pour un si pitoyable butin, on décide de son destin pour 5 ans ou même plus, puisque la décision d'un président de la République peut avoir des répercussions sur des décennies. Quelle espèce de Béninois pourrait nous faire relever la tête ? Sûrement pas les magistrats qui sont de moins en moins dotés de probité intellectuelle et morale. Ils se retrouvent sous les verrous les uns après les autres, démontrant que la justice est corrompue jusqu'à la moelle.
Et les opérateurs économiques ? Ils se nourrissent de l'incivisme fiscal, des dettes, de la drogue, du proxénétisme ou de la politique. Face à cette dégénérescence de la société béninoise, il faut penser à la création d'un "parc biologique" pour protéger l'espèce des Béninois honnêtes et dignes.

Serge Loko (source: LE MARABOUT)
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