HANS ROBERT JAUSS ET CONSTANCE
Jauss s'intéresse à l'esthétique dans une perspective historique où les
productions artistiques aussi bien que l'évolution, plutôt que leurs
évolutions, constituent un système totalisant où l'histoire artistique est
une histoire particulièrement dans son rapport spécifique à l'histoire
générale. C'est-à-dire une histoire où l'oeuvre est un agent de changement,
un facteur de production dans la société et non pas un simple produit de
cette société.
Pour le philologue, le caractère esthétique c'est l'expérience esthétique.
Celle-ci ne peut se priver du lecteur, spectateur ou contemplateur, tiers
partie indispensable de la triade auteur - oeuvre - public et pourtant
ignoré par la majorité des théoriciens. Seul Kant, et avant lui Aristote,
ont en effet systématiquement tenu compte de la réception comme critère
d'analyse.
L'oeuvre est ici une partition qui perd toute matérialité dans
l'actualisation de son existence, au fil du dialogue qui se noue entre le
public et elle. Et c'est ce dialogue qui objective, qui fait de l'oeuvre un
objet, et non pas son immanence. Ainsi, l'esthétique devrait être régie par sa
finalité: l'effet produit par l'oeuvre et sa réception, les réactions du
public et le jugement des critiques. Impossible d'approcher l'oeuvre avec
des préceptes platoniciens où une substance intemporelle, une essence
poétique par exemple, traverserait les époques: les oeuvres aujourd'hui
dites classiques n'ont évidemment pas été ainsi reçues au départ.
Il n'en reste pas moins que la réponse, ou plutôt la question, se trouve
au sein de l'oeuvre: c'est bel et bien "le texte qui doit être déchiffré"
lors de son analyse et son "interprétation à pour tâche d'y déceler
la question à laquelle il apporte sa réponse propre."
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En outre, cette logique de la question et de la réponse protège les oeuvres
d'interprétations abusives. De plus, afin d'amenuiser le psychologisme et
la subjectivité inhérente au jugement de goût, Jauss propose la
reconstitution d'une ou plusieurs horizons d'attentes à partir d'un "
système de références objectivement formulable." Une fois reconstituée,
l'horizon d'attente dans lequel s'inscrit l'oeuvre, nouvelle ou non, en
étant expériencée, permet la mesure d'une valeur esthétique. En bref, plus
une oeuvre est proche des présomptions du public quant à son genre, ses
constituants dominants ou permanents, formels ou thématiques et son
ouverture poétique - par opposition au langage pratique -, plus celle-ci
serait à rapprocher du simple divertissement - voire du goût cullinaire.
Au contraire, une oeuvre ayant un écart esthétique important aurait une
valeur artistique supérieure.
HORIZON D'ATTENTE
Le concept d'horizon d'attente rend bien la mouvance de l'ensemble des
attentes d'un public à travers le temps historique, mais aussi pendant le
dévoillement d'une oeuvre. Cherchant à s'éloigner de cette dernière
perspective au profit d'une historicité plus grande, Jauss renvoie aux
formalistes de Prague - qu'il critique d'autre part pour avoir prêtés
aux tiers-parties des connaissances philologiques par défaut, quant ils
n'étaient tout simplement pas ignorés -, en ce qui concerne l'effectuation
de l'oeuvre, ou, pour reprendre les mots de Jauss, en ce qui concerne le
passage de l'effet produit par l'oeuvre à sa réception.
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Dans son article sur la critique de l'art, Encyclopedie Britannica Online, reprend
les propos de Jauss selon lesquels "every work of art exists within a
social and historical 'horizon of expectation'", avant d'ajouter, dans
la même veine:
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(1) La source primaire de ce texte est d'ailleurs
cette conférence. Intitulé Literaturgeschichte als Provokation, ce texte
est disponible en version française sous le titre L'histoire de la littérature:
un défi à la théorie littéraire et constitue le premier essai de la collection
rassemblé dans JAUSS, H. R., Pour une esthétique de la réception, Gallimard, coll. "Tel", France, 1992, 333 pages. (2) Préface de Jean Starobinski, de la collection d'essais citée précédemment, p. 18.
(3) Un peu étrangement, Jauss ne fait nulle mention de son
collègue à Constance, Wolfgang Iser. Celui-ci c'est intéressé à l'acte d'interprétation
"itself as it happens within the minds each of us as we 'perform' the text." Jauss
cherchait véritablement à "rénover l'histoire littéraire", en faire une histoire des lectures
basée sur la réception (acceuil du grand public, dans un premier temps et, subséquemment, le
jugement des critiques.) Même si à première vue elle semble improbable, une compétition entre
les deux pourraient expliquer que Jauss préfère renvoyer aux travaux de F. Vodicka (1941)
plutôt qu'à celui de son contemporain. Hans Ulrich Gumbrecht, qui à eu Jauss comme "academic
advisor", parle de W. Iser comme "partner and rival" de H. R. Jauss. Dans sa préface, Starobinsky
comble cette oublie en assertant que c'est "à Jauss (et avec lui à Wolfgang Iser et à ses
collègues de 'l'école de Constance') que revient le mérite d'avoir développé les
lignes directrices d'une esthétique de la réception (...)"
(4)
(de la Biography Reference Bank de Wilson Web,
Biography from World Authors 1985-1990 (1995)
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