Chatomukh
Mensuel
d'information et d'opinion sur Le Cambodge- Journal indépendant
XVème année-n°175
Décembre 2005
La Belgique et le Cambodge
Les citoyens d'honneur de Woluwé-Saint-Pierre
La commune de
Woluwé-Saint-Pierre en Belgique a accordé le titre de citoyen d'honneur à
plusieurs personnalités, écrivains, artistes ou hommes et femmes politiques
qui, par leurs talents ou par leur courage, ont lutté pour la démocratie, le
développement et la liberté de pensée Mme Aung San Suu Kyi et Mme Ingrid
Bétancourt ont ainsi reçu cette distinction honorifique.
La première est
toujours placée en résidence surveillée alors que son parti politique avait
gagné les élections birmanes en 1990. Elle a reçu le prix Nobel de la paix en
1991. La seconde, candidate aux élections présidentielles en Colombie, a été
enlevée le 23 février 2002 et détenue depuis cette date.
Le 7 novembre
2005, devant une assistance composée de Belges, Français et de Cambodgiens, le
bourgmestre (maire) et sénateur honoraire M. Jacques Vandenhaute a décerné ce
même titre à M. Ong Thong Hoeung, l'auteur de livre, publié en 2003, "J'ai cru
aux Khmers rouges". Le bourgmestre relève que l'auteur y livre un témoignage
sur la vérité historique empreint de sincérité.
Extrait de
l'entretien accordé par M. Ong Thong Hoeung en novembre 2003 à Sylvaine
Pasquier du magazine français, l'Express.
Sylvaine
Pasquier: Il y a près de trente ans, sans être communiste, comment en
êtes-vous venu à soutenir les khmers rouges ?
J'avais alors le sentiment que le Cambodge était dirigé par des incapables,
sans aucun souci de la population et de l'intérêt national. En 1965, à mon
arrivée en France, j'ai compris que mon pays natal était à des années-lumière
du monde développé. La plupart des jeunes Cambodgiens, dont j'étais, vouaient
une admiration sans borne à trois personnalités de gauche qui avaient osé se
dresser contre le pouvoir pour prendre la défense des paysans - Khieu Samphan,
Hou Yuon et Hu Nim. Menacés d'arrestation, ils se cachaient dans les jungles.
A mes yeux, c'étaient des «patriotes progressistes», pas des communistes. Ils
ne parlaient jamais de leur appartenance au Parti et, de toute façon, cette
idéologie me semblait incompatible avec la culture cambodgienne.
Sylvaine Pourquoi?
Le communisme intègre la lutte armée. Il est contraire au bouddhisme, doctrine
de la non-violence. Reste que tous les Cambodgiens de ma génération étaient
hantés par la sauvegarde du pays et de son indépendance. Dans La Marche
vers l'Ouest, un ouvrage publié en 1969 qui a eu une audience
considérable, un ami historien, Nuon Khoeun, a décrit comment le Vietnam
finirait par occuper le Cambodge si rien n'était fait pour l'en empêcher. Ieng
Sary et les siens - j'ignorais tout de Pol Pot à cette époque - ont joué
habilement sur la fibre patriotique, en nous démontrant qu'ils n'étaient pas
inféodés aux «camarades» vietnamiens, bien au contraire. Dès lors, nous nous
sommes engagés à leurs côtés sans réserve, avec un aveuglement coupable, au
point d'admettre que la démocratie et les droits de l'homme étaient
secondaires dès lors que la priorité était de «libérer» le pays. J'étais
convaincu qu'on attendait les élites pour reconstruire le pays.
La Belgique et le Cambodge
L'hôpital provincial de Siem Reap
Le programme de la
coopération technique belge d'un montant de six
millions USD répartis sur quatre ans est destiné à réhabiter l'administration
régionale de la santé de la province de Siem Reap et des alentours.
Le docteur Georges Dallemagne co-dirige le projet qui a
démarré en février 2005. Il a travaillé de concert avec le personnel
cambodgien pour mettre en place un conseil de direction et un règlement
intérieur. Il a expliqué que "des conventions ont été passées avec les centres
de santé et les hôpitaux qui lient l'octroi des primes salariales à des
meilleures prestations. En échange, les responsables ont demandé une totale
transparence, l'arrêt des dessous-de table, l'affichage de tarifs, le respect
des heures de travail et l'assurance d'un service 24h sur 24."
M. Dallemagne, spécialiste en médecine tropicale, a été 6
ans sur le terrain en Afrique et en Asie. 7 ans à la direction en Belgique des
opérations de Médecins Sans Frontières puis directeur général de Handicap
International. En début de l'année, il a empêché la vente de l'hôpital
provincial à un groupe hôtelier.