
BRENDA J. SAXE, candidate au doctorat
AVEC LA COLLABORATION DE
SUSAN M. JOHNSON, D.Ed.
Université d'Ottawa
et de
PAULINE BARRETT, M.Serv.Soc.
LORNA ERICKSON-FRASER, M.Serv.Soc.
KATHI KALIL, M.Serv.Soc
NICKI COLLINS, M.Serv.Soc.
Centre de service familial d'Ottawa-Carleton
De victime à survivante:
Un modèle de traitement de groupe pour les survivantes d'inceste
Copyright © Brenda J. Saxe, 1993
Tous droits réservés
Imprimé à Ottawa (Ontario)
Conception de la page couverture : Stacy Fietz
Ce projet a été financé par la Division de la prévention de la violence familiale de
Santé Canada en vertu du FVDS no 4887-06-91-182.
Les conclusions et les opinions présentées dans ce document sont celles des auteures.. Eues ne
représentent pas nécessairement celles du Ministère.
On peut se procurer des exemplaires du présent document au
Centre national d'information sur la violence dans la famille
Santé Canada
Ottawa (Ontario)
KlA 1B5
Téléphone: (613) 957-2938
Sans frais : 1-800-267-1291
Télécopieur: (613) 941-8930
ATS: (613) 952-6396
ATS (sans frais) : 1-800-561-5643
No de catalogue: 72-21/92 - 1993E
72-21/92 - 1993F
ISBN 0-662-20757-2 (version anglaise)
0-662-98455-2 (version française)
Ce guide est dédié à toutes les femmes qui, dans leur enfance, ont subi des actes d'une cruauté et d'une malhonnêteté sans nom.
Il est également dédié à toutes les survivantes d'inceste et, en particulier, à toutes les femmes qui ont partagé leurs traumatismes, leur courage, leur créativité, leurs larmes et leurs rires au sein des groupes du programme. Sans leur confiance, leurs suggestions et leur volonté de changer, la rédaction de ce guide aurait été impossible. Nous souhaitons leur rendre hommage et nous joindre à elles pour faire de ce monde un milieu plus sûr où l'amour occupe une plus grande place.
B.J.S., P.B., L.E.F., K.K., N.C.
Je souhaite remercier tout spécialement :
Les participantes du programme «De victime à survivante» qui m'ont permis de parcourir avec elles le chemin de la guérison pour que je puisse rédiger ce guide. J'aimerais leur témoigner toute ma gratitude et mon respect.
Lorna Erickson-Fraser et Pauline Barrett, dont le soutien et les encouragements ont été constants.
Sue Johnson, ma superviseure de thèse, pour son enthousiasme, sa générosité et sa patience.
Kathi Kalil et Nicki Collins, pour leur précieuse contribution.
Le Centre de service familial d'Ottawa-Carleton, pour m'avoir fait confiance et m'avoir permis de réaliser ce projet.
Maggie Fietz, Eric Fietz et Stacy Fietz, pour l'excellent travail de révision et de présentation du guide.
La Division de la prévention de la violence familiale de Santé Canada, pour m'avoir fourni les moyens financiers nécessaires à la réalisation de ce projet.
Et, enfin, David, Ali et Rob, mon mari et mes deux enfants, qui m'ont toujours soutenue, qui ont préparé eux-mêmes le souper lorsque j'étais trop fatiguée pour le faire et qui m'ont laissé me plaindre lorsque j'en avais besoin. Je n'aurais jamais pu y arriver sans eux.
-Brenda J. Saxe
Nous nous excusons des omissions qui auraient été faites par mégarde. Les personnes concernées sont priées de nous les signaler.
Nous souhaitons également remercier les personnes dont la
contribution est anonyme.
Les répercussions de l'inceste sur la vie des femmes
L'utilité du traitement de groupe
Le traitement de groupe fondement
Le modèle de traitement un aperçu
Directives générales touchant la structure et la composition du groupe
Sélection et évaluation des membres du groupe
Lettre d'acceptation
De victime à survivante : un modèle de traitement de groupe
Aperçu général
Séance un
Consentement à l'échange d'information
Séance deux
Séance trois
Document à distribuer : Établissement d'objectifs personnels
Séance quatre
Document à distribuer: Cheminement guidé vers un havre de sécurité
Séance cinq
Séance six
Séance sept
Séance huit 65
Séance neuf
Document à distribuer : Dire au revoir
Séance dix
Document à distribuer: The Face of Old Woman
Séance onze
Document à distribuer : L'exploration et la résolution
Document à distribuer : There is Pain in Guilt
Document à distribuer : Le chemin de la sagesse
Séance douze
Module thématique : mécanismes de défense
Séance treize
Document à distribuer : Just a Child
Séance quatorze
Document à distribuer : Circles
Séance quinze
Document à distribuer : To Laugh
Séance seize
Document à distribuer : Life's Pleasures
Séance dix-sept : cérémonie
Document à distribuer : La recherche de la liberté
Séance dix-huit
Séance dix-neuf
Document à distribuer: Wudjagonnado
Document à distribuer: Comes the Dawn
Document à distribuer: Déclaration personnelle des droits
Séance vingt
Document à distribuer: We Were Born to Live
Échantillon de certificat
Evaluation postérieure au programme
Survol
Module thématique : colère
Document à distribuer : Conseils sur l'expression de la colère
Module thématique: conflits
Document à distribuer La résolution des conflits
Document à distribuer je suis spéciale
Module thématique: automutilation
Document à distribuer : Façons de mettre fin aux automutilations
Module thématique: intimité
Document à distribuer Définition de l'intimité
Document à distribuer Degrés d'intimité
Document à distribuer Exploration de l'intimité 167
Séance d'information à l'intention des conjoints, ami(e)s et parents
La première séance d'information
Document à distribuer : L'enfant dans le mur
Deuxième séance d'information
Document à distribuer : Charte personnelle des droits et libertés
Séance de suivi après six mois
Évaluation de suivi après six mois
«De victime à survivante», nom sous lequel on connaît le programme, est depuis lors offert sur une base régulière. D'une durée de vingt semaines, il est organisé deux fois par année par le Centre de service familial d'Ottawa-Carleton (CSF), soit à compter de février et de septembre. Chaque groupe comprend au plus dix membres. Aucune nouvelle participante n'est acceptée une fois le programme commencé. Les séances, d'une durée de deux heures et demie, ont lieu toutes les semaines et sont animées par deux femmes thérapeutes.
Les demandes d'inscription au programme de traitement de groupe dépassent de loin la capacité du Centre. Le programme étant de plus en plus connu, des professionnels de la santé mentale qui traitent cette clientèle ont demandé à obtenir des renseignements sur notre modèle de traitement.
Le présent guide est une réponse aux demandes de documentation sur la conception et la mise en oeuvre de programmes de traitement de groupe pour les survivantes d'inceste. C'est Brenda Saxe, de l'Université d'Ottawa, qui a entrepris l'observation et la description du modèle de traitement dans le cadre d'un travail plus vaste d'évaluation des programmes de traitement de groupe pour sa thèse de doctorat.
Susan Johnson, de l'Université d'Ottawa, Pauline Barrett, Lorna Erickson-Fraser, Kathi Kalil et Nicki Collins, du Centre de service familial d'Ottawa-Carleton, ont collaboré généreusement à la production de ce guide, comme ce fut le cas des participantes aux groupes «De victime à survivante», qui ont consenti de bonne grâce a contribuer à l'évaluation. Le guide vise à fournir des idées et des suggestions aux autres organismes professionnels qui souhaitent mettre sur pied des programmes de traitement de groupe ou avoir de nouvelles idées pour des groupes déjà en place.
Bien que chaque femme réagisse à sa façon au traumatisme de l'inceste, les études sur le sujet indiquent qu'elles ont toutes de nombreux problèmes en commun. Healing the Incest Wound, par Christine A.Courtois (1988), présente un examen exhaustif des conséquences possibles de l'inceste.
Or, le passage du temps ne semble pas alléger le poids de l'inceste sur la vie des femmes. Le traumatisme peut continuer de compromettre bien des aspects de leur existence même lorsque les abus remontent à de nombreuses années. Par exemple, un profond sentiment de honte et une faible estime de soi nuisent fréquemment à la réalisation d'expériences importantes comme faire des études, avoir une relation enrichissante et fonder un foyer. De tels sentiments entraînent souvent les femmes victimes d'inceste pendant leur enfance dans des situations ou des relations qui les placent à nouveau dans une position de victimes.
Souvent, l'abus d'alcool et de drogues ou d'autres comportements destructeurs, tels que la promiscuité et les troubles alimentaires, cachent la honte, la culpabilité et la douleur qui résultent de l'inceste. De nombreuses femmes ont des symptômes physiques réels qui peuvent devenir progressivement débilitants. Un grand nombre de survivantes d'inceste continuent de vivre dans l'anxiété et la peur. De telles craintes peuvent prendre la forme de crises de panique, de troubles du sommeil ou d'une hypervigilance constante. Les femmes qui ont vécu l'inceste ont malgré elles des flash-back fréquents qui les ramènent aux situations et aux scènes d'abus qu'elles ont vécues. La dépression est la séquelle la plus courante de l'inceste. Lorsqu'elle est chronique, elle peut entraîner des idées suicidaires persistantes et des tentatives de suicide. De nombreuses femmes disent avoir l'impression d'être engourdies, de ne pas vivre ou de ne pas être réelles.
La plupart des survivantes croient que l'inceste les a rendues très différentes des autres personnes. Le silence qui entoure l'inceste et les pressions exercées pour que le secret soit gardé ont eu pour effet d'isoler celles-ci dès leur enfance et ont perpétué leur sentiment de détresse et de honte. À cause des abus survenus dans leur enfance, la plupart des survivantes croient qu'elles resteront seules toute leur vie, dans l'isolement et la peur.
La séquelle la plus tragique de l'inceste est peut-être l'énorme difficulté des survivantes à faire confiance à d'autres personnes et a nouer des relations amoureuses et intimes satisfaisantes. Les rapports avec leur partenaire de vie sont souvent décrits comme étant vides et tendus, les femmes se percevant face à cette personnes comme un objet sexuel ou comme l'être devant répondre à tous leurs besoins. En outre, de nombreuses survivantes oscillent fréquemment entre la rage et l'impuissance à l'égard de toutes les personnes importantes dans leur vie, c.-à-d. leurs parents, leurs frères et soeurs, leurs partenaires, voire leurs propres enfants. Il peut s'agir des sentiments qu'elles ont ressentis pendant leur enfance et qui refont surface.
Bien que l'inceste puisse provoquer des réactions différentes chez chacune, il est clair que certaines de ses conséquences sont souvent assez sérieuses pour pousser les femmes à se faire traiter. Pour traiter les survivantes d'inceste, il faut considérer les séquelles comme des répercussions du traumatisme initial. Les mécanismes de défense que l'enfant développe pour survivre à une situation insoutenable deviennent souvent des comportements mésadaptés à l'âge adulte. Il est préférable de considérer ces mécanismes comme des moyens de compensation qui ont été précieux, mais qui ne conviennent plus et qui doivent être modifiés. Par conséquent, il faut à ce stade mettre l'accent sur la normalisation de ces mécanismes de défense.
Les survivantes d'inceste recourent souvent à la thérapie individuelle, généralement pour des problèmes autres que l'inceste à proprement parler. Comme environ un enfant de sexe féminin sur quatre subit, avant l'âge de dix-huit ans, une forme quelconque d'abus sexuel aux mains d'un membre de sa famille immédiate ou élargie auquel elle fait confiance, les difficultés éprouvées par une femme qui entreprend une thérapie sont souvent attribuables à un traumatisme incestueux non résolu. En abordant le sujet directement mais avec délicatesse lors de l'entrevue initiale, on arrive plus facilement à déterminer si c'est le cas. Une thérapie individuelle empreinte de chaleur et de sollicitude peut aider une femme à divulguer pour la première fois son expérience incestueuse et à se rappeler des souvenirs qui y sont reliés. (La divulgation se déroule ainsi dans un lieu sûr, un cadre qui facilite l'établissement d'une relation de confiance et où la femme est libre d'explorer et de confirmer ses perceptions et ses émotions.)
Comme le présent guide expose un modèle de traitement axé sur un groupe plutôt que sur la personne, nous croyons nécessaire d'expliquer le fondement de cette démarche.
Le fait de participer à un groupe constitue en soi un aveu public de l'inceste subi et peut donc libérer la participante du fardeau de ce secret si caractéristique de la dynamique de l'inceste. Souvent, les membres du groupe se rendent compte qu'elles ne sont pas seules, qu'elles ont en commun une expérience qui leur a causé des problèmes personnels et interpersonnels semblables. Les points communs des participantes servent souvent à normaliser leurs expériences et leurs problèmes, lesquels comprennent notamment une faible estime de soi, des sentiments de culpabilité, une tendance à la dépression, des idées suicidaires et des problèmes dans les relations intimes et sexuelles. En fin de compte, on doit voir ces problèmes non pas comme des troubles de la personnalité, mais plutôt comme des réactions habituelles à l'inceste.
Il y a tout lieu de croire que la participation à un groupe, aux côtés d'autres survivantes d'inceste, peut apporter nombre d'avantages en plus de réduire l'isolement. La thérapie de groupe procure un cadre qui favorise les interactions et la relation d'aide entre les participantes. Dans un groupe, des personnes ayant vécu une situation de victime peuvent commencer à voir l'aide qu'elles apportent à d'autres personnes, ce qui accroît leur estime de soi et leur sentiment de contrôle. Les participantes peuvent se lier d'amitié et, parfois, apprendre pour la première fois à établir des relations intimes, empreintes de confiance et mutuellement enrichissantes.
Le groupe tient souvent lieu de «nouvelle famille» aux participantes, ce qui facilite parfois la résolution de leurs problèmes avec leur véritable famille, puisqu'on répète et qu'on explore, au sein du groupe, des situations similaires sans craindre le rejet ou la réapparition des abus.
Le groupe est un stimulus puissant qui incite les participantes à cerner et à explorer leurs sentiments face à l'inceste ainsi que leurs croyances de longue date découlant des règles imposées pendant l'enfance et des messages transmis au sein de la famille incestueuse. Par exemple, les participantes croient souvent qu'elles sont responsables des abus qu'elles ont subis et qu'elles les méritaient; par contre, elles croient rarement que c'est le cas pour les autres participantes. Au fur et à mesure que les femmes reprennent contact avec leur passé et cheminent à travers leurs souvenirs, le groupe leur assure un climat de soutien inégalable à cause de leurs points communs et de leur capacité de s'identifier aux émotions des autres.
Finalement, le traitement de groupe donne l'occasion aux participantes de mettre en pratique des aptitudes sociales nouvellement acquises. Elles peuvent tenter d'adopter de nouveaux comportements en plus d'apprendre à faire et à recevoir des commentaires dans un climat de soutien mutuel.
Les auteures sont d'avis qu'en conceptualisant l'inceste et ses répercussions, il est utile de synthétiser les perspectives du modèle féministe et du modèle axé sur le stress post-traumatique.
La soumission et le secret sont imposes aux femmes et aux enfants dans des situations de violence. La structure patriarcale de notre société perpétue les notions de domination et de puissance masculines, ce qui limite les choix dont disposent les femmes et fait en sorte que la violence soit acceptée tout en demeurant cachée. Par opposition, le modèle féministe a comme principe de base la validation de l'expérience vécue par les femmes : ce sont les expertes pour ce qui est d'analyser leur propre expérience et de savoir ce dont elles ont besoin pour guérir et aller de l'avant. Le présent modèle de traitement de groupe se fonde sur une approche féministe : les répercussions de l'inceste, qu'il s'agisse de symptômes physiques ou de difficultés d'ordre général dans la vie des participantes, sont considérées non pas comme des manifestations psychopathologiques mais comme des mécanismes créatifs pour faire face et survivre aux conséquences néfastes de l'inceste. Certaines des «techniques de survie» employées par les victimes d'inceste peuvent devenir problématiques en les empêchant, finalement, de réaliser leur potentiel de santé et de croissance. L'approche féministe au traitement permet aux femmes d'explorer leurs symptômes et leurs difficultés dans un climat de soutien et de confiance, de prendre conscience du fait que ces problèmes sont reliés au traumatisme originel et peuvent ainsi être définis comme des mécanismes de défense créés en réaction à l'expérience incestueuse. Envisagées comme un ensemble de réactions normales à une situation anormale, ces manifestations peuvent être examinées avec moins d'anxiété. La participante apprend qu'elle est maître de son avenir - de l'orientation de sa vie - dans cette transition de l'état de victime à celui de survivante.
Le modèle axé sur le stress post-traumatique présente l'inceste comme un événement catastrophique qui bouleverse la vision qu'a l'enfant du monde comme un lieu sûr et prévisible. Les symptômes posttraumatiques font suite à des événements très éprouvants, et ont été bien documentés dans des cas de traumatisme de guerre, de torture, de viol, etc. Les réactions courantes aux situations catastrophiques incluent des épisodes cycliques de symptômes perturbateurs - flash-back, cauchemars, crises de panique, troubles d u sommeil e t hypervigilance - ainsi que de symptômes d'évitement comme le repli sur soi, la dissociation et la torpeur. La réaction d'une survivante d'inceste, qui a subi dans l'enfance une violation répétée et prolongée de son intégrité sexuelle sans pouvoir y échapper, peut se traduire par des symptômes semblables.
Les auteures sont d'avis que l'exploration des symptômes de stress post-traumatique dans un milieu de soutien sécurisant peut amener les participantes à associer ces manifestations au traumatisme originel, et à les interpréter comme des mécanismes de défense qu'elles se sont créés à l'époque pour survivre à l'épreuve de l'inceste.
Dans le contexte de cette vision de l'inceste, féministe et axée sur le traumatisme, l'orientation thérapeutique du modèle de traitement de groupe «De victime à survivante» découle d'une synthèse des perspectives humaniste-existentielle et expérientielle présentées respectivement par Carl Rogers et Fritz Perls. Selon la théorie humaniste-existentielle, l'être humain aurait une disposition innée à survivre, à évoluer et à développer ses aptitudes de manière a préserver ou à optimiser son identité personnelle. Dans la vision expérientielle du fonctionnement humain, la personne perçoit activement le monde dans lequel elle vit, trouve ses propres interprétations et classe ce qu'elle voit et ce qu'elle entend selon son état émotionnel du moment et son mode d'organisation expérientiel. Ce sont ces perceptions qui déterminent son comportement à un moment donné. Ainsi, l'acceptation de «ce qui est» à un moment précis constitue la pierre angulaire de la relation thérapeutique. Sous cette optique, la thérapeute tente de s'introduire dans le monde de la survivante d'inceste, d'une manière respectueuse et non directive, pour l'aider à explorer ce monde selon son point de vue et sa propre grille de référence. La survivante est l'experte en ce qui concerne sa propre expérience et celle-ci constitue le point de référence primordial qui détermine toutes les interventions thérapeutiques. Tout comme le reste de la population, les participantes aux groupes «De victime à survivante» s'efforcent de trouver un sentiment de plénitude et d'intégrité. C'est pourquoi elles ont demandé de l'aide pour déterminer quels aspects de leur expérience les empêchent de vivre pleinement leur vie.
Il est à espérer que l'information contenue dans le présent guide encouragera les intervenants et intervenantes du domaine de la santé mentale qui travaillent avec les survivantes d'inceste et qui désirent monter leur propre programme de traitement de groupe à le faire. Ce guide ne constitue toutefois qu'un ensemble de lignes directrices, et ne remplace nullement les compétences cliniques et l'expérience de travail auprès des survivantes d'inceste. En outre, des modifications au protocole de traitement peuvent s'avérer nécessaires, en fonction des ressources disponibles ainsi que de la personnalité des participantes et des besoins particuliers de chaque groupe.
1) Établissement d'un lieu sûr,
2) Briser le mur du silence,
3) Démarche de dévictimisation (working through), et,
4) Réintégration et conclusion
Chaque séance prend comme point de départ le travail accompli la semaine précédente, ce qui assure un niveau de confort et de sécurité optimisant l'expérience thérapeutique des participantes.
Il se produit, au cours de cette phase, un phénomène particulièrement important : le fait pour chaque participante de raconter son «histoire» et de parler des traumatismes qui y sont reliés provoque un effet en chaîne, c'est-à-dire que les autres femmes, qui se sont trouvées dans une situation semblable, revivent avec la narratrice l'expérience qu'elle relate. Le sentiment de bien-être ressenti par les participantes durant la phase initiale fait donc rapidement place à un retour et à une aggravation des symptômes au fur et à mesure qu'elles dévoilent ce qu'elles ont vécu. Les symptômes perturbateurs et paralysants du stress post-traumatique refont fréquemment surface lorsque les femmes commencent à reprendre contact avec leur passé, à se remémorer et à analyser leur propre expérience.
L'aide et le soutien que les femmes commencent ainsi à se prêter mutuellement peuvent accélérer la création de liens affectifs. Bien qu'elles doivent assurer autant que possible la cohésion du groupe, les animatrices doivent être conscientes que toutes les femmes n'ont pas les mêmes facultés d'adaptation, et qu'il peut s'avérer nécessaire d'intervenir pour s'assurer que chacune veille à son propre bien-être et à sa sécurité.
Au moment d'entreprendre la démarche de dévictimisation, on encourage chaque femme à faire part aux autres des buts qu'elle s'est fixés en s'inscrivant au programme, et à recourir à l'aide du groupe pour atteindre ces buts et apprendre à dire «non» aux sentiments ou aux personnes qui l'empêchent d'aller de l'avant. Cet apprentissage se fait habituellement au cours d'exercices d'exploration et de résolution, où l'on fait un retour expérientiel sur l'affect négatif associé à l'expérience incestueuse. Chaque femme est invitée à définir ses buts personnels et à se servir du groupe pour atteindre ces buts. On l'encourage ensuite à prendre part à un exercice d'exploration et de résolution pour apprendre à dire «non» aux sentiments ou aux personnes qui l'empêchent de progresser.
Tous les exercices d'exploration et de résolution consistent en un échange individuel entre une des animatrices et la participante en présence des autres membres du groupe. L'animatrice, recourant à des techniques expérientielles, évoque et rappelle les croyances ou sentiments négatifs de base qui font obstacle à la faculté, chez la participante, de se fixer des frontières normales ou d'adopter des comportements sains. Un élément essentiel de l'exercice consiste en l'utilisation par les animatrices des émotions ressenties en tant qu'agent de changement, afin que la participante puisse commencer a se percevoir comme libre d'agir et à s'affirmer de manière à favoriser sa croissance personnelle. Ce à quoi chaque femme doit apprendre à dire «non» dépend de ses buts personnels et de ce dont elle croit avoir besoin pour que la victime en elle devienne une survivante.
Durant la phase de dévictimisation, les femmes commencent à prendre conscience de leurs différences, par opposition aux similarités qui étaient si marquées durant les deux premières phases. Par conséquent, les phénomènes de transfert deviennent plus perceptibles et des conflits peuvent surgir tant entre les membres du groupe qu'entre les animatrices et les participantes. À cette étape du processus, on tente de régler les problèmes touchant la dynamique du groupe au fur et à mesure qu'ils se présentent, mais on reste concentré surtout sur la réalisation des buts personnels de chaque participante par l'exploration et la résolution des éléments traumatiques. Ainsi, le thème «de victime à survivante» continue de régir le déroulement du processus collectif, pour faire en sorte que le groupe demeure productif et puisse progresser.
Il est essentiel que les animatrices aient une excellente connaissance et une compréhension tout aussi bonne des problèmes vécus par les survivantes d'inceste, ainsi que la sensibilité et les compétences cliniques nécessaires pour traiter ces questions. De nombreuses interactions au sein du groupe devront être interprétées par rapport à la dynamique de l'inceste, que les animatrices doivent connaître afin de pouvoir intervenir de façon pertinente. On leur demande également de démontrer la même empathie, fiabilité et disponibilité a l'égard de toutes les participantes du groupe.
Règles de base
On adopte les règles de base au cours de la première séance, pour faire comprendre aux membres du groupe qu'on se préoccupe de leur sécurité et de la confiance à l'intérieur du groupe. Bien qu'il s'agisse de règles prédéterminées, les participantes décident souvent d'y ajouter certaines lignes directrices qu'elles jugent utiles, comme par exemple des règles concernant les relations entre membres en dehors des séances de groupe. D'autres règles peuvent s'ajouter au besoin, mais un trop grand nombre de règles risque de donner aux participantes l'impression qu'elles ne peuvent pas prendre elles-mêmes de décisions é c 1 a i r é e s touchant 1 e u r comportement.
Lorsqu'une femme a manqué plus de deux séances, une des animatrices demande à la rencontrer pour discuter des raisons qui ont motivé ses absences. Si la participante désire quitter le groupe, on lui demande d'assister une dernière fois à une séance afin d'informer les autres membres de sa décision et de leur dire au revoir. La participante a souvent ainsi l'occasion de connaître les réactions et de recevoir des commentaires des autres membres, ce qui l'amène à reconsidérer sa décision. Si elle souhaite toujours partir, son choix est respecté.
Expression de l'émotion
Le rappel d'émotions associées au traumatisme de l'inceste, comme la rage, la peur et la tristesse, fait partie intégrante du processus de guérison; à ce titre, on favorise et on encourage le rappel des émotions dans le cadre du traitement de groupe. Par ailleurs, comme la sécurité du groupe demeure la considération première, l'expression des émotions doit être assujettie à des règles très strictes. On explique par exemple aux participantes que la destruction de biens, la violence envers d'autres membres du groupe ou les animatrices et l'automutilation ne constituent pas des moyens d'expression acceptables. Il est souvent nécessaire d'enseigner aux participantes des méthodes constructives pour manifester leurs sentiments, car elles n'ont peut-être pas appris ces techniques dans leur famille d'origine. De plus, certaines femmes du groupe pourront craindre d'être incapables de se maîtriser si elles se laissent aller à revivre et à exprimer leurs émotions. Elles ont besoin d'être assurées du soutien du groupe et de leur propre capacité de se ressaisir. Durant une période difficile, une femme peut avoir besoin de se retrouver seule un moment en dehors du groupe, et il est important que toutes les participantes sachent qu'elle y a droit. Finalement, bien qu'on encourage les étreintes et le réconfort physique entre membres et avec les animatrices, chaque femme a également le droit de dire si elle veut ou non qu'on la touche.
Les règles de communication affichées sont les suivantes :
1. Soyez honnête et ouverte.
2. Respectez le droit de chaque femme à sa propre opinion.
3. Ne coupez pas la parole aux autres. Vous aurez votre tour pour parler.
4. Écoutez attentivement ce que chacune a à dire.
5. Parlez une à la fois.
6. Parlez de votre comportement et de vos sentiments en employant le «je» plutôt que le «tu» ou le «on».
7. Faites des commentaires constructifs aux autres membres du groupe.
8. Tâchez de ne pas parler pour les autres. Votre façon de faire et vos sentiments ne sont pas nécessairement les mêmes que ceux des autres.
Le plan de la séance est le suivant :
1. Détails pratiques
2. Expériences personnelles
3. journal
4. Activité principale
5. Devoir
6. Tour de table
Bien que le caractère familier d'un plan fixe ait des avantages certains, une formule de ce genre se doit d'être souple. Le temps consacré à différentes activités peut varier lorsque le groupe progresse d'une phase à l'autre. À la séance quatre, par exemple, on combine les expériences personnelles et le temps consacré au journal pour laisser plus de temps à l'activité principale. La décision de modifier le plan de la séance n'est jamais prise unilatéralement, mais bien en concertation avec les membres du groupe.
Avec l'affiche indiquant le plan de chaque séance, on installe chaque semaine le plan général des vingt semaines du programme de traitement. Ce plan a pour but de réduire l'anxiété chez les membres du groupe en les informant des étapes à venir, et d'atténuer les sentiments d'impuissance et de perte de contrôle pouvant s'apparenter à ceux qu'elles ont éprouvés ou éprouvent encore dans leur propre famille.
Le plan général des vingt semaines de traitement de groupe se présente comme suit :
Séances un à trois :
Définitions et visions de l'inceste.
Séances quatre à huit :
Récit de notre histoire.
Séances neuf et dix :
Amorce du changement.
Séances onze à dix-neuf:
Comprendre les anciens schèmes de comportement et en acquérir de nouveaux.
Séances vingt :
Cérémonie
Ces entrevues, qui se déroulent environ un mois avant le début de chaque nouveau traitement de groupe, donnent aux participantes éventuelles l'occasion de rencontrer une des animatrices, de lui faire part, s'il y a lieu, de leurs craintes et de leurs préoccupations au sujet du programme et de prendre connaissance, de façon générale, des objectifs, de la structure, du déroulement et du contenu du programme. Les entrevues permettent aux animatrices d'aider les participantes éventuelles a déterminer si elles sont prêtes à suivre un traitement de groupe. Par exemple, il arrive que des femmes traversent en même temps une autre période très difficile de leur vie, ou soient tellement traumatisées par leur expérience de l'inceste qu'il leur faut poursuivre leur cheminement personnel avant d'être capables de vivre une expérience de groupe. Une fois dix personnes acceptées, le groupe est définitivement formé.
Les candidates :
1. doivent être âgées de 18 ans ou plus.
2. ne doivent pas vivre sous le même toit que leur(s) agresseur(s).
3. doivent de préférence suivre simultanément une thérapie individuelle; sinon, elles doivent pouvoir se confier à au moins une personne lorsqu'elles seront aux prises avec les sentiments intenses engendrés par le processus de traitement de groupe.
4. doivent s'engager à participer aux 20 séances.
doivent être capables de faire un rapprochement entre l'inceste vécu dans le passé et leurs difficultés actuelles.
6. ne doivent pas abuser des drogues ni de l'alcool, et ne doivent pas poser de gestes suicidaires. (De nombreuses survivantes pensent souvent au suicide et continuent de le considérer comme une option possible.)
7. doivent envisager leur participation à un groupe de survivantes d'inceste dans une optique positive et accepter de voir l'inceste comme le thème central du programme.
Il ne devrait préférablement pas y avoir, au sein du groupe, une participante qui pourrait se sentir isolée en raison de son âge, de son orientation sexuelle ou de son appartenance à une minorité ethnique. L'impression d'être différente des autres, qui découle si souvent de l'inceste, se trouve renforcée lorsqu'une survivante est très dissemblable des autres membres du groupe. Si le cas se présente, on explique ce point de vue à la candidate, à qui on laisse le choix de faire ou non partie de ce groupe particulier.
L'animatrice commence généralement l'entrevue d'évaluation en expliquant les raisons de cette rencontre et en demandant à la candidate pourquoi elle a décidé de suivre un traitement de groupe. La réponse de la candidate mène souvent à une discussion a propos de ses attentes. Un traitement de groupe de durée limitée ne constitue qu'une étape du processus global de guérison; les membres ne doivent pas s'attendre, en se joignant au groupe, à être parfaitement «guéries» au terme du programme de 20 semaines. La candidate est également encouragée à relater ses autres expériences de groupe, s'il y a lieu. (Une réaction extrêmement négative à de telles expériences pourrait signifier qu'une démarche collective ne convient pas à cette personne.)
L'animatrice donne ensuite à la candidate des renseignements sur la durée, la structure et l'orientation du groupe. Elle insiste notamment sur la durée limitée du programme, sur sa nature thérapeutique (par opposition aux groupes d'entraide ou de soutien), sur le fait que le groupe est dirigé par deux thérapeutes professionnelles, qu'il compte dix personnes et qu'aucune nouvelle participante n'est acceptée après le début du programme.
Le groupe est décrit comme un lieu sûr où les membres peuvent faire face à leurs problèmes découlant de l'inceste et recevoir la validation et l'appui de personnes qui ont vécu une expérience semblable. Bien qu'il soit impossible pour l'animatrice de donner tous les détails du déroulement des séances, il est important qu'elle demande à la candidate de lui préciser ce qu'elle désire savoir sur le programme pour pouvoir décider s'il lui convient ou non. On discute des engagements nécessaires ainsi que des conditions de vie actuelles de la candidate.
Idéalement, la candidate ne devrait pas prévoir de changements importants dans sa vie, comme la naissance d'un enfant ou un nouvel emploi, au cours des 20 semaines que dure le programme. Si c'est néanmoins le cas, elle aurait peut-être intérêt à attendre un moment plus opportun pour entreprendre un traitement de groupe. La candidate devrait fonctionner raisonnablement bien dans sa vie quotidienne. Il est essentiel qu'elle comprenne que le traitement risque de faire resurgir de nombreux souvenirs pénibles associés à l'inceste, lesquels peuvent à leur tour provoquer une désorientation et une désorganisation temporaires. On peut alors lui demander si elle a déjà tenté de se suicider ou si elle a des antécédents de toxicomanie. Si la motivation première de ces comportements était d'atténuer ou d'effacer les souvenirs et sentiments pénibles associés à l'inceste, et que ces souvenirs et sentiments refont surface au cours des séances, la participante risque de se sentir de nouveau attirée vers ces échappatoires. Par ailleurs, si une femme consomme de la drogue ou fait un usage excessif de l'alcool, le programme «De victime à survivante» n'est pas indiqué pour le moment. Le traitement lui sera beaucoup plus profitable une fois qu'elle aura surmonté son problème de dépendance.
Un autre point important à évaluer durant l'entrevue est le soutien dont la candidate dispose actuellement. Idéalement, elle devrait se trouver dans une relation de soutien continue avec un ou une thérapeute, ou du moins avoir un ami ou une amie sur qui elle peut compter pour faire le bilan de son expérience de groupe. Les participantes revivent souvent des états fortement symptomatiques, à l'intérieur comme à l'extérieur du groupe. Il est essentiel que l'animatrice sache comment la participante éventuelle pourra faire face à ces symptômes et à qui elle peut demander de l'aide.
L'animatrice devrait également interroger la participante éventuelle sur l'abus sexuel qu'elle a vécu et voir si la divulgation de cette expérience dans le cadre de l'entrevue d'évaluation provoque considérablement d'anxiété ou de dissociation, car c'est au cours de cette entrevue que la candidate apprend qu'elle devra raconter son expérience personnelle au groupe. Beaucoup de femmes éprouvent un certain malaise en apprenant ceci; elles apprécieront donc qu'on leur donne une explication rationnelle de l'importance de divulguer leur expérience personnelle de l'inceste.
Tout au long de l'entrevue, l'animatrice aide la candidate à évaluer ses besoins d'une manière honnête et à déterminer les meilleurs moyens possibles pour répondre à ces besoins. Cette évaluation peut s'avérer une expérience très positive pour la candidate, même si elle choisit de retarder sa participation au programme. Elle peut se rendre compte, durant l'entrevue, qu'elle n'est pas tout à fait prête pour une thérapie de groupe; il est alors important de la laisser prendre cette décision.
Ce sont en fin de compte les animatrices qui sont responsables de la sélection des participantes et de leur bien-être pendant la durée du programme. S'il est décidé qu'une des candidates ne fera pas partie du groupe, l'animatrice devrait lui exposer clairement les raisons de cette décision et l'aider à trouver une solution plus appropriée pour obtenir le soutien dont elle a besoin, qu'il s'agisse d'une forme de thérapie plus personnelle, un programme d'Alcooliques anonymes, etc.
Si l'animatrice accepte la candidate au sein du groupe, il est néanmoins important que celle-ci réfléchisse encore pendant deux ou trois jours avant de prendre la décision finale de se joindre au groupe. Ainsi, elle a dès le départ l'assurance qu'elle est libre de faire des choix et de prendre des décisions qui peuvent influer sur sa vie, et que ses choix seront respectés.
Si l'animatrice estime que la thérapie de groupe convient à la candidate et peut lui être profitable, elle lui envoie une lettre (voir page 22) indiquant qu'on lui réserve une place au sein du groupe si tel est toujours son désir, mais qu'elle doit téléphoner pour confirmer son intention d'y participer.
Même après la plus soigneuse des évaluations et des sélections et avec un engagement ferme des dix personnes choisies, il arrive qu'une des membres du groupe ne termine pas le programme de vingt semaines.
Madame,
Nous avons le plaisir de vous informer que votre demande de participation au prochain groupe du programme «De victime à survivante» a été acceptée. Ce traitement de groupe d'une durée de 20 semaines débutera le 26 février à 19 h à nos bureaux du 119, avenue Ross, Ottawa (Ontario).
Il est important que vous nous confirmiez votre intention de faire partie de ce groupe, car nous avons d'autres candidates inscrites sur une liste d'attente. Pour que nous puissions retenir votre place, veuillez nous téléphoner au plus tard le 10 février.
Nous nous réjouissons à l'avance de travailler avec vous.
Veuillez agréer, Madame, l'expression de nos sentiments les meilleurs.
En plus d'indiquer les étapes de chaque séance, ce guide comprend, en guise d'instructions, des exemples que les animatrices peuvent reprendre textuellement pour s'adresser au groupe. Les lignes directrices des séances traitant également des problèmes qui peuvent survenir et des questions d'ordre clinique. On trouvera aussi, à la suite du protocole de traitement, une série de «modules thématiques» traitant de sujets d'un intérêt particulier pour les survivantes d'inceste, qu'on peut intégrer aux séances selon les besoins.
Une fois que toutes les participantes sont arrivées et ont pris place, les deux animatrices leur souhaitent officiellement la bienvenue. Il est important, à ce moment, de mettre les femmes à l'aise autant que possible. Les animatrices devraient louer le courage dont elles ont fait preuve en s'inscrivant au programme et se montrer attentives aux sentiments d'anxiété ou d'appréhension qu'elles peuvent éprouver.
Durant cette séance, les animatrices présentent également un bref historique du programme et expliquent les règles de base ainsi que les règles de communication à respecter. Elles montrent aux participants les affiches indiquant les règles de communication et le plan de la séance. Chaque femme reçoit un livre intitulé The Take Care Book: A Handbook About Women's Health. Au moment où le présent guide a été imprimé, cet ouvrage traitant de la santé des femmes était offert gratuitement par le Women's Health Project, 216, rue Simcoe, Peterborough, Canada K9H 2H7.
L'activité principale de la première séance est appelée «remue-méninges». On demande aux participantes de faire connaître leur réaction aux mots «inceste», «victime» et «survivante» et on note les mots, pensées ou sentiments exprimés par chaque femme sur un tableau à feuilles mobiles. Cet exercice constitue un moyen non menaçant d'aborder les sentiments et les problèmes reliés à l'inceste. En outre, il fait prendre conscience aux animatrices des émotions ressenties par les participantes et leur permet de déterminer lesquelles auront de la difficulté à communiquer. Il donne également l'occasion aux participantes de savoir ce que les autres membres du groupe ressentent. Par exemple, si une femme n'arrive pas à prononcer un certain mot, et qu'une autre le fait, elle aura l'impression d'être au bon endroit, avec des gens qui peuvent la comprendre, ou trouvera le courage de partager son expérience en prenant exemple sur sa compagne.
Il est très utile de remettre aux participantes le résultat sur papier de ce travail. On dactylographiera donc tous les mots tirés de cet exercice et on distribuera cette liste aux participantes au début de la séance suivante, pour qu'elles puissent l'ajouter à leur journal (voir l'exemple à la page 33).
Nous savons combien il peut être difficile de faire face aux sentiments que l'inceste suscite chez vous dans le cours de votre vie quotidienne, mais il est important de commencer à le faire pour pouvoir guérir. En pensant à votre devoir, vous vous donnez la permission de prendre un peu de temps pour réfléchir à certaines questions que vous pourriez normalement tenter d'esquiver.
Par contre, si les participantes ne font pas leur devoir, on les appuie dans leur décision tout en les encourageant à essayer de nouveau. Si elles ont des questions ou des préoccupations concernant la façon d'aborder ce travail, on y répond sur-le-champ. Certaines femmes, par exemple, se soucient de l'évaluation tandis que d'autres s'inquiètent du niveau de stress pouvant résulter d'un exercice où on doit réfléchir à l'inceste à l'extérieur du groupe.
Le devoir donné à la première séance s'intitule Prendre le temps de penser à soi. On peut le présenter comme suit
(Exemple)
Écrivez dans votre journal les pensées et réflexions à votre sujet qui vous viennent à l'esprit, ou prenez simplement le temps d'y réfléchir. Il petit s'agir d'opinions positives ou négatives, de vos rêves, de vos sentiments, etc.
Cette tâche rend les participantes à l'aise avec le fait de tenir un journal et les aide à entreprendre le processus de réflexion sur soi.
«Que ressentez-vous en ce moment par rapport à notre rencontre de ce soir?»
Le tour de table consiste à donner à chaque femme qui le désire, à tour de rôle, l'occasion de s'exprimer. Chacune a un moment pour parler de ses sentiments, tant positifs que négatifs, et les partager avec les autres membres du groupe. Certaines participantes ont de la difficulté à communiquer leurs émotions et préoccupations succinctement, peut-être parce que le tour de table signifie que la séance achève. Les animatrices peuvent plus facilement contrôler ces longues discussions si elles expliquent clairement la formule du tour de table lors de la première séance et, au besoin, en rappelant gentiment aux participantes qui prennent trop de temps que la séance tire à sa fin.
Il arrive souvent qu'une participante soit aux prises avec des émotions si fortes qu'elle est incapable de mener à une conclusion les propos entrepris lors du tour de table. Les animatrices peuvent alors demander au groupe d'accorder plus de temps à cette participante, mais doivent être attentives à la possibilité qu'une des membres du groupe semble toujours en crise à la fin de la séance de manière à obtenir plus d'attention de la part des autres ou de prolonger la durée de la réunion. Les commentaires des autres participantes s'avèrent souvent utiles dans de tels cas, car ils font prendre conscience à cette personne de l'effet que son comportement produit sur le groupe. Les animatrices participent aussi au tour de table en partageant leurs pensées et sentiments avec le groupe.
(Exemple) Animatrice :
le ressens beaucoup d'encouragement et d'espoir, ce soir, mais aussi beaucoup de tristesse en Pensant à la souffrance que chacune de vous a dû endurer. le m'étonne du courage dont toutes et j'espère que vous commencez à être à l'aise ici. le sais que ce processus est très difficile pour vous mais je trouve encourageant que vous ayez suffisamment cru en vous-mêmes pour venir.
haine solitude colère faible estime de soi
honte pour toujours malade confiance
injuste cicatrices tremblements tristesse
mère laideur souffrance culpabilité
incapable silence panique complot
sale invisible exploitation fou
torpeur douleur contrôle méchant
aucun droit reproches faire comme si irréel
faire semblant pourquoi? oublier comment pleurer manipulation
jalousie cauchemars personne ne s'inquiète
baiser détestable menteur
mensonge battue
violation cacher larmes incroyable
tuer confusion incrédulité ne pas se laisser abattre
mérité réprimer vulnérable
seule désespoir courage petite
mort peur du rejet hypocrisie impuissance
survivante dissimuler viol obligée
puanteur nue étouffer toujours attendre
pitié
se demander comment on a survécu gagner
forte faire face
savoir qu'on trouvera de l'aide enfant rebelle naissance
accepter joie effort
reconquérir connaître la vérité croire en soi
briser le cercle vicieux partager sa souffrance survivre
abattre les murs guérir écouter
famille choisie sentir la douleur respect de soi
confrontation entrer en contact avec ses sentiments
protéger ceux qu'on aime droits valables
aimer l'enfant en soi je ne suis pas seule soutien
trouver sa voix demander sans avoir peur
réparer son moi brisé
permets à ________________________________
de ________________________________d'échanger
de l'information relativement aux services que j'ai demandés
avec ________________________________
du Centre de service familial d'Ottawa-Carleton.
Renseignements particuliers ________________________________
________________________________________________________________
NOM:________________________________
ADRESSE : ________________________________
DATE : ________________________________
SIGNATURE: ________________________________
TÉMOIN: ________________________________
Poèmes pour le journal
We will stand face to face,
smile to smile,
tear to tear.
We will listen to each other's words,
we will try to understand each other's thoughts,
and most important,
we will look deep into each other's eyes
to seek the truths
reflected there
that have no words
to set them free.
V. Susan Daniels of Pequea
is to reach, and to remember, and to declare
our commitment to all the living, without
reservation. We do what we can. And by
doing it, we keep ourselves trusting, which
is to say, vulnerable and more than that,
what can anyone ask?
from
"Revolutionary Petunias
and Other Poems"
by Alice Walker
Tirées de Conspiracy of Silence : the Trauma of Incest de Sandra Butler (traduction libre) :
Comment décrire ce que c'était. Peut-être dois-je m'exprimer avec prudence pour ne pas entendre trop clairement ma propre voix. le pourrais peut-être murmurer dans le vacarme de toutes ces autres voix. S'il vous plaît... le suis fatiguée maintenant.
Mais ma voix se noie et je rapetisse, comme une statue de glace qui fond, sous les regards cuisants des autres pour finalement me retrouver seule, invisible.
Écrit par une victime d'inceste lorsqu'elle a quitté le domicile paternel à l'âge de dix-neuf ans.
Elle était jeune, elle avait l'air sain et propre, mais ses yeux trahissaient sa souffrance. «Nous créons notre propre système de dénégation», a-t-elle expliqué. «Nous érigeons un mur entre nous et ce qui nous est arrivé. Il existe de nombreuses façons d'ériger ce mur - la drogue, l'alcool, n'importe quoi qui puisse nous faire oublier. Si les gens parvenaient à voir ce qu'il y a de l'autre côté du mur, ils comprendraient peut-être que ces choix que nous faisons sont souvent le seul moyen que nous avons trouvé pour survivre. »
Annonces s'il y a lieu.
À ce moment, les animatrices peuvent annoncer les anniversaires ou les activités particulières d'éducation qui se déroulent dans la communauté. De plus, si une participante est absente pour cause de maladie ou autre, il faudrait l'annoncer à ce moment-là afin d'apaiser toute anxiété au sujet de son absence.
Le but premier de l'activité principale continue à être l'établissement d'un climat de sécurité et de confiance au sein du groupe.
L'exercice de la séance deux vise à examiner les questions de responsabilité et de pouvoir en les rattachant à l'inceste vécu par chacune des femmes du groupe. À cette fin, on utilise le tableau à feuilles mobiles pour noter les sentiments et les réflexions de chaque participante sur les sujets abordés, afin de dactylographier le tout et de le remettre aux femmes au cours de la séance suivante. L'exercice se divise en trois parties, présentées à tour de rôle par les animatrices. À la fin de chaque partie, on note les mots ou les expressions proposés par les participantes sur le tableau à feuilles mobiles. Chaque partie devrait durer environ 20 minutes.
Nous savons que très fréquemment, une enfant victime d'inceste se sent coupable ou honteuse, ou se reproche ce qui s'est produit. L'adulte qui commet l'inceste use de son pouvoir ou de sa position pour se dégager de la responsabilité de ses actes. Remontez dans vos souvenirs et concentrez-vous sur votre agresseur(e) ou vos agresseur(e)s. Êtes-vous maintenant consciente de la manière dont cet(te) adulte s'est déchargé(e) de la responsabilité de l'inceste et vous a alors laissée en proie à des sentiments de repentir, de honte et de culpabilité? Qu'a-t-il ou qu'a-t-elle dit? Comment cette personne s'est-elle comportée? Lorsque vous serez prêtes, pouvez-vous faire part de ces souvenirs au groupe?
Souvent, l'adulte agresseur(e) prend bien soin de planifier les circonstances pour attirer et piéger l'enfant victime, et pour ne pas être découvert(e) ni pris(e) sur le fait. La personne s'assure ainsi que l'inceste restera secret. Remontez dans vos souvenirs et concentrez-vous sur votre agresseur(e). Avez-vous maintenant conscience d'avoir été attirée ou piégée par votre agresseur(e), qui vous a donné le sentiment d'être fautive et coupable en rejetant sur vous la responsabilité de l'inceste? À quelle sorte de récompense ou de menace avait recours votre agresseur(e)? Lorsque vous serez prêtes, pouvez-vous faire part de ces souvenirs au groupe?
Nous aimerions maintenant faire un exercice qui vous aidera à comprendre pourquoi votre agresseur(e) a pu vous piéger, vous attirer et vous rendre responsable. Nous vous proposons d'examiner les différences entre un enfant et un adulte et de voir qui détient véritablement la responsabilité et le pouvoir. Nous allons diviser le tableau en deux colonnes, l'une intitulée «enfant» et l'autre «adulte». Pouvez-vous nous donner des mots qui décrivent chacun d'entre eux? Par exemple, dans la colonne enfant, nous pourrions inscrire «petite» et dans la colonne adulte, «grand». Pourriez-vous trouver d'autres mots qui nous aideraient à comprendre les différences entre un adulte et un enfant?
Comment l'auteur(e) de l'inceste s "est dégagé(e)
de la responsabilité de ses actes?
Cadeaux
Privilèges réservés à la «favorite»
«C'est toi qui es folle»
«Pleurnicheuse»
«Tu as besoin d'aide»
«Je vais t'apprendre»
«Tu es tellement laide»
«Tu es tellement brillante»
«Maman ne me comprend pas»
«C'est mon droit»
«Tu étais la seule»
«Cela t'aidera à devenir femme»
«Putain»
Alcool
«Tu n'as rien à perdre»
«Il est déprimé»
«Maman est malade»
Monter l'une contre l'autre
Mieux que maman
«Ne dis pas à maman combien d'argent je te donne»
«Ne contrarie pas ta mère»
«On ne doit pas prêter attention à ce qu'un enfant dit»
«Les autres sont tous plus importants que toi»
Exemple d'activité principale de la séance deux
Comment 1'auteur(e) de l'inceste vous a fait porter
la responsabilité de l'inceste?
Maman le défendait
J'étais tellement mauvaise fille - je le méritais
«Obéis à ton père»
Terreur à l'idée de perdre l'amour de ma mère
je ne peux même pas y penser - c'est trop douloureux
Sale
Le seul moment où j'obtenais de l'affection Ridicule
Dénégation de mon identité personnelle/de mes sentiments
Perdre ma famille
Crainte
Personne ne me croirait
Manque de respect (envers ma mère)
Disputes entre vous
L'élue
L'exclue
Pas crue
J'évitais les corvées
Enseignement religieux - vous devez amour, respect et obéissance à vos parents
Présentée aux autres comme une menteuse
«Ne cherche pas ailleurs - nous le faisons mieux»
Ne faisait pas attention - j'essayais de le dissuader
| Enfant | Adulte |
| petite | grand |
| dépendante | indépendant |
| amour inconditionnel | met une condition à son amour |
| impuissante | autorité sociale |
| veut faire plaisir | exige des choses |
| veut être acceptée | indifférent |
| inexpérimentée | beaucoup d'expérience |
| naïve | averti |
| pas crue | crédible |
| honnête | malhonnête |
| bonne | mauvais |
| malléable | rigide |
| vulnérable | dominateur |
Annonces
Les animatrices présentent l'idée d'une séance d'information destinée aux conjoints, ami(e)s et parents des femmes du groupe. On organise une séance d'information deux fois au cours du programme, la première vers la sixième séance et l'autre vers la séance quatorze. Si un minimum de cinq conjoints, ami(e)s et parents désirent profiter de l'occasion pour parler de leurs propres difficultés ou encore demander de l'aide et des idées afin de soutenir une participante pendant la durée du Programme, on organisera une première séance d'information. On encourage les participantes à inviter autant de personnes qu'elles le désirent à assister à la séance d'information. On leur demande de réfléchir à cette possibilité et de proposer une date pour la première réunion lors de la séance suivante.
La semaine dernière, votre devoir consistait à réfléchir aux moyens que vous avez utilisés et que vous employez peut-être encore pour faire face à vos souvenirs de l'abus sexuel. C'était votre façon à vous de vous adapter à ce qui vous arrivait; peut-être continuez-vous encore aujourd'hui à faire appel aux mêmes moyens pour faire face à vos souvenirs difficiles. Remontez dans vos souvenirs et concentrez-vous sur les stratégies créatrices qui vous ont permis de survivre dans votre enfance. Ne jugez pas ce que vous avez fait pour survivre, car il s'agit du passé et ce qui est fait est fait. Nous continuons à utiliser aujourd'hui certains de ces mécanismes qui nous conviennent; peut-être finirons-nous par vouloir en changer d'autres. Pourriez-vous commencer à raconter au groupe certains des moyens qui vous ont permis de faire face à vos souvenirs de l'inceste dans le passé et que vous utilisez peut-être encore aujourd'hui?
Tous les comportements sont significatifs. Souvent, nos mécanismes de défense et, par conséquent, nosfaçons d'agir nous indiquent quels sentiments nous éprouvons envers nous-mêmes. Par exemple, si vous avez eu recours à l'alcool ou aux drogues pour faire face à vos souvenirs de l'abus ou pour vous adapter à une situation d'inceste, qu'éprouviez-vous à ce moment-là? Peut-être du désespoir, ou un grand découragement? Revenons au tableau et voyons ce que nos mécanismes et comportements de défense pourraient nous révéler sur nos émotions.
L'établissement d'objectifs personnels peut être une tâche difficile mais gratifiante. Vous avez ainsi l'occasion de mettre par écrit les objectifs personnels que vous aimeriez atteindre grâce au groupe. Comme cet exercice est extrêmement important, pourriez-vous s'il vous plaît prendre le temps de remplir cette feuille au cours des deux prochaines semaines? Ces objectifs sont essentiellement personnels, mais ils nous permettront aussi de savoir quels aspects vous aimeriez travailler. En tant que groupe, nous avons des objectifs communs, mais vous avez désormais la possibilité de réfléchir à vos propres objectifs et à ce que vous attendez du groupe pour qu'il vous aide à les réaliser.
Au cours des séances suivantes, on ramasse les feuilles d'objectifs des participantes, on les photocopie à l'intention des animatrices, puis on les rend aux femmes.
la semaine prochaine et pendant les quatre semaines suivantes, l'activité principale consistera à raconter votre histoire au groupe. On donnera à chaque personne le temps de nous parler de son expérience. En guise de préparation, nous vous demandons d'évoquer dans vos pensées ou dans votre journal vos souvenirs de l'abus sexuel avec autant de détails que possible. Certaines auront plus de facilité que d'autres à se souvenir, et certaines seront plus à l'aise avec ce qu'elles désirent dévoiler. Personne ne pose de jugement sur ce que vous parvenez ou ne parvenez pas à vous rappeler, ou sur ce que vous pouvez ou ne pouvez pas dire. Écrivez lesfaits, les détails et aussi les sentiments que vous vous souvenez d'avoir ressentis à l'égard de ce qui s'est passé. Essayez de différencier les faits de vos sentiments sur ce qui s'est produit. Si cela vous aide, apportez des photos, vos jouets préférés, des livres ou tout autre objet susceptible de vous aider à vous souvenir ou de vous réconforter. Ici, on vous croira et on vous soutiendra. Celles qui se sentent prêtes à commencer seront libres de le faire. Nous aimerions avoir deux récits par semaine afin que chacune d'entre vous ait beaucoup de temps et d'espace pour donner et recevoir ce dont elle a besoin de la part du groupe.
| Mécanismes de défense | Sentiments |
| Alcool | Crainte, culpabilité, désarroi, faible estime de soi, colère, dissimulation, repli sur soi, engourdissement affectif |
| Disparition - éloignement géographique Distance/ isolement | Dépression, insécurité, méfiance, absence de frontières, manque de contrôle |
| Lecture | Façon d'éviter, plaisir, connaissance, retrait, fuite |
| Excès alimentaires | Sentiment de bien-être, sécurité, protection, ne pas être comme les autres |
| Refus de manger | Maîtrise, sentiment positif, bonne à quelque chose, mort lente, pas vraiment là, insouciance, façon de réussir, d'attirer de l'attention |
| Vomissements | Haine, dégoût, se détester, terreur, vertiges, panique |
| Tentatives de suicide | Dévalorisation de soi, la goutte qui fait déborder le vase, désespoir, vengeance, faire cesser la douleur |
| Repli sur soi | En sécurité, invisible, personne pour 'importuner, rien ne va, rien n'importe |
2. Qu'est-ce que je vais faire au sein du groupe pour y parvenir?
3. Qu'est-ce que j'attends de la part du groupe pour m'aider à atteindre mes objectifs?
4. Comment saurai-je que mes objectifs ont été réalisés?
Annonces, s'il y a lieu.
Ramasser les feuilles d'objectifs personnels remplies.
Rappeler à celles qui ne l'ont pas fait de rapporter cette feuille.
Confirmer la date de la première séance d'information (dont on a parlé à la séance trois) et le nombre de participants.
Nous avons commencé par une définition de l'«inceste» - une relation où un adulte entretient des rapports sexuels avec un enfant dont il a la charge, à ses propres fins. Nous avons approfondi les sentiments que ce mot évoque en nous; ceux-ci sont à la fois très forts et toujours présents dans notre vie. Nous avons ensuite défini le terme «victime» et reconnu le déséquilibre, l'inégalité de pouvoir injuste entre l'enfant victime et l'agresseur(e) adulte. Nous avons vu comment l'adulte attire et piège l'enfant afin de garder le «secret» et comment on fait porter aux «victimes» la responsabilité de ce secret. Nous avons aussi examiné les sentiments que suscite en nous le terme «survivante», et ce que c'est de survivre avec ce fardeau qui pèse sur notre vie. Nous savons maintenant que nos comportements et nos mécanismes de défense face à l'inceste en disent long sur nos sentiments envers nous-mêmes. Ce soir, nous allons commencer à «briser le mur du silence» entourant ces secrets. Pour amorcer notre guérison, il nous faut rompre le silence et puiser notre force parmi les personnes ici présentes.
À cette étape-ci, on répète plusieurs instructions au sujet des témoignages. Les animatrices demandent aux femmes de préciser, avant d'entreprendre leur histoire, l'aide dont elles pourraient avoir besoin de la part du groupe. Par exemple, il se peut que certaines ne veulent pas qu'on les touche pendant leur récit, alors que d'autres auront besoin d'être réconfortées Physiquement ou que quelqu'un s'assoie près d'elle. Les animatrices demandent aussi que l'on n'interrompe pas la participante avant qu'elle n'ait terminé son récit. On informe les femmes que les animatrices prendront des notes. En agissant ainsi, les animatrices ont le sentiment d'accorder à chaque récit toute son importance et de le reconnaître comme une histoire distincte. Ces notes leur seront également utiles lors des phases ultérieures du travail de groupe. Une fois le récit terminé, on invite les femmes à poser des questions ou à formuler des commentaires, du moment que l'accent reste mis sur la narratrice. Il s'agit là encore d'un moyen de lui montrer son importance et de lui faire savoir qu'on l'a écoutée et crue. De plus, cette période de questions démontre à toutes les participantes que leurs récits, aussi horribles soient-ils, ne détruiront pas celles qui les entendent. Certains récits peuvent être si poignants que les autres membres du groupe n'osent pas parler. Si les animatrices s'en rendent compte, il importe que l'une d'elles amorce la période de questions.
En raison de l'intensité de cette première séance, les participantes se sentent souvent vidées sur le plan émotionnel. C'est pourquoi on présente alors un exercice de relaxation pour apaiser les femmes autant physiquement que mentalement. On leur fait écouter une cassette de musique douce et on les invite à respirer profondément si elles le désirent. Une des animatrices parle doucement au son de la musique:
Détendez-vous autant que vous le pouvez... assurez-vous d'être installées bien confortablement là où vous voulez être.
Fermez les yeux si vous le pouvez, ou baissez-les et prenez conscience de votre respiration. Ne la modifiez pas à moins d'en avoir envie...
Inspirez... expirez... inspirez ...expirez...
Vous êtes maintenant prêtes à suivre un chemin sinueux qui vous conduira à un havre de sécurité. C'est peut-être un océan, ou un pré traversé par un ruisseau, ou un château fort entouré de douves avec un pont-levis. Quoi qu'il en soit, sachez que vous êtes en sécurité et que c'est vous qui détenez le pouvoir ici ...
Vous êtes la seule à pouvoir y aller.
Vous êtes la seule à pouvoir y inviter d'autres personnes aimantes si vous le désirez.
Vous êtes la seule à pouvoir décider de vos besoins et de vos désirs.
Il vous suffit de respirer profondément et, avec chaque respiration, prenez conscience que vous êtes présente et que vous habitez dans la personne unique que vous êtes.
Dites au revoir à votre havre de sécurité et promettez-lui d'y revenir quand vous en sentirez le besoin.
Fermez les yeux si vous le pouvez, ou baissez-les et prenez conscience de votre respiration. Ne la modifiez pas à moins d'en avoir envie...
Inspirez... expirez... inspirez ... expirez...
Vous êtes maintenant prêtes à suivre un chemin sinueux qui vous conduira à un havre de sécurité. C'est peut-être un océan, ou un pré traversé par un ruisseau, ou un château fort entouré de douves avec un pont-levis. Quoi qu'il en soit, sachez que vous êtes en sécurité et que c'est vous qui détenez le pouvoir ici ...
Vous êtes la seule à pouvoir y aller.
Vous êtes la seule à pouvoir y inviter d'autres personnes aimantes si vous le désirez.
Vous êtes la seule à pouvoir décider de vos besoins et de vos désirs.
Il vous suffit de respirer profondément et, avec chaque respiration, prenez conscience que vous êtes présente et que vous habitez dans la personne unique que vous êtes.
Dites au revoir à votre havre de sécurité et promettez-lui d'y revenir quand vous en sentirez le besoin.
Annoncer quelles participante racontent leur histoire ce soir-là et demander qui aimerait raconter la sienne à la séance suivante.
Recueillir les feuilles d'objectifs personnels.
Redonner les feuilles d'objectifs qui ont été soumises la semaine précédente.
Autres annonces s'il y a lieu.
Voir séance quatre
Redonner les feuilles d'objectifs qui ont été soumises la semaine précédente.
Annoncer quelles participantes racontent leur histoire ce soir-là et demander qui aimerait raconter la sienne à la séance suivante.
Autres annonces s'il y a lieu.
Voir séance quatre
Redonner les feuilles d'objectifs qui ont été soumises la semaine précédente.
Annoncer quelles participantes racontent leur histoire ce soir-là et demander qui aimerait raconter la sienne à la séance suivante.
Autres annonces s'il y a lieu.
Voir séance quatre
Redonner les feuilles d'objectifs qui ont été soumises la semaine précédente.
Autres annonces s'il y a lieu.
On annonce aux femmes que la séance-marathon se déroulera la semaine suivante. Comme cette séance durera quatre heures, il faudra que les femmes pensent à réserver une gardienne et à organiser leur emploi du temps en conséquence. Il est important de soulever tout problème qui peut se poser et de discuter des solutions possibles. On rappelle aux femmes de manger avant de venir, ou d'apporter quelque chose à manger. Les animatrices distribueront une collation pendant la séance.
Autres annonces s'il y a lieu.
À l'intérieur de chacune d'entre vous se trouve une toute petite fille blessée qui se sent seule et terrifiée. Nous avons reconnu l'existence de cette petite enfant en racontant notre «histoire» - ce récit représentait la douleur et il était nécessaire de légitimer la douleur chez l'enfant. Mais cette douleur ne durera pas éternellement; nous pouvons lui dire «au revoir»; nous pouvons apprendre à dire «NON».
Réfléchissez aux obstacles ou aux sentiments qui ont de l'emprise sur vous et auxquels vous devez dire «NON» afin d'avancer dans votre démarche. Ce peut être quelque chose ou quelqu'un à l'extérieur ou à l'intérieur de vous.
On distribue ensuite aux participantes un document intitulé «Dire au revoir». L'une des animatrices lit le document au groupe. Après cette lecture, on demande aux femmes du groupe de prendre dix à quinze minutes pour réfléchir aux choses auxquelles elles aimeraient dire «NON» et de les écrire dans leur journal.
Lors d'un tour de table, on demande ensuite à chacune de lire sa liste au groupe. Les animatrices notent les éléments de ces listes et expliquent que cela les aidera dans les interventions individuelles auprès des participantes au cours des séances suivantes.
Notez par écrit les parties que vous avez oublié de raconter ou les récents souvenirs qui vous sont revenus, ou réfléchissez-y.
Maintenant, nous nous efforçons de dire avec notre coeur et notre tête à l'enfant en nous :
Nous allons te réconforter et prendre soin de toi. Tu n'as pas à rester coincée là-bas toute seule. Maintenant, en tant qu'«adultes», nous avons des ressources et un pouvoir différents.
Ces ressources et ce pouvoir t'appartiennent. En tant qu'adultes, nous pouvons intervenir et dire «NON» pour toi, de sorte que ton impuissance et ton absence de pouvoir n'entravent ni ne blessent l'adulte d'aujourd'hui.
NOUS VOULONS QUE L'ADULTE INTERVIENNE AU NOM DE L'ENFANT ET DISE «NON»
DIRE «NON» DONNE DES CHOIX.
Annonces, s'il y a lieu.
On peut présenter l'exercice d'affirmation comme suit : (exemple)
Nous avons toutes besoin d'entendre les autres nous dire combien nous sommes estimables, créatrices et importantes pour eux et pour nous. À cause de votre vécu, il se peut que vous n'ayez pas reçu de tels messages des personnes qui comptaient dans votre vie et que beaucoup d'entre vous en soient venues à croire qu'elle n'étaient ni estimables ni importantes. Mais vous l'êtes. Le peu de temps que nous avons passé ensemble nous a suffi pour être touchées par ce qu'il y a d'unique en chacune de vous, par vos qualités tout à fait spéciales. Nous aimerions maintenant que vous portiez votre attention sur chacune des participantes, une à la fois, et que vous écriviez une qualité unique que vous appréciez particulièrement chez cette personne.
Cet exercice se déroule sous forme de tour de table. Tout d'abord, les animatrices font circuler une corbeille remplie de carrés de papier. Chaque femme prend neuf morceaux de papier dans la corbeille. Ensuite, on choisit une femme et on demande aux autres de noter ce qu'elles apprécient chez cette personne. Il suffit d'un mot ou d'une expression. Ceci étant fait, chaque femme se met à lire ce qu'elle a écrit sur la participante en question et lui remet ensuite le papier sur lequel figure cette affirmation afin qu'elle en garde une trace permanente. On continue jusqu'à ce que toutes les femmes aient eu leur tour.
Cet exercice est souvent l'un des plus difficiles à faire en groupe. Beaucoup de femmes peuvent redouter de devenir le centre de l'attention; elles risquent d'avoir du mal à reconnaître ou à croire qu'elles possèdent des qualités et de se sentir bouleversées au fur et à mesure que d'autres membres du groupe énoncent celles-ci. Les survivantes peuvent aussi avoir grand peine à faire des compliments aux autres, par crainte que leurs pensées ou leurs sentiments ne soient pas appréciés ni acceptés. Pendant un tel exercice, les animatrices doivent faire preuve de sollicitude et de souplesse. Par exemple, pour certaines femmes, il peut être difficile d'écouter les éloges que leur adressent les autres femmes ou encore de faire des compliments aux autres verbalement. Afin de respecter le pouvoir de chaque personne, il importe de demander à chacune comment elle désire écouter ou prodiguer ses éloges (ou affirmations). Certaines femmes préfèrent recevoir le papier - l'affirmation - sans lecture à haute voix. On les invite alors à le garder jusqu'à ce qu'elles soient capables de le lire en privé. Il se peut que d'autres participantes ne souhaitent pas lire leur affirmation à d'autres, mais préfèrent la lui remettre en silence. Il faut avant tout que chaque personne se sente à l'aise - qu'elle définisse jusqu'où elle peut aller et ce qu'elle est prête à partager.
On peut présenter comme suit l'exposé des objectifs personnels (exemple)
La semaine dernière, nous vous avons demandé de passer en revue votre feuille d'objectifs. Cette semaine, nous aimerions que vous partagiez avec le groupe certains de vos objectifs personnels et ce dont vous avez besoin de la part du groupe pour les réaliser. Si vous choisissez de ne pas en parler maintenant, vous êtes libre. Il se peut que certains de vos objectifs aient changé depuis que vous les avez notés la première fois et ceci est tout à fait acceptable. Maintenant, nous aimerions entendre vos trois objectifs principaux et la manière dont le groupe peut vous aider. Si vous désirez ajouter d'autres objectifs, n'hésitez pas à le faire.
I am falling
past star
past time
through space
and my own fragments
oh sister the pain
I am scattered
I am scattered
gather fragments
weave and mend
gather fragments
weave and mend
In golden light
I recognize the enemy faces
fear of our bodies
fear of our visions
fear of our healing
fear of our love
fear of our sisterkind
fear of our brotherkind
fear of fear
love is healing
healing is love
I will learn to mix
medicine bags for thos whith faith
I will learn to chant the power chant
I will learn to mix
medicine bagsd to thos with faith
I will learn to chant the power chant
and lay the healing drum
I will not fear moss voices
water songs
small furry things with sharp teeth
or my own hesitancy
There are Women everywhere with fragments
gather fragments
weave and mend
When we learn to come together we are whole
When we learn to recognize the enemy
we will know, what we need to know
to learn how to come together
to learn how to weave and mend
-Extrait de Daughters of Copperwoman
par Anne Cameron (Vancouver: Press Gang Publishers, 1981).
Au début de la séance onze, les animatrices annoncent à nouveau la tenue d'une deuxième séance d'information à l'intention des conjoints, ami(e)s et parents des participantes, pourvu qu'un minimum de cinq personnes y prennent part. Cette réunion aura lieu au stade de la séance quatorze; on convient de la date et du nombre de participants au cours des trois séances suivantes.
On peut présenter l'activité principale de la séance onze comme suit : (exemple)
Il y a quinze jours, nous avons parlé des choses ou des personnes à qui il vous fallait dire «NON» afin de mettre un terme à l'impuissance et à l'absence de pouvoir que vous avez vécus dans votre enfance. Chacune d'entre nous a fait une liste de «NON». La semaine dernière, nous vous avons demandé de passer cette liste en revue. Ce soir, nous aimerions commencer à aborder la question de l'impuissance et de l'absence de pouvoir de l'enfant en vous.
À cette étape-ci, on distribue le document intitulé «L'exploration et la résolution», que lit l'une des animatrices à haute voix.
Après cette lecture, l'animatrice continue ainsi : (exemple)
Nous aimerions ce soir commencer ce processus important «d'exploration et de résolution», que nous appellerons «démarche de dévictimisation». Nous espérons que durant les prochaines semaines, vous profiterez de cette occasion pour amorcer un travail individuel avec le soutien du groupe. Nous parlerons avec chacune d'entre vous des choses ou des personnes à qui vous avez besoin de dire «NON»; ces éléments peuvent être tirés de votre liste de «NON» ou d'un autre événement qui est survenu. Cette démarche peut s'effectuer de différentes façons et nous vous aiderons à décider ce qui vous convient le mieux. Parfois, un tel processus paraît effrayant. Ici, on vous soutiendra et on s'occupera de vous. Vous ne serez pas forcée à faire quoi que ce soit qui vous mette mal à l'aise ou qui vous blesse. Est-ce que quelqu'un désire commencer?
On utilise plusieurs méthodes pour l'intervention individuelle - jeu de rôle, exercice de la chaise vide, exercice à deux chaises - ou on les combine. Cependant, les animatrices qui utilisent ce guide doivent absolument posséder l'expérience clinique et les compétences nécessaires en matière d'exercices expérientiels avant d'animer ce genre de groupe. Ces exercices se sont révélés particulièrement utiles, car ils permettent aux femmes de ressentir et de revivre des sentiments profonds d'impuissance et d'absence de pouvoir éprouvés à l'égard de membres de la famille ou de mécanismes de défense problématiques. De plus, les femmes s'aperçoivent vite que lorsqu'une personne effectue sa propre démarche au niveau expérientiel, d'autres se mettent à identifier des difficultés semblables dans leur propre existence et à effectuer leur propre traitement, si bien que la démarche de dévictimisation devient à la fois individuelle et collective.
L'intervention individuelle est effectuée par les deux animatrices, mais chacune joue un rôle distinct et travaille à un niveau différent. Une animatrice fait office de thérapeute principale; elle se situe dans le présent, pour aider, encourager et épauler la participante dans sa démarche. Par exemple, l'animatrice qui fait fonction de thérapeute principale invite la femme à explorer son problème et, selon les sentiments qui émergent, et avec la permission de la participante, organise un exercice.
La deuxième thérapeute intervient au niveau du vécu propre à la femme en devenant la voix du membre de la famille, de l'enfant intérieure, etc. avec qui la participante parle. Ceci permet à la femme de s'impliquer davantage émotionnellement et de rendre la dramatisation plus réelle à ses yeux et à ceux du groupe. Cet exercice doit être entrepris au moment opportun, et la deuxième animatrice doit donc savoir quand intervenir et ce qui est le plus bénéfique. Il est essentiel que les deux animatrices aient une expérience considérable de ce genre d'exercice et qu'elles travaillent bien ensemble. Il importe aussi que la deuxième thérapeute reste attentive au reste du groupe et soit disponible si l'une des participantes a besoin de son aide.
Une fois que l'une des femmes demande à explorer un problème, on lui fait une place pour que ce travail puisse s'effectuer confortablement, tout en étant vu par le reste du groupe. Les participantes peuvent s'asseoir ou s'allonger par terre ou sur leur oreiller. On peut écarter des chaises du cercle pour qu'il y ait assez de place. La thérapeute principale s'assied par terre avec la femme qui accomplit sa démarche et reste tout près d'elle, afin de pouvoir contribuer à orienter la démarche, tout en fournissant un soutien et des encouragements. L'autre thérapeute s'assied à proximité, où elle peut à la fois observer la réaction du groupe et participer à l'intervention au besoin. Les autres participantes sont libres de formuler des commentaires et d'apporter leur soutien et leurs encouragements au cours de la démarche. Cette attitude est très utile par exemple si la participante a du mal à verbaliser la rage ou la colère qu'elle éprouve envers son agresseur(e), ou si elle a peur de la force de ses émotions. La femme qui effectue sa démarche tiendra compte de ce qui l'aide et ne s'occupera pas du reste.
Après chaque séance individuelle, on invite les femmes a réagir ou à émettre des commentaires sur leur propre vécu, et à poser des questions à la participante sur ses sentiments ou sur ce que lui a apporté sa démarche. Une telle séance de verbalisation sur l'événement s'impose. En effet, la démarche individuelle a engendré des émotions intenses parmi l'ensemble des participantes et chaque personne est en train d'opérer un traitement de ses propres sentiments et peut avoir besoin de s'exprimer.
L'animatrice : Est-ce que quelqu'un aimerait faire une démarche individuelle ce soir?
Jeanne : J'ai eu quelques problèmes avec ma soeur. Comme je l'ai déjà dit au groupe, je crois qu'elle a été victime d'abus et je lui ai raconté certaines choses sur la façon dont Papa m'a traitée, mais elle me croit folle.
L'animatrice : Comment aimerais-tu procéder, Jeanne?
Jeanne : je ne sais pas trop. Tout ce que je sais, c'est que je suis vraiment très fâchée contre elle parce que je sais qu'elle protège Papa. Il m'a volé mon enfance et il a transformé ma vie en un véritable enfer, mais elle croit qu'il est merveilleux et que j'invente toutes ces histoires.
L'animatrice : Est-ce que ça t'irait si nous mettions ta soeur sur cette chaise et si tu lui disais ce que tu ressens quand elle ne te croit pas? (On place les chaises et Jeanne s'assied sur l'une d'elle, en face de sa «soeur».)
Jeanne : (long silence) (À l'animatrice) J'ai peur de faire ça.
L'animatrice : : Je comprends ta peur, Jeanne. Ce doit être vraiment difficile pour toi de te confier à ta soeur après qu'elle t'a déjà dit que tu étais folle de penser tout cela. Peux-tu dire à ta soeur combien tu as peur de lui parler?
Jeanne : J'ai peur de te parler. (long silence) je me suis confiée à toi et tu penses que je mens. Pourquoi est-ce que je mentirais à propos d'un tel sujet? Pourquoi est-ce que je te dirais cela si ce n'était pas vrai?
Quand tu refuses de me croire, ça me donne envie de hurler!
L'animatrice : Jeanne, peux-tu t'asseoir sur l'autre chaise, maintenant, et «être» ta soeur? Quelle serait sa réponse?
Jeanne : (Change de chaise.) Tu es tout simplement jalouse... tu vois que Papa m'aime plus que toi et tu veux tout gâcher. (Jeanne hésite maintenant et l'animatrice l'encourage doucement à continuer.) Il m'aime... il ne ferait jamais les choses dont tu l'accuses. Tout ce que tu fais, c'est d'afficher cet air triste... pourquoi devrait-on faire attention à toi? Nous savons tous que tu es folle (Jeanne prend un air très triste et devient très silencieuse.)
L'animatrice : Peux-tu maintenant retourner à ta chaise et lui répondre?
Jeanne : (Retournant à sa propre chaise) (très doucement) je ne suis pas folle. je sais ce qui m'est arrivé et ça m'enrage de voir que tu ne me crois pas. (Après une longue pause, Jeanne se met à sangloter.) Mais tout ce que ça me donne, c'est de devenir triste. Peut-être que je suis vraiment folle.
L'animatrice : Tu as tout à fait le droit d'être triste, Jeanne. Et le fait de te sentir triste ne signifie pas que tu es folle. Peux-tu lui dire cela?
Jeanne : (En pleurs) Je suis triste de voir que tu ne me crois pas... je suis triste que tu penses que je suis folle, mais je ne suis pas folle. Ce que Papa a fait était mal et je sais que c'était mal. Pourquoi est-ce que tu ne me crois pas? Pourquoi est-ce que tu le protèges?
L'animatrice : Jeanne, peux-tu être à nouveau ta soeur et répondre à sa place?
Jeanne : (S'installant sur l'autre chaise.) Il faut que je le protège contre des folles comme toi... tu cherches à le détruire lui et toute la famille.
L'animatrice : (Attend un certain temps et fait signe à Jeanne de regagner sa chaise.)
Jeanne : je ne veux pas détruire qui que ce soit. je veux seulement qu'il me traite comme un être humain. (Se met à pleurer davantage.) Il ne m'a jamais aimée... il s'est seulement servi de moi. je l'aime et je le hais... pourquoi est-ce qu'il ne peut pas tout simplement m'aimer comme il le devrait... (éclate en sanglots).
L'animatrice : Qu'est-ce que tu ressens en ce moment, Jeanne?
Jeanne : je me sens si seule... je ressens la même chose que lorsqu'il quittait ma chambre et que je m'endormais en pleurant. Personne ne m'entendait. Personne ne venait voir pourquoi je pleurais.
L'animatrice : Cette petite fille était si seule. Toute seule, sans personne à côté d'elle pour l'aider. Elle est toujours avec toi, Jeanne, cette petite fille et elle a besoin de toi, de la grande Jeanne, pour l'aider. Peux-tu lui parler? Peux-tu l'aider?
Jeanne : je... je sais que tu es là, à l'intérieur. je ne veux pas te laisser seule. je peux prendre soin de toi. (Commence à se balancer d'avant en arrière en se tenant dans ses bras.) (Se tourne vers l'animatrice) Mais je ne sais pas comment m'y prendre... quand elle est si triste, je ne sais pas quoi faire. C'est comme si elle voulait mourir.
L'animatrice : Jeanne, peux-tu être le petit enfant à l'intérieur de toi? Parle à la grande Jeanne et dis-lui de quoi tu as besoin en ce moment. Qu'est-ce qui ferait du bien à cette petite fille, en ce moment?
Jeanne : (D'une toute petite voix) J'ai seulement besoin que tu croies en moi... J'ai juste besoin de savoir que je ne suis pas folle.
L'animatrice : Est-ce que la grande Jeanne peut lui dire cela?
Jeanne : je ne sais pas. je voudrais bien mais c'est tellement difficile.
L'animatrice : Oui, c'est difficile. C'est si difficile de croire en soi et en ce qu'on peut faire.
Jeanne : (Fort) Tu n'es pas folle. (Pause) (Très doucement) Tu as peur, tout simplement. Et quand tu as peur, tu as l'impression d'être folle. Mais je sais que tu ne l'es pas. Je vais te dire que tu n'es pas folle et que tu as le droit d'avoir peur... que je m'occuperai de toi. je ne laisserai personne te faire du mal. je veillerai sur toi. je sais que j'en suis capable... (À l'animatrice) Mais si je ne peux pas?
L'animatrice : Comment peux-tu aider l'enfant en toi à ne pas avoir peur, Jeanne? Que peux-tu faire pour elle?
Jeanne : le peux m'éloigner de ma soeur quand elle se met à me dire que je suis folle.
L'animatrice : Peux-tu dire cela à ta soeur?
Jeanne : je ne t'écouterai plus je sais ce qui s'est passé et je vais m'éloigner de toi. (Avec colère) je refuse, je refuse absolument de t'écouter!
L'animatrice : Qu'est-ce que tu éprouves en ce moment, Jeanne?
Jeanne : J'ai envie de la secouer... (Jeanne frappe le bras de la chaise de son poing.)
L'animatrice : Que fait ton poing, Jeanne?
Jeanne : (Regarde son poing et commence à frapper le bras de la chaise de plus en plus fort... le groupe murmure des encouragements... elle continue pendant plusieurs minutes et prend ensuite une grande respiration.) Vous savez, je me sens vraiment beaucoup mieux maintenant. (Petit rire suivi d'un long silence.) Je pense que ce n'est vraiment pas important qu'elle me croie. je sais ce qui s'est passé et si elle refuse de me croire, c'est son affaire.
L'animatrice : Peux-tu lui dire cela?
Jeanne : (Fort) Tu sais, Elsa, si tu refuses de me croire, c'est ton affaire. Conserve tes illusions si ça te plaît. Tu seras toujours ma soeur, mais ça ne veut pas dire que tu sais tout. Peut-être que tu as peur toi aussi et que tu n'arrives pas à admettre ce qui s'est produit. Mais moi je le sais et c'est ce qui compte. Je n'ai vraiment pas besoin que tu me crois pour vivre ma vie. Tu me croiras peut-être un jour, ou peut-être pas. L'important, c'est que je ne suis pas folle.
L'animatrice : Comment te sens-tu maintenant, Jeanne?
Jeanne : J'ai l'impression que je pourrai peut-être lui dire cela pour vrai. je n'en sais rien mais au moins, je n'ai plus aussi peur de le lui dire.
L'animatrice : Serait-il possible de lui dire dans une lettre et de la lui envoyer quand tu te sentiras prête?
Jeanne : Je pense que je pourrais le faire... oui, ça irait. Est-ce que je pourrais présenter la lettre au groupe pendant la période des expériences personnelles?
L'animatrice : Oui, bien sûr, si tu le désires.
«Le chemin de la sagesse»
Identifier - les sentiments, souvenirs,
comportements ou personnes qui nous
posent des difficultés.
S'efforcer - de voir ces sentiments, souvenirs,
comportements ou personnes sous un
angle différent, de manière à pouvoir
vivre plus en paix.
Nous visons non pas une compréhension intellectuelle, bien qu'elle soit importante, mais une certaine «guérison du coeur». Lorsque nous avons «exploré et résolu un problème», nous sentons un changement en nous, une délivrance ou une orientation plus claire; nous pouvons alors agir et ressentir les choses de façon positive.
There is pain in rejection
There is pain in striving for acceptance
Which never comes
There is pain in having to say the words
Which were never spoken
But which should have been shouted
To the world
There is pain in the loss
The terrible loss of innocence
Which was never ours
There is pain in knowing
We might have changed it
Had someone told us
We could have said no
The pain has been intimate
With its all
Behind the doors of our mind
It has wasted
Never locked away
And never set free
But now we have begun to open the doors
Timidly
Like the children that we are
Will the pain surround its, engulf its
Devour its?
We have no choice this time
We can fight back
We can say no.
Deanna Gray
Août 1985
Imaginez que vous vous appuyez contre un vieil arbre solide, un très grand arbre touffu entouré de racines qui se sont étendues au fil des siècles. Cet arbre a vécu de nombreux traumatismes - les parasites, les sécheresses, les saisons rudes, les grands vents, la foudre et les incendies. Les cicatrices de l'arbre le rendent unique, mais aussi magnifique. Cet arbre vous est particulièrement cher et personne ne peut vous trouver ni vous faire du mal ici.
Sentez le contact de votre dos contre cet arbre - solide et réconfortant. Appuyez-vous contre l'arbre et sentez l'angoisse et la peur quitter votre corps et passer dans le sol.
Imaginez que les années passent, passent jusqu'à ce que vous vous rendiez compte que vous êtes une vieille femme remplie de sagesse. La plus sage de votre village. Vous souriez en passant en revue vos triomphes - vous reconnaissez vos douleurs, vos luttes et la sagesse que vous en avez retirée, et vous leur rendez hommage.
Maintenant, il est temps d'enseigner aux jeunes femmes du village ce que vous avez appris - vous rassemblez en un cercle ces jeunes femmes délicates mais fortes. Vous sondez leurs visages frais et ardents.
Que devraient-elles savoir? Que pouvez-vous leur apprendre?
Vous prenez la parole...
Chaque module thématique comprend une explication du sujet, une introduction textuelle qui peut être utilisée par l'animatrice pour présenter le sujet, ainsi qu'un exercice personnel pouvant servir à stimuler la discussion sur le sujet.
Il se peut qu'une ou deux participantes aient déjà fait une démarche individuelle au cours de la séance onze. On déterminera maintenant qui désire se prêter à cet exercice. Ainsi, les animatrices seront mieux à même de structurer les séances restantes consacrées aux démarches individuelles. Il peut arriver au début que certaines femmes ne souhaitent pas prendre part à ces exercices et qu'elles changent ensuite d'avis. Les animatrices expliqueront au groupe que cette attitude est tout à fait acceptable, du moment que les démarches individuelles peuvent être effectuées durant les séances prévues à cet effet. Par exemple, dans un groupe, une participante a exprimé le besoin de faire une démarche individuelle au début de la séance seize. Comme il avait été auparavant décidé que cette séance serait consacrée à une discussion sur l'«intimité» et à la démarche individuelle d'une autre participante, on a demandé au groupe s'il était prêt à prolonger la séance de 45 minutes pour satisfaire la demande de la femme, ou si l'on pouvait supprimer la discussion sur l'«intimité». Les participantes ont préféré prolonger la séance. Chaque groupe est différent et possède sa propre «personnalité». On devrait encourager les participantes à exprimer leurs besoins et à négocier des changements au programme. Elles n'ont probablement pas eu l'occasion de le faire dans leur famille et il est important de leur assurer que leurs opinions et leurs besoins comptent véritablement pour les autres. En général, lorqu'on organise une discussion en groupe sur l'un des modules thématiques, seule une participante a le temps d'entreprendre une démarche individuelle.
Dans votre enfance, vous avez fait beaucoup de choses pour survivre. Comme vous vous sentiez accablées, seules, effrayées, il vous fallait vous protéger et préserver votre intégrité. Nous honorons et respectons la créativité et la force dont vous avez fait preuve pour trouver et utiliser des moyens de survivre. Mais certains de ces mécanismes de défense et de survie peuvent vous faire du tort en tant qu'adultes. Ces habitudes peuvent nous empêcher de réaliser notre unité. Par exemple, peut-être faites-vous semblant ou niez-vous toujours que des événements se produisent dans votre vie actuelle car cette attitude était pour vous la seule façon de tenir le coup durant votre enfance. Il est possible aussi que vous vous abandonniez à des rêveries ou à des fantasmes, que vous vous blessiez, que vous dormiez toute la journée ou que vous vous évadiez dans la drogue, l'alcool ou le sexe lorsque vous vous sentez stressée - tous les moyens sont bons pour arrêter la douleur. Ces façons de survivre sont de vieilles compagnes. Il est très difficile de laisser partir de vieilles amies ou de les changer. Mais maintenant, vous trouvez le courage de vous apercevoir que certains de ces vieux mécanismes ne vous sont peut-être plus utiles, qu'ils vous empêchent d'avancer et de prendre votre vie en main. Examinons quelques-uns de vos mécanismes de survie, ce qui les rend spéciaux et importants à vos yeux, et ce que vous aimeriez changer.
Durant toutes les discussions, on encourage les femmes à formuler des commentaires, à faire des suggestions utiles et à partager leurs propres expériences. Les animatrices dirigent la discussion et doivent en permanence avoir conscience de la dynamique de groupe. Par exemple, certaines femmes peuvent émettre des avis et donner des conseils que d'autres risquent de voir comme des critiques. La femme visée par les critiques se sent privée de son pouvoir. Il faut que les animatrices aient conscience de l'influence que peut avoir une participante sur une autre et interviennent au besoin. Il est certain que des conflits et des désaccords se produisent dans tous les groupes, mais les animatrices doivent encourager la valorisation des stratégies de survie employées par toutes les participantes. Les dissensions peuvent offrir une occasion unique d'enseigner la négociation et la résolution des conflits dans un milieu sans danger.
(Exemple)
La semaine dernière, nous vous avons demandé de réfléchir aux divers moyens que vous avez pris pour survivre, aux effets, positifs et négatifs, que ces mécanismes de défense ont eu sur votre vie actuelle et à la façon dont vous pourriez commencer à changer ces mécanismes. Vous pouvez maintenant faire des commentaires à ce sujet si vous le souhaitez ou nous faire part de toute autre chose dont vous aimeriez parler.
I crouch in the corner of your mind
Frightened and hurt.
I long to be noticed,
to have someone wrap their arms around me.
But I do not Know
what to do to get that love
I am too afraid to try again.
It will hurt to much.
Someone might hurt me - AGAIN
So I stalk your every movement.
I am a child who too early
had to learn adult ways.
But I did not have the tools to handle those adult ways.
I am confused - torn between
the work of the adult and the child.
I appear to be silent
while I scream at you.
My pain gives me power,
I hold on to that.
It is the only power I have left.
There is, in you,
a great power,
the power of love.
I long for that love,
I wait in my corner,
the child within you,
searching for that love.
You can set me free.
Will you embrace me,
accept me, help me,
so that I can move
from my corner of darkness
into the light of your love?
A. M. Cosgrove
Le 18 mai 1989
Annoncer qui fera une démarche individuelle pendant cette séance ou le module thématique qui sera présenté. Demander qui aimerait faire une démarche individuelle la semaine prochaine.
In the deepness of myself
Light touches darkness
Joy touches sorrow
Hope touches despair
Over the other side of
Struggling is wisdom
Pain is compassion
Hurting is healing
Centred in the circles
Unasked acceptance
And caring unsought
For all that I am
In the warmth of that loving
My frozen fear melts
I find the courage
to become myself
-par Bronwen Harmen (Source inconnue)
Annoncer qui fera une démarche individuelle pendant cette séance ou le module thématique qui sera présenté.
Demander qui aimerait faire une démarche individuelle la semaine prochaine. Les animatrices devraient souligner que le temps file et indiquer le nombre de séances qui reste. Ceci permet de faire prendre conscience aux participantes que les séances vont éventuellement se terminer et suscite des questions sur la fin du programme.
To laugh is to risk appearing the fool.
To weep is to risk appearing sentimental.
To reach out for another is to risk involvement.
To expose feelings is to risk exposing our true self.
To place your ideas, your dreams before the crowd is to risk loss.
To love is to risk not being loved in return.
To live is to risk dying.
To hope is to risk dispair.
To try at all is to risk failure.
But to risk we must
Because the greatest hazard in life is to risk nothing.
To risk giving yourself permission to let go your fear,
To spread your wings,
To take the chance to experience life,
To feel the joy and the pain,
To trust yourself enough to trust others,
To really be you is to truly love yourself.
This is life. This is everything.
Anne, 1987 (adapté de l'original)
Annoncer qui fera une démarche individuelle pendant cette séance ou le module thématique qui sera présenté.
Demander qui aimerait faire une démarche individuelle la semaine prochaine.
Feeling the sun shining upon my face
A soft breeze caressing my skin
Watching puffy white clouds as they form and dissolve
Running through afield of wildflowers
A butterfly flitting around displaying his colours
Feeling cool mud squishing between my toes
Feeling water splash around my legs
as I walk along a sandy beach
Walking through crisp leaves on an autumn day
The smell of freshly baked bread
The softness of a kitten
The smile of a child
The taste of freshly picked raspberries
Refreshing cold lemonade on a hot summer day
Lilacs
Memories of my Grandma
Hugging a soft teddy bear
Hearing the sound of a purring cat
a bird's song
a friend's voice
The freedom to be me.
Marie jasmin
1991
On demande aux participantes de prendre un café ou un thé à l'extérieur de la salle après la période allouée aux expériences personnelles et au journal. Pour diminuer leur anxiété, on précise que les animatrices leur préparent une surprise. Une fois les femmes sorties, on met une nappe de dentelle blanche sur la table ronde située au centre de la pièce. Une bougie allumée dans un chandelier en argent est placée sur un miroir rond posé à plat au centre de la table. Dix morceaux de cristal naturel poli placés en cercle autour de la bougie représentent chaque membre du groupe. (On peut se procurer les morceaux de cristal dans toute boutique qui vend des pierres servant à faire des bijoux.) Un plat de graines de légumes ou de fleurs est également posé sur la table. Quand tout est prêt, on invite les femmes à revenir dans la salle. Les animatrices participent autant l'une que l'autre à la cérémonie, récitant à tour de rôle les différentes parties du texte, la dernière partie «Puissions-nous toutes être libres», étant lue en choeur par les deux.
Nous voulons aussi reconnaître que, en trouvant le courage de faire partie de ce groupe, vous vous êtes aidées à vous défaire dit caractère «spécial» que constitue le fait d'être une victime d'inceste ainsi que de la douleur, de l'angoisse et des moyens de défense qui ont marqué toute votre vie. En laissant tout cela derrière vous, il est normal que vous ayez des craintes à l'idée de poursuivre votre vie sans ces sentiments familiers. Nous partageons toutefois votre désir de voir votre monde sous un jour nouveau, de vous réconcilier avec votre passé et d'être libres.
Ce soir, nous voulons reconnaître la perte de votre liberté au moyen d'une cérémonie spéciale. Nous voulons vous encourager à poursuivre la recherche de cette liberté, c'est-à-dire à nourrir vos ressources intérieures, qui sont la certitude d'être une personne digne d'amour, d'être bien enracinée et, en somme, d'être une personne à part entière.
La bougie : Elle symbolise la lumière sortant de l'obscurité.
Regardez la bougie avec l'émerveillement et la confiance d'un enfant.
Le cristal : Il y a dix morceaux de cristal, soit un par participante.
Concentrez-vous sur un morceau de cristal. Faites-le vôtre et faites qu'il vous représente, vous et tous les aspects de votre personnalité.
Le cristal représente votre capacité de réfléchir votre propre lumière.
Les graines : Elles proviennent de la terre nourricière et y retourneront mystérieusement pour donner une plante et des fruits en abondance.
Le miroir : Il est rond comme la terre et symbolise la provenance de nos images du passé et le point de départ de nos possibilités pour l'avenir.
Prenez le cristal qui a réfléchi votre lumière.
Chérissez-le et utilisez-le pour refléter vos pensées et vos émotions. La lumière du cristal brillera toujours pour vous. Prenez aussi une graine si vous le voulez. Mettez-la en terre et regardez grandir la plante qu'elle produira. C'est ainsi que, nourries par la générosité de notre sol, nous grandissons toutes et fleurissons sous le soleil.
[On demande à chaque femme de prendre le cristal sur lequel elle s'est concentrée et de le chérir, ainsi que de prendre une graine, de la mettre en terre et de regarder grandir la plante qu'elle produira.]
- Traduction d'un extrait de The Villa of Mysteries: Pompeii Initiation Rites, par Katherine Bradway, The C.G. Jung Institute of San Francisco, 1982.
Il n'est pas rare qu'une personne estime s'être perdue, être dominée et avoir été séparée en permanence du monde qui l'entourait. Le chemin qui mène à la renaissance exige du courage et la personne qui l'entreprend ne doit pas refuser de se plier aux énormes difficultés dont est parsemé ce parcours.
[Lecture tirée de Conspiracy of Silence: The Trauma of Incest, par Sandra Butler, p. 137. (trad.)]
À l'embarras et à l'absence de communication entourant les questions liées à la sexualité et à l'intimité dans nos familles s'ajoute le problème de la violence sexuelle. Or, la violence sexuelle n'est pas uniquement le lot des familles où il y a de l'inceste; elle a également lieu, dans une certaine mesure et d'une certaine façon, dans tous les foyers.
... La curiosité naturelle des enfants, leur désir de se toucher et de se caresser et les questions qu'ils posent peuvent conduire leur famille à exercer l'ultime forme de violence sexuelle à leur endroit : celle de leur refuser le droit qu'ils ont sur leur propre corps, c'est-à-dire le droit d'apprendre à connaître leur corps, de le toucher et de l'apprécier, de le partager quand ils le veulent ainsi que de l'habiter entièrement et d'en tirer du plaisir.
-Traduction d'un extrait de Conspiracy of Silence: The Trauma of Incest Copyright 0 1978,1985 par Sandra Butler. Tous droits réservés. Pour plus d'information, s'adresser à Volcano Press, Inc., P.O. Box 20, Volcano, CA 95689 (209) 296-3445.
À un moment donné, je me suis dit : «Nous aurions besoin d'une telle chanson maintenant.» Au même instant, ou peut-être avant, quelque chose s'est produit. je nous ai vues soulevées par une onde; pas l'onde d'une chanson en particulier, mais celle de tous les hymnes, chansons folkloriques, ballades et chansons blues qui existent. Tous les gens qui les ont chantées ou qui ont fait l'objet de ces chansons - amants heureux, meurtriers, personnes trompées, mères berçant leur enfant, ivrognes joyeux, hommes et femmes luttant pour trouver un sentiment d'unité - tous étaient emportés par l'onde. Nous y étions; nous étions soulevées par cette onde; elle faisait partie de ce que nous étions ou pourrions être.
Un voile avait été tiré pour me laisser voir, l'espace d'un moment, ce qui se passait.
J'ai vu que je n'étais pas seule, que personne n'était seul : nous étions seules ensemble, effectuant un même voyage. Nous étions en sûreté, hors de danger. ...nous avions retrouvé notre unité, après avoir été brisées.
- Adapté du texte original de Sydney Carter. Source inconnue.
J'aimerais maintenant que vous m'accompagniez dans un voyage imaginaire. Un tel voyage n'est utile que si vous restez conscientes de l'expérience et que vous la faites vôtre. Installez-vous donc confortablement. Vous pouvez fermer les yeux, mais ce n'est pas nécessaire. Vous pouvez aussi déplacer votre chaise pour vous isoler. Êtes-vous prêtes?
le veux que vous vous imaginiez en train de chercher quelque chose de très important pour vous. Vous avez peut-être une idée de ce que c'est, peut-être pas. Vous savez, par contre, que ce que vous cherchez est une chose très importante pour vous et que, sans elle, votre vie restera incomplète. Où êtes-vous maintenant, au moment d'entreprendre cette recherche? Dans quelle direction allez-vous? Comment procédez-vous? Que vous arrive-t-il? Essayez de visualiser les obstacles qui se trouvent sur votre chemin et ce qui vous retarde. Prenez conscience de la façon dont vous faites face à ces obstacles. Quels moyens prenez-vous pour les surmonter? Quelles solutions de rechange essayez-vous? Poursuivez cette recherche pendant un certain temps. Essayez de faire d'autres découvertes et de voir à quel point vous pouvez vous approcher de votre objectif. Il est possible que votre recherche vous entraîne dans une certaine direction à mesure que vous avancez. Où vous conduit-elle? Même si vous n'avez pas trouvé l'objet de votre recherche, il se peut que vous ayez une meilleure idée de ce que vous cherchez. Il est même possible que vous puissiez voir cet objet au loin, bien que quelque chose vous empêche de l'atteindre. Quelle que soit votre situation, essayez d'en apprendre davantage sur l'objet de votre recherche. Peu importe que vous ayez trouvé ce que vous cherchez ou que vous puissiez uniquement le voir ou l'imaginer, examinez-le attentivement et prenez conscience de vos sentiments à son égard. À quoi votre objectif ressemble-t-il? Qu'est-ce que vous apporterait le fait de l'atteindre? Est ce cet objectif lui-même que vous recherchez ou s'agit-il d'un moyen d'obtenir autre chose? Si votre objectif pouvait vous parler, que vous dirait-il? Que lui répondriez-vous?
Parlez-lui pendant un moment et voyez si vous pouvez en apprendre davantage à son sujet.
[Observez quelques minutes de silence.]
Vous pouvez maintenant revenir dans cette pièce tout en réfléchissant à l'expérience que vous venez de vivre pendant quelques minutes.
[Allouez plusieurs minutes pour que les femmes reconstituent le groupe.]
A dainty, fragile thing it was.
I asked what secrets it held
Within the beautiful colour of
Its wings - it said not a word.
I asked what it was like to hold
Such freedom within the strength
Of those fragile wings
It said not a word.
I asked what it was like to be
Held in such awe and wonder
Because of its beauty, power
And freedom - it said not a word.
In my frustration - I let it go
And as it flew away it whispered
You are a cocoon - come out now
And show your strength, your power
Your beauty -fly-
Then you will know my secrets
YOU WILL BE FREE.
-Gwen Thomas
Janvier 1985
Libres : D'être nous-mêmes
De nous exprimer et de prendre des risques
De faire des choix
D'avoir tort, d'avoir raison
D'être différentes, d'être les mêmes
D'apprécier
D'être dignes d'être aimées
Et d'aimer
L'une d'entre vous aimerait-elle nous faire part de ses impressions ou de ses sentiments au sujet de la cérémonie, de sa propre recherche ou de tout autre point qui est particulièrement important pour elle?
La cérémonie est habituellement une expérience très positive pour le groupe. Elle donne généralement lieu à une discussion très chaleureuse. Les femmes dont le côté spirituel est très développé réagiront peut-être avec beaucoup d'enthousiasme. D'autres, plus sceptiques, risquent de ne pas participer à toute discussion qui leur semble trop positive. Il faut donc veiller ici à respecter la façon dont chacune réagira à la cérémonie, qui vise à donner de l'espoir aux membres. Si certaines ne peuvent faire abstraction de la douleur qu'elles connaissent et n'apprécient pas que d'autres réagissent positivement à la cérémonie, les animatrices doivent résoudre la question en tenant compte de leurs vues au cours de la discussion et en les respectant.
Avant le tour de table, l'une des animatrices lit au groupe le premier chapitre de Le lapin de velvétine. (Cette lecture peut être faite maintenant ou pendant la séance dix-huit, tout dépendant des besoins du groupe et du temps disponible.)
Il est possible de présenter la lecture de ce conte de la façon suivante (exemple)
Nous aimerions vous lire un conte spécial, qui traite de ce que c'est qu'être réel. C'est ainsi que vous avez été ces dernières semaines, même si l'on ne sait pas toujours ce que signifie «être réel». Nous espérons que vous aimerez ce conte. Installez-vous confortablement et ne faites qu'écouter pendant quelques minutes.
Le bas contenait d'autres objets : des noix, des oranges, une locomotive, des amandes enrobées de chocolat, une souris mécanique. Mais le lapin était de loin le plus beau de tous. Le garçonnet l'a chéri pendant au moins deux heures. Puis, des tantes et des oncles sont arrivés pour souper. Il y eut le bruit du papier de soie qu'on froisse ainsi que des cadeaux qu'on déballe et, dans l'agitation causée par la vue de tous ces cadeaux, le lapin de velvétine fut oublié.
Le lapin vécut longtemps dans le placard à jouets ou sur le plancher de la chambre d'enfants et plus personne ne pensa beaucoup à lui. Il était Plutôt timide et, n'étant fait que de velvétine, certains des jouets plus coûteux le snobaient. Les jouets mécaniques s'estimaient supérieurs et regardaient tous les autres de haut. Ils étaient conçus suivant une foule d'idées modernes et prétendaient être réels. Le navire modèle réduit, qui avait survécu à deux saisons, perdant la quasi-totalité de sa peinture, avait attrapé leur manière et ne ratait jamais une occasion de parler de son gréement en employant des termes techniques. Le lapin ne pouvait prétendre être le modèle de quoi que ce soit car il ne savait pas que des lapins existaient pour vrai : il pensait qu'ils étaient tous des animaux rembourrés avec de la sciure de bois tout comme lui; il croyait comprendre que ce matériau était tout à fait désuet et ne devait jamais être mentionné dans les cercles du monde moderne. Même Timothy, le lion de bois articulé qui avait été fabriqué par des anciens combattants et qui aurait dû être plus large d'esprit, se donnait de grands airs et prétendait être en rapport avec le gouvernement. Au milieu de tous ces jouets, le pauvre petit lapin se sentait bien insignifiant, le seul être gentil avec lui étant le cheval en peluche.
Le cheval en peluche était le doyen de la chambre. Il était tellement vieux que sa robe brune, pelée par endroits, laissait voir ses coutures. De plus, une grande partie des poils de sa queue avaient été arrachés pour fabriquer des colliers de perles. Il n'était cependant pas dupe car il avait vu une longue succession de jouets mécaniques faire les fanfarons pour finir par briser leur ressort principal et mourir. Il savait qu'ils n'étaient que des jouets et ne seraient jamais rien d'autre que des jouets. Or, les secrets d'une chambre d'enfants sont insolites et merveilleux, et seuls les jouets qui ont de l'âge et de la sagesse comme le cheval en peluche peuvent les connaître tous.
«Que veut dire être réel?», demanda un jour le lapin, alors qu'ils étaient couchés côte à côte près du garde-feu de la chambre, avant que Nana ne vienne faire du rangement. «Est-ce que ça signifie avoir en-dedans des mécanismes qui bourdonnent et être muni d'une poignée?»
«Cela n'a rien à voir avec la façon dont on est fait, répondit le cheval. C'est plutôt quelque chose qui arrive. Quand un enfant t'aime pendant longtemps, vraiment longtemps, et pas juste pour jouer avec toi, c'est alors que tu deviens réel.»
«Est-ce que ça fait mal?», demanda le lapin.
«Parfois, répondit le cheval, car il ne mentait jamais. Mais lorsqu'on est réel, on ne craint pas de souffrir.»
«Est-ce que ça arrive tout d'un coup, comme lorsqu'on remonte un ressort, ou si ça se fait petit à petit?»
«Ça n'arrive pas soudainement, répondit le cheval. On le devient avec le temps. C'est pourquoi ça n'arrive que très rarement aux jouets qui se brisent facilement, qui ont des bords tranchants ou qui doivent être rangés avec soin. En général, lorsqu'on devient réel, on a perdu une grande partie de son poil à force d'être aimé, on a les yeux qui pendent, les articulations qui ont du jeu, et on est très usé. Mais ces choses ne comptent pas parce que, lorsqu'on est réel, on n'est jamais laid, sauf pour ceux qui ne comprennent pas.»
«Toi tu es réel, n'est-ce pas?», demanda le lapin. Sur le coup, il souhaita ne pas avoir posé la question, car le cheval était peut-être sensible. Mais ce dernier se contenta de sourire.
«L'oncle du garçonnet m'a rendu réel. Il y a de cela longtemps, mais, une fois devenu réel, on l'est pour la vie.» [traduction]
Ce soir, nous voulons reconnaître la perte de votre liberté au moyen d'une cérémonie spéciale. Nous voulons vous encourager a poursuivre votre recherche de cette liberté, c'est-à-dire à nourrir vos ressources intérieures, qui sont la certitude d'être une personne digne d'amour, d'être bien enracinée et, en somme, d'être une personne à part entière.
La bougie : Elle symbolise la lumière sortant de l'obscurité.
Regardez la bougie avec l'émerveillement et la confiance d'un enfant.
Le cristal: Il y a dix morceaux de cristal, soit un par participante.
Concentrez-vous sur un morceau de cristal. Faites-le vôtre et faites qu'il vous représente, vous et tous les aspects de votre personnalité.
Le cristal représente votre capacité de réfléchir votre propre lumière.
Les graines : retourneront mystérieusement pour donner une plante et des fruits en abondance.
Elles proviennent de la terre nourricière et y
Le miroir : Il est rond comme la terre et symbolise la provenance de nos images du passé et le point de départ de nos possibilités pour l'avenir.
Document à distribuer à la séance dix-sept : La recherche de la liberté (suite)
Le «rite» qui va suivre consiste à simuler la mort et à célébrer la renaissance.
Il n'est pas rare qu'une personne estime s'être perdue, être dominée et avoir été séparée en permanence du monde qui l'entourait. Le chemin qui mène à la renaissance exige du courage et la personne qui l'entreprend ne doit pas refuser de se plier aux énormes difficultés dont est parsemé ce parcours.
... La curiosité naturelle des enfants, leur désir de se toucher et de se caresser et les questions qu'ils posent peuvent conduire leur famille à exercer l'ultime forme de violence sexuelle à leur endroit : celle de leur refuser le droit qu'ils ont sur leur propre corps, c'est-à-dire le droit d'apprendre à connaître leur corps, de le toucher et de l'apprécier, de le partager quand ils le veulent ainsi que de l'habite entièrement et d'en tirer du plaisir.
- Tiré de Conspiracy of Silence: The Trauma of Incest, par Sandra Butler, p. 137 (trad.)
- Le soulignement vient de nous.
Document à distribuer à la séance dix-sept : La recherche de la liberté (suite)
À un moment donné, je me suis dit : «Nous aurions besoin d'une telle chanson maintenant. » Au même instant, ou peut-être avant, quelque chose s'est produit. le nous ai vues soulevées par une onde; pas l'onde d'une chanson en particulier, mais celle de tous les hymnes, chansons folkloriques, ballades et chansons blues qui existent. Tous les gens qui les ont chantées ou qui ont fait l'objet de ces chansons - amants heureux, meurtriers, personnes trompées, mères berçant leur enfant, ivrognes joyeux, hommes et femmes luttant pour trouver un sentiment d'unité - tous étaient emportés par l'onde. Nous y étions; nous étions soulevées par cette onde; elle faisait partie de ce que nous étions ou pourrions être.
Un voile avait été tiré pour me laisser voir, l'espace d'un moment, ce qui se passait.
J'ai vu que je n'étais pas seule, que personne n'était seul : nous étions seules ensemble, effectuant un même voyage. Nous étions en sûreté, hors de danger. ...nous avions retrouvé notre unité, après avoir été brisées.
- Adapté du texte original de Sydney Carter. Source inconnue.
Vous pouvez maintenant revenir dans cette pièce tout en réfléchissant à l'expérience que vous venez de vivre pendant quelques minutes.
A dainty, fragile thing it was.
I asked what secrets it held
Within the beautiful colour of
Its wings - it said not a word.
I asked what it was like to hold
Such freedom within the strength
Of those fragile wings
It said not a word.
I asked what it was like to be
Held in such awe and wonder
Because of its beauty, power
And freedom - it said not a word.
In my frustration - I let it go
And as it flew away it whispered
You are a cocoon - come out now
And show your strength, your power
Your beauty -fly
Then you will know my secrets
YOU WILL BE FREE.
-Gwen Thomas
Janvier 1985
Document à distribuer à la séance dix-sept : La recherche de la liberté (suite)
Puissions-nous toutes être libres
Libres : D'être nous-mêmes
De nous exprimer et de prendre des risques
De faire des choix
D'avoir tort, d'avoir raison
D'être différentes, d'être les mêmes
D'apprécier
D'être dignes d'être aimées
Et d'aimer
Nous vous avons demandé de passer en revue votre feuille d'objectifs personnels et votre liste de «NON». Il est normal que vous n'ayez pas toutes atteint tous vos objectifs. En ce qui concerne ceux-ci, où en êtes-vous par rapport au point où vous vous trouviez lorsqu'on a commencé les séances? Que vous reste-t-il à accomplir? Prenez quelques minutes pour y réfléchir ou pour mettre par écrit ce que vous avez accompli et les aspects sur lesquels vous souhaitez travailler alors que vous poursuivrez votre processus de guérison, quand les séances auront pris fin.
Environ vingt minutes doivent être consacrées à cette tâche. On demande ensuite aux femmes, à tour de rôle, de faire part aux autres de ce qu'elles ont écrit ou de leurs réflexions sur leurs propres progrès. Il se peut que certaines soient plus satisfaites que d'autres. Quelques-unes pourront sembler découragées. Les progrès de chacune doivent être soulignés d'une façon positive pour donner de l'espoir. Au cours de cet exercice, la majorité des participantes savent reconnaître leurs progrès et leurs points forts. Elles indiquent généralement qu'elles n'avaient pas remarqué avoir changé jusqu'à ce qu'on leur demande de se pencher sur la question.
Activité principale: Quand le groupe ne se réunira plus, qu'allez-vous faire pour vous-même pendant votre soirée libre?
Le travail de la semaine précédente avait pour objet d'encourager les femmes à commencer à penser tout spécialement à la fin des rencontres. Bien que la question soit orientée vers l'avenir et formulée d'une façon constructive, elle risque de susciter de l'anxiété. L'activité principale de cette séance permet à chacune d'exprimer ses angoisses face à la dissolution du groupe ainsi que ses idées quant aux façons de s'occuper d'elle-même lorsque le groupe ne se réunira plus.
Avant de commencer cet exercice, on fait jouer, au CSF, la chanson «Wudjagonnadoo?», écrite et interprétée par Ann Mortifee et tirée de Reflections on Crooked Walking. Une copie des paroles est remise à chacune des participantes pour qu'elles puissent chanter.
Après avoir écouté et chanté la chanson, l'une des animatrices poursuit la séance comme suit : (exemple)
La semaine dernière, nous vous avons demandé de réfléchir à ce que vous ferez de votre soirée libre après la fin des séances. Nous venons de passer dix-neuf semaines ensemble à nous confier nos réflexions et nos sentiments. En vous joignant au groupe, vous avez pris un engagement très spécial envers vous-mêmes. Il vous a peut-être été difficile certains soirs d'être ici. À d'autres moments, vous deviez vous sentir bien et en sécurité. Les réunions du groupe sont maintenant presque terminées. Bien que la fin de toute chose soit souvent très difficile, elle peut aussi être perçue comme un nouveau début. Pouvez-vous partager avec nous vos réflexions et vos sentiments concernant la fin des séances ainsi que vos idées sur la façon de prendre soin de vous-mêmes à l'avenir?
La fin des séances peut être à la fois pénible et satisfaisante pour toutes pénible, parce que les participantes ne bénéficieront plus de la sécurité ni du soutien apportés par le groupe; satisfaisante, parce qu'une tâche difficile a été courageusement accomplie. Il faut reconnaître ces deux expériences. Il est aussi important que les animatrices fassent part aux membres des sentiments que suscite chez elles la fin des séances. (Exemple)
Animatrice :
Après la fin des séances, le soir où nous avions l'habitude de nous réunir, je me demanderai ce que vous êtes toutes en train de faire. le profiterai probablement de cette soirée pour regarder la télé ou pour faire de la lecture. Mais une chose est sûre : vous me manquerez. Mon coeur vous accompagne dans votre cheminement. le serai à la fois triste de ne pas me trouver ici et heureuse à la pensée d'avoir partagé avec vous des moments privilégiés.
Wudjagonnadoo...
when you don't have a clue
when you search all day
can't find the way?
Wudjagonnadoo...
when your're feelin'blue
heart goes sink
every time you think?
Wudjagonnadoo...
just sit there ... sit there?
Wudjagonnadoo ...
Wudjagonnadoo ... what ... what?
Wudjagonnadoo ...
just sit there ... sit there?
Wudjagonnadoo ...
Wudjagonnadoo ...
when you feel confused
all bemused... brain has fused?
Wudjagonnadoo...
when you're feelin'low
mind won't go, just don't know?
Wudjagonnadoo ... ?
just sit there ... sit there?
Wudjagonnadoo ... ?
Wudjagonnadoo ... what ... what?
Wudjagonnadoo ...
just sit there ... sit there?
Wudjagonnadoo ... ?
Wudjagonnadoo ...
when nothing's true
and everything's astounding?
Wudjagonnadoo...
when you feel abused
and your head is thick and pounding?
Wudjagonnadoo...
when you're in the soup
and you fear you might be drowning?
Wudjagonnadoo ... wudjagonnadoo ... wudjagonnadoo ... ?
* Répéter le premier couplet Tiré de Falbum Reflections on
Grooked Walking d'Ann
Mortifee, 1982. Enregis trement de jabula Records.
Téléphoner au (604) 926-4602
pour plus d'information.
After awhile you learn the subtle difference
Between holding a hand and chaining a soul
And you learn that love doesn't mean security
And you learn that kisses aren't contracts
And presents aren't promises
And you begin to accept your defeat
With your head up and your eyes open
With the grace of a woman not the grief of a child
And you learn to build all you roads
On today because tomorrow's ground
Is too uncertain for plans and futures have a way
Of falling down in midflight;
After awhile you learn that even sunshine bums
if you get too much
So you plant your own garden and decorate your own soul
Instead of waiting for someone to bring you flowers
And you learn that you can endure
That you really are stong
And you really do have worth.
And you learn and learn.
With every goodbye, you learn.
Veronica A. Shoffstall
(Source inconnue)
2. J'ai droit à de la joie dans ma vie, ici et maintenant, et non pas seulement à de brefs moments d'euphorie, mais a quelque chose de plus durable.
3. J'ai le droit de me détendre et de m'amuser sans me détruire.
4. J'ai le droit de rechercher activement des personnes, des endroits et des situations qui m'aideront à réussir ma vie.
5. J'ai le droit de dire non chaque fois que quelque chose me semble dangereux ou que je n'y suis pas prête.
6. J'ai le droit de ne pas participer aux comportements «à rendre fous», qu'ils soient actifs ou passifs, de mes parents, de mes gères et soeurs ou d'autres personnes.
7. J'ai le droit de prendre des risques calculés et d'essayer de nouvelles stratégies.
8. J'ai le droit de changer d'idée et de stratégie ainsi que de modifier mes équations bizarres.
9. J'ai le droit de faire des erreurs, de tout gâcher, de me décevoir et de ne pas répondre aux attentes.
10. J'ai le droit de quitter la compagnie des gens qui, délibérément ou involontairement, me rabaissent, me culpabilisent ou me manipulent, y compris mes parents ou tout autre membre de ma famille.
11. J'ai le droit de mettre fin à toute conversation avec une personne qui me rabaisse et m'humilie.
12. J'ai droit à tous mes sentiments.
13. J'ai le droit de faire confiance à mes sentiments, à mon jugement et à mon intuition.
14. J'ai le droit de m'épanouir comme une personne a part entière, c'est-à-dire affectivement, spirituellement, mentalement, physiquement et psychologiquement.
15. J'ai le droit d'exprimer toutes mes émotions d'une façon non destructrice et à un moment et dans un endroit sûrs.
16. J'ai le droit de rendre tout le temps qu'il me faut pour faire des expériences fondées sur ces nouvelles idées et connaissances et pour apporter des changements à ma vie.
17. J'ai le droit de faire le tri dans les idées que mes parents m'ont inculquées, c.-à-d. de conserver ce qui est acceptable et de me défaire du reste.
18. J'ai le droit à un mode de vie sain mentalement et physiquement, même si ma façon de vivre diffère en partie ou totalement de la philosophie de la vie de mes parents.
19. J'ai le droit de me faire une place dans le monde.
20. J'ai le droit de me prévaloir de tous les droits ci-dessus, de vivre ma vie comme je l'entends et de ne pas attendre pour agir que mes parents aillent mieux, soient heureux, demandent de l'aide ou admettent qu'il y a un problème.
La dernière séance ne se déroule pas comme les précédentes. Lorsque les participantes arrivent, la porte de la salle est fermée. Pour réduire l'anxiété qui peut en résulter, on fixe sur la porte un écriteau décoré indiquant qu'une surprise attend les participantes.
Les participantes sont généralement enthousiasmées de voir que tant d'attention soit accordée à cette dernière séance et comprennent qu'il est nécessaire que certaines choses restent secrètes pour qu'elles constituent une surprise. Pour les survivantes, le mot «secret» a une connotation tellement négative que le fait de lui donner une connotation positive est une façon de les aider à adopter une nouvelle perspective. Comme elles entrent dans la salle ensemble, plutôt que séparément, les participantes peuvent se confier les unes aux autres leurs impressions positives au lieu de les garder pour elles. Pour de nombreuses survivantes, il s'agit là d'une nouvelle expérience.
À l'entrée de la salle se trouve une table recouverte d'une nappe de dentelle et décorée de fleurs et de bougies autour de laquelle on a disposé des chaises en demi-cercle. Y ont aussi été déposés des assiettes de papier de fantaisie, des serviettes, des fourchettes et un couteau en argent. Un gros gâteau portant le nom de chacune des participantes a été placé en son centre.
Pour cette dernière séance, on a aussi acheté des roses naturelles ou en soie pour chaque femme. On a aussi fait imprimer des certificats portant le nom de chacune. (Mais les roses et les certificats restent cachés jusqu'à ce qu'on les distribue. Il s'agira d'une autre «surprise».)
Avant le début de la cérémonie proprement dite, on distribue des formules d'évaluation. On demande aux participantes de prendre quelques minutes pour les remplir. Pour que les animatrices puissent continuer d'améliorer le programme, il est important qu'elles obtiennent une certaine forme de commentaires des participantes. Par ailleurs, cette évaluation permet à celles-ci de donner des commentaires autant positifs que négatifs au sujet d'une expérience importante dans leur vie et leur fait comprendre que leurs idées et leurs commentaires sont précieux. L'évaluation peut être présentée de la façon suivante et devrait durer environ 15 minutes:
(exemple)
Prenez maintenant le temps de réfléchir au déroulement des séances des dix-neuf dernières semaines. Quels ont été pour vous les points marquants? Quelles ont été vos déceptions? Nous accordons beaucoup d'importance à vos commentaires et lisons vos évaluations très attentivement. Comme vous n'avez pas à signer cette évaluation si vous ne le voulez pas, sentez-vous libres d'écrire exactement ce que vous pensez. Toutes vos suggestions peuvent nous aider à améliorer notre travail et à venir en aide aux groupes à venir.
Animatrice II Nous avons commencé par définir l'inceste comme une relation dans laquelle un adulte entretient des rapports sexuels avec un enfant dont il a la charge.
Animatrice I : L'inceste est d'abord et avant tout une TRAHISON.
Animatrice II : Nous avons examiné comment on se sent quand on est une VICTIME.
Animatrice I : Nous avons examiné comment on peut se sentir quand on PREND LE CONTRÔLE de sa vie.
Animatrice II : Nous avons souligné que, avant de dire AU REVOIR à cette partie de notre vie, nous devions admettre que l'inceste avait fait partie de notre passé. Nous avons donc raconté nos histoires. Nous étions en colère et nous avons pleuré sur le traumatisme cause par cette expérience.
Animatrice I : Il nous a fallu un énorme courage pour prendre le risque de nous confier nos secrets et nos sentiments les plus intimes. Nous savions qu'on allait nous écouter avec respect et amour étant donné nos différences uniques et nos traits communs.
Animatrice II: Nous avons fait face à la perte de notre enfance et aux répercussions de celle-ci sur notre capacité de vivre dans le présent.
Animatrice I: Nous avons commencé à prendre soin de l'enfant terrifiée qui vit en nous.
Animatrice II Nous avons commencé à être tendres avec nous-mêmes, à reconnaître que nous sommes uniques et très spéciales.
Animatrice 1 :
Le couteau : À travers l'histoire, le couteau et l'épée ont été de puissants symboles. Il suffit de penser à Excalibur, l'épée magique du roi Arthur et des chevaliers de la Table ronde. Dans l'une des versions de la légende (celle qui a le plus de sens à mon avis), l'épée a été rendue magique par le principe féminin, une femme nommée Morgaine, reine des fées et demi-soeur d'Arthur. L'épée d'Arthur devait lui servir de guide et lui donner foi, générosité, courage et intégrité.
Dans les temps anciens, avant la venue du Christ, il semble que des prêtresses transportaient un petit poignard symbolisant les connaissances et la sagesse des femmes. Nous vous demandons maintenant de vous concentrer sur le couteau et sur ce qu'il a toujours été - le symbole que les femmes peuvent trouver le coeur du problème, distinguer l'essentiel du superflu, isoler le passé du présent et dire oui à la vie.
Animatrice Il :
Le gâteau : Nous avons des gâteaux pour célébrer toutes sortes d'anniversaires et de nouveaux départs. Concentrons-nous sur ce gâteau. Qu'il soit le symbole de notre engagement à prendre un nouveau départ - le symbole de notre avenir comme survivantes qui découvrent la liberté un peu plus chaque jour.
À ce moment, les participantes sont invitées a se couper chacune un morceau de gâteau. Souvent, elles souhaitent avoir le morceau qui porte leur nom. Elles sont ensuite invitées à le manger et à célébrer. On leur alloue environ une demi-heure pour bavarder entre elles et avec les animatrices. Du café et du thé sont également servis.
Échange de cadeaux
Cet exercice est semblable à l'exercice d'affirmation de la séance-marathon. Les participantes qui ont eu de la difficulté lors de la séance-marathon peuvent trouver l'exercice moins difficile cette fois-ci. Cependant, les mêmes mesures de prudence que celles exposées à la séance dix s'appliquent.
L'échange de cadeaux peut être présenté de la façon suivante : (exemple)
Au cours des dix-neuf dernières semaines, nous en sommes venues à nous connaître et à nous soucier les unes des autres. Chacune d'entre vous est une femme très précieuse qui a fait preuve de grâce et de courage en se joignant à ce groupe. Quels cadeaux vous vous êtes faits les unes les autres! Il est important qu'on vous dise à quel point vous êtes spéciales. Parfois, vous avez besoin de dire à d'autres qu'ils le sont. Vous pouvez maintenant réfléchir à une chose que vous avez appréciée au sujet de chaque personne ici présente et la mettre par écrit. Une expression ou un mot peuvent suffire et vous aideront à dire à chaque participante ce qu'elle vous a apporté.
Les participantes reçoivent chacune plusieurs petits morceaux de papier et un stylo pour faire cet exercice. On leur demande ensuite à tour de rôle de lire ce qu'elles ont écrit et de donner les morceaux de papier en cadeau aux personnes auxquelles ils s'adressent. Une fois de plus, certaines peuvent trouver cet exercice très difficile. Il faut prendre soin de permettre à chaque femme de procéder à cet exercice de la façon qui lui convient le mieux.
Après avoir remis les certificats, on fait jouer la chanson We were Born To Live d'Ann Mortifee. Les animatrices chantent sur la musique et encouragent le groupe à en faire autant. On peut faire jouer la chanson plusieurs fois.
though the road be long and the river wide
though the seasons change and the willows bend though some
dreams break some others mend.
We were born to give and born to take
to win and lose and to celebrate
we were born to know and born to muse
to unfold our hearts, take a chance and choose.
We were born to love though we feel the thorn
when a ship sets sail to return no more
though a door be closed and we feel the pain
to chance it all and to love again.
We were born to reach, to seek what's true
to surrender all, to make each day new
we were born to laugh and born to cry
to rejoice and grieve, just to be alive.
We were born to hope and to know despair
and to stand alone when there's no one there
we were born to trust and to understand
that in every heart there's an outstretched hand.
We were born to live, to be right and wrong
to be false and true, to be weak and strong
we were born to live, to break down the wall
and to know that life is to taste it all.
(Michel Jean Legrand, Ann Mortifee) © 1972 Michel Legrand Productions Inc. & Chappell & Co. Tous droits de Michel Legrand Productions, Inc. administrés par Chappell & Co. Tous droits réservés. Utilisé avec l'autorisation du producteur.
NE PAS PHOTOCOPIER
A la fin de la cérémonie, les animatrices peuvent avoir des annonces à faire. (Le CSF a mis sur pied un «groupe d'anciennes», qui se compose d'ex-participantes du programme «De victime à survivante». Toutes sont invitées à s'y joindre immédiatement. Les dates de réunion de ce groupe sont annoncées. Il y aura aussi une rencontre de retrouvailles du groupe actuel dans six mois et les participantes sont informées qu'elles en seront avisées au moment approprié.)
Comme il est très difficile de se dire au revoir à la
fin de cette séance, on doit y allouer suffisamment de temps. Toutes
celles qui le veulent peuvent participer à une accolade générale.
Comme les femmes pleurent souvent au moment de partir, il se peut qu'elles
restent longtemps à bavarder entre elles et avec les animatrices.
Les animatrices peuvent se montrer serviables en restant disponibles, mais
elles doivent tenir compte de leurs propres besoins et émotions
et être capables de limiter leur disponibilité.
1. Qu'espériez-vous réaliser en participant au programme «De victime à survivante»?
2. Quels changements avez-vous apportés à votre vie?
3. Quel est l'élément du programme qui vous a le plus aidée?
4. Quel est l'élément du programme qui vous a le moins aidée?
5. Qu'avez-vous apprécié au sujet de votre propre comportement ou de votre participation au programme?
6. Quels sont vos regrets au sujet de votre comportement ou de votre contribution ou participation au programme?
7. Est-ce que la durée du programme vous convient? Le programme devrait-il être plus long? plus court?
8. Quelles critiques constructives pouvez-vous faire pour nous aider à améliorer le programme?
9. Pour nous aider à venir en aide à d'autres groupes, veuillez nous indiquer comment les points suivants vous ont été utiles
a) Tenue d'un journal
b) Partage du contenu de votre journal
C) Établissement d'objectifs personnels
d) Séance-marathon
e) Longueur de chaque séance
f) Documents distribués (poèmes, etc.)
10. Autres commentaires
1) les mécanismes de défense (sujet présenté dans la description de la séance douze);
2) les conflits;
3) la colère;
4) l'intimité;
5) l'auto-mutilation.
Il est possible que le groupe souhaite discuter d'un sujet qui n'est pas présenté dans les modules thématiques. Pour trouver des ressources sur d'autres questions pertinentes, veuillez consulter la bibliographie.
Chaque module thématique comprend une brève explication du sujet, un énoncé que l'animatrice peut reprendre textuellement pour présenter le sujet au groupe (introduction) et un ou deux exercices qui peuvent aider le groupe à se concentrer sur le sujet examiné (application). Certains exercices sont ouverts; d'autres sont plus structurés. Les modules thématiques contiennent aussi des documents à distribuer.
Dans quels cas trouvez-vous la colère utile en général et pour vous en particulier?
La formulation de cette question présente déjà la colère comme une émotion constructive plutôt qu'une émotion négative qu'il faut craindre.
La présentation du sujet au groupe peut se faire comme suit (exemple)
Tous les êtres humains se fâchent, mais les gens ont habituellement de la difficulté à exprimer leur colère. Pourtant, le fait d'être en colère est aussi naturel que d'avoir faim, de se sentir seul, d'aimer ou d'être fatigué. Mais les causes de la colère et les réactions qu'elle suscite varient en fonction des gens. Les façons particulières dont nous réagissons à la colère sont apprises. La colère est souvent engendrée par un sentiment de frustration, d'impuissance ou de rejet. C'est aussi une réaction de protection. Devant un danger, nous avons la réaction soit de nous enfuir, soit de combattre. La peur nous fait fuir le danger et la colère est le début d'une réaction de combat. Pour être bien avec soi, il est extrêmement important d'être capable de ressentir de la colère et de l'exprimer. Une personne qui n'exprime pas sa colère peut finir par se sentir déprimée, utilisée, anxieuse ou manipulée. Pour qu'un climat émotionnel soit sain, il faut que toutes les émotions, en particulier la colère, puissent être ressenties et exprimées librement sans qu'en découlent des conséquences négatives. Mais la colère doit être exprimée de façon constructive. Le fait de garder constamment «un couvercle» sur sa colère pour la réprimer ou de toujours «nettoyer les dégâts» après des accès de rage consomme une grande partie de notre énergie, qui ne peut être utilisée pour autre chose, soit pour jouir de la vie, être généreux, aller vers les autres et être aimé. Il est important pour toute personne d'apprendre à exprimer sa colère en toute sécurité et de façon constructive et créative.
Prenez quelques minutes pour penser à quelques-uns des messages positifs et négatifs sur la colère que vous avez reçus de votre famille et d'autres personnes, et notez-les dans votre journal.
Inscrivez sur un tableau à feuilles mobiles certains des messages que les participantes ont reçus, puis, pendant la discussion qui suit, concentrez-vous sur les messages communs et tentez de voir comment ils influent sur la façon dont les participantes utilisent actuellement leur colère.
2. Formez des équipes de deux participantes et demandez-leur de se pencher sur les questions suivantes :
«Que craignez-vous le plus dans l'expression de votre colère?»
«Que craignez-vous le plus dans l'expression de la colère chez des personnes que vous aimez?
Après une discussion de dix à vingt minutes, rassemblez-vous et demandez à chaque équipe de faire part de ses réflexions et de ses impressions au reste du groupe.
1. Écrivez une lettre à votre agresseur(e) ou à d'autres personnes qui vous ont mise en colère.
2. Prenez un cours de karaté.
3. Fabriquez un oreiller spécial sur lequel vous pouvez frapper quand vous êtes en colère. Dessinez ou peignez-y le visage de votre agresseur(e).
4. Faites de la danse aérobique et imaginez-vous en train de donner des coups de poing ou de pied à votre agresseur(e).
5. Frappez sur votre matelas avec une raquette de tennis.
6. Consultez un thérapeute spécialisé en cri primal.
7. Organisez une manifestation contre la violence faite aux femmes.
8. Imaginez ce que vous pourriez faire à la personne qui vous a mise en colère. Rédigez-en le scénario.
9. Fabriquez une poupée vaudou représentant votre agresseur(e) et ayez beaucoup d'aiguilles sous la main.
10. ___________________________________________________________
11. ___________________________________________________________
12. ___________________________________________________________
13. ___________________________________________________________
Si les animatrices s'aperçoivent que le risque de conflits s'accroît, elles peuvent suggérer de tenir une discussion sur les conflits. Il faut profiter de la discussion pour parler des règles de la communication et, ainsi, rappeler aux participantes que l'amorce d'un conflit n'est pas la façon la plus constructive de communiquer.
Dans toutes les familles, il y a des conflits et des différences. Dans les familles fonctionnelles, les membres apprennent à s'adapter à ces différences et à vivre des conflits, de même qu'à exprimer des sentiments très forts, tels que la colère, sans qu'il y ait de conséquences négatives et sans porter atteinte aux relations. C'est quelque chose que la plupart d'entre vous n'ont sans doute pas eu l'occasion d'apprendre.
Les conflits sont inévitables, en particulier lorsqu'on n'a pas la même opinion que d'autres sur certaines questions ou lorsqu'on se sent menacé, ignoré, rejeté, etc.
[Nota : Il peut être maintenant approprié de citer, sans mentionner de nom, un exemple de conflit survenu au sein du groupe ou entre des participantes.]
Examinons un instant les règles de la communication que nous avons affichées. Les quatre dernières sont particulièrement importantes pour notre discussion de ce soir.
Demandez à l'une des participantes de lire les quatre dernières règles.
L'exercice sur les conflits peut être présenté de la façon suivante
(exemple)
Prenez une minute pour penser à ce que vous avez appris dans votre famille sur la résolution des conflits et pour noter le résultat de vos réflexions dans votre Journal. Quand vous aurez fini et si vous le voulez, faites part de vos réflexions et de vos souvenirs aux autres membres du groupe.
2. La partie suivante est plus structurée. Elle est intitulée «Etapes de la résolution des conflits» et est présentée sur un tableau à feuilles mobiles.
-P-I-S-T-E
- Préciser le problème. Les parties sont-elles toutes les deux d'accord sur la nature du problème?
- Information pertinente dont il faut tenir compte pour trouver une solution.
- Suggérer des solutions. Faire une liste aussi longue que possible.
- Trouver la solution qui semble la meilleure de tous les points de vue. Rester honnête.
- Évaluer la solution choisie en en discutant par la suite. Est-ce que ça marche? (Dans la négative, recommencer le processus.)
Demandez s'il y a des participantes qui sont prêtes à décrire une situation récente qui a entraîné des conflits demeurés irrésolus. Se servir des exemples fournis pour franchir toutes les étapes avec le groupe. Les idées exposées peuvent être notées sur un tableau à feuilles mobiles.
Document à distribuer pour le module sur les conflits
1. Présenter des excuses prématurément.
2. Refuser de prendre le conflit au sérieux.
3. Se retirer, s'esquiver, quitter la pièce, tomber endormi(e), garder le silence.
4. Se servir de renseignements personnels sur le partenaire ou l'ami(e) concerné(e) pour porter des coups bas.
5. Ramener des sujets non pertinents dans la discussion.
6. Faire semblant d'être conciliant(e) ou d'être d'accord et envoyer des messages qui sont faux.
7. Attaquer indirectement.
8. Créer des situations sans issue - faire des reproches quand il faudrait faire des compliments.
9. Expliquer les sentiments de l'autre à sa place : «Ce que tu me dis, c'est ... »; «Tu dois te sentir comme si ... ».
10. Exiger toujours davantage.
11. Priver l'autre d'affection, de relations sexuelles, de son amitié, etc.
12. Miner la relation - toujours laisser son partenaire ou son ami(e) dans l'impression qu'on va mettre fin à la relation.
2. S'assurer de bien définir le motif du conflit.
3. Chaque personne a le droit d'exprimer ses sentiments positifs.
4. Chaque personne a le droit d'exprimer ses sentiments négatifs.
5. Traduire en ses propres mots les sentiments de l'autre et demander si l'on a bien compris.
6. Déterminer sur quels points les positions coïncident.
7. Déterminer les points de vulnérabilité.
8. Déterminer la vivacité des sentiments de chaque personne à l'égard du conflit.
9. Reconnaître l'importance des sentiments qui sont exprimés spontanément.
2. Comment est-ce que je m'y prends pour exposer mes griefs à un partenaire ou un(e) ami(e)?
3. En général, quel est mon état émotionnel quand je cherche querelle?
4. De quelle façon peut-on dire que je me querelle «déloyalement»?
5. Qu'est-ce qui me plaît particulièrement dans la façon dont mon partenaire ou mon ami(e) se querelle?
Depuis le début des temps, il n'y a jamais eu personne comme moi. Personne n'a mon sourire. Personne n'a mes yeux, mon nez, ma chevelure, mes mains ni ma voix. je suis spéciale.
Personne n'a mon écriture.
Personne, où que ce soit, n'a les mêmes goûts que moi pour la nourriture, la musique ou les arts. Personne ne voit les choses comme je les vois.
Personne n'a jamais ri ou pleuré à ma manière. Et ce qui me fait rire ou pleurer ne fait rire ou pleurer personne de la même façon.
Personne ne réagit exactement comme moi, peu importe la situation. je suis spéciale.
De tous les êtres, je suis le seul à avoir mes aptitudes. Ô, bien sûr, il y aura toujours quelqu'un pour exceller là où je réussis bien, mais personne au monde ne peut acquérir ma combinaison de talents, d'idées, d'aptitudes et d'émotions. Dans un orchestre, certains instruments peuvent être excellents, mais aucun ne peut à lui seul reproduire le son de tout l'ensemble. je suis une symphonie.
Jamais personne n'aura mon apparence. Personne ne parlera, ne marchera, ne pensera et ne fera les choses comme moi. je suis spéciale. Je suis rare.
Et toute chose rare a une grande valeur.
Étant donné ma grande valeur, je n'ai pas besoin d'imiter qui que ce soit. je vais accepter, et même célébrer, mes différences.
je suis spéciale. Et je commence à réaliser qu'il ne s'agit pas d'un hasard. je commence à voir que je suis spéciale pour une raison bien précise. Il y a quelque part un travail que personne d'autre ne peut réussir aussi bien que moi. Sur les milliards de candidats, une seule personne a les qualités requises, la combinaison qu'il faut pour faire ce travail.
Et cette personne, c'est moi. Parce que je suis spéciale.
Auteure anonyme
(exemple)
Nous avons toutes des périodes où nous nous infligeons des blessures. Il est possible de considérer ces automutilations comme faisant partie d'un continuum allant de l'habitude de se déprécier légèrement, qui cause un sentiment d'infériorité permanent, jusqu'aux comportements autodestructeurs très mutilants. Les automutilations engendrent souvent un sentiment intense de honte et de culpabilité. Or, plus nous nous sentons coupables, moins nous voulons en parler. En général, nous ne savons pas pourquoi nous nous mutilons. Une chose est sûre, cependant : ce comportement nous semble inacceptable et nous croyons être des personnes foncièrement mauvaises ou déséquilibrées.
Revenons un instant à nos premières séances. Pendant la deuxième et la troisième, nous avons mentionné que l'un des traits caractéristiques les plus courants des fillettes qui sont victimes d'inceste est qu'elles se sentent souvent coupables ou qu'elles rejettent sur elles-mêmes la responsabilité de ce qui est arrivé. Ces sentiments les suivent souvent jusqu'à l'âge adulte. Même si, rationnellement, vous estimez que l'agresseur(e) est responsable de ses gestes, il est possible que vos sentiments continuent de refléter ceux que vous aviez étant enfant, c.-à-d. que vous étiez à blâmer pour une raison ou pour une autre. Quand vous éprouvez ces sentiments, quand vous êtes accablées par la douleur, l'impuissance, la culpabilité et la honte qu'engendrent les souvenirs des abus sexuels qu'on vous a infligés, il se peut que l'automutilation vous semble la seule façon d'en venir à bout. Les automutilations apportent à certaines femmes un soulagement et une paix énormes par rapport à l'intolérable angoisse ressentie. Elles permettent à d'autres de se distancier de leurs souvenirs douloureux.
1. Y a-t-il quelque chose, en général ou en particulier, qui déclenche ce comportement?
2. Quelle est la sensation que me procure directement ce comportement?
3. Y a-t-il des façons créatives d'obtenir la même sensation sans m'automutiler?
Après cet exercice, tenez une discussion générale sur les façons de mettre fin aux automutilations. Par exemple, une femme qui avait l'habitude de se taillader décida de se «taillader» avec un marqueur rouge lorsqu'elle en ressentait le besoin. Une autre qui s'infligeait des brûlures avec des allumettes estimait qu'elle pouvait obtenir le soulagement que lui procurait ce comportement en prenant une douche tiède sous un jet très puissant. Pour orienter la discussion, on distribue aux participantes un document tiré d'un article paru dans TRAANS (The Ritual Abuse Awareness Network Society, juin 1990). (Voir le document sur l'automutilation, page 161.)
1. Commencez par votre propre volonté : prenez la décision de continuer à vivre et de ne plus vous faire de mal.
2. Dites à votre thérapeute et aux autres personnes en qui vous avez confiance que vous avez décidé d'arrêter de vous mutiler. Demandez-leur de vous aider à respecter votre décision.
3. Dressez la liste des automutilations auxquelles vous voulez mettre fin. Faites une colonne pour chaque jour. Si vous passez une journée sans vous mutiler, offrez-vous une récompense. Montrez votre liste à votre thérapeute.
4. Apprenez à reconnaître les facteurs qui vous poussent à vous mutiler et commencez à les neutraliser. Quand vous saurez reconnaître ces facteurs, ils perdront de leur pouvoir.
5. Dressez la liste des choses que vous pouvez faire pour vous détendre et vous sentir en sécurité quand vous voulez vous faire du mal parce que vous êtes affolée. Mettez la liste à un endroit où vous la verrez souvent ou gardez-la avec vous. Faites aussi une liste des raisons pour lesquelles vous ne devez pas vous faire de mal.
6. Adoptez un endroit sûr de la maison où vous pouvez aller pour vous retrouver seule et vous maîtriser. Promettez-vous de ne pas vous faire de mal lorsque vous y êtes.
7. Établissez un plan contre les flash-back
a) Cherchez comment réagir avant leur apparition.
b) Décidez de la façon dont vous allez permettre aux flash-back de faire leur apparition.
c) Déterminez comment vous allez vous y prendre pour garder les pieds sur terre de manière à revenir au présent.
Plusieurs d'entre vous ne vous êtes pas senties en sécurité pendant la majeure partie de votre vie. Votre corps et les vos frontières ont été violés; l'amour rassurant et le réconfort auxquels vous aviez droit durant l'enfance se sont mutés en souffrance et en peur. Vous ne pouviez pas faire confiance à ceux qui étaient censés prendre soin de vous et vous protéger. Maintenant, vous trouvez difficile de faire confiance à ceux qui vous entourent, et parfois de vous fier à vous-mêmes. Lorsque vous empêchez des autres de se rapprocher de vous ou que vous ne vous permettez pas d'approcher les autres, c'est à cause de votre souffrance et de vos craintes d'enfant. Vous vous sentez alors seule, et vous avez peur.
Ce soir, nous aimerions parler de l'intimité et commencer à explorer les moyens que vous pourriez prendre pour changer certains de vos sentiments et opinions concernant ce sujet très délicat.
[Suite de l'introduction :]
On distribue et on lit la définition de l'intimité (page 165). Les animatrices doivent s'assurer que toutes les participantes ont la même interprétation de l'intimité.
Le degré d'intimité où l'on se sent à l'aise dépend de la sécurité et de la confiance qu'on ressent lorsqu'on se trouve avec une personne. Il n'est pas nécessaire que la relation soit à caractère sexuel, bien que ce puisse être le cas.
2. La discussion générale sur l'intimité peut commencer par la question suivante :
Notre sexualité est une partie de nous, que nous choisissions ou non d'avoir une vie sexuelle active, d'avoir un partenaire ou de nous «faire l'amour» nous-mêmes. C'est notre «moi» créatif, fertile, tendre; c'est notre beauté intérieure. Lorsque nous commençons à nous sentir en sécurité avec nous-mêmes, à nous fier à nos propres sentiments, à nous respecter en tant que personnes, à croire en notre valeur, à être de plus en plus à l'écoute de nos émotions et des messages que nous envoie notre corps, à savoir ce qui nous convient et ce qui ne nous convient pas, et à être assez confiantes pour en parler sans trop avoir peur, alors nous avons reconquis notre sexualité. Maintenant, réfléchissons ou écrivons sur les moyens de permettre à notre sexualité de s'épanouir en toute sécurité, de guérir les blessures que notre corps a subies et d'établir des frontières pour que nous nous sentions en confiance et à l'aise dans notre vie sexuelle.
Le document «Exploration de l'intimité» (page 167) peut être distribué après cette discussion.
L'intimité entre deux personnes est la validation, Facceptation et l'approbation mutuelles de la vie intérieure de l'autre.
C'est le fait de se sentir «connecte(e)» a l'autre.
Choisissez trois personnes, dans la liste ci-dessous, qui ont une signification particulière pour vous.
un étranger une connaissance un parent un(e) collègue
un frère ou une soeur un amoureux un employeur
Demandez-vous à quel point vous vous sentez proche des trois personnes que vous avez choisies dans chacune des situations ci-dessous. Inscrivez le chiffre correspondant.
Exemple :
Lorsqu'un étranger m'approche sans me vouloir rien de particulier, je me sens
0..........1 ..........2..........3..........4..........5..........6..........7..........8..........9..........10
pas proche de lui du tout ..................................................très proche de lui
1. Lorsque cette personne m'approche sans me vouloir rien de particulier.
2. Lorsque j'approche cette personne et que je me rends compte qu'elle attend quelque chose de moi.
3. Lorsque j'approche cette personne et que j'attends quelque chose d'elle.
4. Lorsque c'est cette personne qui décide.
5. Lorsque c'est moi qui décide.
6. Lorsque nous sommes sur un pied d'égalité.
7. Autre situation.
1. Apprenez à aimer votre corps en le caressant et en en prenant soin. Vous pouvez commencer par un pouce carré de votre corps que vous aimez particulièrement. Ce peut être un endroit sur votre bras ou votre nuque. Chaque jour, élargissez d'un pouce carré la surface que vous caressez. Vous pouvez utiliser une huile ou une crème que vous trouvez agréable. Apprenez à aimer votre corps petit à petit.
2. Commencez à regarder votre corps dans le miroir. Vous pouvez d'abord le faire pendant dix secondes et augmenter un peu ce temps chaque jour. Ne regardez d'abord que vos yeux, puis étendez progressivement votre regard à d'autres parties de votre corps.
3. Essayez de croire les gens qui vous disent que vous êtes belle. Empêchez-vous de rejeter immédiatement leurs compliments; songez plutôt à ce qu'ils vous disent.
4. Déterminez les frontières qu'on doit respecter lorsqu'on vous touche pour que vous vous sentiez à l'aise et en sécurité. Formulez-les par écrit. Parlez-en à vos meilleurs amis et à votre famille.
5. Essayez la massothérapie. C'est vous qui maîtrisez la situation et les frontières sont clairement définies.
6. Sachez que vous n'avez pas à vous laisser toucher par personne si vous n'en avez pas envie. Décidez ce que vous pourriez dire à quelqu'un qui vous touche pour lui faire clairement comprendre votre pensée.
7. Faites des exercices de relaxation. Prenez soin de votre corps en allégeant ses tensions de diverses façons (natation, yoga, danse, Tai Chi, même en cassant de la vaisselle, etc.).
8. Fiez-vous à votre instinct pour déterminer à qui vous pouvez faire confiance.
La première séance se tient à la sixième semaine du programme et la deuxième vers la quatorzième semaine. Ces périodes coïncident avec les phases les plus symptomatiques que traversent généralement les participantes - au cours du récit de leur histoire et de la démarche de dévictimisation. En conséquence, la séance d'information a pour objectif de soutenir et de renseigner les conjoints, ami(e)s ou parents durant ces périodes difficiles. Ces personnes, dont le nombre n'est pas restreint, viennent sur l'invitation des femmes du groupe. Toutefois, celles-ci ne participent pas à la séance.
Après ces brèves présentations, l'une des animatrices entame la réunion en donnant un court aperçu du programme de vingt semaines comme suit :
Semaines un à trois : nous commençons à parler de l'inceste et de l'abus sexuel en demandant aux participantes de penser à des enfants victimes et à des agresseurs d'un point de vue d'adultes.
Semaines quatre à huit : on invite chaque femme à raconter son histoire. Nous jugeons que ce récit est important car beaucoup de femmes du groupe n'ont jamais raconté leur histoire à haute voix ou n'ont peut-être pas été crues.
Semaine neuf : nous demandons aux femmes de réfléchir aux facteurs qui les empêchent d'aller de l'avant et de se préparer à la semaine suivante, où se tiendra une «séancemarathon» de quatre heures.
Semaine dix : il s'agit d'une séance de transition qui dure quatre heures, durant laquelle les femmes peuvent faire part de leurs objectifs et rassembler leur courage afin de surmonter les sentiments et les obstacles qui les empêchent de progresser dans leur vie.
Semaines onze à dix-neuf : nous abordons les problèmes soulevés dans les récits des femmes. En général, on met l'accent sur les sentiments à l'égard des événements concrets, de soi-même et de l'agresseur(e). C'est aussi le moment de formuler des projets en vue d'amorcer le processus de changement.
Semaine vingt : nous célébrons le cheminement qui a permis aux victimes de devenir des survivantes et félicitons les membres du groupe de leur force et de leur courage.
Après ce bref aperçu, la deuxième intervenante commence à parler du rôle que les personnes présentes à la réunion jouent dans la vie des membres du groupe. Voici comment l'on expose cela :
Certains d'entre vous ne font partie de la vie d'une survivante que depuis peu, d'autres depuis le début. Chacun et chacune d'entre vous est ici pour procurer un sentiment de sécurité à une personne qui vous est très chère, le sentiment qu'avec vous elle pourra trouver une nouvelle façon d'être. Vous pouvez appuyer et réconforter une survivante de nombreuses manières, surtout en cette période difficile :
1) en comprenant ce que vit votre conjointe, amie ou parente au cours de ce programme;
2) en accordant à votre conjointe, amie ou parente du temps et de l'espace pour accomplir cette importante démarche;
3) en ne vous sentant pas menacés par les changements qui s'opèrent chez votre conjointe, amie ou parente; et
4) en vous pardonnant s'il vous est difficile de suivre ces conseils, mais en persévérant.
On lit maintenant quelques trucs utiles tirés de Healing the Incest Wound de Christina Courtois (1988), et on en discute au besoin.
Comment réagir à une révélation d'abus sexuel survenu pendant l'enfance
Les animatrices présentent ensuite leur définition de l'inceste; à partir de mots tirés de l'activité principale de la séance un, elles parlent de ce que les conjointes, amies ou parentes des participants ont vécu en tant que victimes d'inceste. On ne mentionne le nom de personne, mais on donne une idée générale de ce que ressentent les victimes en reprenant les termes qu'elles ont employés pour décrire leurs pensées et leurs sentiments à l'égard de l'inceste. Puis, afin d'orienter la réflexion des personnes présentes vers leur conjointe, amie ou parente, les animatrices terminent leur exposé en discutant des répercussions du programme de vingt semaines sur les membres du groupe. Elles soulignent en particulier que la période actuelle, où chacune raconte son histoire, est particulièrement difficile pour les femmes et qu'elles ont alors besoin de se sentir en sécurité et comprises.
À cette étape-ci, les personnes présentes sont invitées à poser des questions et à émettre des commentaires. On aboutit généralement à un débat sur les difficultés rencontrées par le conjoint, l'ami(e) ou le (la) parent(e) dans leur relation avec la participante; on leur explique comment apporter un meilleur soutien et on les rassure au besoin, s'ils craignent de ne pas savoir comment faire face à l'inceste, e t c . L a discussion dure habituellement 45 minutes.
La séance se termine par un tour de table et, pour présenter l'exercice, l'animatrice demande :
Que ressentez-vous a propos de ce qui s'est passé ici ce soir?
Les animatrices prennent aussi part au tour de table et expriment leurs pensées et leurs sentiments. À la fin de la séance, on remet des documents aux personnes présentes.
Le document distribué à cette séance est un article tiré du T.V. Guide d'avril 1988, écrit par Sally Armstrong. Il s'agit d'un commentaire sur le film L'enfant dans le mur, produit par Shirley Turcotte, Gerry Rogers et Beverly Shaffer.
Document à distribuer à la première séance d'information
Une survivante d'abus sexuel relate son cheminement douloureux vers la guérison et la découverte de soi, par Sally Armstrong.
Il n'existe aucune photo de famille pour attester la perte de l'enfance de Shirley Turcotte. Toutefois, un documentaire introspectif, L'enfant dans le mur, accomplit en soixante minutes ce que n'aurait pu faire une maison remplie d'albums-photos. Ce film raconte une histoire horrible d'abus sexuel qui captive l'attention du public en lui montrant la réalité de l'inceste.
Le film suit S. Turcotte, qui retourne à la ferme près de Winnipeg où elle a enduré quatorze années d'abus, et pose quelques questions fondamentales : Comment une mère a-t-elle pu laisser une telle chose arriver à son enfant? Comment les voisins ont-ils pu ignorer les quatre enfants qui habitaient à côté? À la fin, la caméra filme le retour de Shirley dans la chambre au sous-sol où se produisaient les agressions, de même que le mur à côté du lit - «un lieu plus sûr» (titre anglais du film) - dans lequel Shirley projetait son esprit pendant les agressions de son père. C'est grâce à ce mécanisme de fuite que S. Turcotte pense avoir conservé sa raison. On nous dispense des statistiques et des experts habituels. M` Turcotte et les coproducteurs, Cerry Rogers et Beverly Shaffer (la réalisatrice), pensaient que le public savait déjà à quel point l'inceste est un problème immense, quoique mal compris. Ils ont donc décidé de faire un film du point de vue de celle qui l'a vécu - «le moyen le plus efficace de raconter cette histoire», déclare M` Shaffer.
Selon le style classique documentaire, la caméra enregistre les révélations douloureuses : Wilfred, le frère de Shirley, se rappelle la fois où «Papa a lancé notre petit chien contre le mur et lui a brisé la colonne» et Linda, la soeur, affirme «J'avais cinq ans quand Papa est allé jusqu'au bout avec moi.» Et Shirley ajoute : «il m'a prise et prise jusqu'à ce qu'il ne reste presque plus rien de moi à prendre.»
L'enfant dans le mur ne manquera pas de troubler, fâcher, voire horrifier les téléspectateurs. Le film suscitera la pitié et la rage. Il ne laissera certainement personne indifférent.
En tant qu'adulte survivante d'inceste, Mme Turcotte a écrit son histoire, non pas parce qu'elle envisageait une adaptation cinématographique, mais pour réaliser une prophétie. «À l'âge de neuf ans, explique-t-elle, j'ai été terriblement agressée un jour. J'ai alors préparé une potion de boules d'antimite et d'eau de javel. J'ai porté le verre à mes lèvres, puis j'ai reculé. je me suis dit : "je n'ai pas du tout envie de mourir; je ne veux tout simplement pas vivre comme ça."
«Ce moment a été décisif dans mon existence. je sais que ça paraît mélodramatique, mais, pour moi, cela était tout à fait réel. je suis sortie et je me suis assise dans le champ. Les herbes étaient si hautes que j'avais l'impression qu'elles m'étreignaient comme une mère. Le soleil tapait dur et j'ai versé toutes les larmes de mon corps. Mais en même temps, mes pensées étaient absolument claires : si je devais vivre avec cet abus terrible - mon père était un violeur ritualiste - ce ne serait pas sans raison.
«Il y avait une voix dans ma tête qui disait, "C'est correct, tu es ici pour changer." Je savais que j'étais comme un canal ou un fil conducteur. je n'avais pas l'impression que j'avais du pouvoir, simplement que j'étais un conduit.»
Rédiger son histoire a été pour elle un processus tellement cathartique que «le livre n'avait même pas besoin d'être publié».
Mais, peu après la fin du livre, elle a rencontré Anne Henderson, une productrice du Studio D de FONF (Office national du film). Cette dernière se trouvait à Vancouver, où réside maintenant Mme Turcotte, pour faire un film sur les femmes exerçant des métiers non traditionnels (S. Turcotte occupe un poste de supervision dans un service d'aide en génie aux entreprises, chez B.C. Telephone.) Elle a demandé à la productrice de lire son récit.
Celle-ci a fini par remettre le manuscrit à Gerry Rogers et Kathleen Shannon, producteurs du Studio D, qui ont à leur tour engagé Beverly Shaffer, une réalisatrice «qui serait suffisamment avisée pour faire passer l'histoire de Shirley et utiliser ses talents de mise en scène pour la mettre en valeur.»
«J'ai immédiatement éprouvé de la sympathie pour Shirley, déclare B. Shaffer (qui a remporté un oscar en 1978 pour "l'Il Find a Way"). Voilà une femme qui était sortie entière d'une expérience dont il était impossible de se libérer. J'ai pensé que le film pourrait représenter un processus de guérison.» Étonnamment, il n'a pas été très difficile de convaincre les gens d'être interviewés pour le film. «Ils savaient tous que plus ils aborderaient des sujets personnels, plus le film serait précieux pour celles et ceux qui souffrent d'inceste», déclare M` Shaffer. Une des conditions au tournage du film posées par S. Turcotte était que sa famille le visionnerait d'abord. C'est ce qui s'est produit. C'était la première fois que la famille se trouvait réunie en quatorze ans. De plus, ajoute M` Shaffer, «les membres de ma famille sont aussi venus à toutes les projections publiques et ils ont invité toutes les personnes qu'ils connaissaient. Personne n'avait connu ce côté d'eux. Wilfred (qui a eu plusieurs démêlés avec la justice) a amené son avocat, son agent de libération conditionnelle et tous ses amis.»
Pour la mère de Shirley, les projections ont été des occasions de guérison. «D'habitude, elle se tient de façon à être invisible - courbée, tête baissée, sans contact visuel, raconte M` Shaffer. Les gens venaient la trouver en grand nombre pour lui dire, "Merci d'avoir fait ce film. C'était vraiment courageux de votre part." Son langage corporel s'est modifié. Elle a commencé à redresser la tête.»
Au sujet des spectatrices et spectateurs du film, Mme Turcotte déclare, «j'espère que le film les autorisera à parler.» Son père le regardera-t-il? Elle ne sait pas. «Il a choisi de ne pas participer au film, même si on l'y a invité. Il ne fait pas partie de cette démarche. Il est responsable et comptable de l'abus, mais je suis responsable de mon rétablissement.»
Turcotte espère que le film aidera les milliers de victimes qui le verront à savoir qu'elles ne sont pas seules. Elle travaille auprès de survivant(e)s d'abus sexuels dans un groupe d'entraide qu'elle a créé à Vancouver sous le nom de SEPSA (Support, Education and Prevention of Sexual Abuse in Children soutien, éducation et prévention des abus sexuels à l'égard des enfants) et estime que les conseils qu'elle donne à ses client(e)s s'appliqueraient très bien à la société en général.
«Je leur dis, "Imaginez une pièce pleine de saleté, comme si dix adolescents y avaient vécu pendant dix ans. Il y a de la moisissure au plafond, des ordures partout, une puanteur. Tous vos sens sont agressés. C'est ainsi que la survivante ressent l'abus sexuel. Tous vos sens sont tellement agressés qu'il faut vous détacher." je dis à mes client(e)s de sortir de la pièce. "Après, ouvrez la porte, prenez une chose et réparez-la. Conservez-la aussi longtemps que cela vous convient. Ensuite, mettez-la de côté et retirez une autre chose."
«Notre société, poursuit M` Turcotte, se situe au beau milieu de cette pièce. Pour elle, l'abus sexuel est un sujet brûlant qui la dépasse. Elle ne sait pas qui charger de régler ce problème. La société doit apprendre à prendre une chose à la fois et à se concentrer sur les solutions.»
Nous savons par expérience que les participantes à nos groupes traversent une période très difficile. C'est probablement aussi une période difficile pour vous, qui voyez votre conjointe, amie ou parente en proie à des sentiments pénibles de mise à nu, de souffrance et de désespoir. Nous aimerions vous donner l'occasion de nous dire comment vous vivez ce cheminement.
Le groupe vient de terminer sa quatorzième séance. La dernière fois que vous étiez des nôtres, votre conjointe, amie ou parente se trouvait aux prises avec la douleur de revivre son expérience incestueuse, alors que les participantes racontaient à tour de rôle leur histoire. Maintenant, vous la voyez entreprendre une nouvelle lutte, une démarche qui l'amènera à apporter des changements dans sa vie.
Une des animatrices entame la discussion en posant les questions suivantes au groupe :
1. Quels changements entrevoyez-vous?
2. Qu'est-ce que ces changements signifient pour vous?
Après une discussion d'environ une heure, les animatrices amorcent un tour de table en posant la question d'usage,
«Que ressentez-vous par rapport à ce que nous avons fait ce soir?»
On distribue, à la fin de la séance, un document intitulé «Charte personnelle des droits et libertés».
2. J'ai le droit d'utiliser mon propre jugement.
3. J'ai le droit de dire «non» sans me sentir coupable.
4. J'ai le droit d'être en colère et de l'exprimer d'une façon acceptable.
5. J'ai le droit de commettre des erreurs.
6. J'ai le droit d'être traitée comme un être humain compétent.
7. J'ai le droit de ressentir et d'exprimer de l'amour et de l'affection.
8. J'ai le droit de considérer mes besoins comme aussi importants que ceux des autres.
9. J'ai le droit d'avoir mes propres sentiments.
10. J'ai le droit de demander ce que je veux.
11. J'ai le droit de changer d'idée.
Les animatrices accueillent chaleureusement les ex-participantes, après quoi elles demandent à chacune de prendre quelques minutes pour remplir un questionnaire d'évaluation. La perspective que les ex-participantes ont du groupe évolue souvent avec le temps. Immédiatement après la fin du programme, par exemple, certaines sont affligées de perdre leur havre de sécurité; d'autres ont l'impression d'être abandonnées par les animatrices, tandis que d'autres encore croient que leurs problèmes sont entièrement résolus. Souvent, le passage du temps modifie certains de ces sentiments et opinions; en remplissant ce questionnaire, les femmes ont l'occasion de réfléchir aux changements et aux différences, tant positifs que négatifs, qui sont survenus depuis que la thérapie a pris fin.
Une fois que les participantes ont rempli le questionnaire d'évaluation, on amorce une discussion informelle qui se poursuit durant le reste de la séance. On tâche de donner à cette soirée l'allure d'une rencontre amicale en mettant du thé, du café et d'autres rafraîchissements à la disposition des participantes, et en ne suivant pas de plan préétabli. Cette séance dure habituellement environ une heure et demie.
On peut trouver à la page 179 un exemple d e questionnaire d'évaluation à faire remplir par les participantes après six mois.
2. Avez-vous eu des rechutes?
3. Quels changements les membres de votre famille ou vos amis ont-ils remarqués chez vous?
4. Depuis le début du programme, avez-vous remarqué des changements dans d'autres aspects de votre vie (ex. : dans l'éducation de vos enfants, dans votre vie amoureuse, en amitié, dans vos prises de décision, au niveau de la confiance en soi)?
5. Quels sont les points qui vous causent le plus de difficultés ou que vous travaillez actuellement?
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