Harmonium
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De gauche à droite : Louis Valois, Serge Fiori, Michel Normandeau

Harmonium... Quoi!? Harmonium? Un groupe de rock progressif? Le Québec, avec l'Italie, a toujours été un des épicentres du rock progressif, et les groupes et artistes moins connus ont toujours pu profiter de la faveur du public québécois; il est donc très peu difficile pour moi de comprendre comment un groupe comme Harmonium a pu être un tel succès. Je n'ai absolument aucune difficulté à dire ceci: Harmonium est musicalement ce que le Québec a fait de meilleur.

Si vous n'êtes pas Québécois, alors il se peut fortement que vous n'ayez jamais entendu parler du groupe. Cela est très malheureux. Avec ses deux derniers albums, Harmonium aurait pu facilement conquérir une partie de l'Europe... Si seulement il n'était pas arrivé sur le tard. En effet, un groupe progressif qui commence à être populaire en 1974-1975 peut très bien marquer profondément l'histoire du Québec, mais il est un peu trop tard pour s'exporter... Bien d'autres groupes ont fait des choses similaires avant (mais détrompez-vous, Harmonium ne copie aucun de ces artistes). Sachez que l'ensemble a eu ses premiers balbutiements vers 1972. Michel Normandeau vivait alors avec Claude Meunier (qui deviendrait plus tard un humoriste et artiste québécois de renom), celui-ci demanda à Michel de composer la musique pour une de ses pièces de théatre. Michel, ayant entendu parler de Serge Fiori, l'invita pour le projet, mais le tout se termina en queue de poisson, et Claude Meunier quitta les lieux. Michel Normandeau demanda à Serge Fiori de vivre dans son appartement, et c'est ainsi qu'ils commencèrent à composer ensemble. En fait, ils écrirent en anglais en premier! (ce qui, à mon avis, représente une autre preuve de leurs influences musicales... le progressif bien british) Ils allèrent porter les maquettes à un gérant, Yves Ladouceur, qui leur proposa d'écrire en Français à la place. Bonne décision! L'importance de cette décision dans l'histoire du groupe (et de la province!) est capitale. Tout de suite, le groupe s'éloigne de la "simple copie" du mouvement progressif (Le fait de tenter d'être plus comme les groupes Anglais aura probablement nuit à des groupes québécois comme Morse Code...). En 1973, ils rencontrent Louis Valois (sur le point de devenir un opticien!) qui allait devenir leur bassiste. C'est ce trio qui composa le premier album éponyme. Très subtiles sont les influences progressives sur cet album. En fait, Harmonium est définitivement un disque folk québécois (non non non! On ne parle pas de stéréotype ici! Personne en chemise à carreaux (ou presque...) qui danse sur harmonica, tapement de pied et histoire d'exorcisme et de "démon du bûcheron" ! On parle plus de guitare accoustique). Cet album donnera au Québec deux de ses plus grands classiques : Pour un Instant et Un Musicien Parmi Tant D'Autres. Je dis bien "CLASSIQUE" ici, classique dans le sens où tout le monde, je dis bien TOUT LE MONDE, connaît ces chansons dans la province. C'est alors que le groupe se lance dans les projets plus "prog". Si On Avait Besoin d'une Cinquième Saison (1975) est un album concept, signé Serge Fiori, lyriciste du groupe, qui raconte comment "Montréal" se fait violer par "l'hiver"... Un album sans batterie qui est définitivement le classique d'Harmonium. Ensuite L'Heptade (1977) étant hors de portée de la plupart des fans, connaîtra moins de succès, mais est d'une qualité phénoménale. C'est un album concept encore, mais cet fois c'est un album double (qui souffre des problèmes des albums doubles, mais d'une façon TRÈS minime). Le concept suggère sept niveaux de conscience de n'importe qui. C'est après cet album que le groupe se brisera, une décision qu'ils justifient bien en disant qu'ils ne pourraient pas atteindre un niveau aussi haut encore une fois. De plus, le climat musical de la fin des années 70 ne leur donnerait pas de cadeaux s'ils continuaient, cela est clair. Tous ont continué dans le domaine musical et, notamment, Serge Fiori lancera 200 Nuits à l'Heure dans un méga-groupe en duo avec une autre star québécoise, Richard Séguin (ce devait être un album trio avec Michel Rivard aussi!). Cet album a aussi une saveure très Harmonium ... à écouter!

Comme je l'ai déjà répété plusieurs fois, Harmonium n'est pas un simple rock progressif stéréotype copié du mouvement anglais (d'Angleterre!). Beaucoup plus doux que la moyenne, Harmonium a toujours tenu à garder un son paisible, et lorsque les moments puissants arrivent (et il y en a!), ce n'est pas avec l'aide d'un solo de guitare ou d'un changement de tempo incompréhensible qu'ils le créent. Serge Fiori est un chanteur formidable, et un compositeur émouvant qui sait donner à des mots qui, même si difficiles d'approche, donnent des frissons; seulement par la structure des textes, le tout prend son sens. Sa voix transperse littéralement, notamment sur L'Heptade. Le côté folk d'Harmonium ne l'aura jamais quitté, et c'est ce qui a fait, selon moi, que le groupe ait été si populaire. La compléxité profonde de Serge Fiori aura toujours été balancée par la douceur de la guitare et des mélodies vocales, sans enlevé au tout sa valeur artistique et impénétrable en surface.

Je suis toujours un peu frustré de voir à quel point Harmonium est méconnu par le public progressif. Pourtant, pleins de groupes italiens (PFM), allemands, et cetera, ont la faveur de ce public. Ouvrez vos oreilles et débouchez vos yeux! Maintenant, en 2003, Harmonium est toujours populaire, même chez les jeunes, qui ne savent pas de quoi je parle lorsque je dis "rock progressif" (insérez ici un grincement de dents de ma part). Aujourd'hui, Harmonium est un mythe, un vrai mythe d'une ampleur difficile à cerner et comprendre. Le son du groupe est enranciné dans cette époque incertaine de l'histoire tumultueuse du Québec. Ce sont habituellement les mêmes gens qui chantaient Harmonium et qui voyaient le monde d'une façon idéaliste à la fin des années 70 qui ont agité leurs drapeaux bleu et blanc à fleur de lys en 1980. Harmonium, PLUS ou moins malgré eux, sont devenus un symbole pour l'indépendance du Québec. Pourtant, Harmonium a aussi eu du succès dans le Canada anglais... (pour les étrangers; le Québec, depuis trente ans, est au prise avec une crise qui divise et rassemble sans arrêt le peuple; devons-nous nous séparer du Canada!? Idéologiquent, historiquement, logiquement, culturellement, oui? Économiquement, militairement, "constructivement", et encore logiquement, non? Deux référendums ont donné les résultats suivants: 1980, 60% NON, 40% OUI... 1995, 51% NON, 49% OUI (en fait, c'était plus comme 50,5% NON 49,5% OUI), tirez-en vos conclusions... Peut-être que de loin, ce ne semble pas être une si grande question, mais le tout est définitivement un grand débat aux dimensions épiques ici, divisant familles et régions! Si vous voulez mon avis, bien que cela ne s'applique pas dans 100% des cas, ce débat semble être un débat entre idéalistes et réalistes (je vous laisse décider de qui est quoi). Aussi, ce même débat, à plus petite échelle, survient à l'intérieur de chacun de nous à cause de l'époque dans laquelle nous vivons, et peut-être est-ce pour cela que la question est si épineuse. C'est ici que ce termine cette petite historique).

Je n'aime pas le patriotisme, ni l'excès d'amour pour le concept d'un pays, qui n'est qu'une forme sur la Terre, délimitée par des lignes imaginaires qui divisent des gens qui sont tous biologiquement pareilles, mais quand j'écoute Harmonium, je suis triste en pensant à l'époque où les gens d'ici semblaient ne pas se foutre de tout, où les gens d'ici semblaient encore avoir un sens critique, où les gens d'ici regardaient le ciel et non pas le trottoir en ciment, où les gens d'ici n'étaient pas, en si grande proportion, des Américains qui parlent le Fraçais, où le Québec était encore plus unique qu'il ne l'est aujourd'hui. Comme le disent si bien les Cowboys Fringants: "Si c'est ça l'Québec d'astheure, moi j'mets mon drapeau en berne"... Je suis nostalgique d'une époque que je n'ai jamais vécu. Mais comme le disait aussi un auteur-compositeur européen que je ne veux pas nommer par peur de me tromper : "La nostalgie, c'est le bonheur d'être triste".

Simon L. 28 juin 2003

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1975
Si On Avait Besoin d'une Cinquième Saison

Note: 10

1) Vert 2) Dixie 3) Depuis l'Automne 4) En Pleine Face 5) Histoires Sans Paroles

"La Cinquième Saison", comme nous appelons souvent l'album ici, est l'album qui représente le mieux les deux côtés d'Harmonium. La pochette que vous voyez dans le coin droit ci-haut, et son contenu, sont d'une importance et d'une qualité colossale.
Meilleure pièce: Depuis l'Automne

Si c't'un rêve réveille-moi donc, ça va être notre tour ça sera pas long, reste par icitte parce que ça s'en vient

De Depuis L'Automne

Le Québec a toujours été en retard musicalement. La plupart des innovations musicales tombent dans les oreilles des créateurs québécois au moins cinq années en retard. Dans les années 70, c'était le prix à payer pour être un pays francophone avec si peu d'habitants dans une mer d'anglophones (mais de nos jours, il n'y a aucune raisons qui puissent justifier l'existence de "rockers" dépassés comme Éric Lapointe et les stupidités aussi dépassés de "Star Académie", c'est exploiter et entretenir l'ignorance des gens). Je voulais seulement démontrer que, même si La Cinquième Saison est paru en 1975, la vraie année à laquelle cet album appartient est probablement plus 1971 ou 1972, du moins, son originalité frappait autant les gens que si nous avions été en 1971 ici. Un autre fait très important; si vous regardez la liste des artistes ayant participé à cet album, vous remarquerez qu'il n'y a aucun percussionniste. Il n'y a, en effet, aucun "boom" sur La Cinquième Saison. Qu'est-ce alors? Un album folk trop doux pour vous intéresser? Non non non! Le rythme y est croyez moi, et réussir à me faire oublier l'absence de batterie est un grand exploit. Sans la batterie, Harmonium peut difficilement utiliser les changements de rythmes 4/4 à 7/4 pour démontrer sa façade progressive, mais le groupe réussi quand même à créer des murs sonores qui transportent de façon subtilement énergique.

Si On Avait Besoin d'une Cinquième Saison est un album concept. Les 5 pièces représentent les cinq saisons. Le personnage vivant les événements est "Montréal". Étrange de choisir le nom d'une ville pour nom de personnage. Peut-être que Serge Fiori voulait simplement créer l'histoire dramatique de la vie sombre et cyclique d'une jeune femme, mais en même temps faire un parallèle avec la vie de la ville de Montréal: elle a dormit avec de vieux vêtements qui ne lui appartenaient même pas, Montréal se sentait mal dans sa peau, Montréal avait une cicatrice au visage (que l'hiver lui a faite). Ces événements sont décrits dans Vert, la première chanson sur l'album, qui représente le printemps. Le printemps s'est lentement glissé dans son lit pendant qu'elle dormait, et en se réveillant, elle vit le printemps danser à ses pieds. Elle voulut l'imiter pour montrer qu'elle tenait encore sur ses jambes, et "l'imitation était saine"... Vert est douce, l'introduction est de flûte, la guitare et la basse simple laisse la voix de Fiori couler sur les paroles. Les harmonies de voix sont primordiales ici. On entend quelques balbutiements de claviers, pour la première fois. Il y a une section rythmique à la guitare au milieu mettant en vedette la clarinette (ou le saxophone?... non la clarinette!). Vert prend tranquilement un élan, pour revenir à la fin sur la mélodie de départ. C'est ensuite que l'été apporte pleins de bonnes choses pour Montréal, à boire et manger. Dixie, est définitivement le moment le plus folk de l'album. Très court morceau de guitare joyeuse avec un piano qui s'amuse seul à la manière d'un piano du far west, étrange lorsque le piano donne quelque coup coupés secs, mais en fait, c'est la guitare qui domine le morceau. "Dis moi c'est quoi ta toune, qui m'revient dans les oreilles toultemps!". La guitare est vraiment impressionnante ici. L'été rappelle à Montréal que c'est la fête de ses ancêtres (dois-je souligner que la St-Jean Baptiste, fête nationale du Québec, est le 24 juin). Montréal invite pleins de gens à une fête chez elle, dans le tumulte de la fête et de la chaleur, tous les hommes la voulaient, et l'été l'abandonna en pleurant. C'est ainsi que l'automne entra par derrière, éteignant les lumières, pour violer Montréal. Le début synthétisé de Depuis L'Automne rappelle un vent, comme celui qui entre dans la maison par un carreau laissé ouvert pendant une des premières nuits fraîches de l'automne. Montréal étaient trop saoûles pour se rendre compte de ce qui se passait (l'alcool... les Québécois connaissent...). Cette pièce est probablement ma préférée du groupe, en compétition serrée avec une ou deux pièces de L'Heptade. "On voulait chanter dans la rue pour être moins perdus, pis c'est la rue qu'on a perdue". La guitare et le piano créent encore des moments doux suivis de douces envolées, et la voix perçante de Serge Fiori raconte cette histoire bouleversante avec émotion. S'en suit la ligne "depuis que j'sais qu'ma terre est à moi, l'autre y'est en calvaire. Eh! Calvaire, on va s'enterrer" (ma terre est à moi? L'autre est en calvaire? (être en calvaire veut dire, être frustré, fâché), de quoi parle-t-on ici? Hmm, je ne sais pas vraiment, en fait... Parle-t-il du Québec ici? Sa terre? Qui serait donc "en calvaire"? Hmmmm... les autres?...) Tout de suite après ces paroles, le mellotron entre finalement, doucement, crée cette atmosphère froide mais douillette en même temps, la flûte aidant à cet effet, et la guitare danse dans le vent. C'est un long passage musical meilleur que des pertes de temps à la Yes. Tranquilement, Fiori et compagnie commencent à chanter des harmonies ensemble sur un coda de guitare qui prend de plus en plus de force, petit moment intriguant de mellotron, et le rythme revient tout de suite, cette fois-ci, de façon forte et assurée, et Fiori chante les parole classiques écrites au début de cet article, et il semble plein d'espoir : "Si c't'un rêve réveille-moi donc, ça va être notre tour ça s'ra pas long, reste par icitte parce que ça s'en vient!", je ne sais pas si j'ai tord en disant cela, mais cette ligne semble être un cri pour l'indépendance (ça s'ra pas long? Reste par icitte parce que ça s'en vient? Réveille moi si ce n'est qu'un rêve?)... Le mellotron reprend et termine rapidement comme pour intriguer. C'est alors qu'on marqua Montréal au visage avec un fond de bouteille cassé, et on la glissa dans de vieux vêtements. Dans En Pleine Face, Montréal souffrait, et sombra dans un coma. Elle divaguait, l'hiver s'était emparée d'elle. Elle ne pouvait pas se réveiller, on ne savait plus comment la rejoindre, elle et sa chaleur "Comme une vieille dame qui n'a plus de charme, je viens vers toi. Où es-tu? J'en peux plus, je ne t'entends plus..." En Pleine Face est encore là, un beau moment de guitare doux, accompagné par ce qui semble être un accordéon et un étrange sifflement de syntétiseur (qui ne sonne pas plastique du tout), mais on n'oublie jamais le piano. C'est dans ce coma que Montréal s'invente une cinquième saison, où elle pourrait toujours vivre paisiblement, sans toujours retourner dans un cycle traître et noir. Encore là, je trouve cette idée attachée à la cause nationale (une cinquième saison, un nouveau temps, sans toujours revenir en arrière?...) Histoires Sans Paroles est 17 minutes de belle musique et de codas (répétitions de moments musicaux) à enlever les mots de la bouche. Le folk-prog à son meilleur. Flûtes, pianos, guitares, harmonies, et la superbe voix luxuriante de Judy Richards accompagnée d'un merveilleux piano aux accords en mineur; un moment qui dépasse de loin tout ce que pleins de groupes progressifs ont pu créer. Suit le son de la mer sur mellotron, difficile de tout résumé, lorsqu'il n'y a que musique flottante mais structurée. Mais comme la cinquième saison n'est encore qu'une fabulation de l'esprit, le cycle recommence, et pendant que Montréal dormait, le printemps se glissa lentement dans son lit...

Qu'est-ce que tout cela représente? Le printemps est-t-il un traître finalement? Plus ou moins... Il nous entraîne devant le miroir pour nous montrer ce que l'hiver nous a fait, mais il danse si bien qu'une lueur d'espoir se pointe. L'espoir semble prendre forme lorsque nous nous rassemblons pour fêter le début de l'été et célébrer l'histoire, tout est chaud et beau, mais rapidement l'automne arrive, comme il le fait si rapidement au Québec. Encore une fois, nous sommes frustrés, et balafrés par l'automne, et la situation nous entourant. C'est alors que nous sombrons dans un espèce de coma, où, blessés, nous ne faisons rien, pris dans la glace, et c'est alors que nous avons le temps de se créer notre beau monde, jusqu'à ce que le printemps revienne... Quand le printemps cessera de nous sortir de ce monde?

La pochette colorée de Si On Avait Besoin d'une Cinquième Saison est très connue ici. Les membres du groupe se trouvent dans la cinquième saison, et elle semble bien attrayante. Le tout est un album coloré, riche et de constance exemplaire, qui aurait été un pilier de l'histoire musicale si le Québec n'avait pas été en retard musicalement. Mais, même si Harmonium n'a pas pu prouver son talent au public progressif qui l'aurait sûrement accepté et acclamé si le tout était arrivé au bon moment, l'ensemble a quand même marqué, avec cet album, l'histoire d'un pays, et cet acte a une valeur incommensurable.

Simon L. 29 juin 2003

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Vos commentaires;

Mike G., 25 novembre 2005
Merci pour le site de Harmonium.
Les Cinq Saisons?
Simply...my favourite, most played album ever!
Mike G.(en Japon)

 

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