ROBERT JANSSENS
ou LA RAGE D'ÉCRIRE
Son 5ème roman est
en passe d'être publié, mais le parcours de Robert Janssens
est loin d'être typique pour un auteur de polars du troisième
millénaire.
Possédé par
la rage d'écrire il édite ses polars, les vend (les
trois premiers titres qui furent ainsi autodistribués sont épuisés)...
et écrit encore et toujours.
De l'autoédition au
porte-à-porte pour vendre ses bouquins, en passant par le "service
de presse" qu'il organise seul, et avec succès, Janssens a tout
fait lui-même.
Il est sans doute, par son
style et ses récits, un des derniers représentants de ce
qu'on pourrait appeler les "auteurs instinctifs" du courant populaire de
la littérature policière.
Mais au-delà du clin
d'oeil et de l'humour agressif, les derniers romans de Robert Janssens
font souvent penser à un Léo Malet qui écrirait ses
bouquins en n'étant déjà plus Frank Harding
ni tout a fait Léo Latimer.
Rien dans la vie de Robert
Janssens ne prédestinait ce belge obstiné au statut
de romancier. Son itinéraire très particulier est éclairé
par les détails qu'il a bien voulu me confier en répondant
à mes questions lors de notre entretien, en mai 2002.
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EB
Comment avez-vous décidé d'écrire
des romans policiers?
Robert Janssens
En 1991, j'étais sans boulot, et me connaissant cela aurait
pu se terminer par des picolages sans fin dans les bistros des environs.
J'ai toujours aimé écrire des lettres, des petits
récits... j'aimais bien ça. Voilà, je me suis lancé...
Vu mon passé, rien ne m'avait préparé à
ce genre d'expérience. Mais c'était ça : écrire
ou picoler!
J'ai toujours lu tout ce qui me tombait sous la main et ça
m'a servi lorsque j'ai décidé d'écrire un roman. D'ailleurs,
quand j'étais jeune, à la maison, y avait pas de télé...
donc je lisais...
EB
D'après ce que je sais, vous avez édité
vous-même, et vendu vous-même, le tirage de votre premier roman
Opération Négro?
RJ
Oui, c'est bien exact! Et aussi les deux suivants!
Quand j'ai eu fini décrire le premier, j'ai fait moi-même
un tirage de deux-cents exemplaires à la photocopieuse... et j'ai
commencé à les vendre. Ca m'occupait. Chance, un éditeur
de Charleroi tombe sur un exemplaire en 1992, trouve ça bien et
en fait un tirage, un vrai livre, pour le distribuer à ses clients...
genre de cadeau promotionnel. Il n'a pas voulu corriger les fautes d'orthographe
(et il y en avait!! **) ni rien..
Mais après ça j'ai vendu moi-même ce qui restait, directement
aux gens, dans les bistros, puis à quelques librairies qui ont bien
voulu en prendre.
Au bout d'un an on en a vendu 3000...
Les deux suivants ont été produits avec l'aide
d'un imprimeur de Nivelles, Hinaux, décidé à m'aider.
Pour le deuxième roman: Le cadavre de Nivelles valait 100 briques,
j'en vends une première caisse de 60, ce qui me permet de donner
une avance à l'imprimeur et ainsi de suite. J'ai carrément
fait le tour des libraires de Belgique pour écouler le tirage complet.
Ca se vendait même sur la côte belge... Même la FNAC
m'en prenait... c'était bien.
Le troisième : Menapian Connection (1995), a suivi
le même traitement et genre de distribution. Ce qui ne m'a pas valu
que des amis dans le monde du livre "en gros"... (rire)
EB
Et la presse? Je suis impressionné
de voir le nombre d'articles (et non pas d'entrefilets) qui furent publiés
dans la presse quotidienne belge à propos de la sortie de vos divers
romans... Sans parler d'hebdomadaires tels "Vif-L'Express" etc...
RJ
J'ai dû évidemment faire les démarches moi-même...
J'allais voir les rédactions... on se demandait d'où je sortais...
Mais finalement beaucoup ont accepté de parler de mes livres.
Et puis il y a eu des passages à la TV...
EB
En effet, j'ai vu l'enregistrement de l'excellente
émission de la RTBF (ndlr: chaîne TV publique belge francophone)
consacrée aux écrivains belges de polars, avec de multiples
interviews et à laquelle participait d'ailleurs Patrick Raynal...
en 1996.
RJ
Oui, c'était bien... Il y avait aussi Pascale Fonteneau que
je connais ... et Mayence. Pas facile pour Bruce Mayence. Il était
ouvrier boulanger à Ostende quand il a débuté... Il
a vraiment eu une vie difficile...
EB
Vous n'aviez jamais publié quoi que
ce soit avant ces trois romans?
RJ
Tu rigoles! Moi je n'ai pas été à l'école
longtemps... ça me plaisait pas beaucoup d'ailleurs. Mais j'aimais
bien les rédactions... mais maintenant les sujets imposés
ça me va pas, j'ai essayé pour quelques nouvelles, c'est
pas une réussite.
Bon, après l'école (j'en sors à 14 ans, en
1962) il faut bien turbiner, mais qu'est-ce que je peux faire: encoller
des godasses, aide dans la construction de bâtiments... rien qui
ne m'attire vraiment. Après ces expériences, à 15
ans, je m'engage dans la marine marchande... mousse, puis marin et puis
d' autres fonctions à bord. Ca, ça me plaisait. A part quelques
arrêts, c'est ce que j'ai fait jusqu'en 1982. J'ai toujours été
reconnaissant à mon père, qui était d'Ostende,
de m'avoir autorisé à faire ce métier... mais j'ai
arrêté quand ma femme allait mettre au monde notre troisième
enfant. Pour une fois je voulais être là lorsque l'enfant
naîtrait.
Bon, pendant que je naviguais j'ai aussi dû arrêter
pour faire mon service militaire.. 15 mois... Au centre de sélection,
l'officier me conseille de m'adresser à son collègue me disant
que je convenais mieux pour ce que l'autre cherchait... c'étaient
les paras! Mais j'étais jeune, on se laisse facilement influencer...
donc les paras pendant 15 mois.
Après 1982, ce sont des petits boulots. Gardien de sécurié
aussi... finalement le chômage, mais moi je considère que
mon métier c'est marin...
En fait, j'ai habité Nivelles depuis 1960, d'abord avec mes
parents, et depuis quelques années je me suis établi à
Ostende (ndlr: ville côtière du nord de la Belgique)
EB
Lorsque vous écrivez vos premiers romans,
ils sont policiers, racontent des histoires qui bougent beaucoup, le tout
dans un langage très familier vraiment tiré du journalier.
Comment et sur quoi basez-vous vos récits?
RJ
J'ai toujours eu beaucoup d'imagination... depuis que j'étais
jeune, mais encore maintenant. Je suis donc un excellent menteur! (rires)
Mais parfois je m'inspire de ce que je vois, ce qu'on me raconte,
des petits faits divers, mes expériences passées avec les
flics... des trucs dan ce genre.
J'aurais pu évidemment commencer par des récits tirés
de mes voyages de marin... Bahia et Rio (au Brésil) dans les années
60/70... Shangai en 1980... L'Afrique... j'ai même été
flanqué en prison à Matadi (ndlr: Congo- ex Zaire), c'était
pas comme les prisons belges, croyez-moi!... Le Brésil de ces années
c'était quelque chose: vivant, accueillant! Shangai, un autre monde...
des vélos, pas de bistros, tout était contrôlé...
Mais je crois que sous l'influence de ce que je lisais, je préférais
le policier...
EB
Et quels sont les auteurs que vous aimiez?
RJ
Il y en a pas mal... des gens comme Frédéric
Dard, évidemment. Les San-Antonio, mais aussi les romans qu'il écrivait
sous son nom, tous très différents, parfois plus pessimistes...
Peter Cheney... Hemingway...
EB
Léo Malet?
RJ
Non, jamais lu.
EB
Vous connaissez quand même les feuilletons
TV basés sur la série de Nestor Burma? Même si la plupart
ne sont pas vraiment à la hauteur des romans...
RJ
Non, même pas... Mais moi la TV c'est pas vraiment mon truc...
EB
En ce qui vous concerne, il y a donc eu un
quatrième roman: "Patula, dans les tentacules de la pieuvre". C'est
donc avec le même personnage, Rob Patula, détective privé,
qui apparut dans "Menapian Connection"... (pourvoir
nos commentaires sur ce roman-
cliquez)
RJ
C'est ça. Je continue d'ailleurs avec ce même détective
dans mes livres suivants... C'est un personnage que j'aime bien... Ses
aventures m'intéressent et je les vis en les écrivant.
Mais "...la pieuvre" a été publié par un éditeur:
EDIFIE L.L.N. Donc je m'en suis moins occupé dès que le livre
a été imprimé...
J'apparais aussi dans un bouquin où je me demande ce que
je fiche à côté de gens comme Marcel Moreau, Werner
Lambersy.. et tous les autres
EB
Il s'agit de votre nouvelle "Cauchemar" publiée
dans le recueil "Succès Damnés" publié aux Éditons
Luce Wilquin, et pour lequel Bruce Mayence avait demandé à
des auteurs de littérature conventionnelle de lui fournir
des textes policiers...?
RJ
Oui c'est bien ça... que des grosses pointures... Et moi...!
ça m'a vraiment scié: ... moi, au milieu de ces types connus.
EB
Oui, mais assez perdus... On sent que bon
nombre d'entre eux ne savent pas bien que faire pour ce genre de nouvelles...
Pas tous évidemment, mais c'est parfois décevant..
Par contre, votre nouvelle tient très
bien la route.
RJ
Merci!
EB
Et, à l'heure actuelle, vous préparez
un autre roman?
RJ
Je viens de terminer Rififi au pays des olives, mais il n'est
pas encore édité. Celui-là se passe en Tunisie, pays
que je connais un peu...
Pour le moment j'écris le suivant. Il n'est pas fini et je
n'ai pas encore de titre.
J'ai aussi écrit quelques nouvelles. Celles-là je
les distribue moi-même, en petite nombre.
EB
Et par la suite?
RJ
Depuis 1992 j'écris... c'est devenu ma principale occupation.
Et je continue, je n'ai pas envie d'arrêter. Tant que ce sera possible,
j'écrirai...
EB
Nous vous souhaitons une très bonne
continuation!
Merci Robert Janssens.
Interview réalisée par E.BORGERS
.
mai 2002.
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Robert Janssens
(photo:E.Borgers)
Bibliographie
-
Opération Négro,
Nivelles, autoédition, 1991
-
Le cadavre de Nivelles
valait 100 briques, Nivelles,autoédition, 1993
-
Menapian Connection,
Nivelles,autoédition, 1995
-
Patula, dans les tentacules de
la pieuvre- Bruxelles, EDIFIE L.L.N., 1998
-
Rififi au pays des olives,
à paraître (2002)
nouvelle
-Cauchemar, in Succès
Damnés, Coll: Noir pastel, Belgique, Luce Wilquin, 1997
(**)Les
personnages, situations, syntaxe, grammaire et orthographe sont purement
fictifs et engagent uniquement l'auteur qui en revendique la paternité
-
avertissement imprimé dans
"Opération Négro"
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