Je suis un sournois
(Sweet Cheat - 1960)
Peter Duncan
CN 357 - Gallimard - 1980
(réédition de
SN 578- 1960)
Buck Peters, chef de la police de Greenhill,
petite ville du Tennessee, a grand mal à éloigner ses concitoyens
des tentations perverses qui mettent en péril leur étiquette
de bons chrétiens. Et pourtant il s'y emploie, Buck, tout en douceur,
tout en persuasion et en sachant rester à sa place dans l'échelle
sociale bien établie de la petite ville.
Fort occupé par ses charges de marguillier
(= administrateur des biens d'une paroisse) au temple et de justicier
à la ville, voilà qu'une tuile supplémentaire lui
tombe dessus: Rita, la trop belle et riche veuve, allumeuse encore jeune,
courtisée et poursuivie des assauts de tout ce qui porte un pantalon
à Greenhill, vient d'être trouvée morte chez elle,
tuée d'une balle de .38.
Ce qui met aux rangs des suspects plus de
500 femmes mariées et au moins 40% de la population mâle de
la ville!
Mais la chance va sourire à Buck.
Lui et son adjoint pourront désormais
exiger une conduite parfaite et un respect sans borne de tous ceux qui
dans la ville les traitaient comme des ploucs: Buck a retrouvé le
journal intime de Rita!
Il va donc s'appliquer à apporter la
rédemption chez ces saôulards libidineux de citoyens de Greenhill.
D'autant qu'il voit dans le meurtre de Rita une possibilité d'envoyer
le directeur des services de police, Kip Benton, ennemi personnel de Buck,
à la chaise électrique.
Mais, attention: en douceur, en suggérant
et sans jamais forcer.
De la belle ouvrage! Celle d'un spécialiste...
d'un sournois.
Roman réjouissant, écrit sur
un ton faussement naïf, qui étrille allègrement la mentalité
hypocrite et bigote de l'Amérique profonde. Celle qu'on retrouve
dans la "Bible-belt" du Middle West... ou n'importe où ailleurs,
dans cette nation de fondamentalistes protestants issus du puritanisme.
Humour grinçant et cynisme de bon aloi
font de ce récit la mare aux canards dans laquelle se noient
les grenouilles de bénitiers. Et leurs démons.
Petit bijou du deuxième rayon du roman
noir. A lire!
Note:
Certains ont comparé le bouquin de Peter
Duncan à "1275 âmes", chef d'oeuvre de Jim Thompson, en considérant
'Je suis un sournois' comme une version rigolatoire de données identiques.
Cependant, en regardant les dates, le livre de Thompson a été
publié aux USA 4 ans après celui de Peter Duncan, donc s'il
y a influence ....c'est dans l'autre sens!!
Mais, qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne
veux pas: "1275 âmes", farce métaphysique et désespérée,
reste un chef d'oeuvre du roman noir. Influence ou pas.
EB (jan 2002)
(c) Copyright 2002 E.Borgers
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