La confession
(The Confession - 2004)
Domenic Stansberry
Hard Case Crime n°3 - J'ai Lu n°8386 - 2007
Ce roman de Domenic Stansberry est plus que certainement,
par ses nombreuses qualités, un des fleurons de la brève série des publications
parues sous le label « Hard Case
Crime » chez J’ai Lu, en France. Ce roman, un inédit en français, avait
d’ailleurs reçu un prestigieux « Edgard » lorsqu’il sortit en
2004 aux USA dans la collection américaine du même nom.
Avec une écriture soignée
d’une grande fluidité, véhiculant une réelle sensualité qui sourde dans
les évocations les plus diverses, on assiste au récit que nous fait Jake Dancer
des années qu’il a vécues dans le Marin County, au Nord de San Francisco. Le
passé évoqué n’est pas si éloigné, il avait 37 ans, et il nous donne les
détails de sa vie de rêve d’alors, où les seules taches de noirceur sont
fournies par les déclarations des
criminels qu’il devait jauger psychologiquement pour les tribunaux. Car Jake
Dancer était expert en psycho-psychiatrie, marié à une femme très belle et très
riche, poursuivait sa vie sans grands problèmes. Il va tout nous raconter…
C’était il y a dix ans…
Avec son physique de gigolo il lui est facile de s’attirer les
bonnes grâces des femmes qu’il côtoie. Quel que soit leur âge. Et il ne s’en
prive pas beaucoup, tout en restant prudent, car il vous le répète, il aime
cette vie luxueuse et calme, sa femme, sa grande maison, ses costumes d’alpaga,
sa voiture… Jusqu’au basculement, lorsque Sara, sa jeune maitresse, est retrouvée
étranglée alors qu’il avait décidé de rompre avec celle-ci pour protéger son
univers.
Ayant l’habitude des avocats, du monde judicaire et de leurs
routines, il est persuadé qu’il peut s’en tirer sans dommages, malgré les
indices qui l’accusent. Pas comme ce malheureux bougre qu’il avait dû examiner peu
de temps auparavant, et qui pour un meurtre semblable venait d’être condamné à
la peine de mort. Pas de chance, l’avocat
du pauvre bougre qui se clamait innocent n’avait pas choisi la bonne procédure,
et pas de chance encore, au procès lui, Dancer, avait été lamentable, tout comme
l’autre expert.
Manipulateur, charmeur, retors, secret, Jake Dancer doit se
rendre à l’évidence : ce ne sera pas aussi facile que prévu la police
l’accuse pour le meurtre de sa maitresse, et c’est un procureur qui ne peut le
sentir qui se charge de l’enquête et du procès. Pire, ça se complique à
l’extrême car sa femme veut la séparation immédiate. Le divorce pour lui n’est
pas envisageable, et il va s’employer à réparer les dégâts. A n’importe quel
prix.
Tout peut s’expliquer. Toujours. Et Dancer n’est jamais à
court d’explications…
Splendide roman qui nous promène dans un lacis d’intrigues
tronquées racontées par Jake Dancer sur un ton détaché, un personnage dont la
froideur apparente ne fait que renforcer ses mensonges à la chaîne, son
amoralité flagrante et son égocentrisme délirant.
Noir, prenant, insidieux, La confession nous
happe dans les confidences du personnage central qui manie froideur et
sensualité pour mieux nous faire sombrer dans les marécages de sa personnalité
sulfureuse.
S’il y a du James Cain dans certains aspects du roman, la
réussite de celui-ci est avant tout liée au point de vue adopté par Domenic
Sransberry dans ce livre où il nous fait voyager avec art dans des territoires
peu explorés par la fiction policière noire. On y ajoutera une réelle qualité
d’écriture présente tout au long du récit, et on comprendra pourquoi on peut
estimer que l’auteur qui nous livre ici ce qui est son meilleur roman.
Vivement recommandé.
Il faut souligner l’excellente traduction de Benoît Domis,
qui a su préserver l’unité de ton du roman et qui nous livre un texte français d’une sombre beauté.
Note
A sa sortie, La confession fut jugée œuvre
immorale par une partie de la critique américaine, qui, sur base de cet
argument d’un autre siècle, prétendait lui barrer la route des œuvres
sélectionnées pour les Edgard Awards. Même dans le jury du prix il y a eu
quelques plumes pour appliquer la même condamnation aberrante. Heureusement le
reste des juges ne fut pas dupe et a attribué un prix à ce roman d’exception.
EB (avril
2008)
(c)
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