Ceci s'est passé à Thiers, le 21 mars 1751, par devant MM. Dumas et Gourbine, notaires royaux. Les faits nous sont relatés sur un parchemin de 35 cm x 25 cm, plié en deux, et faisant partie des archives familiales de
M. Antonin Geneix. Je [1] le remercie vivement ainsi que sa fille Mme Renée Geneix car ils m'ont permis de plonger dans l'histoire jusque vers le milieu du XVIIe siècle.
Deux communautés rurales s'opposent
Il s'agit de Jean Bonnemoy-Piquetou, fils à feu Jean et à défunte Alix Brugière, Genest Quittard, fils à feu Antoine, autre Genest Quittard fils à feu Blaise et Genest Cognord-Piquetou ; tous consorts,
laboureurs et vignerons habitants du village des Garniers
Contre
Gilbert Bonnemoy (également) fils de Jean et d'Alix, Jean et François Bonnemoy frères, fils audit Gilbert, et François Bonnemoy [2], fils à autre Gilbert Bonnemoy [2] et de Magdeleine Quittard;
tous consorts, vignerons habitants du village de Bonnemoy.
Le contrat de mariage de Jean et d'Alix est daté du 21 janvier 1679. Leurs nombreux enfants ont vécu soit dans la communauté des Bonnemoy, soit dans des communautés voisines. A chaque mariage, il y a eu bien
entendu un contrat en bonne et due forme (*) et tout devait être réglé, en principe !
Communautés en procès
Les deux parties étaient " en procès en cette châtellenie de Thiers sur ce que ledit Jean Bonnemoy-Piquetou a, par exploit du 31 septembre 1748, signé Chabot, huissier, fait assigner devant le châtelain de
Thiers les Gilbert et François Bonnemoy et consorts … "
Il s'agit bien sûr de terres et de vignes, de tiers et de quarts et de moitié de moitié mais aussi de gros sous; j'ai relevé des versements importants ; 750 livres par ci, 325 livres et 10 sols par là, 865 livres
par ailleurs. Il faut bien dire que les plaintes des Bonnemoy des Garniers sont très, très tardives ; en effet, " depuis la mort ... des père et mère, il s'était écoulé plus de trente ans ... qui formait une
prescription et qu'il n'avait que les dix ans pour se pourvoir contre la dénonciation expresse qu'il a faite à leur succession par son contrat de mariage avec ladite Anne Cognord du 24 janvier 1714; ... il devrait
être débouté de sa demande et condamné aux dépens ".
Mais les affaires traînent, traînent. Et nous arrivons à 1748. Jean Bonnemoy-Piquetou a fourni ses répliques par la requête qu'il a présentée 29° dudit mois de may 1748. Tous ont été assignés devant Je
châtelain de Thiers le 31 septembre. Mais rien de bien net n'est sorti.
Un langage nouveau
Le parchemin dit en effet : "et pour conserver la paix et l'union entre les proches parents, lesdites parties, de leur bon gré et volonté, sont convenus de ... (il y a des parties illisibles ou
arrachées) ... transiger ... que toutes les parties, réciproquement de l'une à l'autre, se départissent en faveur de l'autre de tous ses droits et prétentions".
Il y a encore bien des règlements financiers à effectuer mais tout finit par s'arranger.
"Tout a été accepté par lesdites parties".
N.B. : N'ont pas signé Jean Bonnemoy-Piquetou, Jean et François Bonnemoy, mais il est toutefois remarquable que tous les autres aient pu signer.
Pour bien situer chronologiquement les documents évoqués, disons que Louis XIV a régné de 1643 à 1715 et qu'il a exercé le pouvoir personnel à partir de 1661. Philippe d'Orléans a exercé la régence de 1715
à 1723, sous le règne de Louis XV (1715-1774).
(*) Contrats cités :
- 1 Gilbert Bonnemoy et Alix Bonnemoy: 13 février 1702
- 2 Bonnemoy-Piquetout et Anne Cognord: 1714
- 3 François Bonnemoy et Marie Rochias : 1er février 1746
Auteur : inconnu (peut-être Mr. Paulen ???) |