5 juin 2005
London - Chaque matin de la semaine, Nicolas Leblanc, un résidant de Longueuil, emprunte le pont Jacques-Cartier pour se rendre au Centre Claude-Robillard, où il s'entraîne. Une fois sur le tablier du pont, le plongeur de 21 ans ne peut s'empêcher de jeter un coup d'oeil à gauche, tentant d'apercevoir les installations des Championnats du monde de natation dans l'île Sainte-Hélène. Que ce serait bien de plonger là, se dit-il chaque fois.
Dans un peu plus d'un mois, Leblanc pourra prendre la sortie de l'île Sainte-Hélène plutôt que de traverser le fleuve complètement. Avec sa meilleure performance de l'année, il s'est en effet classé deuxième à la plate-forme aux Championnats canadiens de London, hier après-midi, ce qui lui vaut sa sélection pour les Mondiaux de Montréal.
Avec 1026,15 points, Wegasdesk Gorup-Paul, de Victoria, a dû sortir son meilleur arsenal pour devancer Leblanc, qui a accumulé 1006,32 points, une ràarque personnelle. En voyant ce beau gros « 1000 » points sur le tableau indicateur à sa sortie de l'eau, Leblanc n'a pu s'empêcher de lâcher un retentissant WOW!
« Quand j'étais plus jeune, je voyais les autres devant moi réussir 1000 points. Je suis super content, je ne peux pas demander mieux », a déclaré Leblanc quelques secondes plus tard, lui qui a longtemps été dans l'ombre des olympiens Alexandre Despatie et Christopher Kalec.
Sur le bord de la piscine du Canada Games Aquatic Center, la sélection de Leblanc était éminemment populaire. Tous les plongeurs sont venus le féliciter, à commencer par Despatie.
« Je suis vraiment content pour Nic. Il travaille tellement fort, c'est incroyable. C'est l'exemple d'un gars qui n'a pas nécessairement beaucoup de talent. Dans son cas, c'est 90 % de travail et 10 % d'efforts. Il mérite amplement tout ce qui lui arrive », a raconté le champion du monde de la discipline, qui a dû déclarer forfait en raison d'ennuis de santé.
Leblanc était particulièrement heureux de la réussite de son trois périlleux et demi renversé, un plongeon avec atterrissage « à l'aveugle » qui lui causait des maux de tête depuis un bon moment. « Je l'ai manqué d'aplomb aux derniers essais olympiques et je l'ai raté à toutes les compétitions qui ont suivi sauf une », a raconté Leblanc avant de se faire dire par un coéquipier qu'il n'avait « jamais vu un renversé comme ça ! »
Mitch Geller, directeur technique de Plongeon Canada, estime que Leblanc a le potentiel d'atteindre la finale des Mondiaux de Montréal. « Pour une raison que j'ignore, il semble avoir plus de succès auprès des juges internationaux qu'ici au Canada, a-t-il souligné. Il a obtenu de bonnes notes lors d'une compétition en Chine plus tôt cette année, ce qui n'est vraiment pas évident. »
Le Canada pourra en quelque sorte compter sur deux Québécois aux Mondiaux, ce qui ne sera pas sans déplaire à son directeur général René Guimond, qui est arrivé à London hier.
Gorup-Paul, 17 ans seulement, est en effet né à Montréal. Il a vécu quelques années dans les Laurentides avant de quitter le Québec avec sa mère pour s'établir dans la région de Victoria, où il a entrepris sa carrière de plongeur à l'âge de 10 ans. Bien qu'il soit gêné de le parler, son français est encore très bon. Ses deux parents sont Micmacs et son prénom veut dire « aurore boréale ».
En l'absence de Despatie, Gorup-Paul était légèrement favori pour l'emporter à London. Il avait été le meilleur plongeur canadien lors de la Coupe Canada disputée au Centre Claude-Robillard, début mai, avec une 10e place. « Peut-être, mais Nicolas a réussi une très bonne liste de plongeons ici. Si je n'avais pas bien exécuté les miens, c'est garanti qu'il m'aurait démoli. Je me suis entraîné très fort après la Coupe Canada et, de toute évidence, ça a payé », a répliqué Gorup-Paul, médaillé de bronze à la tour aux Mondiaux juniors de 2004.
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