20 mars 2005

Le « plongeur fou » des Jeux d'Athènes veut céder un de ses costumes sur e-bay
Le monde pense qu'il est fou. Mais Ron Bensimhon sait très bien ce qu'il fait.
Jean-Christophe Laurence
Il y a un an presque jour pour jour, ce Montréalais de 31 ans avait fait irruption sur la patinoire des Championnats mondiaux de patinage artistique, à Dortmund en Allemagne. Il portait un tutu, des collants à pois et des lunettes de ski. Six mois plus tard, il a refait le coup aux Jeux d'Athènes, et sauté dans la piscine pendant une épreuve de plongeon synchronisé.
Maintenant, il est temps que ses frasques lui rapportent : depuis vendredi, le tutu, les collants et les patins qui l'ont rendu célèbre sont affichés sur e-bay. Prix de départ pour le lot : 1 sou noir. L'acheteur se verra offrir en prime un « bobble-head » du « patineur fou », ainsi que deux photos autographiées.
Aucun doute : Ron Bensimhon possède un grand sens de l'humour. Et du marketing. Mais contrairement à ce qu'on pourrait croire, ces talents ne servent pas exclusivement sa cause personnelle. Depuis le début, en effet, toutes ses folles n'ont qu'un seul but : promouvoir l'album de son frère. « Le plan est en marche depuis plus d'un an », dit-il.
Le frère en question se nomme Neev, un jeune chanteur de 19 ans dont la musique oscille entre le rock québécois et le rock oriental. Avec un naturel pour le « stunt » publicitaire, il était normal que Ron lui serve d'impresario.
Selon ce dernier, les profits de sa vente aux enchères iront directement à la production du disque, dont la sortie est prévue cet été. Les autres dépenses sont assurées par goldenpalace.com, un casino virtuel qui a ses racines à Kanhawake. La chose n'a rien d'étonnant, puisque Ron leur avait fait de la publicité lors de ses frasques sportives : c'est l'adresse internet qu'il avait inscrite sur son torse pendant ses « performances ». « Ils ne m'ont jamais payé pour ça, explique-t-il pour la centième fois. J'ai utilisé leur nom parce qu'ils avaient déjà sponsorisé d'autres streaks (apparitions éclair) de ce genre. Je savais que leur notoriété aiderait la mienne. »
L'humour grec
Né en Israël, Ron Bensimhon est arrivé à Montréal à l'âge de deux ans. Son père est prof d'histoire, sa mère chorégraphe. Dans la famille, la fibre artistique est très développée. « Mais je suis le seul fou », ajoute-t-il.
Musicien, il s'autoproclame le « meilleur batteur du monde ». À Montréal, on le voit souvent dans les clubs à jouer du tam-tam pour accompagner les DJ. « On me surnomme Tam Tam Ron ». Pour gagner sa vie, il a longtemps vendu des bijoux en gros, mais il a mis cette carrière de côté pour s'occuper de son frère, en qui il croit depuis toujours.
Un choix qui n'a pas été trop payant jusqu'ici. Car elles coûtent cher les frasques de Ron. C'est lui qui paye ses billets d'avion et ses places pour les événements sportifs. En Allemagne, il est tout de suite devenu un héros. Mais en Grèce, on ne l'a pas trouvé drôle du tout. Hautement médiatisé, son coup d'éclat lui a valu une amende de 3000 euros (quelque 4500 $ CAN) et une bonne dégelée de la part des policiers. « Ils m'ont massacré, lance Ron, qui est revenu de Grèce avec un oeil au beurre noir et une bonne commotion cérébrale. Ils n'ont pas accepté que je ridiculise leur système de sécurité devant des millions de personnes... Au départ, ils voulaient me boucler pour cinq ans. La charge originale était pour terrorisme ! Finalement, ils m'ont laissé aller moyennant la caution. » La police a quand même gardé le tutu pour un an, en guise de preuve. Il lui sera rendu en, août prochain.
Ron ne regrette pas son geste, au contraire. Ce 15 minutes de gloire lui a permis de se mettre sur la « mappe ». Mais il n'en revient toujours pas d'être entré si facilement sur le site des compétitions. « En Grèce, c'était facile. La sécurité dormait au gaz. Je suis entré avec mon tutu sous un survêtement de l'équipe canadienne. En Allemagne par contre, j'avais des lames de patin dans mon sac. J'aurais pu rentrer avec un AK-47. C'est ce qui m'a inquiété le plus... »
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