avril 2004

Bravo les femmes !

Elles nous inspirent et nous émeuvent, elles forcent l’admiration et le respect. Dans des domaines aussi divers que les droits humains, la science, le militantisme ou la culture, nos femmes de l’année se sont distinguées par leur courage, leur audace et leur talent. Tant de femmes s’efforcent tous les jours de faire la différence, de se dépasser, de travailler à un monde meilleur. En choisir seulement 10 ne fut pas une mince tâche... Voici donc les élues de notre cuvée 2004.

Émilie Heymans, plongeuse

Luc Bouchard

Elle a 22 ans, les yeux couleur piscine et la tête dure. « J’ai la réputation d’être quelqu’un qui ne lâche pas. Je ne m’écroule jamais quand je rate un plongeon. Je sais que ça arrive aussi aux autres », dit-elle avec un sourire espiègle.

Elle passe sa journée en maillot de bain, mais pas n’importe lequel. « J’en ai un – azur et jaune – qui me porte chance et que je ne mets que pour les compétitions. » Il était du voyage à Barcelone l’été dernier et devrait aussi l’être à Athènes. Sauf s’il lui porte malheur d’ici là. Car Émilie a un tiroir réservé aux maillots « pas bons ». « J’ai changé de maillot juste avant Barcelone, précise-t-elle, très sérieuse. Mon vieux n’obtenait plus vraiment de bons résultats. Alors, je l’ai rangé en lui disant que c’était fini entre nous ! »

Sa victoire en terre espagnole a été le tremplin d’une célébrité instantanée. Mais si elle reconnaît avoir eu des frissons pendant la remise des médailles, elle ne se balade pas dans les rues en se disant : « Wow ! c’est moi la championne du monde. » « Non, mais je suis fière d’avoir accompli quelque chose et de ne pas avoir perdu mon temps pendant toutes ces années. »

Née en Belgique, Émilie est arrivée au Québec à l’âge de neuf mois. Le sport coule dans ses veines : un père joueur de soccer, une mère escrimeuse qui a participé aux J.O. de Montréal en 1976. Le temps d’apprendre à marcher, elle enchaîne pirouettes et cours de gymnastique. Quand elle atteint 11 ans, ses entraîneurs la jugent déjà trop grande pour une carrière de gymnaste. Ils l’orientent alors vers le plongeon. Elle s’inscrit à Camo, club de plongeon de la ville de Montréal et fabrique de champions (Sylvie Bernier, Annie Pelletier, Anne Montminy, entre autres médaillées). Commence alors pour Émilie une vie spartiate : école le matin, entraînement l’après-midi, cinq heures par jour, six jours par semaine. « C’est une manière de vivre. Je suis une athlète de haut niveau. J’ai toujours fait attention à mon alimentation. J’ai deux entraîneurs, une nutritionniste, un ostéopathe, une psychologue… » Un petit copain aussi, mais toujours pas de commanditaire.

Si, financièrement, la championne garde la tête hors de l’eau, c’est grâce à ses parents et aux bourses de la Fondation de l’athlète d’excellence du Québec, qui lui a versé 65 000 $ en six ans. « Je ne plonge pas pour l’argent », affirme la jeune femme à la voix rauque. Elle plonge pour l’or.


une page mise en ligne le 2004 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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