3 août 2003

Jean-Paul Soulié
Aux Championnats du monde de sports aquatiques de Barcelone, le Canada a remporté deux médailles d'or et une de bronze. Les Québécois Émilie Heymans et Alexandre Despatie, champions du monde à la tour, et Blythe Hartley, originaire de Colombie-Britannique, sont tous les trois membres du club CAMO de Montréal, qui fournissait à Barcelone 11 des 15 plongeurs du Canada.
Alexandre Despatie, 18 ans, champion du monde à la tour, est un pur produit du club CAMO et de l'équipe dirigée par Michel Larouche, son entraîneur en chef. En 1998, aux Jeux du Conanonwealth, Alexandre n'avait que 13 ans. Il a néanmoins décroché une médaille d'or à la plateforme de 10 mètres et une 10e place au tremplin de 3 mètres. L'année suivante, Alexandre était médaillé d'or au tremplin de 1 mètre ainsi qu'au tremplin de 3 mètres et sixième à la plateforme de 10 mètres. Aux Jeux olympiques de 2000, le garçon de 15 ans se classe quatrième à la tour de 10 mètres, tout près du podium. En 2001, aux championnats mondiaux, il est deuxième. En 2003, Alexandre Despatie est sacré champion du monde à la tour de 10 mètres, couronnement du travail constant d'un jeune athlète extraordinairement doué et dirigé par des entraîneurs hors pair.
Depuis 1985, derrière les grands succès des plongeurs du club CAMO, il y a le travail opiniâtre, les talents d'organisateur et les qualités de pédagogue d'un grand entraîneur, Michel Larouche. La Presse nomme Michel Larouche et AlexandreDespatie, le nouveau champion du monde de plongeon, Personnalités de la semaine.

L'instructeur en chef du club CAMO, qui est également entraîneur de l'équipe nationale canadienne depuis 1989, a été entraîneur aux Jeux olympiques de 1992, 1996 et 2000, quatre fois aux Championnats du monde, deux fois aux Jeux panaméricains et deux fois aux Jeux du Commonwealth. Dans son petit bureau du Centre Claude-Robillard, il mesure le chemin parcouru depuis qu'il a participé, à Alma, sa ville natale, à ses premières compétitions... en danse sociale. «J'aimais la précision, la rigueur, l'esthétique, mais j'ai vite préféré la plus grande objectivité des juges en plongeon.» Ses années de danse vont lui permettre de gagner un peu d'argent en donnant des cours de danse aérobique, une mode nouvelle à l'époque. C'est l'Association des parrains d'Alma qui lui permettra de faire son cégep à Québec et de s'inscrire à l'Université Laval, en informatique d'abord, puis en sciences des activités physiques. Au cours de ces années, il entraîne de jeunes plongeurs de 5 à 23 ans et obtient des résultats étonnants. Il attire l'attention du directeur de CAMO, Donald Dion, qui lui donne un poste d'entraîneur à Montréal aussitôt sa maîtrise terminée à Laval.
« Le salaire n'était pas élevé, c'était celui des surveillants de piscines. Par la suite, ça s'est encore dégradé, les entraîneurs devaient créer leur propre job, il fallait vivre avec les entrées, les subventions. » Aujourd'hui, les choses ont changé : un diplôme universitaire sanctionne la formation des entraîneurs. Mais le métier est moins reconnu ici qu'en Australie, par exemple. « Après les Jeux de Sydney, j'ai reçu des propositions alléchantes. Ma femme, Lynda Côté, était très intéressée. Mais même si on ne peut pas rivaliser avec certains pays, il y a eu un effort de fait, et moi je viens du Lac-Saint-Jean je suis un patriote. J'ai préféré rester ici, même si l'Angleterre ou l'Australie m'offraient beaucoup plus.»
Ce que les puissantes fédérations de plongeon de pays étrangers auraient voulu acquérir avec l'entraîneur couvert de titres et de médailles qu'est Michel Larouche, c'est la structure qu'il a bâtie à CAMO au cours des ans. « CAMO est devenu le représentant du plongeon au Canada, et l'égal des structures des pays avec lesquels nous sommes en compétition, explique Michel Larouche. La preuve, c'est que quand l'Angleterre veut envoyer ses spécialistes étudier ce qui se fait à l'étranger, c'est CAMO, ici, et l'Institut national des sports, en Australie, qu'ils choisissent. Et la France vote un budget d'échange pour nous envoyer deux instructeurs ici, à CAMO.»
Fier de cette notoriété mondiale, Michel Larouche constate pourtant que sa carrière ne se poursuivra pas éternellement. « J'ai 45 ans. Ce métier, je ne pourrai le faire plus de cinq ans encore. Depuis 1985, c'est 65 heures par semaine, 33 heures à la piscine, 103 jours de voyage à l'étranger par année, plus les conférences, les réunions... Nous avons mis sur pied une structure qui fonctionne très bien. Ma femme travaille avec moi depuis 1987. Nous avons deux enfants, Philippe, qui a 10 ans et étudie le ballet classique, et Sabrina, qui a 7 ans. Avec César Henderson, mon partenaire depuis les débuts, nous formons sans doute le plus vieux couple de coachs de la planète. Quand j'aurai 50 ans et que je prendrais ma retraite comme entraîneur, je voudrais travailler à changer les structures sportives canadiennes, actuellement orientées sur l'athlète. À CAMO, nous sommes à l'opposé. Les athlètes partent à un moment, les entraîneurs restent. Ils sont la colonne vertébrale de l'organisation. Eux sont centrés sur les athlètes et leurs donnent tout ce qu'ils peuvent. »
une page mise en ligne le 3 août 2003 par SVP