20 juillet 2003

Jean-Paul Soulié

Depuis ses premières compétitions de haut niveau aux Championnats canadiens juniors, en 1998, où elle avait gagné l'or dans trois épreuves, Émille a participé à un nombre impressionnant de rencontres internationales avant de rafler l'or aux Championnats du monde de Barcelone, mercredi dernier.

Cest au terme d'une guerre des nerfs épique que la plongeuse Émilie Heymans, de Longueuil (arrondissement de Saint-Lambert - LeMoyne), a arraché mercredi dernier la médaille d'or à la tour de 10 mètres aux Championnats du monde de sports aquatiques à Barcelone. Moins de trois points sur plus de 590 séparaient l'athlète de 21 ans de ses deux adversaires principales, deux redoutables Chinoises réputées les meilleures au monde. Émilie a terminé sa prestation en réalisant à la perfection un 2 1/2 arrière groupé, agrémenté d'une vrille et demie, le plongeon présentant le plus haut degré de difficulté de la compétition, récoltant deux notes de 10 et accédant ainsi à la plus haute marche du podium. La plongeuse québécoise donnait au Canada son premier titre mondial à la tour.

La Presse salue l'exploit d'une athlète qui s'entraîne sans relâche depuis l'âge de 9 ans et qui vient d'accéder au sommet de son art, et nomme Émilie Heymans Personnalité de la semaine.

« Je savais que j'étais capable de battre les plongeuses chinoises, a déclaré, Émilie au lendemain de sa victoire. Je l'avais déjà fait au début de l'année et dans les préliminaires, mais ce n'est jamais la même chose qu'une vraie compétition internationale.» Et les compétitions internationales, Émilie Heymans connaît. Elle avait seulement 18 ans aux Jeux olympiques de Sydney, en 2000. Classée cinquième à la tour, elle y avait remporté la médaille d'argent en synchronisé avec Anne Montminy. Depuis ses premières compétitions de haut niveau aux Championnats canadiens juniors, en 1998, où elle avait gagné l'or dans trois épreuves, Émilie a participé à un nombre impressionnant de rencontres internationales, des Jeux du Commonwealth aux Jeux panaméricains et aux Olympiques, en passant par les épreuves de la Coupe du monde et les Championnats mondiaux.

Et la ronde continue. « Dans trois semaines, je vais participer aux Jeux panaméricains en République Dominicaine. Les Jeux olympiques d'Athènes l'an prochain ? C'est encore trop loin pour y penser. En un an, personne ne sait ce qui peut arriver.» D'ailleurs, championne du monde ou pas, il faut se qualifier, et donc s'entraîner. « Comme tous les autres plongeurs, je passe 25 heures par semaine dans la piscine », constate la jeune femme. Une routine comme une autre, une vie très rangée. « Je vis avec mon chum, Pier-Félix Lavoie-Rondeau, et ma soeur. Elle est étudiante aux HEC, et Pier-Félix est à l'UQAM. Moi, je termine mon cégep par correspondance.»

Pour des détails plus précis, il faut passer par les parents de la championne, encore tout émus par l'exploit de leur cadette. Éric Heymans travaille dans une banque et sa femme, Marie- Paule, dam l'immobiller. La famille est arrivée de Belgique quand Émilie avait 1 an. Marie-Paule Heymans était déjà venue à Montréal en 1976, pour les Jeux olympiques. Elle faisait partie de l'équipe d'escrime de son pays. Les parents suivent toutes les compétitions d'Émilie avec beaucoup d'émotion et de fierté et en parlent avec tendresse. « Elle vous a parlé de Pif ? C'est comme ça que tout le monde, même son père, appelle Pier-Félix. Et Scott? C'est son chien, un jeune boxer de 10 mois, qu'elle aime beaucoup. Elle vous a dit qu'elle héberge pour l'été une autre plongeuse du club Camo? »

Dans sa chambre d'hôtel de Barcelone, Émilie, la championne du monde, prend les choses beaucoup plus calmement. Heureuse de ce qui lui arrive, elle veut surtout partager sa gloire toute neuve avec son entraîneur. Sa voix devient impérative : « Il faut le dire, le public ne le sait pas assez : les entraîneurs font un travail énorme, extraordinaire. Après Sydney, quand ses athlètes ont percé, Michel Larouche a reçu beaucoup d'offres du monde entier. Il est resté avec nous à Camo, le club du centre Claude-Robillard. Il faut le répéter. L'entraîneur est la personne la plus importante dans la vie d'un athlète. Les performances les plus extraordinaires n'arrivent souvent que grâce à l'entraîneur. Il représente 50% de la performance de l'athlète. Les entraîneurs mettent autant d'efforts que nous. Ils se lèvent très tôt, préparent tout, et ne se couchent que tard le soir, alors que nous dormons déjà.»

L'avenir, Émille Heymans le voit surtout en termes de préparation minutieuse pour les prochains sauts, les prochaines compétitions. Demain, 21 juillet, elle rentre à Montréal et va reprendre le chemin de la piscine, où Michel Larouche la fera travailler avec Alexandre Despatie et tous les autres membres du Club Camo.

« Plus tard, dit Émilie en évoquant une vie loin des tours, des tremplins et des piscines, j'aimerai travailler dans le domaine de la mode.» Devenir mannequin ? « Non, dit-elle en riant. Il faut être très maigre pour faire ça. Moi, je suis beaucoup trop musclée. J'aimerais dessiner des vêtements. C'est un monde qui demande beaucoup de travail.» En attendant ces nouuveaux défis, Émilie va se concentrer sur son métier de plongeuse, avec le soutien des organismes gouvernementaux qui aident les athlètes et celui de la Fondation de l'athlète d'excellence de Claude Chagnon.


une page mise en ligne le 20 juillet 2003 par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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