17 juillet 2003
Simon Drouin
Pas reposant pour les nerfs, le métier de parent d'athlète de haut niveau. Après avoir partagé les doux moments comme les plus éprouvants, les parents d'Émilie Heymans ont connu une journée fertile en émotions, hier, après que leur fille eut remporté l'épreuve de la tour de 10 mètres aux Championnats du monde aquatiques de Barcelone.
« Tout le monde a pleuré, surtout qu'en matinée, ça avait plus ou moins bien été », a évoqué Marie-Paule Heymans, la mère d'Émilie, pour illustrer l'ambiance qui régnait à la résidence familiale de Greenfield Park, sur la Rive-Sud de Montréal, dans les heures qui ont suivi cette victoire historique.
Très tôt le matin, Éric Heymans, le père, s'est installé devant son ordinateur pour suivre le déroulement de la compétition par l'entremise du site Internet de la chaîne de télévision Eurosport. Pour une raison qu'il ne s'explique pas, il n'a eu droit qu'à la description audio.
« Le commentateur n'était pas très précis : il a d'abord annoncé la victoire de la Chinoise Lishi Lao, puis il a dit: Attendez une seconde, la Canadienne s'est hissée en tête. Ça a coupé et ils sont ensuite passés au water-polo ! » a raconté, hilare, M. Heymans, qui a dû patienter quelques minutes avant que la victoire de sa fille ne soit confirmée sur les ondes... de RDI !
« C'est fantastique, surtout qu'elle a fini tellement de fois deuxième ou troisième. Même si elle plongeait bien, il y avait toujours l'une des deux Chinoises qui réussissait une performance exceptionnelle. Hier, c'est Émilie qui a été exceptionnelle », a souligné M. Heymans, encore ému.
Les circonstances entourant la victoire d'Émilie l'ont rendue encore plus probante aux yeux de son père. « Les meilleures Chinoises étaient là, la compétition se déroulait à l'extérieur - j'imagine donc qu'il y avait un peu de vent - et il devait faire autour de 35-36 degrés Celsius. Ce sont des conditions auxquelles les plongeurs canadiens ne sont pas nécessairement habitués. Tout ça fait en sorte que c'est un bel exploit. »
Quand on a demandé à Mme Heymans si les parents n'avaient pas songé à se rendre à Barcelone, elle a offert la réponse suivante: « Vous savez, c'est tellement stressant pour un parent... » a mentionné celle qui a représenté la Belgique en escrime aux Jeux olympiques de Montréal, en 1976. « Je crois que cette victoire va lui donner confiance, même si ce n'est pas si évident. Il y a beaucoup de stress lors de compétitions comme des Championnats du monde ou des Jeux olympiques. Par contre, Émilie sait maintenant qu'elle peut gagner. »
« S'il faut que la victoire ne survienne pas, a repris M. Heymans, on ne veut pas voir notre fille triste, débinée, déçue ou troublée. Une participation aux Championnats du monde peut couronner une saison, mais elle peut la gâcher aussi... »
M. Heymans n'envisage pas se mettre à la recherche effrénée d'un commanditaire pour la nouvelle championne du monde. « Je ne sais pas si Émilie veut vraiment ça. Un commanditaire, ça veut bien souvent dire une pression qui n'est peut-être pas nécessaire. Émilie est supportée depuis plusieurs années par la Fondation de l'athlète d'excellence et elle reçoit de l'aide des gouvernements fédéral (le brevet de Sport Canada) et provincial (Équipe Québec). De plus, le plongeon n'est pas un sport qui coûte très cher. »
Émilie Heymans est née en 1981, à Bruxelles, en Belgique. Ses parents ont immigré au Québec un an plus tard. Elle est en voie de compléter ses études collégiales en administration en suivant des cours par correspondance. Au terme de sa carrière, elle souhaite travailler dans le milieu de la mode.
une page mise en ligne le 17 juillet 2003 par SVP