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Entrevue
avec Pierre (Carfax) Lacroix, par Raoul Volfoni pour Abc-Tabs
Pour débuter cette interview, je vais te demander
ton ASV...
J’ai 53 ans. Je suis
un homme, du moins jusqu’à maintenant.
Enfin, attendez que je regarde… Ouais, tout est encore là ! Je viens de la ville de Hull, au Québec. La
rivière des Outaouais coupe les deux provinces: Hull (Québec) et Ottawa
(Ontario), Canada. Cependant, j’habite à Montréal depuis maintenant
une quinzaine d’années. C’est la première fois de ma vie que je vis
si longtemps au même endroit. C’est que je suis de type nomade ou voyageur.
Je suis devenu sédentaire à la naissance de mon fils.
A quel âge as-tu débuté la musique et plus particulièrement
la guitare? As-tu pris des cours?
J’ai commencé à taper
sur des boîtes en carton et de sardines vers l’âge de 15 ans. J’essayais
d’imiter les sons d’une batterie. Mais je ne faisais que défoncer les
boîtes et je puais la sardine --- pas un bon moyen pour approcher les
filles ---, alors j’ai vite abandonné. Puis, à seize ans, je suis devenu
chanteur (eh oui, ça se peux-tu? Une vraie honte!) dans un groupe, «The
Young Countless» (Les Jeunes Comtes --- et non pas Les Jeunes Cons),
qui a connu une certaine popularité à Hull et la région. Nous jouions
dans les sous-sols d’églises, les gymnases des écoles, etc.
Au début de 1967, mon copain-guitariste Luc Laflamme
m’a demandé si ça ne m’intéresserait pas d’apprendre à jouer de la guitare
pour qu’il puisse se concentrer sur les solos (de guitare). J’ai répondu
: « Bah, oui, pourquoi pas ! » Mais je n’étais pas très convaincu du
fait que j’aimerais ça. Ce n’est peut-être qu’une semaine après qu’il
m’ait demandé cela que j’ai entendu pour la première fois à la radio
anglophone …les Beatles. Ce fut le déclic !
Je me souviens très bien. J’étais chez mes parents.
C’était le soir. J’avais branché la radio dans une prise à l’extérieur
près du garage à papa et j’étais étendu sur une marche de l’escalier,
le dos appuyé au mur de la maison. Je faisais strictement rien. J’écoutais
la radio. Point. Puis, à un moment donné, après une pause commerciale,
l’animateur a annoncé : « Here’s The Beatles ! ». C’est alors que j’ai
entendu : « One… Two… Three…
Five… Well, she was just seventeen, You know what I mean, And the way
she looked was way beyond compare, So how could I dance with another,
When I saw her standing there. » Ce fut le coup de foudre. Littéralement. Ouais. J’étais plus
qu’emballé, j’étais en amour. J’ai tapé dans mes mains en me disant
: « Yep ! C’est ça que je veux faire ! »
C’est le lendemain, je crois, que j’ai acheté ma
première guitare …électrique. J’avais donc dix-sept ans, comme la fille
dans la chanson des Beatles. Je l’avais payé avec mon argent. Je travaillais
les fins de semaine dans une station d’essence (gazbar). Cette guitare,
comment sonnait-elle ? Je ne le sais pas. Je n’ai pas pu en jouer une
seule note. Quand mon père a vu la guitare, il a piqué une crise de
colère, il l’a prise dans ses mains, a ouvert la porte et l’a lancé
dans l’entrée asphaltée. Ce n’est pas que la guitare qui s’est brisée.
Mon cœur et mon rêve aussi.
Mais que cela n’en déplaise à mon papa, j’ai quand
même joué un peu de la guitare. Mon copain Luc s’était acheté une deuxième
guitare et j’ai commencé à apprendre à jouer la rythmique ….en cachette.
À l’été de 1967, j’ai pu accompagner Luc lors de nos spectacles. Notre
répertoire était constitué exclusivement de chansons britanniques et
américaines : Hanky Panky, Wild Thing, Mellow Yellow, Satisfaction,
etc.
C’est un été inoubliable car pour la première fois
les Young Countless ont joué à l’aréna de Hull pour quelques milliers
de spectateurs. Nous avions revêtus les habits des Beatles du Sergent
Poivre du Groupe des Cœurs Solitaires : «It’s was twenty years ago
today, that Sgt. Pepper taught
the band to play…» Évidemment, nous n’étions pas le seul groupe en scène. Mais quand
même, c’était quelque chose à voir et à entendre. Et tout ça, toujours
à l’insu de mes parents qui me croyaient en train de jouer (avec des
jouets) chez des amis.
Je n’ai jamais pris de cours de guitare. Comme
je l’ai mentionné quelque part sur le forum de abc-tabs, j’ai appris
avec des copains et… sur la rue. C’est-à-dire selon les rencontres,
lorsque je voyageais. J’ai aussi appris en regardant les autres guitaristes
jouer lors de spectacles. Très jeunes j’ai eu le privilège de côtoyer
les musiciens de tout acabit. J’étais un petit curieux --- je le suis
toujours. La curiosité, c’est le meilleur moyen d’apprendre. Ce n’est
qu’à l’hiver de 1968 que j’ai acheté mon premier cahier de chansons.
Des Beatles, bien sûr.
Quel style de musique écoutes-tu? Quel style joues-tu?
As-tu eu des périodes très affirmées pour un style et puis cela t'a
passé?
J’écoute de tout. Sauf
cinq styles de musique que mes oreilles ne peuvent tolérer : le rap,
le techno, le disco, l’opéra, le jazz expérimental. Quel style que je
joue ? Difficile à définir. Disons que les gens autour de moi m’ont
étiqueté de « folkeux » parce que, pendant des années, j’ai utilisé
une guitare acoustique et une guitare classique. Mais on a bien vu que
je pouvais aussi prendre une guitare électrique et en sortir des sons
sales et cochons. Quand je compose, je compose surtout selon le « feeling
» du moment. Si je suis dans un état agressif, je vais probablement
utiliser le «bootleneck» et la guitare électrique. Si je me sens mélancolique,
ce sera la guitare classique ou en acoustique. Donc cela varie selon
mon tempérament de « l’instant présent ». J’ai une grande facilité
à composer des mélodies, mais je ne suis pas un guitariste virtuose.
Loin de là. C’est pourquoi même un débutant peut m’en apprendre. Avec
les quelques notes que le débutant va m’apprendre, j’en ferai une chanson
(ou un instrumental --- parce que je compose beaucoup plus des instrumentaux).
Oui, je fonctionne par période. Pendant une semaine,
disons, je peux composer toute une série de ballades et, la semaine
d’après, toute une série de morceaux rock ou de blues. Surtout de blues.
Tout m’influence et je prends un certains temps pour digérer ces influences.
C’est que les Beatles m’ont beaucoup influencé par leur méthode de travail.
Enfin, du temps où Lennon et McCartney composaient ensemble. Dans une
interview au milieu des années 60, Lennon avait dit qu’«il n’y a pas
une chanson que les Beatles n’ont pas «copié», mais le tout est
de savoir comment faire sortir cela sans que personne ne le sache.»
Les Beatles avaient le génie de prendre une chanson quelconque et d’en
sortir quelques notes pour les faire siens. Même Bob Dylan n’avait pas
ce génie-là. Au risque de déplaire aux pseudos puristes, beaucoup de
chansons des débuts de Dylan ne sont que plagiats. Je ne parle pas des
paroles mais de la musique. Et c’est un fait. Cela a été confirmé.
Donc, pour ma part, de l’adolescence à adulte,
je suis passé de la musique country au rock’n’roll, de la chanson folk
au flamenco, du hard rock au heavy metal, du grunge au metal gothique…
(Évidemment, je ne compose pas de metal gothique mais j’en écoute).
Je suis donc passé par Wilf Carter, Gene Autry, les Everly Brothers,
les Beatles, tous les groupes des sixtees, Black Sabbath, Deep Purple,
Uriah Heep, Alice Cooper, Manitas de Plata, Django Reinhart, Paco de
Lucia, tous les grands folkeux, Nirvana et consorts, Metallica et consorts,
Blind Guardian, Therion…
Joues-tu en groupe? (si oui - Depuis combien de
temps?) As-tu fait parti de plusieurs formations?
Je ne joue pas en groupe.
Du moins pas ce qu’on appelle un « vrai groupe » : batterie, basse,
guitares (et parfois avec claviers). Je suis un « outlaw », un espèce
de hors-la-loi, un révolté, un rebelle. On a beaucoup de difficulté
à m’imposer une discipline. Je m’impose ma discipline. Je ne veux pas
qu’on m’impose celle des autres. Par contre, je peux jouer en duo. À
trois, c’est comme une foule et je freake. Il y en aura toujours
un qui sera en désaccord avec les deux autres. Et ça, je ne peux le
supporter. Le seul groupe avec lequel j’ai joué, j’avais dix-sept ans.
Par après, j’ai joué avec des musiciens un peu partout à travers le
Canada. Mais toujours en duo. J’ai même joué dans des gares (tchou !
tchou !) À cet effet, j’ai une petite anecdote.
Lorsque je suis parti de Vancouver en juillet 1974,
j’ai pris le train avec mon chien-loup et ma guitare sous le bras. À
la gare de Vancouver, il y avait un type avec les cheveux aussi longs
que les miens et il y avait… un étui de guitare à ses pieds. On s’est
souvent regardés sans rien se dire. Puis on a pris le train et c’est
là qu’on a fraternisés. On a même fait de la musique dans le train (en
marche) pour les gens présents. On a interprétés des chansons de Bruce
Cockburn, entre autres.
Près de Calgary, le train a déraillé. Si, si. Je
ne sais pas si c’était parce que le train n’aimait pas notre zizique
mais… passons. Oh, rien de fâcheux. Les passagers ont changé de train.
Mais dans l’attente d’un autre train. Mon nouveau copain et moi avons
joués dans la gare de Calgary. La chanson qui a plu ? «Knocking On Heaven’s Door»,
de Dylan. C’était nouveau.
Tout au plus trois mois que l’album du film «Pat Garret & Billy
The Kid» venait de sortir. Tout frais donc. Nous avons fait un jam (impro)
comme pas possible, mon nouveau copain et moi.
Ce copain était en direction de la ville de Toronto.
Pour ma part, je retournais vivre à Hull. Ce copain s’en allait tenter
sa chance en musique à Toronto, espérant se faire un nom. Il s’est fait
un nom. Vous, en Europe, vous ne le connaissez probablement pas mais,
ici, au Canada, il est super reconnu. Son nom (tagadam, tambours) :
Dan Hill. Oui, mes dents et mes yeux, j’ai jammé avec ce grand
compositeur-guitariste. Avoir su ce qu’il allait devenir, je lui aurais
demandé un autographe! J
Mais cela est typique des voyages. On rencontre
plein de gens. On apprend plein de choses. Et… et parfois, pour tout
dire, ça me manque ! Tout ça me manque.
As-tu fais des enregistrements, un (plusieurs)
CD, où peut-on écouter des extraits?
Oui, des enregistrements-maison.
Il y a quelques spectacles qui furent enregistrés mais le son est …beurk
! Depuis que j’ai un ordinateur et un graveur, je transfert mes compositions
(à partir de cassettes) sur CDs. Il y a des heures et des heures d’enregistrements
à transférer. Et il faut choisir les bonnes prises, ce qui n’est pas
évident. Ah, aussi, et j’ai jeté des heures et des heures d’enregistrements.
Sic.
Des extraits ? Il y a le Disconoscope qui, pour
ma page, sera à cette adresse : (Voir le lien au bas de la page). Tout
est là, enfin non, pas tout, mais il y a au bas de la page des liens
vers les sites où il y a d’autres extraits de ma musique. Mais il faut
que je change tous les fichiers de ses sites car je ne suis pas satisfait
de la qualité du son. Pour un CD, ben, il faudrait me contacter et je
pourrais faire comme une espèce de compilation. Le dernier CD à date
contient 36 compositions.
Quel matériel utilises-tu aujourd'hui, à commencer
par ta gratte? Et pourquoi ce matos là?
Une vieille guitare
Raven achetée pour la somme de 80$ dans une boutique d’objets divers
(pawnshop), à Vancouver. C’est la guitare qui m’a suivi partout dans
mes voyages. J’ai une guitare Fender classique, une guitare de marque
Norman (la première guitare du fabricant des Godin), une Remingtson
actoustico-électrique (copie de la LesPaul). D’autres guitares me sont
passés sous la main et que j’ai donné, dont une Yamaha 12 cordes.
Avec quoi as-tu débuté?
J’ai vraiment débuté
avec ma Raven. C’est avec ma Raven que j’ai commencé à jouer sérieusement
du picking, de la slide et à composer. Sur la plupart des enregistrements
en acoustique qu’ont entend sur le Disconoscope, c’est le son de la
Raven. D’ailleurs, quand je l’utilise comme « slide » --- comme dans
la compo «Running Down», il n’est pas surprenant --- comme Jackcharle
l’a fait sur le forum, qu’on me demande si ce n’est pas un dobro que
j’utilise.
De quel matos rêves-tu aujourd’hui?
Je rêve de posséder
une vraie LesPaul. J’aime les guitares qui sont petites, avec un long
manche et dont la touche fait qu’on dirait que mes doigts volent dans
les airs.
Comment as-tu découvert l'abc-tabs? Quelle est
ta façon d'y participer? Qu'est ce qui te plait?
C’est dame Fanou, une
participante au forum, à ses heures, qui bien avant de m’en parler sur
son forum à elle, vous avait écrit dans un topic qu’elle connaissait
un type qui était un mordu de la guitare et qu’elle allait tout faire
pour vous le présenter. Arggg ! Alors sur son forum, Fanou m’a écrit
que je me plairais ici, sur abc-tabs, que je me sentirais « chez moi
» et que je pourrais aider les autres. Alors je suis venu… par curiosité.
Ma façon d'y participer ? Je laisse venir. Si quelque
chose m’intéresse, je m’implique. Si on me niaise, je réponds du tac
au tac. Si je constate que la personne est sérieuse d’apprendre, je
me défonce à 200 % pour lui en écrire long. Prendre le temps de lui
répondre, quoi.
Ce qui me plait ? L’espèce d’amitié, l’esprit de
famille qui y règne. On fraternise, on se quitte, puis on revient. J’ai
bien aimé mes échanges avec Tigrou, Tiphaine, Story, Jackcharle, Raph,
Denoubé le rigolo…
Tu as de l’expérience et tu sembles aimer prodiguer
des conseils…. Quel serait LE conseil selon toi à adresser à un débutant…
Pratique et pratique
et pratique…! La théorie n’est rien sans la pratique.
Quelques mots sur le Canada…?
Il fait froid, bordel
!
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