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Le
Journal de Carfy Qui suis-je? Je ne sais pas qui je suis. (Ça commence pas trop bien,
hein!). Je fus adopté à l'âge
de 2 ans. De 2 à 9 ans, environ, j'ai vécu à une ferme et... dans la
nature et en compagnie des animaux, sauvages ou pas. J'ai souvenir que
quand il venait de la visite, je me réfugiais sous la galerie-avant
avec mon chien. Ou lui et moi, nous partions dans la forêt ou dans la
montagne. Je fuyais les gens et ce, bien avant l'épisode à propos de
mon oncle qui a essayé de tuer mon chien (et que je raconte dans le
témoignage Grains de
sable. C'est un vétérinaire que j'aurais du faire comme métier. J'aime les
animaux et c'est réciproque, que ceux-ci soient domestiques ou sauvages.
Ma meilleure amie pourrait en témoigner. Elle a en effet été témoin de conversations entre chiens, chats,
pigeons, écureuils, chevaux et moi. Même qu'à un moment donné, c'était
pendant un été au parc de Saint-Bruno à Sainte-Hilaire (d'où est originaire
mon amie), nous marchions dans un petit sentier et j'ai vu un écureuil
dans un arbre (ici, ce genre d'écureuil, on les appelle des suisses.
C'est plus petit de taille qu'un écureuil normal). Je me suis mis alors
à faire des sons d'écureuil avec ma bouche. Le suisse
répondait. Puis il s'est approché de moi. Mon amie avait peur et reculait.
Quand j'ai vu cela, j'ai simplement dit au suisse de s'en aller
et je suis allé rejoindre mon amie. Ça ne faisait pas une minute qu'on
marchait, qu'on se retourne et on voit le suisse qui nous suivait.
Puis on reprend notre marche, on se retourne encore et le suisse
était toujours là, pas très loin de moi. J'ai dit à mon amie de ne pas
s'en faire, qu'il cessera de nous suivre quand il arrivera au bout de
son territoire. Et ce fut le cas. Il y a quelque chose qui passe entre les animaux et moi et je ne
sais pas comment appeler cela. Mes mains ont beau sentir l'odeur de
ma chienne Soya, quand je marche sur le trottoir, les chats viennent
me voir pour une caresse et faire un brin de causette. Ne riez pas,
c'est tout vrai ce que je vous écris.
Les gens de mon quartier le savent et il n'est pas rare qu'ils
me voient accroupis en train de causer avec les minous. Remarquez, il
est probable (tout comme vous) qu'ils me croient un peu/beaucoup cinglé. C'est dans ma nature. Quand je vois un animal, je ne peux faire autrement
que de m'arrêter pour lui parler. Et si je ne le peux vraiment pas,
comme quand je suis en compagnie de mon amie, l'animal et moi faisons
le "langage des yeux". Il y a une année où mon amie et moi
étions sur l'avenue achalandée du Plateau Mont-Royal, à Montréal, où
beaucoup de gens promènent leurs chiens en laisse. Elle m'a dit que
les chiens se retournaient sur mon passage pour me regarder. Hihihi!
J'imagine que je dois sentir le chien. C'est idiot, hein! Je passe pour un maudit fou, là. Mais non, je
ne ments pas. Aussi, n'allez pas croire que j'écris la présente pour
vous en mettre plein la vue. Je n'essaie pas de jouer au prétentieux.
J'écris les choses comme elles sont et... vous en faites ce que vous
voulez. Vers l'âge de 10 ans, mon père a bien vu que je ne prendrais pas
sa relève, un jour, en tant que fermier. Jamais je ne pourrais saigner
un cochon ou couper la tête à une poule. Et pourtant, croyez-le ou pas,
j'ai déjà fait du trappage à l'adolescence et j'ai déjà pendu un chat
sur une corde à linge. Honte à moi. Donc, papa a vendu les animaux et tout le matériel de la ferme. Il
a même défait, (jeter à terre), tous les bâtiments, sauf la grande maison
et le hangar à l'arrière. Mais il n'a pas vendu le terrain. Terrain
est un bien petit mot car ça comprend également les champs, la montagne,
la forêt et un "pitt de sable". Et nous sommes allés habiter
chez grand-maman, la mère de mon père, au village de Bouchette. C'est là que j'ai fait connaissance de mon premier ami ...à deux
pattes : Matheus. Facile à comprendre pourquoi nous étions devenus rapidement
les meilleurs amis du monde: animaux, forêts... et l'imaginaire. Avec
une simple branche d'arbre, comme une baguette magique, nous pouvions
imaginer tout un monde, tout un univers. C'était peut-être là un présage
au fait que beaucoup plus tard, adulte, je me suis tourné vers les littératures
et l'illustration de science-fiction et de
fantastique. Donc, je passais la plus grande partie de mon temps avec Matheus
(ça se prononce: matéeusse) ...le chat de grand-maman et ceux des voisins,
que je fréquentais en cachette. Matheus et moi étions presque des inséparables. Tellement qu'un jour
maman, alors qu'elle ne voulait pas que j'aille le rejoindre parce que
nous allions dîner, m'a dit : "Tu es tellement souvent avec lui,
alors pourquoi tu n'emménages pas chez lui?". Désespoir. Encore une fois. L'année suivante, on m'arrachait à nouveau
de ce que j'aime. Il y a eu mon chien Pitou et là, c'était Matheus.
Nous sommes déménagés à Hull, une grande ville. Je n'en dis pas plus
car la suite est écrite dans Grains
de sable. En gros, "l'éducation" des parents et des professeurs s'est
arrêtée quand j'ai eu 17 ans. J'ai quitté la maison pour partir à l'aventure
dans l'ouest canadien. En fait d'études, je crois que j'ai un Secondaire
I. Enfin, on m'a déjà dit que la huitième année correspond au Secondaire
I. J'ai donc énormément voyagé, en auto-stop, en train, en train de
marchandises... C'est en voyageant que j'ai appris tout ce qu'on n'apprenait
pas sur les bancs d'école ni à la maison: vols, mentir, l'homosexualité
(non, je ne suis pas gai), prisons, langage vulgaire, etc. C'est donc
en voyageant que j'ai aussi appris tout ce qu'on ne voulait pas nous
apprendre, dont la sexualité. J'ai aussi appris à me construire une
carapace. Mon seul talon d'Achille : mon hypersensibilité. On ne peut
venir me chercher que par les émotions. Puis, sur le tard, j'avais dans la trentaine je crois, j'ai renoué
avec la musique. Puis,
encore plus sur le tard, la découverte de l'illustration,
l'écriture,
la littérature, la critique,
etc. J'ai touché à mille métiers, dont (pêle-mêle) débardeur, plongeur,
chef-cuisinier, laveur de vitres, caissier, "trail-rider"
dans un ranch, pompiste, moniteur en éducation physique, illustrateur, critique de livres, journaliste-pigiste
pour une revue de rock, donner des spectacles, publié des nouvelles, des expositions,
directeur d'une collection-jeunesse pour un éditeur, lecteur-recherchiste
et archiviste en science-fiction et fantastique... et même publié une
revue. Et aujourd'hui,
je suis un mordu de l'informatique. J'habite un petit appartement en compagnie de ma chienne Soya. J'ai un fils qui habite pas très loin de chez moi. Mon appartement est un capharnaüm de livres, d'albums bédés, de revues, de fanzines, de K7, de CDs, de disques vinyl... et je vis dans la désillusion de ce monde. Avec moi, on ne pouvait rien faire. J'obéissais toujours à contre
coeur aux ordres. Comme aujourd'hui. Difficile à changer, un caractère.
Ne vous demandez pas pourquoi je suis si bien à vivre seul avec ma chienne
Soya et que je fuis les gens qui donnent des ordres. Au fait, je tiens à préciser que «la ferme» ne fut pas vendu. Ce
sont les animaux et tout le matériel qui fut vendu. Quand je parle de
«la ferme», je devrais dire LA TERRE. La terre à papa est immense. Près
de 600 acres si je ne m'abuse. Elle comprend des terrains à perte de
vue avec une énorme montagne, un "pitt de sable", une seconde
montagne mais plus petite celle-là et où ma soeur et moi allions cueillir
les framboises, et il y a un marais en plein coeur de la forêt. Ce n'est
que depuis environ 20 ans que mon père a décidé de vendre des petits
lots de terrain. Ce qui l'a poussé à agir ainsi, je crois, c'est que
le Gouvernement a un jour décidé qu'une nouvelle grande route (highway)
passerait sur la terre de papa, coupant celle-ci du quart. Mais sûrement
que je me répète dans mes propos. Même si mon papa n'était plus fermier depuis belle lurette, cette
nouvelle, c'était comme si on l'amputait d'une main. Papa a toujours
aimé sa terre. Même qu'il a construit un petit chalet à l'orée de la
petite montagne, près de la ferme de monsieur Gagnon, et où, presqu'à
chaque fin de semaine mes parents se rendaient, ainsi que ma soeur et
mon beau-frère. Moi, je suis le mouton noir, celui qui a toujours eu le cul assis
entre deux chaises, qui n'en fait qu'à sa tête, qui... (12 mars 2003) |
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