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et le v�lo

9 d�cembre 1995

Retour de Boston

Cent fois pendant mes vacances j'ai dit tiens, il faudrait que je note �a. Mais je ne le notais pas parce que j'�tais en vacances. Et voil�, maintenant je ne me souviens pas du tout de ce que je voulais vous dire...

Vous allez bien ?

Vous vous rappelez, il y a un mois, quand je vous ai laiss�s, vous vous appr�tiez � vous engouffrer dans le vent du changement promis par Daniel Johnson le matin m�me du r�f�rendum : �J'invite les Qu�b�coises et les Qu�b�cois � voter non et � s'engouffrer dans le vent du changement.�

Pis ? Avez-vous senti une petite brise, un courant d'air, quelque chose ? Moi rien. Je tenais ma tuque � deux mains, j'avais compris �vent� dans le sens d'un ouragan, d'un tourbillon de changements mon vieux... Mais je vois ici dans le dictionnaire que �vent� a aussi le sens de gaz intestinaux, (vent de cul), ajoute le Petit Robert entre parenth�ses. �a doit �tre �a. Un pet de lapin quoi.

Anyway. Parlant de lapin, j'ai eu 55 ans pendant mes vacances. Vous ne voyez pas le rapport ? C'est parce que Bugs Bunny aussi a eu 55 ans. Ils l'ont dit � la radio. Ils l'avaient d�j� dit quand j'avais eu 50 ans : aujourd'hui Bugs Bunny a 50 ans. Un jour j'aurai 83 ans, un autre jour 112 et chaque fois ce sera comme ce foutu lapin. Fait chier d'avoir le m�me �ge qu'un lapin...

Je cours comme un lapin, par exemple. Je me suis remis au jogging pendant mes vacances, eh monsieur, �a flye ce p'tit vieux l�...

Qu'est-ce que j'ai fait d'autre pendant mes vacances ? Ah oui, je suis all� faire dans le bout de Boston...

Je suis all� p�daler quelques jours dans la presqu'�le de Cape Ann, � moins d'une heure de Boston. La mer mon vieux. En golfes brumeux et en rochers gris. La mer que je ne d�teste pas quand c'est juste de l'eau, mais c'est tellement d'autres conneries la mer, entre autres, tellement de bungal'eau.

Anyway. � l'aller j'ai fait �tape � Lawrence, petite ville du nord du Mass au bord de la rivi�re Merrimack. Comme bien d'autres villes industrieuses de la Nouvelle Angleterre, Lawrence s'est peupl�e de Canadiens fran�ais vers le milieu du si�cle dernier, qui venaient travailler dans les usines textiles.

Aujourd'hui, comme des grands navires naufrag�s, les usines textiles d�saffect�es dressent leurs carcasses de briques dans le trou de beigne du centre-ville.

J'ai fait dans Lawrence une promenade troublante, me demandant quel r�f�rendum avaient bien pu perdre ceux-l� dont les enseignes p�lies, d�glingu�es, annon�aient des Poliquin Insurance, des B�langer Real Estate, des Doucette Moving, des Racicot Funeral Home.

Au retour, � quelques milles au nord de Lawrence, � Derry, au New Hampshire, un antiquaire m'a dit : �Nos ennuis ont commenc� il y a quinze ans, quand un r�glement pour limiter les constructions r�sidentielles a �t� d�fait. Les d�veloppements ont fait de notre vivante cit� a commuter town, une ville-dortoir. � l'�poque, les partisans du d�veloppement brandissaient la nouvelle devise du New Hampshire : �Live free or die�...

Quand on parcourt l'Am�rique profonde, on a parfois l'impression que c'est tout un continent qui est devenu dortoir . Sleep free and die.

Pas Boston bien s�r. Boston c'est ce que l'Am�rique a de mieux � nous montrer. Vieille ville douillette, riche d'une urbanit� raffin�e. Riche tout court. Ici pas d'ultimatum du genre �live free or die�. C'est l'avantage d'�tre riche, t'es pas oblig� de mourir si t'es pas libre, tu peux aussi choisir d'aller manger des truffes au restaurant du coin...

Anyway. � peu pr�s au m�me moment o� Montr�al tressautait sous les bombes des Hells, Boston �tait tout occup� d'un sanglant r�glement de comptes. Quatre mafieux venaient d'�tre froidement abattus par le propri�taire du restaurant o� ils d�naient.

Je me suis retrouv� avec mon v�lo dans le cort�ge fun�bre dont la queue s'�tirait presque jusqu'au vieux Garden. Les quatre corbillards attendaient devant la petite �glise Saint-L�onard, rue Hanover, la �main� du North End, le quartier italien. Les milliers de curieux et la presse �taient contenus sur les trottoirs par un cordon de policiers. Devant le Caff� dello sport (dont les �o� sont des ballons de soccer), de jeunes porte-flingues de la maf, le regard cach� derri�re des lunettes noires, surveillaient la foule.

Les cloches de l'�glise ont salu� la sortie des cercueils. Les veuves, en cheveux, suivaient les porteurs. Avant qu'on enfourne le premier cercueil dans le corbillard, une sorte de magicien, portant haut-de-forme, a lib�r� une douzaine de tourterelles blanches qui se sont mises � picorer l'asphalte au lieu de s'envoler. Le magicien a fait mine de leur donner un coup de pied. Un enfant s'est �chapp� de la foule pour essayer d'en pogner une. Les quatre corbillards se sont enfin �branl�s, � leur passage, les policiers ont salu� en portant la main � leur casquette.

Quand j'ai voulu entrer mon v�lo dans la petite �picerie o� je fais provision de p�tes, l'�picier m'a dit : � Tu peux le laisser dehors. Il n'y a pas de voleurs dans le quartier �.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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