![]() et le v�lo |
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Qu�bec, 9 ao�t 1994
Dans le fascicule qu'on a re�u un mois avant de partir, la liste des articles � apporter au Grand Tour commen�ait ainsi: quatre paires de bas de coton.
Ma fianc�e, comme jadis ma m�re, a l�g�rement paniqu�: �Mais tu n'as pas quatre paires de bas de coton!� Cela m'a mis incroyablement de bonne humeur et vous ne le croirez pas, c'est finalement ce qui m'a d�cid� de partir...
Cela et l'id�e de rencontrer des gens. 1000 cyclistes, quelle aubaine. Je me disais, je vais �crire des chroniques pleines de gens qui parlent. Ce n'est pas �vident...
Si les gens me parlent. Bonjour monsieur. Bonjour madame. On roule un peu. Ils me disent que c'est beau, qu'ils sont contents.
Lyne a 31 ans et vient de Cornwall. Elle a entendu parler du Grand Tour par La Presse. Desneiges Lanthier roule sur un vieux v�lo, tout doucement. Son mari est loin devant.
-C'est joli �Desneiges�...
-Vous l�...
Quand les gens me reconnaissent ils se m�fient. Je ne sais pas pourquoi.
Jane est fonctionnaire et Jacques est op�rateur de machinerie lourde, on les dirait en voyage de noces. Fran�ois Cloutier, prof � Rouyn-Noranda m'a parl� de la fiert� -des fois bien mal plac�e- de l'Abitibi. Paul B�langer et Andr� Jacques de Saint-Hyacinthe roulent toujours ensemble, vite. Ils me posent des questions sur le Tour de France aux haltes.
Les gens parlent. Des petites choses qui n'ont d'universel que leur aimable banalit�. Ils disent qu'ils sont contents, que c'est beau, m�me si ce n'est pas tout � fait vrai comme aujourd'hui.
C'�tait ordinaire aujourd'hui, jusqu'� la halte de Deschambault. Et m�me apr�s. Le fleuve, le fleuve qu'ils nous disaient. Mais on ne le voit pas si souvent, le fleuve...
� Saint-Augustin, un cycliste qui n'�tait pas du Grand Tour m'a rejoint. Il m'avait reconnu. �Vous ne devinerez jamais quel m�tier je fais, monsieur Foglia.� Je n'ai pas devin� en effet. Il �tait policier. Le sergent Baillargeon du bureau de Qu�bec de la GRC. Il m'a montr� la maison en vente de Pierre Pag�, la gentilhommi�re de madame Pauline Marois, le ch�teau de monsieur Lemelin. Dieu qu'on est riche dans Cap-Rouge... On s'est arr�t� � l'ancienne cabane � sucre de Guy Lafleur o� des touristes allemands go�taient � de la tire sur de la glace. Au mois d'ao�t. Dieu que les touristes sont cons partout...
Le sergent Baillargeon m'a fait la conversation jusqu'� l'universit� Laval o� le Grand Tour a ses p�nates. Il m'a dit plein de choses intelligentes, que je ne r�p�terai pas. Dans la police l'intelligence est parfois per�ue comme une infirmit�...
Je suis arriv� vers deux heures. Il est 19h30 et tout le monde n'est pas arriv�. Pour beaucoup, la journ�e a �t� tr�s dure. Mais ce sont les plus �prouv�s les plus heureux. Ils n'arrivent pas de Trois-Rivi�res comme moi, mais du fond du d�sert. Ils sont compl�tement morts, et pourtant, allez comprendre cela, ils n'ont jamais �t� plus vivants.
Carnet de route
L'humeur du jour : curieux. Au d�part de Trois-Rivi�res, presque tout le monde avait en t�te la c�te de Cap-Rouge qui nous attendait en fin de parcours. Le bonheur est une petite c�te que l'homme monte cent fois dans sa t�te.
Le mot du jour : �Attention les filles, la vitesse rend st�rile!� C'est de moi. Aux trois filles qui m'ont pass� sous le nez, du c�t� de Donnacona, alors que je roulais d�j� autour de 30.
Aujourd'hui : repos � Qu�bec.
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