![]() et le v�lo |
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Trois-Rivi�res, 8 ao�t 1994
Louiseville est un gros village ingrat qui ne m�rite pas d'�tre le berceau de Jacques Ferron, sans doute le plus grand �crivain qu�b�cois... Il est vrai que lorsque Ferron y est n� en 1921, Louiseville devait �tre jolie, toute rassembl�e autour de son �glise. Mais comme partout des connards de petits hommes en affaires sont venus en faire �un centre dynamique�, et il y flotte maintenant un air d�labr� de gueuserie �pici�re.
Reste l'�glise Saint-Antoine de Padoue. Magnifiquement provinciale, surtout hier, � l'heure de la grand-messe, alors que la fanfare, pardon, alors que l'Harmonie de Saint-J�r�me avait d�ploy� ses 40 musiciens sur le parvis.
� l'int�rieur, l'�glise �tait pleine comme � P�ques et il y r�gnait une atmosph�re de gaiet� enfantine, des enfants couraient partout, il y avait des poussettes dans les all�es, on se serait cru � un party dans une garderie...
-Que se passe-t-il? ai-je chuchot� � mon voisin de droite debout, comme moi, au fond de l'�glise...
-C'est la messe de la famille qui cl�ture la semaine de la famille � Louiseville...
En avant, le cur� venait de passer le micro � une madame qui nous a dit que Dieu avait invent� la famille (je tiens de bonne source qu'il a aussi invent� la r�pe � fromage et la poche sur le ventre des kangourous, anyway).
Au fond de l'�glise, mon voisin �tait un grand monsieur qui tenait un b�b� dans ses bras. Claude Desaulniers, sculpteur de canards de bois...
-�tes-vous dans les catalogues, lui ai-je demand� en chuchotant...
-Oui. Toute la famille. Nous sommes cinq � sculpter des canards de bois...
-Pensez-vous que Dieu a aussi invent� les canards?
-S�rement...
-Pensez-vous qu'on aura un jour la semaine du canard et la messe du canard?
La maison natale de Jacques Ferron est une tr�s belle maison victorienne au bout du village, juste avant le pont qui enjambe la rivi�re du Loup.
C'est aujourd'hui un �bed and breakfast� tr�s �Pompadour�, avec grand salon d'apparat, meubles d'�poque et tableaux anciens.
En bon groupie j'ai voulu voir la chambre -minuscule- de l'�crivain. C'�tait ici qu'enfant, il lisait les contes qui lui ont donn� l'id�e d'�crire l'Am�lanchier, ce petit chef-d'oeuvre qui nous envoie rejoindre Alice de l'autre c�t� de son miroir.
Lisait-il tout haut, lui qui disait que l'�criture part de l'oral et doit y revenir?
Carnet de route
L'humeur du jour: le monde capote mon vieux. Les petits rangs de l'arri�re pays de Berthier, Saint-Cuthbert, Saint-Barth�l�my, semblent avoir �t� trac�s expr�s pour faire du v�lo. Pas d'accident. Pas de vent. Le petit J�sus p�dale avec nous.
Fabuleux: la bouffe. Au menu hier soir, salades, couscous, curry de poulet et de porc, �minc� de boeuf, desserts, et... et non, ils n'ont pas retenu les services du cuisinier tib�tain de mon exp�dition de l'automne dernier.
Le mot du jour : la vie est trop courte pour se faire chier � monter des c�tes en bicycle si c'est pas un Marinoni (des gars de Saint-Hyacinthe qui parlaient v�lo � la halte de Maskinong�)...
L'orgasme du jour : l'entr�e dans Trois-Rivi�res. Un grand boulevard de merdes totales, mais �a c'est comme partout.
Le grand sp�cial hier : pour fond sonore, les vroum-vroum! du Grand Prix automobile de Trois-Rivi�res. Deux kilom�tres de marchands de chars et au loin �a fait vroum-vroum. Je crois que j'ai un petit peu �jacul� dans mes cuissards.
Aujourd'hui : Trois-Rivi�res-Qu�bec par la 138. Et �a mon vieux, �a risque d'�tre beaucoup moins dr�le...
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