![]() et le vélo |
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Joliette, 7 août 1994
« Gérard ! Gérard ! Dépêche ! C'est la gang de fous qui s'en vont à Québec en bicycle à pédales ! » ... C'était dans Mascouche, devant la porte d'un dépanneur. Une blonde avec une voix fatigante et des lunettes en forme d'ailes de papillon.
Et de un, niaiseuse, on allait à Joliette. Pas à Québec.
Et de deux, épaisse, ton Gérard n'avait pas besoin de se dépêcher vu que les 1150 cyclistes du Grand Tour s'échelonnaient sur plusieurs kilomètres, il en avait pour la matinée à les voir passer.
Et de trois, on n'était pas une gang de fous.
J'ai rarement vu foule plus sage que celle-là. Pas de cohue au départ du Centre Claude-Robillard, le flot des cyclistes a remonté la piste cyclable, traversé le pont Viau et s'est écoulé, tranquille, sur le boulevard Lévesque le long de la rivière des Prairies...
Le Grand Tour était parti. Une première au Québec. Sur un modèle éprouvé ailleurs, les organisateurs du Tour de l'Île - Suzanne Lareau et son équipe - lançaient ce printemps cet événement-vacances un peu spécial, un grand voyage à vélo d'une semaine, à prix abordables, $375 sous la tente, $550 à l'hôtel. Ils avaient limité les inscriptions à 1000, à leur grande surprise, en cinq semaines, les mille places étaient prises, et la liste d'attente s'allongeait.
J'avoue mon étonnement aussi. Et ma légère appréhension. Je n'ai pas la pédale plus conviviale qu'il ne le faut, je ne savais pas à quoi m'attendre et je ne le sais toujours pas. Je sais seulement que je n'ai jamais roulé avec une foule plus hétéroclite que celle-là. Il y a de tout, du speedé, du granole, du cyclo à sacoches, du promeneur, de tout. De ce tout dont on fait un monde. Et avec ce monde-là j'ai passé une journée délicieuse.
C'était peut-être la plus belle journée de l'année pour faire du vélo, fraîche, ensoleillée, vent léger, décor étonnamment bucolique. On est toujours surpris à Laval par ces bouts de campagnes ouateuse, jalonnées de monumentales églises, et passé le vieux Terrebonne et l'Épiphanie, du côté de Crabtree, surpris encore par les derniers champs de tabac, dans une sorte de campagne exténuée et presque illégale.
Un peu avant Joliette, j'ai rejoint une jeune femme sur un vieux Raleigh des années 70, Maryelle Roberts-Lépine de Longueuil. Un mari et trois enfants, qu'elle a laissés à Longueuil pour s'embarquer seule dans le Grand Tour. Si vous me demandiez c'est quoi le Grand Tour, je vous dirais que c'est justement cela: une échappée belle. Des vacances un peu folles que prennent des gens très sages.
Carnet de route
Le mot du jour : de Phil Latulipe, 75 ans : «Avoir 75 ans c'est descendre un rapide en canot, sans savoir où est la cascade...
L'horreur du jour : sur le boulevard des Mille-Iles, à Laval, à côté d'une belle maison de pierres, la monstrueuse enseigne de la «Marina BO-BI-NO». Crétino.
Un accident : une dame est tombée en accrochant la roue de son mari. Fracture de la clavicule.
Fatigués : dix cyclistes (sur 1150) ont terminé l'étape dans les véhicules de dépannage.
L'humeur du jour : beau fixe. Les gens étaient super contents. Contents d'une si belle journée, de l'organisation, mais surtout contents d'eux, d'être en forme, d'être en vie.
Demain : Joliette-Trois-Rivières, 95 kilomètres.
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