Cliquez sur >> � droite pour faire dispara�tre les annonces. Page optimis�e pour Internet Explorer


et le v�lo

Montr�al le 4 ao�t 1994

L'intellectuel

Un v�lo avec des sacoches rouges �tait accot� sous la fen�tre du poste de douane. � l'int�rieur, j'entendais le douanier am�ricain indiquer au cycliste la route pour Glen Sutton...

- Envoye donc, m'impatientais-je, en me massant le mollet...

Quand j'arr�te trop longtemps, j'ai le mollet qui fige comme un pilon de canard dans son confit. J'�tais � v�lo aussi, �videmment. Ma longue sortie de la semaine. St-Armand-Jeay Peak et retour par le m�me chemin.

- Envoye donc, m'impatientais-je, en examinant le v�lo aux sacoches rouges. Je me vante volontiers de deviner, � la monture, le genre de cavalier. Montre-moi ton v�lo, je te dirai qui tu es. Celui-l� �tait un bon v�lo de cyclotourisme, tout nu, sans cale-pieds ni odom�tre, et je me suis dit qu'il devait appartenir � un de ces intellectuels solitaires de la p�dale, souvent des scientifiques - les litt�raires sont plus port�s vers la performance - qui attendent du v�lo une r�v�lation, un � rythme hypnotique � qui les am�nera � l'extase dans l'asc�se.

Le douanier et le cyclo sont enfin sortis du poste de douane.

- Voil� justement l'homme qu'il vous faut, dit le douanier, en me d�signant. Vous n'avez qu'� le suivre...

- Je n'aime pas suivre, r�plique vivement le cyclo. Je ne m'�tais pas tromp� : un intellectuel � p�dales. J'aurais gag� un prof de maths ou de chimie. � Je fais du v�lo pour me retrouver tout seul �, a-t-il encore lanc�, � mon intention...

Il m'a suivi pareil. Il n'avait pas vraiment le choix. De la douane, il y a juste une route qui plonge jusqu'� Richford. Je l'ai guid� dans le village, et il s'est amadou� un peu. On devait se s�parer au pied de la mont�e de Jay Peak, lui prenant � gauche vers Glen-Sutton, moi montant tout droit...

- Mais vous pouvez aussi monter tout droit avec moi, ai-je laiss� tomber � la derni�re seconde. En fait, pour aller ou vous allez, c'est plus court tout droit...

C'�tait vrai � moiti�. Un peu plus court, mais beaucoup plus montagneux, plus difficile.

- OK, a-t-il mordu, je vous accompagne...

J'�tais de plus en plus s�r que c'�tait un de ces intellectuels qui vont ponctuellement � faire souffrir leur corps � pour compenser leurs longues p�riodes d'inactivit� physique, et je lui parlais silencieusement. � T'aimes �a te retrouver tout seul avec ta douleur? �a te fait jouir la r�demption du corps par la mortification ? Tu vas �tre servi mon coco ... �

Jay Peak c'est 12 kilom�tres de mont�e. Les six premiers �a va. Je l'attendais en roulant juste un petit poil plus vite que lui, juste ce qu'il fallait pour l'essouffler sans le d�crocher. A mi-pente, l� o� la route redresse vraiment du nez, il �tait fait � l'os. Je l'ai laiss� en m'excusant : � Je vous attends en haut�...

En haut j'ai bu, j'ai mang�. Et puis je suis redescendu. Quand je l'ai crois� il �tait encore � trois kilom�tres du sommet. Exsangue, il marchait � c�t� de son v�lo dont il se servait comme d'une b�quille. Il avait l'air plus que jamais d'un prof de chimie apr�s 18 heures de cours sans arr�t� des techniques polici�res...

- �a va ? Faut boire un peu.

- Je suis br�l�.

- Bof, il vous reste juste trois kilom�tres. Au fait vous enseignez quoi ?

- Enseigner ? Je n'enseigne pas. Je suis chauffeur d'autobus � Montr�al. La 55. C'est pour �a que je fais du v�lo, pour me retrouver tout seul. Vous comprenez, le trafic, les gens tout le temps. J'aime �a rouler seul. Tranquille. Mais l� c'est vraiment difficile, je n'aurais pas d� vous �couter...

Hon !

Je suis rentr� � la maison, la t�te dans les guidons. Mais ce n'�tait pas pour aller vite. J'avais honte un peu, je crois. Je vous dois une balade monsieur le chauffeur d'autobus. Appelez-moi. Je vous promets des chemins paisibles et d�serts qui montent � peine dans des sous-bois plein de m�res. Je vous promets des grillons, des oiseaux qui chantent en mesure et rien d'autre.

Appelez-moi que je vous donnerai mon plus beau sentier. Et je vous promets, surtout, de ne pas vous accompagner.

O

(...)

Si vous voulez vous donner un petit frisson, ces jours-ci, vous devriez �couter le naus�eux radotage des � amateurs de sport � sur les lignes ouvertes sportives. Et si vous voulez vous donner le vertige, pensez que ces gens-l� iront voter le 12 septembre. Pouvez-vous me dire un truc ? Comment se fait-il que l'homme qui fait du sport � tendance � s'�lever, alors que l'homme qui parle de sport � tendance � devenir compl�tement con ? C'est quand m�me curieux non ? La m�me cause, et des effets si diff�rents...


page mise en archives par SVP

Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
Consultez notre ENCYCLOP�DIE sportive

Hosted by www.Geocities.ws

1