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et le v�lo

31 juillet 1984

En passant par les vacances

Il pleut.

C'est normal, je suis en vacances !

Mais je n'ai pas le droit de me plaindre. Je n'ai eu que deux jours de pluie depuis que je suis parti� Ah oui, une autre fois aussi, au Lac Saint-Jean, � Sainte-C�ur-de-Marie ou de J�sus, comme je ne veux insulter personne, disons � cinq heures moins le quart et n'en parlons plus� Pas un arbre, pas une maison pour m'abriter, surpris en plein champ, lav� � grandes eaux. Cinq minutes apr�s, gros soleil, le Mauve et moi nous fumions comme des chevaux apr�s la course.

O� je suis maintenant ? En vacances, je vous dis. Enfin, je le serai vraiment quand cette chronique sera finie. Mais il n'y a rien qui presse, on peut jaser encore un peu. De toute fa�on, il pleut. Je ne roulerai pas aujourd'hui.

Ce que je ne vous ai pas dit de mon voyage, ah mon Dieu non ! Pensez, un mois par monts et par vaux�

Bien des veaux oui ! Une fois, dans un motel de l'autre bord de Shawinigan, je demande au bonhomme de la r�ception si je peux me servir de son t�l�phone pour un appel � frais vir�s� �Envoye fort !� qu'il me r�pond. J'installe mon petit ordinateur sur son comptoir, je branche les �couteurs�

- Qu�c��a ?

Je lui explique.

- Non, non ! D�plogue-moi �a toute suite� Voyons donc ! Journaliste ! � bicycle ! Me prends-tu pour une valise ? Pis un ordinateur ! Dans le t�l�phone ! Conte-moi donc des peurs ! D�plogue �a j't'ai dit, es-tu sourd�

�a, c'est mon plus long d�tour. Par le fin fond de l'Afrique. Au plus profond de la brousse chez les pygm�es. Ce jour-l�, j'ai d� envoyer ma chronique par tam-tam et signaux de fum�e�

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Un mois par monts et par vaux, et par veaux. Mais d'autres animaux aussi. M�me une fois, des gu�pes�

C'�tait un apr�s-midi o� il faisait tr�s, tr�s chaud. J'�tais assis � l'ombre, sur les marches d'une chapelle abandonn�e, quand une gu�pe me passe entre les jambes et dispara�t, puis une autre prend le m�me chemin, et une autre encore. Elles avaient leur nid sous les marches pourries o� j'�tais assis. Je n'ai pas boug�, surveillant leur va et vient. Il y en avait de deux sortes, des boudin�es comme des saucissons, et des bouffies z�br�es, s�rement des frelons. Soudain, il y en a une qui s'avise que ma bouteille est rest�e ouverte. Dedans il y a du jus, de raisin je crois bien. Elle entre par le goulot, go�te, et pas �go�ste, ressort annoncer la bonne nouvelle aux autres. .. Eh bien, elles sont toutes venues boire un coup�

De tout le voyage, c'est la fois o� je suis all� le plus loin. Je veux dire le plus loin au c�ur de la chaleur de l'�t�.

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Une autre fois, un matin tr�s t�t, ce fut un chien. Un b�tard tout noir. Il est sorti d'une cour, a travers� la grand-rue du village... Il allait d'un pas press� et joyeux, en remuant la queue. Il est all� dire bonjour � un autre chien attach� dans la cour du garage, puis il a piss� sur une porte de jardin, je suis s�r la m�me tous les matins. Un peu plus loin, il est mont� sur une galerie, a japp�. Une vieille est sortie, l'a flatt�, lui a donn� un biscuit. Il est reparti, a disparu. Puis il est revenu, par l'autre c�t� de la rue. Comme quelqu'un qui a compl�t� une tourn�e, je suis s�r la m�me tous les matins, qu'il fait les yeux ferm�s. Il est pass� � deux pas de moi :
- H� le chien !

Il s'est arr�t�. M'a regard�, �tonn�, et a pass� son chemin, l'air de me dire : �J'te connais pas, toi !�

C'est la fois que je me suis senti le plus loin. Au c�ur de rien. Ni de personne.

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Toutes sortes d'animaux disais-je, et une sorci�re au motel �La Truite�, � une dizaine de kilom�tres au sud de Saint-Georges-de-Beauce. J'y arrive tard. Tr�s fatigu�. Et plus encore affam�. Je demande si je pourais manger quelque chose�

- Au prochain village, � deux milles !
- C'est que je viens d'en p�daler 70� Me feriez-vous un sandwich ?
- Non !

Je refais une tentative un peu plus tard.
- Juste une tranche de pain, madame, sans rien dessus�
- Non !

Lorsque j'ai t�l�phon� � frais vir�s, elle m'a charg� 50 cents� pour le d�rangement ! � ma connaissance, le seul h�tel qui pratique encore ce genre d'arnaque, c'est le Waldorf Astoria � New York. Cependant, au Waldorf, la t�l�phone est dans la chambre, alors qu'au motel �La Truite�, l'unique t�l�phone est derri�re le bar et tout le monde �coute quand tu appelles ta blonde. Et puis au Waldorf, le matelas ne s'effoire pas � terre quand tu t'assois dessus, et la douche fonctionne�

Bref, je disais toutes sortes d'animaux. Ici une truite. Mais je pense bien que le dernier �t� est de trop.

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J'ai aussi appris des trucs durant ce voyage. Justrement un truc que je cherchais depuis que j'ai d�m�nag� � la campagne : comment fait-on, lorsqu'on vient de la ville et qu'on s'installe dans un village, comment fait-on pour se faire adopter par les gens du village, disons dans un d�lai raisonnable ?� Par adopter, je veux dire qu'ils cessent de vous traiter comme si vous �tiez un espion sovi�tique, et par d�lai raisonnsable, j'entends moins de trois g�n�rations�

C'est Jean Grondin, le maire de Sainte-Marcelleine dans les Laurentides, qui m'a donn� le truc. Montr�alais install� depuis seulement dix ans � Sainte-Marcelline, il a r�ussi l'exploit de se faire �lire maire apr�s si peu de temps� Son truc ?

- C'est simple, tu chantes � la messe le dimanche !

Je vais essayer �a en revenant ! Justement, j'en ai appris une nouvelle que j'aime beaucoup. Mais je vous en ai parl�, vous savez le refrain pr�f�r� de m�m�re de Sainte-Trinit�-des-Monts : �Le maringouin est une bibi-i-te qui pi-i-que��

Ah m�m�re ! �a, c'est la fois o� je suis tomb� en amour� Elle m'en a sorti une sucr�e que je ne vous ai pas racont�e� Mine de rien, elle me dit :
- Vous, vous �tes s�rement divorc� ?
- Oui, m�m�re, je le suis.

Une silence, puis :
- En tout cas, dans mon temps, �a ne se faisait pas�

Un autre silence, puis :
- Et m�me en supposant � en supposant ! J'�tais bien trop occup�e ! J'aurais jamais trouv� le temps !

Hon, hon m�m�re ! Voulez-vous dire que si vous aviez pu trouver cinq minutes de libre� vous les auriez longuement �tir�es ?

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Si j'ai bien mang� ? Une fois. Chez les Bouliane � Normandin. Et pas trop mal � l'h�tel Saint-Louis � Rimouski (encore que Madame Kayler devrait y retourner, on y exploite, abusivement, m'a-t-il sembl�, une de ses critiques qui date un peu et m�riterait d'�tre r�vis�e)�

Il faut bien le dire, � quelques tr�s rares exceptions pr�s, hors Montr�al, Qu�bec et Chicoutimi, le Qu�bec est un d�sert du point de vue de la gastronomie. On s'imagine encore que la fin du fin, c'est le T-Bone et les scampies, et pour caf� on vous sert neut fois sur dix, l'inf�me maxwell House� Voil� pour le couvert. Le g�te n'est gu�re plus original, de trop rares B and B, pas d'auberges� Tenez, l'autre jour, j'ai couch� � Portsmouth, une petite ville du New Hampshire d'� peine 40,000 habitants, j'avais le choix entre cinq ou six B and B, et autant d'auberges. Dans celle que j'ai choisie, magnifiquement art-d�co, dans le salon il y avait une carafe de porto � la disposition des clients� Allez trouver �a � La Tuque�

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Mais le plus beau coin o� je serais all� durant ce long voyage, c'est encore celui o� je serai demain. Et o� serai-je demain ? Je vous assure que je n'en sais encore rien !

Le plus beau moment de tout le voyage ? C'est celui qui s'en vient dans� trois, deux, une seconde�

Youppi, vive les vacances !

On se quitte ici. On se retrouve en septembre, peut-�tre m�me un peu plus tard.

En attendant, le Mauve se joint � moi our vous souhaiter une belle fin d'�t�


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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