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et le v�lo

10 juillet 1984

En passant par le Lac Saint-Jean

Des heures que je roulais, et toujours rien que la for�t, des rivi�res et des lacs. Je n,ai donc pas �t� tr�s surpris de tomber sur un ours. Gros, vieux et mal commode. C'�tait � la cabane d'un ZEC, l� o� les p�cheurs et les chasseurs doivent s'enregistrer�

- Savez-vous ou finit la Haute-Mauricie et o� commence le Lac Saint-Jean ?
- J'sais-tu moi ! Pis c'est pas un bureau de tourisme icittte !

L'�tudiant qui lui servait d'aide, vint me trouver dehors quelques minutes plus tard�

- Moi je suis du Lac. C'est pas m�lant, le Lac commence l� o� tu trouveras des gens plaisants qui r�pondront en souriant � tes questions !

Quinze milles plus loin, en entrant dans le village de Lac-Bouchette, une dame plaisante qui prenait le frais sur sa galerie, me r�pondit aimablement :
- L'Ermitage ? Vous voulez dire le sanctuaire ? C'est pas m�lant� � gauche jusqu'au garage et � gauche encore jusqu'au pont�

C'est pas m�lant le Lac Saint-Jean. C'est juste un peu plus loin. Mais j'y �tais, enfin.

Le lac lui-m�me, je ne le vis que le lendemain, apr�s une journ�e de repos � l'Ermitage (Le Mauve vous en parle plus bas)� Le lac lui-m�me m'est soudain apparu des collines qui surplombent Chambord. Magnifique point de vue dont je profitai � peine ne me disant : �Je ne verrai que lui les trois prochains jours puisque je dois en faire le tour��

Ignorant que j'�tais ! Je ne devais plus revoir le lac, ou si peu. � quelques �claircies pr�s, entre Val-Robert et Roberval, la route qui fait le tour par Saint-F�licien, Dolbeau, P�ribonka, Sainte-Monique et Alma ne longe pas les rives, elle s'en �loigne, m�me parfois beaucoup, comme � Dolbeau� Le tour du lac ? Oui, mais sans le lac ! Et par un itin�raire bien ordinaire. Par des villages sans pittoresque, et des petites villes quelconques. Ah pour �tre propre, c'est propre. Les gazons sont bien coup�s et les bungalows pimpants. Pimpants et pimpons, comme des casernes de pompiers. En mieux r�cur� c'est Brossard, c'est Repentigny, bref c'est nulle part�

J'ai trouv� tout au bout des terres, dans la plaine � l'ouest compl�tement, du c�t� de Normandin et Saint-Thomas-Didyme, j'ai trouv� le fond de l'air un peu moins dull. Tout comme la route qui �vite Alma, vers Chicoutimi, par Saint-Nazaire et Saint-Ambroise� mais l� on a d�j� quitt� le lac. Et on ne l'a toujours pas vu !

Le lac oubliez �a. C'est priv� Il appartient � l'Alcan, qui en contr�le le niveau, donc qui en contr�le les berges, qu'elle inonde ou ass�che selon ses besoins�

Le lac n'y allez pas pour lui, ni pour en faire le tour. C'est plein de trappes � touristes partout, o� l'on vous refile des soupes aux gourganes comme celle que l'on m'a servie � Val-Jalbert : une gourgane et quart dans un bol d'eau chaude et un peu d'orge pour �paissir�

Le lac, allez-y, courrez-m�me. Mais sachez-le avant de partir : sa beaut� est toute dans ses gens�

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Ce n'est pas assez de dire que les gens du lac sont plaisants� Nulle part ailleurs au Qu�bec, les gens ont autant de� comment dire, vous savez cette petite lumi�re dans l'�il qui fait toute la diff�rence de niveau entre les l�gumes, les humains et les veaux ? C'est frappant � ce point qu'on finit par se poser la question : �Mais enfin, pourquoi les gens seraient plus intelligents, disons plus subtils, plus vites, plus allum�s, plus ironiques aussi, au Lac Saint-Jean qu'ailleurs !��

Il est des questions qu'il vaut mieux ne pas se poser en vacances. Surtout quand on est de Sherbrooke ou de Hull ou m�me de Montr�al. Un coup que la r�ponse serait : parce qu'au Lac ils ont moins d'anglais. Je n'ai pas mis de majuscule expr�s. Je ne parle pas des individus, mais de culture. Je parle d'identit�, miraculeusement pr�serv�e, et assum�e sans complexe� Et je ne parle pas des intellectuels, je n'en ai pas rencontr�. Je parle des gens dans la rue, des cultivateurs dans les champs, des commer�ants, des enfants, je parle de culture populaire, quotidienne.

Il faut aller faire un tour au Lac, pour red�couvrir combien cette parlure du Qu�bec est belle. Si belle qu'ici les gens ne la parlent pas, ils la chantent� Qu'ils sont donc gras nos grasseyements � nous du sud, � nous, crapauds biculturels�

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Il faut aller au Lac Saint-Jean pour les gens. Et de pr�f�rence CHEZ les gens. Quand on ne conna�t pas, comme moi, il y a toujous les s�jours � la ferme ou les �g�tes du passant�, l'�quivalent des bed and breakfast. On peut y passer une nuit, une semaine, un mois.

J'�tais chez les Bouliane � Normandin, dans la plaine, pas loinde la route qui m�ne � Chibougamau. Germain et Anne-Marie Bouliane, fermiers. leurs trois fils, un couple de Montr�al en vacances vec leurs quatre enfants, et une jeune femme avec son b�b�, de Montr�al aussi. Tout ce monde l� en m�me temps, � la grande table de la cuisine, � l'heure du souper� Rien pour �nerver Anne-Marie, qui a d�j� �t� cuisini�re dans les camps de b�cherons� Ce soir-l�, elle nous a servi la soupe, un p�t� au brochet � en reprendre trois fois, ce que j'ai fait, et un g�teau aux bleuets, une pure merveille, je vous assure. Ajoutez � cela du pain maison, du beurre maison, de la cr�me fra�che, de la salade et de tomates du jardin� Et d�lire total, au petit d�jeuner du lendemain matin, de la confiture de fraises des bois. Avez-vous d�j� �t� aux fraises des bois ? Alors vous savez le temps que �a prend pour en ramasser un petit bol. Imaginez pour en faire des confitures !� Tout cela, la chambre et les deux repas, pour 24$�

Apr�s le souper, Germaine nous a emmen�s faire un petit tour de machine, du c�t� de bleueti�res de Saint-Thomas-Didyme., �su� son fr�re qu'a un domaine� Il nous a parl� de son travail � la ferme et de ses fils qui prendront � ou pas � sa succession� �L'a�n� gagne $11 de l'heure sur la pelle-m�canique dans le bout de Chibougamau, �a va-tu lui tenter de revenir faire le train ici, pour moins cher, sans compter ses heures ni tous les troubles ?�

Le lendemain matin, � six heures, je suis all� nourrir les poulets avec Anne-Marie, et enlever quelques mauvaises herbes dans le jardin. Un des enfants en vacances nous accompagnait. Il tenait Anne-Marie si fermement, si fi�rement par la main, que je n'ai pas eu besoin de lui demander s'il appr�ciait ses vacances�

Pour un ti-cul de la ville qui vit en appartement, tu parles d'une aubaine : une grande maison, des champs, des g�teaux aux bleuets, des minous, des poules, des vaches laiti�res, et en suppl�ment, le boutte du boutte : une grand-m�re !�

le mot du Mauve

On a pass� une bien belle journ�e chez les p�res capucins � l'Ermitage du Lac-Bouchette. C'est un sanctuaire d�di� � Saint-Antoine de Padoue, patron des causes perdues, et je trouvais que �a lui allait bien � mon esp�ce de p�daleux de p�lerin�

Le g�te est formidable, le menu de la caf�t�ria plus que satisfaisant, le site : une colline verdoyante au bord du lac Ouiatchouan. Les prix tr�s raisonnables, de $9 � $20 la nuit, � $120 par semaine pour un couple. Bien s�r, c'est la grande paix� J'ai rencontr� l� des gens pas plus catholiques que vous et moi qui y passaient la semaine, voire le mois�

Mais il a fallu que l'autre m�cr�ant se distingue, �videmment !� Au magasin d'objets de pi�t�, il a-tu pas trouv� un gratte-dos, vous savez ces petites mains de plastique au bout d'un long manche� Il en brandit une dans les airs, et dit � la vendeuse : �Tiens comme c'est curieux, je connaissais le doigt de Dieu, mais j'ignorais qu'on pouvait s'acheter toute Sa main pour se gratter le dos. C't'avantageux !�


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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