![]() et le vélo |
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21 août 1974
Celui que les Européens désignent comme le plus grand coureur cycliste de tous les temps, le Belge Eddie Merckx est arrivé hier après-midi à l'aéroport de Dorval où l'attendait toute la colonie flamande de Montréal.
Drapé dans un costume brun de coupe anglaise, cravate barrée de bleu, chemise blanche, visage sombre et lippe boudeuse, Eddie Merkx n'a rien changé à son personnage en l'honneur de I'Amérique : ténébreux, voire taciturne et aussi avare de mots que de sourires.
«Est-ce que la blessure qui vous a handicapé une partie de la saison vous permettra quand même de défendre vos chances dans ce championnat du monde ?» La bouche crache un oui rond comme un noyau de cerise.
Pour en savoir plus, il a fallu faire confirmer par d'autres coureurs belges que le grand Eddie s'est soigneusement préparé pour ce championnat, que sa blessure (bien mal placée) est cicatrisée, et qu'il n'est pas venu à Montréal en touriste.
«Vous savez sans doute que Felice Gimondi est incertain et de toute façon diminué par la chute grave qu'il a faite la semaine dernière en Itatie». Merckx hausse les épaules. Pour un peu il nous demanderait : «Qui c'est Gimondi ?». Ce n'est pas vraiment de la prétention, c'est de l'absence. Merckx est bien arrivé, mais il n'est là pour personne. Il attend dimanche pour se rappeler un bon souvenir de tout le monde.
Aucun des coureurs (quelques centaines tout de même arrivés à Montréal depuis le début des championnats du monde), ne s'était plaint jusqu'ici de l'hébergement. Hier, les Belges et Eddie Merckx en tête ont trouvé les chambres de la tour des vierges trop petites !
Calme mais tétu, Merckx a confié à un confrère flamand (auquel il a gentiment rapporté des journaux de Belgique) qu'il ne coucherait pas en des lieux aussi exigus et par ailleurs, tout comme ses coéquipiers, il ne comprenait pas pourquoi on n'avait pas logé toute son équipe sur le même étage.
Effectivement, il fut un moment question de séparer les Belges, d'envoyer les six amateurs à McGill et de garder les pros à 1'Université de Montréal dans les chambres encore libres. Cette dispersion fit bondir le directeur technique Robert Lelangue qui protestait vivement tandis que ses coureurs attendaient patiemment qu'on leur trouve un gite. Durant cette attente, Merckx ne manifesta ni mauvaise humeur, ni impatience. On jurerait qu'il s'efforce de ne laisser paraître aucun de ses sentiments, dans son visage de cire, même le regard est tourné vers l'intérieur.
Finalement tout s'est arrangé. Lalangue par l'intermédiaire d'amis de la métropole ayant trouvé un toît à la hauteur du cyclisme belge, dans un motel de Chomedey. Aujourd'hui Merckx et compagnie, reconnaîtont le parcours, le tâteront peut-être aussi du bout des pieds, mais c'est seulement demain qu'est prévue la première séance d'entraînement sérieux, sur les lieux même du drame qui doit se jouer dimanche à compter de 9 heures du matin.
Avec Eddie Merckx dans le peloton, le succès de la course est presque assuré, mais c'est seulement ce matin qu'on saura de façon formelle si ces championnats pourront compter aussi sur la présence du plus célèbre deuxième du monde cycliste : Raymond Poulidor.
Poulidor vient de passer une semaine très difficile au chevet de sa fille malade. On raconte aussi que Poulidor n'est pas des plus braves en avion, bref, il y a bien peu de chances qu'on entende les folkloriques «Allez Poupou !» dimanche sur les pentes du Mont-Royal.
Le tenant du titre mondial sur route, Felice Gimondi a presque décidé de courir, après avoir longtemps hésité. Les cuisses et les bras écorchés après une chute la semaine dernière, le champion italien avait laissé entendre qu'il ne s'alignerait peut-être pas au départ.
Après s'être entrainé hier, il a presque promis sa participation, réservant toutefois une réponse définitive pour aujourd'hui et précisant que de toute façon, il ne faudrait pas s'attendre à des miracles dans l'état où il était.
Une autre grande vedette de la route, Luis Ocana aussi confirmé sa présence après s'être fait tirer l'oreille. En conflit avec son groupe sportif, Ocana n'à presque pas couru depuis deux mois. Lui non plus ne promet rien !
Enfin, on apprend qu'un autre outsider, moins connu, mais très en forme cette fin de saison, le Hollandais Hennie Kuiper (récent vainqueur à Dortmund où il a battu Merck et compagnie) a été renvoyé chez lui pour indiscipline.
Tout cela pour vous dire que les adversaires les plus dangereux de Merckx sont... deux autres Belges, Maertens et Roger De Vlaeminek. C'est peut-être pour cela qu'il leur fallait un motel en campagne, là où personne ne pourra entendre leurs chicanes de famille !
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