![]() et le vélo |
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17 août 1974
Au zoo de Granby il y a un gros chat assis sur ses pattes de derrière figé dans une immobilité de granit. Il a des yeux jaune meurtre et à la porte de sa cage est écrit : "le seul animal qui tue pour son plaisir..." C'est un lynx.
Jusqu'ici je n'ai reconnu une telle cruaté que dans le regard de quelques hommes d'affaires, dans le profil de certains oiseaux, dans les calculs d'une femme ou deux et dans l'allure de Tamara Piltsikova hier soir, au vélodrome de l'Université de Montréal.
En finale du sprint féminin, Tamara était opposée à l'Américaine Sue Novarra. Le sprint, lorsqu'il oppose deux adversaires qui ne sont pas de la même force, ressemble au jeu du chat et de la souris. La souris c'était l'Américaine, le chat la Soviétique, du chat au lynx, il n'y a que l'épaisseur d'une moustache et je ne vous jurerais pas sur le tombeau de Lénine que la soviétique n'en avait pas.
Elle laissait la souris filer devant, revenait à sa hauteur, posait un instant sa patte dessus, la devançait comme si tout à coup le jeu ne l'intéressait plus, mais l'attendait dans le haut du virage et cette fois bondissait sur elle, la secouait entre ses dents et d'un dernier coup de griffe 1'assassinait.
Lorsque Tamara est descendue de sa bicyclete, elle a examiné sa roue arrière, comme si elle y cherchait, pris dans les rayons, un poil souvenir de l'Américaine, puis elle est partie vers son enclos le dos rond, les cuisses énormes encore frémissantes du bond sauvage.
Le public était déçu. Il aime mieux la souris, sa silhouette fragile et ses cheveux au vent. Le public est protecteur et romantique et il faut bien le dire aussi, un peu anti-soviétique. On l'a surtout senti lorsqu'en demi-finale du sprint chez les hommes, les juges ont disqualifié le Tchèque Anton Tkac pour sa manoeuvre devant le Soviétique Anatoli Iablunovski qui est lourdement tombé en bas de ia piste. La décision a été vigoureusement huée par les 6000 spectateurs.
Il est vrai qu'ils commencent à être fatiguants ces Soviétiques. Ils ont déjà remporté deux des trois finales, plus une médaille de bronze, et hier soir ils ont qualiflé deux des leurs pour la finale de la vitesse qui sera disputée ce soir. Ils n'avaient qu'à le dire qu'ils étaient tout seuls, on n'aurait pas invité les autres !
Ils sont si mal élevés qu'ils se sont même permis d'écarter le Français Daniel Morelon d'un revers de roue comme s'il n'avait jamais été champion du monde six fois, dont les quatre dernières années. C'est idiot parce qu'il y a beaucoup de Français dans le public du vélodrome. Ils vont finir par se décourager.
Enfin un finale sans soviétique
La seconde finale disputée hier soir, celle de la poursuite amateur, a rompu un peu la monotonie de la mécanique supériorité des Soviétiques puisqu'ils n'étaient pas dans le coup, pour une fois.
On attendait un duel très serré entre l'Italien Orféo Pizzaferrato et l'Allemand de l'Ouest Hans Lutz. C'est-à-dire que les Italiens attendaient un duel très serré, mais ceux qui savent lire un chronomètre savait qu'Orféo le bien nommé descendrait aux enfers mais n'en remonterait jamais au bras d'Eurydice.
Lutz creusa l'écart dès le premier des 14 tours, il augmenta jusqu'à près de quatre secondes pour finalement gagner par une marge moins humiliante, mais à aucun moment, même lorsque Pizzaferrato alla puiser dans son orgueil quelques soubresauts nerveux, jamais l'Allemand ne fut en danger.
En fait, la finale avait eu lieu avant l'heure, lorsqu'en demi-finale Lutz rencontra son presque compatriote Thomas Huschke de l'Allemagne de l'Est. Un affrontement raté, Huschke crispé concédant inexplicablement 10 secondes à son adversaire. Mais il devait, plus tard dans la soirée, corriger cet accident en réalisant le meilleur des finales pour gagner la médaille de bronze.
Au moins une que les Russes n'auront pas.
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