![]() et le v�lo |
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15 ao�t 1974
Il s'en est fallu de peu, hier soir au stade de l'Universit� de Montr�al, il s'en est fallu de bien peu pour que l'ouverture des Championnats du monde cyclistes soient une grande r�ussite. Il s'en est fallu, en fait, de quelques centaines de spectateurs de plus pour garnir les estrades, et personne ne se serait jamais dout� que 1'Am�rique du Nord n'a jamais �t� et ne sera jamais le berceau du cyclisme.
M�me le grand pape du cyclisme, 1'omnipotent pr�sident de la f�d�ration internationale, Adriano Rodoni �tait content : �C'est un miracle ! et il y a seulement quatre mois nous pensions que ce serait un d�sastre, il n'y avait rien de fait... je vous le dis un miracle !�
N'exag�rons rien. C'�tait d'abord une belle soir�e d'�t�. Chaleureuse � cause du bois des estrades, et du bois de la piste qui a creus� son nid au pied de la falaise du Mont-Royal. Il n'y avait rien pour agresser le vue, ni n�on, ni b�ton, le soleil n'avait pas envie d'aller se coucher tout de suite, et il faisait si bon qu'on se f�licitait que le v�lodrome ne fut pas termin�. S�r qu'on �tait bien mieux dehors, � l'abri de la montagne, que dans le bourbier de la rue Viau.
La c�r�monie d'ouverture avait un petit air de r�p�tition g�n�rale et ce sera probablement le fait de tous les grands �v�nements sportifs qui seront c�l�br�s � Montr�al d'ici 1976. De la sobri�t�, de la classe, et des trouvailles, comme ce d�tachement de la Compagnie Franche de la marine qui a conquis les Europ�ens. Quelques h�sitations aussi, et des h�tesses un peu trop vertes et acidul�es et b�tement estampill�s du macaron publicitaire d'une grande cha�ne de magasin � rayons.
Les coureurs �taient peut-�tre les moins disciplin�s de la f�te, il faut dire que les coureurs marchent en pliant les genoux et en tra�nant un peu les pieds. Priv�s de leur bicyclette on dirait qu'ils ne savent plus quoi faire de leurs grandes jambes. Les Canadiens qui fermaient le d�fil� ont cependant fait un effort, ils marchaient mieux que les autres ... il est vrai qu'ils p�dalent moins bien !
Et il y avait bien s�r la cohorte des invit�s officiels. Je cite dans le d�sordre : Jean Drapeau, Jacques Normand, Ren� Paquin, Andr� Ouellette ministre de la Consommation et des Corporations, Paul Phaneuf, le beau Cittorio Adorni ancien champion du monde, et quelques autres que j'ai oubli�s.
Mais il y avait aussi sur la piste ou dans les estrades, quelques-uns de ces obstin�s qui ont brav� depuis vingt ans tous les sarcasmes, l'indiff�rence du public et de la presse pour imposer le sport auquel ils croyaient avec une foi t�tue. Je pense � Guy Morin par exemple qui marchait sur les nuages hier soir. Ces championnats du monde c'est lui qui est all� les arracher � l'Union cycliste internationale, en bousculant un peu les hi�rarchies, en ouvrant quelques portes � coups d'�paule, en donnant quelques coups de gueule dans les silences protocolaires.
On a pr�sent� aussi � la foule un vieux bonhomme du nom de Louis Quiliico qui a donn� longtemps ses v�los avant de les vendre. Il y avait ensuite les obscurs, ceux dont on ne parle jamais et qui font presque tout. Les Maurice Jeffries, Roland Bornais, Mike Breckon, Maurice Paiement, Federico Corneli et quelques autres que j'ai oubli�s, et cette fois j'en ai du remords.
Mais je ne suis pas le seul � avoir oubli� quelque chose hier soir. Pas un seul repr�sentant de la f�d�ration cycliste du Qu�bec n'a �t� appel� sur la piste. C'est s�rement un oubli. Ce serait trop b�te que ce soit une vengeance.
Les grandes �preuves cyclistes au Qu�bec se sont presque toutes termin�es par une chicane. Esp�rons que les championnats du monde seront l'exception qui confirmera la tradition. Ce serait dommage, ils sont si bien partis...
Tous les �trangers semblaient ravis apr�s cette premi�re journ�e de comp�tion. �Tr�s bien organis�, nous ont dit nos confr�res de la presse europ�enne, manifestement surpris des facilit�s mises � leur disposition, de l'accueil, et m�me des services de s�curit�, para�t-il tr�s imposant, mais heureusement tr�s discret.
Quant au parcours, ils ne voient pas de diff�rence entre Montr�al ou Zurich ou Saint-S�bastien. Ils parlent surtout de la piste et rectifient les h�tifs commentaires qui en vantaient la rapidit� et la perfection : �C'est une bonne piste, m'a expliqu� Charlie Grosskost, l'un des meilleurs poursuiteurs professionnels au monde, mais elle n'est pas aussi rapide qu'on le dit. Personnellement je n'y suis pas tr�s � l'aise dans les virages, et parfois, il y a un peu trop de vent. C'est une piste parfaite je pense pour le demi-fond (derri�re moto), mais pour nous, c'est une piste ordinaire, comme les autres.�
Cette opinion devait �tre confirm�e quelques instants plus tard par les temps enregistr�s dans le kilom�tre contre la montre, des temps dans la bonne moyenne, sans plus, et s�rement pas comparables � ceux enregistr�s par exemple sur la piste du v�lodrome olympique de Mexico.
On en fera pas un drame. C'est gentil les championnats du monde de cyclisme, mais il faut garder � l'esprit que la plupart des �preuves sur piste sont des curiosit�s, des sp�cialit�s peu courues en dehors des championnats mondiaux, tel le monotone demi-fond et l'aride kilom�tre contre la montre. Un professionnel me disait m�me que ce sera la premi�re fois cette ann�e qu'il disputera une poursuite !
Il faudra attendre les courses sur route (la semaine prochaine) pour voir r�ellement � l'oeuvre les amateurs et professionnels de l'un des sports les plus pratiqu�s au monde.
En attendant, allez quand m�me faire un tour � la piste. C'est quand m�me moins qu�taine que le parc Jarry, et tellement plus spectaculaire.
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