Pierre Foglia
J'ai d�j� eu pour Louise Roy, la Louise Roy des Outgames, une estime consid�rable. Je vous parle d'il y a longtemps. Comme bien d'autres, j'avais �t� subjugu� par son �nergie et son sens pratique. J'ai longtemps cru qu'elle avait invent� le slogan de Nike : Just do it. Ajoutez une petite tendance � la d�linquance qui n'�tait pas pour me d�plaire. Nous n'avons jamais �t� proches, sauf quand elle avait besoin de moi. Elle me manoeuvrait alors d'autant plus ais�ment que je me laissais faire. Je ne d�teste pas le r�le de tata de service, quand la cause m'agr�e bien s�r ; � l'�poque, c'�tait le v�lo.
Bref, j'ai toujours gard� d'elle la m�me bonne opinion. Tu te cherches un bulldozer pour des travaux de terrassement en terrain montagneux? Louise, c'est ton homme. Les Outgames, en rupture des jeux gais officiels, c'est ce que j'appelle des travaux de terrassement pas �vidents. Depuis le d�but, j'ai d�fendu contre les rieurs et les tartufes du sport l'id�e d'une f�te sportive gaie. Je n'ai toujours pas chang� d'avis. On a bien tenu � Qu�bec des jeux mondiaux pour les pompiers, et il existait jusqu'� tout r�cemment des jeux mondiaux pour journalistes, pourquoi pas une f�te sportive gaie ?
La chose a eu lieu. Tout s'est fort bien pass�, il me semble. Sauf que, deux semaines apr�s la fermeture, j'ai commenc� a recevoir des coups de t�l�phone et des courriels des gens des f�d�s d'athl�tisme et du v�lo qui me disaient, cout'donc Foglia, t'as pas d�j� �t� chum avec Louise Roy, toi? Demande-lui donc quand elle va nous payer. Je r�pondais: calmez-vous. Louise, c'est pas le genre � se d�filer.
Et puis voil� que tombe la nouvelle d'un trou de 5 millions... 1,4 million, a corrig� Louise Roy dans une entrevue avec Petrowski.
Cinq millions ou 1,4 million, �a ne fait aucune diff�rence pour la jeune femme qui vient de me t�l�phoner. Elle s'appelle France Joly, elle est graphiste, travailleuse autonome, elle a dessin� les banni�res des Outgames, elle �tait responsable aussi des panneaux ; les Outgames lui doivent 22 000 $. Elle en a un tr�s urgent besoin. Ils sont 250 fournisseurs de biens ou de services comme elle, qui attendent leurs sous.
Dans la m�me entrevue � Petrowski, Louise Roy se dit d�sol�e pour ces gens-l�. Je trouve �a un peu court, d�sol�e. La Louise Roy que j'ai connue ne se serait pas content�e d'�tre d�sol�e, elle aurait tap� sur la table: vous serez tous pay�s, je vous le promets.
Cinq millions ou 1,4 million, m'en fous. Ce sont les 22 000 $ � la graphiste qui me fatiguent. Payez les 250 personnes qui attendent apr�s leurs sous, et je ne vous demanderai pas comment vous avez pu en arriver l�.
De toute fa�on, je le sais, comment vous en �tes arriv�s l�. Louise a toujours �t� une super vendeuse. Elle vous a mis dans sa petite poche, comme �a! Elle n'a m�me pas essay� de vous fourrer, elle le croyait vraiment quand elle vous a dit qu'il y aurait plein de monde dans les gradins.
Il ne fallait rien savoir de la chose sportive pour avoir cru une seconde que des gens se d�placeraient pour aller voir des touristes courir le 5000 m en une demi-heure. Des jeux de matante ; mais les tatas, ce sont les hauts fonctionnaires qui ont achet� des Jeux olympiques.
Combien, d�j�, la c�r�monie d'ouverture ? 4 millions ?
Et c'est reparti !
Quelques courriels pour me demander ce que je pense du nouveau rebondissement de l'affaire Jeanson.
Rien. Sinon qu'elle a un sacr� bon avocat.
Rien, sinon que j'ai rarement entendu un athl�te m�me pas Dave Hilton se faire lyncher comme Jeanson l'a �t� mardi soir � l'�mission Au-dessus de la m�l�e par deux coll�gues du Journal de Montr�al et par Louis Barbeau qui distillait son sournois poison habituel. N'est-il pas all� jusqu'� susurrer qu'un nouveau r�glement pourrait �tre introduit pour emp�cher Jeanson de courir ? Devinez qui va le proposer...
Cela dit, il n'est pas interdit d'�tre en d�saccord avec la d�cision de l'Agence antidopage am�ricaine (USDA) de lever la suspension � vie de Jeanson. Pas interdit de se demander le pourquoi de cet �trange march� qui satisfait, certes, les deux parties, mais irrite grandement le milieu. De quelle justice " interrompue " se r�clame-t-on ici, se demandent en ce moment nombre d'athl�tes. En effet, ou bien Jeanson est innocente et alors pourquoi deux ans de suspension? Ou bien elle ne l'est pas et pourquoi lui sauver le cul encore une fois ? La seule fa�on de le savoir �tait d'aller au bout du processus.
Qu'est-ce qui a r�ellement port� la USDA � ce repli ? Ce n'est pourtant pas le genre de la maison. Qu'en pensent le labo de Los Angeles et son patron Don Catlin, celui-l� m�me qui a pourfendu les tricheurs dans l'affaire Balco ?
Il ne manquerait plus que le vainqueur du Tour de France, Floyd Landis, soit blanchi � son tour, et je sens que �a s'en vient. Venant apr�s l'�norme cafouillage de l'affaire Puerto qui est en train de tourner en eau de boudin, venant apr�s la r�installation de Marion Jones, cette curieuse entente entre la USDA et Jeanson nous confirme une tendance tr�s lourde : la lutte antidopage est en train de s'enliser dans le... judiciaire.
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