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juillet 2006

Landis gagne le tour

Pierre Foglia

Montceau-Les-Mines

De la ligne d'arriv�e, une passerelle au-dessus d'un canal menait aux portes grandes ouvertes de l'�glise Notre-Dame. Elle �tait d�serte en ce samedi matin, mais au fond du choeur, en lettres rouges, cette inscription: Lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort.

C'est comme rien, le cur� de cette �glise doit �tre un intime de Floyd Landis.

Landis a triomph�. De lui-m�me surtout. Ce gentil gar�on, un peu timide, est devenu un conqu�rant au moment m�me o� il a tout perdu. Ce sera la grande histoire de ce Tour de France.

Un immense sourire illuminait son curieux visage au menton qui avance et au reste qui recule. Sans parler de cette apparence de moustache qui lui donne l'air d'un mononcle. Il exultait donc, comme un mononcle qui vient de gagner 345 millions � la loterie. Mais le sentiment qui pr�valait par-dessus tous les autres �tait l'�bahissement. Dans la t�te de Landis un seul mot: unbelievable!

Incroyable en effet. Jamais personne n'a gagn� un Tour de France comme il vient de le faire, en le perdant irr�m�diablement quatre jours avant d'arriver � Paris.

Jamais un grand favori n'a perdu huit minutes dans une �tape de montagne pour aller les rechercher le lendemain comme on va chercher ses clefs qu'on a oubli�es sur la table de la cuisine. Je vous ai dit l'autre jour c'est du cin�ma, en fait, il n'y a que la r�alit� pour oser de telles invraisemblances.

Quand l'esp�ce de conne d'un journal de Austin (Texas)- la m�me qui a t�t� Armstrong pendant sept ans- a os� demander: Ne penses-tu pas, Floyd, que les Am�ricains ont un petit quelque chose de sp�cial dans leur nature qui les fait toujours triompher de toutes les �preuves, Landis a hauss� les �paules. Ma victoire n'a rien � voir avec le g�ne am�ricain de la combativit�! Peut-�tre un peu � voir avec la sant� du cyclisme am�ricain, mais surtout beaucoup � voir avec la chance. J'ai eu une chance incroyable. Il aurait suffi, quand j'ai attaqu�, que Kl�den, ou Evans, ou Menchov, ou Pereiro r�agisse, et alors les autres suivaient, et c'en �tait fini de mon retour.

Bien vu. Jeudi, Landis a eu une chance inou�e. Pas hier. Hier, il a repris le maillot jaune en toute logique.

On a vite compris que la lutte � trois n'aurait pas lieu. Carlos Sastre n'�tait ni dans les temps ni dans le rythme. Apr�s 10 kilom�tres, on �tait fix�: non seulement Sastre ne gagnerait pas le Tour, mais il ne serait pas non plus sur le podium.

Oscar Pereiro a offert plus de r�sistance au d�but. Et puis lui aussi s'est effiloch�. Peu apr�s la mi-parcours, il s'avouait vaincu. Logique. Il a suffit � Landis d'�tre bon sans �tre super. Il termine troisi�me, battu par Honchar, intouchable, mais battu aussi par Kl�den. En voil� un qui devrait avoir des regrets. J'y reviendrai.

Les lunettes relev�s sur la casquette � l'envers, dans son maillot de la Phonak, Landis s'est pr�t� de bonne gr�ce � un long �change avec les journalistes. Il aime bien les journalistes sans courir apr�s. Et il ne r�pond pas � toutes questions, notamment celles sur la dope.

O� est ton maillot jaune, Floyd?

Je l'ai donn�. Vous me connaissez, d�s que je le prends, je le donne! (la salle �clate de rire)

�tiez-vous inquiet aujourd'hui?

Un peu. C'est mon deuxi�me contre-la-montre en trois jours. Le premier, si vous vous souvenez bien, a �t� long de 130 kilom�tres en montagne. Je me disais que j'allais peut-�tre le payer.

Parlons-en encore, de votre exploit de jeudi. Pourquoi? Et dans quoi avez-vous puis� pour le r�ussir?

Pourquoi? Parce que j'�tais humili�. Mais un coup parti, un coup l'�cart creus�, c'est la patience qui m'a fait r�ussir.

La plus grande de vos qualit�s?

La plus r�cente. Mes parents ont bien r�ussi � me convaincre de la vertu du travail. Mais ils ont compl�tement �chou� � m'apprendre la patience. Elle m'est venue tardivement. C'est elle qui m'a permis de mener � bien mon raid de jeudi. Si je m'�tais �nerv�, j'aurais craqu�.

Ainsi s'ach�ve, ou presque, un des Tours les plus �tonnants de l'histoire. Un des plus int�ressants aussi, mais qui a bien failli, pourtant, �tre un des plus plates. Que Landis n'ait pas cette d�faillance dans la mont�e de La Toussuire, et il gagne le Tour � l'�conomie, et tout le monde le traite de minable petit comptable.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca
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