13 juillet 2005

Terrible !

Courchevel
Terrible ce qu'il a fait aux Allemands. Et � Vinokourov. Et � Landis. Et � Botero. Et � Basso. Et au Tour. Et � nous, merde. Il a tu� la course encore une fois dans la premi�re �tape de montagne. On fait quoi, l�? Il reste deux semaines. On chante ses louanges? �a fait sept ans qu'on en beurre �pais. �a a d'abord �t� le ressuscit�. Puis le �stairway to heaven�. Puis le train bleu. En 2003, ce fut �rel�ve-toi et marche�. Et l'ann�e derni�re, le record de six victoires.

On dit quoi, l� ? Mais non, je ne suis pas chagrin de sa victoire. Ni de m'�tre tromp�. On est une maudite gang. Des gens qui connaissent le v�lo dix fois plus que moi, des Jalabert, des Riis. Apr�s l'avoir vu si seul samedi, les plus avertis le donnaient battu. Et puis voil�, il ressuscite encore une fois. C'est sa sp�cialit�.

Terrible ce qu'il a fait au trio de la T-Mobile, Ullrich, Kl�den, Vinokourov, que la presse du Tour a baptis� le trident. Trident peut-�tre, mais c'�tait des dents de lait. Des enfants. La d�bandade totale, hier. Sortis du Tour comme des malpropres. Ullrich � quatre minutes au g�n�ral, Vino � plus de six.

Dans les 20 kilom�tres de la mont�e vers Courchevel, Armstrong a r�pondu � toutes les questions, balay� tous les doutes, et cela � sa mani�re habituelle. Sa vieille recette. D'abord, il fait donner la garde sur le plat. � fond la caisse, ses huit �quipiers mettent le peloton en file indienne. L'id�e c'est de fatiguer la b�te, de la mettre dans le rouge, de l'amener au pied de la c�te tout essouffl�e.

Dans les premiers lacets de la mont�e vers Courchevel, les �boys� en ont remis une couche. Jos� Rubeira, Azevedo, Popovych. Hincapie. Bien cal� derri�re eux, Armstrong avait sa gueule de pr�dateur des grands jours. Derri�re, �norme surprise, Vinokourov s'accrochait d�j�. Mayo, H�ras, Beloki, Zubeldia �taient pass�s par le fen�tre depuis longtemps. Armstrong s'est port� � la hauteur de Popovych : allez Popo tu donnes tout ce qui te reste, je prends les commandes apr�s.

Il en restait assez � l'Ukrainien pour faire sauter Vinokourov, puis Ullrich, puis Kl�den. Et Armstrong a entam� sa marche triomphale vers l'h�liport de Courchevel, o� �tait jug�e l'arriv�e, 11 kilom�tres plus haut.

Il a pris trois passagers. Les deux Espagnols de l'�quipe des Iles Bal�ares, Mancebo et Valverde. Et le petit Danois Rasmussen, celui qui ne veut pas qu'on l'appelle chicken, celui dont je vous disais l'autre jour, h�h�, il ne faudrait pas lui laisser trop de corde � celui-l�. Se sont accroch�s un instant Basso et Leipheimer, mais un instant seulement.

Terrible, l'aisance d'Armstrong. Il s'est m�me permis quelques exercices de relaxation. �tire une jambe. L�che les guidons pour se masser le dos. Et � la fin, il sprinte, de trop loin, se fait sauter sur la ligne par Valverde, et lui serre la main, pas rancunier.

On ne peut m�me plus �crire qu'il est arrogant. Gentil avec les Allemands: ils �taient dans un mauvais jour, �a arrive � tout le monde. Gentil aussi avec les journalistes. Quand c'est une fille qui pose la question, il donne du honey, et m�me my love ! Bref, des adieux qui s'annoncent depuis hier soir absolument triomphants et sereins. Mais longs ! Qu'est-ce qu'on va se faire chier jusqu'� dimanche! Pas dimanche qui vient, l'autre !

Soyons juste. Tout, hier, n'�tait pas que du d�j�-vu. On disait de l'Espagnol Valverde (25 ans) qu'il �tait l'avenir du cyclisme espagnol. Sur ce qu'il nous a montr� dans la mont�e de Courchevel, il pourrait bien �tre l'avenir du cyclisme tout court. Et puis il y a ce petit poulet danois, ce Rasmussen, maintenant second du classement g�n�ral � quelques secondes de Armstrong, qui lui a lanc� un avertissement amical, hier: �Apr�s son num�ro de l'autre jour, alors qu'il a r�sist� � la poursuite de deux des meilleurs rouleurs du peloton pour gagner � Mulhouse, et apr�s aujourd'hui, c'est fini les permissions de sortir du peloton, on l'a � l'oeil...�

Juste vous souligner en terminant la tr�s belle course de Christopher Horner, qui finit 20e de l'�tape avant les Julich, Beloki, Vinokourov, Zubeldia... Horner qui n'a jamais gagn� le Tour de Beauce, contrairement � ce que je vous ai dit, mais je pense qu'il aurait pu.

AUJOURD'HUI - Courchevel-Brian�on, 173 km. La grande classique des Alpes, avec l'incontournable encha�nement des trois cols de la Madeleine, du T�l�graphe et du Galibier, qui culmine � 2645 m�tres. Habituellement une �tape pour purs grimpeurs qui ne jouent pas le classement g�n�ral. Depuis quelques ann�es, depuis Indurain, depuis que les favoris montent en puissance aussi vite et souvent plus vite que les purs grimpeurs, le Galibier ne d�cide plus de rien. Trop loin de l'arriv�e. De toute fa�on, reste-t-il quelque chose � d�cider ?

LES PIEDS GEL�S - Une patinoire ! Et qui s'appelle le Forum en plus ! Elle nous a servi de salle de presse, � 4 kilom�tres du sommet. On s'est gel� les pieds toute la journ�e sur le plancher pos� sur la glace. On rejoignait la ligne d'arriv�e en t�l�ph�rique, mille journalistes qui attendent de monter, dix par cabine, calculez! Pour revenir � la patinoire, c'est celle de l'�quipe de troisi�me division de Val Vanoise, �quipe qui a �t� dirig�e quelques saisons par un joueur-entra�neur qu�b�cois, Fernand Boutin.

Au tableau la marque du dernier match, 7 � 0 pour... Armstrong.

PAYSAGE - Lundi, jour de repos, les bouchons de circulation remontaient bien au-del� de Annecy, presque jusqu'� Gen�ve. Ils arrivaient de Hollande, d'Allemagne, de Belgique, tu doublais la roulotte devant toi, et t'arrivais dans le cul de dix mille autres qui s'enfournaient comme toi dans la vall�e de la Tarentaise. �a c'�tait la veille de l'�tape. Le jour m�me c'est moins pire, ils sont d�j� install�s dans la montagne, et le jour m�me les routes ne sont ouvertes que pour nous gens du Tour..

Dans cette mont�e vers Courchevel, on a **** dans l'aiguille du Fruit, derri�re se profilent le glacier du Mont-de-Lans et les aiguilles des Arves, les Alpes ne sont belles qu'� cette hauteur-l�, celle des bouquetins et des chamois sur leur cimes escarp�es. Plus bas tout est condos, briocheries et autres b�tonneries que les Fran�ais ont l'impudence d'appeler �espace� quelque chose, j'ai m�me vu ce matin, plus bas dans la vall�e, un espace plein air !

LES HORTENSIAS - Je sors de l'h�tel, je marche vers le centre ville, je passe devant une maison, typico province fran�aise, jardin ferm� par une grille, la petite porte en fer, la cour en gravier, la vol�e de marches, le lierre et la vigne qui s'agrippent � la fa�ade, une dame � peu pr�s de mon �ge, assise sur le perron.

Sont belles vos fleurs.

J'ai pas de m�rite, les hortensias, �a pousse comme du chien-dent.

Et les petites clochettes � c�t� c'est quoi ?

Ah �a, ce sont des fushias.

Tiens ma femme a une robe fushia, elle l'appelle comme �a d'aileurs, � ma robe fushia �, sauf qu'elle est exactement de la couleur de vos hortensias. Se peut-il que vous hortensias soient de couleur fushia ?

C'est possible.

Mais alors de quelle couleur sont vos fushias ?

Ah ben je ne sais pas. C'est comme on dit aussi la couleur tabac, mais en fait c'est marron clair...

Chez nous c'est pas l�gal la couleur tabac � cause du cancer...

Ah bon... Vous allez m'excusez je vais tirer les volets, c'est pour la fra�cheur. Allez bon apr�s midi monsieur.

Dieu que je suis dou� pour ne rien dire.

Dieu que j'aime la molle d�rives des conversations impromptues avec des inconnus, quand se referme le pi�ge des mots en m�me temps que se ferment les volets, et que, allegretto ma non troppo, pointe l'absurde.

LE PR�SENT ET LE N�ANT - J'ai pass� ma journ�e de repos � Albertville, en Savoie, sur la route de l'�tape d'hier. Albertville qui ne pleure pas trop la d�faite de Paris 2012. Albertville qui a re�u les Jeux d'hiver de 1992 et qui est encore en train de les payer. Tiens une petite colle en passant, qui a gagn� la descente f�minine des Jeux 92? C'est une Canadienne, mais qui? C'est pas que j'aime les quiz, c'est juste pour dire comme on oublie vite, comme � le pr�sent ne cesse d'�tre pr�cipit� dans le n�ant �. Je vous cite Claude Simon qui est mort dimanche � 91 ans, ce prix Nobel �tait le pape du nouveau roman, l'un des plus grands �crivains du temps et de la m�moire (Le Monde d'aujourd'hui). � ma courte honte je n'ai jamais pu finir un de ces livres, m�me si j'en ai achet� au moins une demi-douzaine, toujours � la suite de critiques qui donnaient tr�s envie de les lire. Avec Borges, autre monument, Claude Simon est l'�crivain qui m'aura le plus donn� l'impression d'�tre un mauvais lecteur (et le plus de regrets de n'�tre pas all� � l'�cole longtemps, il est de ces cl�s qu'on ne peut pas trouver seul).

Parlant de livres, sur la table des nouveaut�s de la librairie d'Albertville, Le go�t des jeunes filles de Dany Laferri�re, r��dit� chez Grasset. Et au cin�ma d'Albertville ? H� non, pas les Invasions Barbares. J'en r�vais pourtant.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca

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