29 mai 2005

Il faudra graver le nom de Genevi�ve Jeanson dans le roc, au sommet du mont Royal. Vous savez, dans le roc au-dessus du grillage qui prot�ge des �boulis. Dans le tournant. Juste apr�s le parking-�-necking. C'est encore l�, � 300 m�tres de la ligne d'arriv�e, qu'elle a attaqu� hier. Et c'est Erinne Willock, sa co�quipi�re de l'an dernier, qui a allum� la m�che. Mal lui en prit. Dans un de ces d�marrages explosifs dont elle a le secret, Genevi�ve a rejoint Willock et l'a d�pos�e. Elle �tait toute seule dans ce dernier 300 m�tres. Intouchable. Ce ne fut pas une victoire mais un sacre, comme pour une reine. Genevi�ve-Premi�re reine du mont Royal. Sa quatri�me victoire. Sa plus belle ? Pas s�r. J'y reviens plus loin.
Parlons un peu de la journ�e. Magnifique si on pense au soleil. Imaginez ! Du soleil ! �a faisait quoi, deux mois et demi qu'on ne l'avait pas vu ? Ce fut l'�v�nement de la journ�e. Parce que franchement, en dehors du soleil, il ne s'est pas pass� grand chose. De course, on n'en a pas eu. Sauf les 500 derniers m�tres, c'est bien peu 500 m�tres sur 100 kilom�tres. De public on n'en a presque pas eu non plus. Beaucoup moins que les premi�res ann�es de cette Coupe du monde f�minine qui d�cline. O� �taient donc les amateurs de v�lo ? Probablement dans les centres de jardinage � acheter leurs plans de tomate, ou sur les petites routes de campagne � rouler eux-m�mes, en tout cas la foule des cyclos n'�tait pas l�, et je vais vous dire un truc, c'est pas vrai que les absents ont toujours tort.
Plate cette course, mais d'un plate ! Et on ne parlera pas de la musique que diffusaient les haut-parleurs - heureusement que j'avais apport� la mienne - on ne parlera pas non plus de l'annonceur maison -lourdement p�dagogique engag� pour faire des �conomies de bout de chandelle. Pour vous dire comme c'�tait plate, j'ai m�me dormi un peu. J'�tais assis sur le petit muret en contre-bas du parking-�-necking, le soleil dans la face, avec vue sur le bol du stade olympique et le fleuve un peu plus loin, dans mes �couteurs le vieux Cash chantait I hurt myself today, et je me disais c'est m�me pas vrai, �a fait pas mal du tout, m�me que je m'ennuie un peu.
Finalement je me suis assoupi.
Ce sont les cris de mes voisnis qui m'ont r�veill�. Mais c'est pas parce que la course �tait excitante. Je ne sais pas pourquoi ils criaient.
Le peloton est pass� group�. Au moins cinquante filles encore ensemble. Pas tr�s vite. Pas vite du tout m�me. Quand �a fait sept fois qu'elles montent le mont Royal et qu'il y a encore 50 filles ensemble, c'est parce que �a va pas vite. Quand apr�s sept tours, des grandes et fortes filles faites pour rouler en puissance sur le plat s'accrochent encore au peloton dans une pente � 11%, c'est parce que �a roule pas fort.
Et �a a dur� comme �a jusqu'au douzi�me et dernier tour. Jusqu'au dernier demi kilom�tre. �a a fait l'affaire de qui, pensez-vous, cette inconcevable course d'attente ? De Genevi�ve Jeanson qui �tait toute seule, sans une �quipi�re pour l'aider, et qui n'aurait pas su o� donner de la t�te si on l'avait attaqu�e � r�p�tition. Je l'aime bien Genevi�ve. Mais j'aime aussi le bicycle et on n'a pas le droit de courses mollassonnes comme des tartes � la rhubarbe.
Que foutaient les meilleures coureuses du monde ? Les Arndt, Wood, Ljungskog, Melchers, Neben ? Bessette �tait un peu juste, mais pourquoi Willock a attendu le dernier 500 m�tres pour se faire fusiller ? Pourquoi n'ont-elles jamais attaqu� Jeanson ? Pourquoi l'ont-elles men�e en carrosse jusqu'au pied de son tr�ne ?
Je sais pas. Je ne comprends pas grand choses aux femmes. Et de moins en moins aux femmes � bicyclette.
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