24 août 2005

Hein ? Quoi ? Armstrong dopé ?

En 1999, dites-vous ? C'est l'année de Sestrières. Dans chaque Tour qu'il a gagné, Lance Armstrong a signé sa victoire par un exploit particulier, cette année-là : Sestrières, petite station des Alpes italiennes. En ce temps-là, Armstrong n'avait encore gagné aucun Tour de France, il n'était qu'une curiosité. Il était revenu à la compétition la saison précédente après avoir vaincu le cancer, il connaissait un formidable début de Tour de France, enlevant le prologue et l'étape contre-la-montre de Metz, mais on pensait tous que le miracle allait s'arrêter là. Ce gars-là n'était pas un grimpeur avant son cancer, comment le serait-il devenu depuis ?

On en est tous restés babas. Dans la montée vers Sestrières, Armstrong a signé la plus fulgurante des chevauchées de sa carrière, en tout cas celle qui a le plus marqué les esprits. Il nous a laissé ce jour-là une incroyable impression de facilité... « J'étais à fond, raconte-t-il dans son premier livre, et je ne ressentais pourtant aucune fatigue, j'étais comme dans un fauteuil » (notez qu'il venait de faire 200 kilomètres en montagne !)

Sauf L'Équipe, les grands journaux ont salué l'exploit le lendemain par des titres sans équivoque : Médecine et sport continuent de rouler de concert. À peine plus subtil : Armstrong ne manque pas d'air, allusion directe à l'oxygène qu'apporte l'EPO.

Après le scandale Festina qui avait failli arrêter le Tour l'année précédente, on nous avait juré que 1999 serait l'année du renouveau. Que le Tour de France et le vélo survivraient par la grâce d'un... survivant.

Et ta soeur, Chose ? L'ébouriffante chevauchée de Lance Armstrong vers Sestrières, plus encore que le scandale Festina, marque la date à partir de laquelle plus personne n'avait le droit d'être dupe.

Sauf L'Équipe, disais-je. L'Équipe qui appartient au groupe financier qui est aussi propriétaire du Tour de France. L'Équipe, formidable journal de sport, mais qui pédale dans la semoule sur la question du dopage dans le cyclisme depuis 1998 et qui vient de se racheter d'un coup avec son incroyable scoop : Lance Armstrong était dopé en 1999.

Ah non ! Pas Armstrong ! J'en reviens pas. Mais bon, la vérité, c'est la vérité, une chance que vous êtes là, les boys. Vous précisez que votre enquête a duré quatre mois, on vous félicite de cela surtout, si elle n'en avait duré que trois, la nouvelle serait sortie pour l'arrivée du Tour à Paris, vous imaginez alors la confusion !

Bon, maintenant qu'on le sait, qu'est¬ce qu'on fait ?

Ou plutôt, voyons pourquoi on ne fera rien. Voyons en quoi cette nouvelle qui devrait vider l'abcès, faire avancer le débat, ne fera rien de tout cela. Le problème du dopage, particulièrement dans le cyclisme, en est d'abord un de mensonge. Plus exactement de profondeur de fossé entre les pratiques réelles et ce que disent et surtout ne disent pas ceux qui savent, les coureurs, leur encadrement, les dirigeants du cyclisme international, quelques journalistes. Prenons Jean-Marie Leblanc, grand patron du Tour de France depuis une vingtaine d'années. L'Équipe lui donne très souvent la parole. Et il dit quoi Jean-Marie quand on lui donne la parole ? Il dit que son Tour est propre, que le peloton est propre, que le vélo est propre. Il dit aussi que les journalistes qui insinuent le contraire parlent sans preuve, manquent de conscience professionnelle, ne connaissent rien au vélo. Par exemple, il dit que si les coureurs vont de plus en plus vite, ce n'est pas parce qu'ils se dopent, c'est parce qu'ils ont le vent dans le dos. De Lance Armstrong, il a toujours dit qu'il le croyait au-dessus de tout soupçon, et il ajoutait pour protéger ses arrières : « s'il s'avérait qu'il était dopé, alors il s'agirait de l'une des plus grandes fraudes sportives de l'histoire du sport. » C'est pas rien, on ne rit plus : une des plus grandes fraudes sportives de l'histoire du sport.

Sauf qu'avant-hier, quand on a lui mis le nez dans le pipi de l'Américain, il n'a pas du tout répété ça, il a dit que ça lui faisait de la peine, mais que, bon, tout le monde fait des erreurs ! Dans la même veine, de nombreux coureurs et dirigeants se sont dépêchés de rappeler que 1999 était une des grandes années de l'EPO parce qu'il n'y avait pas de contrôles pour la déceler, sous-entendu, maintenant qu'on peut la déceler, les coureurs n'en prennent plus. Ils ont le vent dans le dos pour aller plus vite, et nous, on a quoi ? Une poignée ?

Résumons-nous.

Il y a L'Équipe qui a sorti son incroyable scoop, mais qui depuis 1998 sert de porte-voix aux instances qui n'ont de cesse de nier la réalité parce que l'admettre, ce serait chier dans leurs propres bottes. Tu ne dis pas que le Tour est sale quand c'est ton Tour, tu fais pas exprès pour faire peur aux sponsors.

Il y a ceux qui ne savaient pas, et maintenant qu'ils le savent, wouache Lance Armstrong. Que dire à ceux-là sinon que Armstrong était dopé aussi pour vaincre le cancer ?

Il y a ceux qui disent bon, maintenant qu'on sait, qu'est-ce qu'on fait ? Et ils font ce qu'il y a de plus facile à faire, ils font la morale, ils font la police, ils font la santé.

Et enfin, il y a les premiers intéressés, les coureurs qui prennent de la dope pour faire leur métier. Parce que s'ils n'en prennent pas, ils ne pourront pas suivre. Et s'ils ne peuvent pas suivre, ils n'auront pas de contrat. C'est à la fois aussi simple et aussi compliqué que ça.


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Guy Maguire, webmestre, SVPsports@sympatico.ca

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