![]() et le v�lo |
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3 juillet 2004
Oubliez ce que je vous disais l'autre samedi. Que Ullrich allait gagner. Que Armstrong ne finirait pas le Tour. Je m'hay��s r�trospectivement. Remarquez qu'il est bien probable que Ullrich gagne le Tour de France. Mais Armstrong ne pas le finir ? C'�tait pour amuser la galerie. C'�tait n'importe quoi. Le discours sportif est fait � 110 % de n'importe quoi. Surtout la veille. Le jour m�me il y a les �motions de la course, mais la veille ? Des chiffres, la veille. Voil�.
Il y a 3360 kilom�tres � franchir en 23 jours dont deux jours de repos. Cela commence aujourd'hui � Li�ge, cela finira � Paris le 25 juillet. Il y a 189 coureurs, des Fran�ais, des Espagnols, des Italiens, des Danois, des Hollandais, des Norv�giens, des Russes, de moins en moins de Belges et de Suisses, de plus en plus d'Am�ricains, d'Australiens et d'Allemands. Un V�n�zu�lien, un Tch�que, un Slovaque, un N�o-Z�landais, un Irlandais. Un Anglais ? Non, pas d'Anglais. Il y en avait un qui s'appelait David Millar, il �tait tr�s tr�s bon, mais il s'est fait prendre la semaine derni�re avec de l'EPO dans son frigo. C'est quoi �a ? a demand� le policier.
- �a ? c'est un reste de lapin � la moutarde, je vous fais r�chauffer une patte ?
- Non non, les petites ampoules � c�t�, c'est quoi ?
C'�tait de l'EPO. Donc pas d'Anglais dans ce Tour. Un Canadien ? Pas de Canadien non plus. Et pour moi, ce Tour de France commence sur le regret que Lance Armstrong n'ait pas retenu, dans son �quipe, le Canadien Michael Barry. De loin ce que l'on a vu de mieux sur un v�lo dans ce pays depuis Steve Bauer et peut-�tre meilleur que Bauer, en montagne notamment. Apr�s son brillant Tour d'Espagne l'an dernier, apr�s sa cinqui�me place aux Championnats du monde � Hamilton ( note du webmestre : Michael Barry a termin� 7e � Hamilton), apr�s un fort d�but de saison 2004, Barry esp�rait... Mais Armstrong a choisi de faire confiance � ses amis, Hincapie, Ekimov, Landis, et � sa garde espagnole renforc�e du Portugais Azevedo, qui n'est pas le premier venu non plus, remarquez bien. Je ne dis pas que Michael Barry est victime d'une injustice. Je dis seulement qu'il ferait le bonheur de presque toutes les �quipes de ce Tour de France...
Mais je vous sens impatient d'en arriver � l'essentiel. La question vous br�le : Armstrong gagnera-t-il ce sixi�me Tour de France ? Entrera-t-il dans la l�gende ?
Je suis tann� de la l�gende. J'ai fait l'an dernier, � l'occasion du centenaire du Tour, une l�gendinite aigu�. Je vous signale que Armstrong (comme Indurain d'ailleurs) a gagn� au moins trois de ses cinq tours de France sans aucune esp�ce d'opposition. Ce qui ne l'emp�che pas d'�tre un grand coureur. Plus grand que les autres ? Cela ne m'int�resse pas. Ce qui est int�ressant, ce n'est pas que ce pourrait �tre le sixi�me. C'est que jamais depuis six ans, le Tour n'a �t� aussi ouvert. Trois favoris, Armstrong, Ullrich et Hamilton, et un quatri�me un peu moins favori mais qui pourrait foutre le bordel en dynamitant la course : Iban Mayo. Entendons-nous, Jan Ullrich est le meilleur athl�te des quatre, c'est lui aujourd'hui qui devrait courir apr�s son sixi�me Tour de France. Mais c'est un gros b�b� g�t� qui a perdu bien du temps � devenir adulte. Pas tr�s malin, en plus. Armstrong le m�ne par le bout du nez depuis toujours. Il a m�me r�ussi � lui faire croire qu'ils �taient amis. C'est la grande sp�cialit� de Armstrong, les � mind games � et l'intox.
Par exemple, la vraie r�ponse � votre question � Lance Arsmtrong gagnera-t-il un sixi�me Tour de France ? � est une autre question : au Dauphin� Lib�r�, il y a trois semaines, Armstrong a-t-il disput� � fond le contre-la-montre du Mont-Ventoux dans lequel il s'est class� cinqui�me � deux grosses minutes de Iban Mayo ? Si oui, Ullrich va le manger tout rond. Mais va savoir si l'Am�ricain n'a pas retenu son effort pour bullshiter Ullrich qui prenait � ce moment-l� le d�part du Tour de Suisse.
Armstrong ou Ullrich ? J'aime mieux Armstrong. Je me reconnais dans sa passion du v�lo (rare chez les coureurs, totalement absente chez Ullrich qui fait ce m�tier comme je ferais repr�sentant de machines agricoles en Saskatchewan). Ai-je dit que j'aimais Armstrong ? Correction, je l'admire. On s'�merveille souvent de sa victoire sur le cancer, � mon avis il a accompli un bien plus grand exploit encore en surmontant sa propre connerie. Il �tait � ses d�buts le prototype du petit con absolu bourr� de talent comme le sont, d'ailleurs souvent les athl�tes. Lui en plus, venait du Texas. Le chemin que ce gars-l� a d� faire... Pensez qu'il s'est �coul� 500 000 ans avant que l'homme de N�anderthal gagne un premier prix Nobel de chimie. Lance Armstrong a parcouru � peu pr�s le m�me chemin entre sa premi�re course chez les pros et son premier Tour de France. Alors qu'il en ait gagn� quatre ou cinq autres apr�s, c'est vraiment un petit d�tail de rien.
Armstrong ou Ullrich ? Je ne d�testerais pas non plus une surprise. J'ai beaucoup d'affection pour l'autre Am�ricain, Tyler Hamilton. Si maladroit sur un v�lo, ou devrait-on dire mal � l'aise plut�t que maladroit ? on voit bien que ce n'est pas son sport. Cette qu�te d'absolu, cette hu- milit�, ce gars-l� devait �tre un aviron- neur dans un autre vie.
Premi�re passe d'armes entre Ullrich, Armstrong et Hamilton aujourd'hui, dans le prologue de Li�ge. Six petits kilom�tres qui renseigneront plus que les 1500 qui suivront. Pour qui sait lire ses �carts hom�opathiques, le prologue montre la fissure dans la machine, l� o� se produira la cassure. Indurain avait l'habitude de tirer un coup de canon dans le prologue, une de ses rares manifestations d'autorit�. La mode est pass�e. Il y a maintenant des sp�cialistes. La victoire pourrait aller aujourd'hui � l'Austratien Bradley McGee comme l'an dernier sur les Champs-�lys�es. Ou encore � son compatriote Michael Rogers. Mais c'est dr�le, je vois Ullrich renouer avec la tradition de Indurain, je le vois d�fier Armstrong, je le vois sortir d�j� la grosse artillerie.
Ensuite il faudra attendre le contre-la-montre par �quipes de mercredi qui ne fera pas de gagnants, seulement des perdants. Je vois bien, par exemple, Iban Mayo et ses chevaux trop l�gers perdre deux minutes dans cet exercice de brutes.
Et puis plus rien pendant presque deux semaines. Le Tour voguera de victoires de Petacchi en victoires de Petacchi jusqu'aux deux �tapes pyr�n�ennes.
Curieux parcours. Toutes les difficult�s dans la derni�re semaine. Comme pour se donner un �lan vers une finale d'enfer, avec deux contre-la-montre, celui de l'Alpe d'Huez, et celui plus terrible encore de Besan�on, la veille d'arriver � Paris.
Qu'importe. Une fois encore, les bl�s, les ponts fleuris, les routes qui s'�l�vent au-dessus des toits d'ardoise, et l'�t�, l'�t� surtout, une fois encore le Tour de France va sauver le cyclisme. Jusqu'� quand ?
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