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4 décembre 2004
La juge Hélène Langlois a donné raison aux riverains de la piste du Petit Train du Nord, environ 600 familles, qui se plaignaient du bruit que faisaient les motoneiges en vroum-vroumant à moins de 100 mètres de leur résidence. La juge a interdit la circulation des motoneiges sur la piste, entre Saint-Faustin et Labelle. Merci madame d'avoir fait la job des élus. Merci d'avoir établi que l'espace civique prime sur l'espace public. En souhaitant que cela fasse jurisprudence, comme on dit dans votre métier.
Au lendemain de ce jugement, je lis que l'industrie touristique des Laurentides est « assommée ». Comment a-t-on pu oser ?
Merci madame ne n'avoir pas cédé à l'habituel chantage des jobs, du progrès, du développement régional. Merci d'avoir penché, pour une fois, du côté de l'urbanité. Les riverains se plaignent depuis sept ans. Cette industrie en état de choc s'est-elle souciée une seconde de leur inconfort, de leur qualité de vie gâchée ? de leur stress ? T'es dans ton salon, et toutes les deux minutes ça fait ziiiim, ziiiim, ziiiim, assez fort pour que les vitres en tremblent. L'industrie s'est-elle penchée une seule fois sur un tracé d'un parcours alternatif ?
Pendant sept ans, les gens qui braillent aujourd'hui se sont retranchés derrière un égoïsme social en béton. Rien à foutre des riverains de la piste. Avec l'arrogance habituelle du petit commerce, ils s'étaient appropriés l'espace public. Sûrs de leur bon droit, et de leur impunité. A-t-on jamais donné tort aux agents du progrès et du développement ? C'est de cela qu'ils sont surtout assommés aujourd'hui. Merci madame de leur avoir dit qu'ils n'étaient pas intouchables. Merci de leur avoir signifié qu'une industrie touristique irréfléchie et illimitée comme celle qu'ils préconisent est une absurdité dans la mesure où elle détruit le milieu même dont elle tire son profit.
Merci madame d'avoir condamné le bruit. D'avoir actualisé cette pollution qui incarne, plus que toute autre, la grossièreté, l'incivilité d'une époque, l'oppression du beauf qui fait vroum-vroum avec sa motoneige, qui pétarade avec sa motomarine ou son VTT, qui fait hurler la radio dans sa cour, qui laisse japper son chien pendant des heures, qui part sa tondeuse à 7h du matin. Qu'on ne s'y trompe pas, la pollution par le bruit communautaire (celui que font les voisins) surpasse mille fois en nuisance le bruit de la grande industrie, des autoroutes et des aéroports.
Le bruit du voisin ne rend pas seulement sourd, il opprime, il oppresse. Et surtout il laisse impuissant. Si votre voisin venait déverser un camion de fumier dans votre cour, vous le feriez condamner sans problème. Mais qu'il déverse du bruit, alors là, plus personne ne sait quoi faire. Le conseil municipal ? La MRC ? Le ministère? Cela faisait ziiiiim, ziiiim, ziiiim, mille fois par jour dans le salon de 600 maisons, mille fois par jour, tous les jours de l'hiver, pendant sept ans. Cela n'a dérangé personne dans aucun conseil municipal, dans aucune MRC, dans aucun ministère. Merci madame d'avoir été la première à dire c'est assez.
Merci de cette victoire. Mais cela ne suffira pas. On ne vaincra pas le bruit en cour, ni même avec des lois. Comme pour le reste, il faudra passer par l'éducation, par des campagnes de sensibilisation, on part de loin, et d'ailleurs il ne s'agit pas de vaincre le bruit, mais les bruyants, il s'agit de partager un espace. Encore une fois c'est une affaire de vivre-ensemble, d'éducation. Pourquoi ne pas en parler à l'école. On donne aux enfants une idée du bien et du mal, pourquoi ne pas leur apprendre à faire aussi la différence entre le pollueur et le pollué, l'envahisseur et l'envahi, l'importun et l'importuné.
Et leur faire écouter le silence aussi, parfois.
Hein ? Quoi ? Qu'est-ce que vous dites ?
Excusez-moi, je vais fermer mon walkman. Vous disiez ?
Que la vie fait toujours du bruit ?
C'était pas la vie que j'écoutais, c'était Led Zeppelin.
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