et le v�lo

6 juillet 2003

La petite faiblesse d'Armstrong

Est-ce le zouave du pont de l'Alma, ce vieux farceur, qui a distrait les coureurs en baissant ses culottes ? Il le fait parfois pour amuser les vieilles Anglaises. Est-ce les chalands nonchalants sur la Seine ? Est-ce les jardins languissants de la tour Eiffel qui incitaient au farniente ? Ou les fauteuils accueillants que les antiquaires de l'avenue de la Motte-Piquet avaient sortis sur le trottoir ? Tout invitait � la facilit�. Pourtant, ce court prologue de six kilom�tres et demi en plein centre de Paris aura �t� un arrache-coeur pour les 198 coureurs du Tour du centenaire, qui a pris hier un d�part rugueux.

Ce prologue nous a enseign� deux choses. La premi�re, qu'un v�lo peut valoir 18 000 $ et rouler plus mal qu'un vieux CCM tout rouill�. La seconde, que c'est sans doute vrai, ce qu'on chuchote dans le dos de Lance Armtrong : il y a comme une petite faiblesse dans l'armure ; l'Am�ricain ne gagnera peut-�tre pas son cinqui�me tour de France de suite, ou s'il le gagne, ce ne sera pas aussi facilement que les quatre autres.

Je disais que ce prologue nous avait appris deux choses, revenons � la premi�re. Ce prologue a �t� domin� par un coureur : l'�cossais David Millar, de l'�quipe fran�aise Cofidis. Millar a pourtant �t� battu par huit centi�mes de seconde � cause d'un incident m�canique. La question est celle-ci : peut-on rouler sur un v�lo de 18 000 $ et avoir quand m�me un incident m�canique ? La r�ponse est oui.

Millar, d�cid�ment malchanceux - il s'�tait cass� la jambe il y a quelques ann�es dans un autre prologue du Tour - s'est soudain mis � p�daler dans le beurre. Sa cha�ne venait de sauter, c'�tait dans le dernier kilom�tre. On a l'a vu zigoner la manette au bout de son guidon de triathlon, puis on l'a vu se dresser sur les p�dales pour relancer furieusement, il a perdu au moins cinq secondes, Il a finalement �chou� d'un souffle. Je ne voudrais pas �tre le dernier m�canicien qui a v�rifi� son v�lo.

Le saut de cha�ne de l'�cossais a fait le bonheur d'un Australien, Bradley McGee, de la Fran�aise des Jeux. Ce McGee n'est pas un inconnu, on le voyait dans les dix premiers. Mais de l� � le voir en jaune...

Reste que la surprise de ce prologue est la tr�s ordinaire septi�me place de Lance Armstrong. Une petite faiblesse ? Il n'y a pas de petite faiblesse dans ce sport impitoyable. Aussi petit que soit le doute soulev�, les autres vont mettre leur doigt dedans et gratter au sang. Tant que le patron est fort, le peloton lui fait des courbettes. Qu'il vienne � faiblir, il ne vaut pas mieux qu'un chien mort. Ce n'est pas la poign�e de secondes que Lance Armstrong a conc�d�es, c'est � qui il les a conced�es : � Ullrich, � Hamilton et �... Pena, le petit Colombien de sa propre �quipe. C'est par l�, par Pena, que va entrer le doute dans le train bleu des US Postal.

Prochaine heure de v�rit� mercredi, dans le contre-la-montre par �quipes. D'ici l�, McGee va tout faire pour rester en jaune, bien s�r. Mais �tre � sa place, je me m�fierais beaucoup de mes petits compatriotes, en particulier Robbie McEwen et le vieux O'Grady.

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J'avais 16 ans et demi quand j'ai d�barqu� � Paris. J'y ai v�cu quelques ann�es sans jamais faire d'effort particulier pour �viter la tour Eiffel ni pour y aller. Bref je ne l'avais jamais vue que de loin, et une seule fois de pr�s, mais c'�tait � Valleyfield, c'�tait une tour Eiffel en cure-dents, elle �tait pos�e sur le manteau d'une fausse chemin�e dans le bungalow d'un coll�gue journaliste sportif au Montr�al-Matin. Un demi-si�cle plus tard, donc, je sors du m�tro Champ-de-Mars, je cherche la tour Eiffel, pas de tour Eiffel. Je demande � un gendarme de m'indiquer.

Vous plaisantez, me dit le gendarme.

Mais non, pourquoi ?

Levez la t�te.

Non, s'cuzez-moi. J'�tais � ses pieds, mais les grands arbres du parc du Champ-de-Mars me la cachaient. Je l'ai trouv�e toute petite, et beaucoup plus belle que sur les cartes postales, presque aussi d�licate que celle sur la fausse chemin�e chez mon coll�gue de Valleyfield. J'aime bien ce genre de truc qui ne sert � rien sauf � compter les rivets, para�t qu'il y en a 2 675 423. Para�t qu'elle grandit de 15 centim�tres quand il fait chaud, mais pas hier, hier il faisait frais, on �tait bien.


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