![]() et le v�lo |
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27 juillet 2003
NANTES - Lance Armstrong s'est lev� t�t. Il a d�jeun�. Il a fix� lui-m�me un de ses v�los d'entra�nement sur le toit de l'auto de Johan Bruyneel et ils sont partis pour Pornic. Comme deux cyclos, qui partent pour une vir�e un samedi matin, sauf qu'avec la pluie qui tombait hier, les cyclos, les vrais, ne sont pas sortis. Il faisait un temps � ne pas mettre un cycliste dehors.
Pornic est un petit port de p�che ombrag� de pins parasols qu'on s'�tonne de trouver si haut sur la c�te.
� l'heure o� Lance et son directeur technique y sont arriv�s, Pornicais et Pornicaises dormaient encore, peut-�tre m�me qu'ils fornicaisent, va savoir. Peut-�tre aussi que Bruyneel aura lu comme moi les notes touristiques qu'on nous refile � chaque �tape, et peut-�tre qu'en entrant dans Pornic, il aura dit � Armstrong : savais-tu, Lance, que L�nine et sa femme avaient v�cu ici ? Mais je ne croirais pas qu'ils aient parl� de L�nine. Bruyneel est un taiseux comme souvent les Flamands qui dansent sans rien dire et Armstrong �tait d�j� entr� dans sa bulle.
Place de la Gare � Pornic, on mettait la derni�re main � la rampe de lancement d'o� s'�lancerait le premier coureur un peu avant 11 heures. La pluie battait le pav� et la m�t�o disait qu'on en aurait pour la journ�e. Un technicien qui zigonait des c�bles dans un coin poussa du coude son copain : dis donc, c'est pas Lance Armstrong que je vois l�-bas ?
Armstrong ! T'es malade! Il dort, Armstrong, � cette heure-ci !- Que ferait-il ici ? C'est lui qui part le dernier � quatre heures cet apr�s-midi.
C'�tait bien Armstrong pourtant qui venait d'enfourcher son v�lo. Il allait rep�daler ce parcours qu'il �tait d�j� venu reconna�tre en mai dernier. Il voulait le revoir sous la pluie. Il a enroul� doucement, 52 x 15, comme un cyclo, pour ne pas risquer de contractures. Il est rentr� � 30 km/ heure, Bruyneel le suivait dans la voiture �videmment. � Nantes, sur le boulevard des Martyrs, son visage s'est allum� d'un sourire : une bonne pens�e pour Ullrich. Il est all� jusqu'� la ligne d'arriv�e dont on n'avait pas encore dress� la banderole. Il s'est arr�t� au pied des hautes murailles du ch�teau des Ducs de Bretagne en se disant que ce devait �tre � peu pr�s l�.
Il est retourn� � son h�tel o� il a demand� � ses co�quipiers Ekimov, Hincapie et Pena de faire le parcours � fond et de lui rapporter toute observation utile. Puis, il est all� se recoucher.
Et Jan Ullrich, pendant ce temps-l� ?
Ullrich dormait comme un b�b�.
N'aurait-il pas d�, comme Lance Armstrong, aller reconna�tre le parcours ? Peut-�tre aurait-il abord� plus prudemment ce tournant o� il a gliss� comme une savonnette pour aller finir sa course dans des bottes de paille. Adieu Tour de France. Si Ullrich n'�tait pas tomb� � 11 kilom�tres de l'arriv�e, peut-�tre...
Peut-�tre rien du tout monsieur. Si Ullrich n'�tait pas tomb�, cela n'e�t rien chang� du tout, monsieur.
D'ailleurs, il �tait assur� qu'il tomberait. Dans son cas, la prudence n'�tait pas une option. Il devait tout tenter. Ce qu'il a fait. Bravement. M�me qu'on y a cru un tout petit instant. Parti comme un avion, apr�s deux kilom�tres il avait d�j� repris six secondes � Armstrong !
Loin de s'en affoler, Armstrong veilla � ne pas se d�sunir. Il revint � deux secondes, puis � une, puis � rien. Puis c'est lui qui prit l'avance. La reperdit. On e�t dit qu'il �tait � la p�che, il donnait du fil � Ullrich, en reprenait, exactement comme on fatigue un gros poisson. Ledit poisson sentant venir sa fin se d�battit une derri�re fois. Et se noya. Dans le tournant o� Ullrich est tomb�, au moins cinq autres coureurs avaient chut� avant lui, Peschel, David Millar, Marzio Bruseghin, David Plaza. Quand Rudy P�venage, son directeur technique, vint l'aider � se remettre en selle, on vit qu'il pleurait.
Ce m�me tournant, Armstrong le prit presque arr�t�. Et les suivants aussi. Il n'avait plus aucune raison de se presser. Ullrich �tait battu. Et en ne se pressant pas Armstrong permettait � son meilleur ami dans le peloton, David Millar, de remporter cette �tape, et � son deuxi�me meilleur ami, Tyler Hamilton, de finir second. En plus, il pleuvait. Il adore la pluie. Quoi d'autre ? Ah oui, il venait de gagner son cinqui�me tour de France.
Son plus beau.
Sa plus belle victoire.
Sa force mentale on connaissait. Son intelligence de la course on s'en doutait. Ce qu'on a compris cette ann�e, c'est qu'elle s'ancrait dans une incroyable passion du v�lo. Ce type que l'on dit distant - et il l'est dans ses relations avec la presse et avec la plupart des autres coureurs - ce type pas toujours sympa s'anime d�s qu'il est question de v�lo, excit� comme un junior qui vient de gagner sa premi�re course. � Ma passion ne s'�teindra jamais, d�clarait-il au d�part du Tour, Il y aura toujours des v�los dans ma vie et dans mon garage. �
Cette victoire, il la doit � ce perfectionnisme qui l'a fait se lever hier matin aux aurores pour aller rouler 50 kilom�tres sous la pluie rien que pour bien �sentir� toutes les trajectoires. Il la doit � cette fa�on de s'immerger totalement dans le Tour de France, de s'impr�gner de la course, de voir � tous les d�tails, de prendre un soin maniaque de son v�lo... hier encore, �querre en main, il demand� � son m�cano de relever la potence d'un millim�tre, de reculer la selle de deux, de la reveler un poil, de la remettre comme elle �tait, dix fois il est all� rouler quelque m�tres pour dire � la fin : O.K., �a va.
Cette victoire il la doit � son style de p�dalage, baptis� � moulin � caf� �, maintenant une marque d�pos�e. Ce coup de p�dale qu'il a r�invent� en faisant primer la v�locit� sur la puissance, ce n'est pas l'invention du si�cle, pourtant les autres n'y arrivent pas (sauf Tyler Hamilton). C'est qu'il y a l�-dedans plus de souffrance que de technique.
� C'est vrai, j'aime la souffrance �, disait-il cet hiver � Sports Illustrated.
Mon plus beau Tour de France, acquies�ait-il hier, celui o� j'ai le plus souffert. Surtout de la chaleur. La souffrance, �a va. Ce que je n'aime pas, c'est le stress.
Mais vous n'�tes jamais stress�, Lance, lui a lanc� un t�teux.
Si, une fois par ann�e, quand la saison est termin�e et que je vais passer un check-up. M�me si les m�decins m'ont dit que c'�tait fini, le cancer ne me quitte jamais, il sera toujours une partie de ce que je suis.
Aujourd'hui
Ville-d'Avray - Paris, 152 kilom�tres. Pour r�ussir � faire 152 bornes entre Ville-d'Avray et Paris (normalement moins de 40 !) il faut vraiment faire expr�s de se tromper de chemin. Il ne faut pas �tre press�. Et les coureurs ne le seront pas. Souvent, d�s les premiers kilom�tres de cette derni�re �tape, une procession plus qu'une course, une d�livrance en tout cas, souvent une bouteille de champagne apparait dans le peloton, on trinque, on parle m�tier, on se donne rendez-vous � San Sebastian dans quinze jours, pour la prochaine classique - certains ne se reverront pas avant le Tour d'Espagne en septembre, d'autres pas avant les championnats du monde � Hamilton, Canada, au d�but d'octobre.
La course reprend ses droits quand les coureurs passent sous le tunnel du Louvre. Les sprinters, Baden Cooke et McEwen vont s'expliquer une derni�re fois pour le maillot vert, McEwen devrait l'emporter comme l'an pass� sur les Champs-�lys�es.
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