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26 juillet 2003
SAINT-MAIXENT-L'�COLE - Au d�but du Tour, je vous ai parl� de Romilly-sur-Seine, la petite ville au nord-est de Paris o� mes parents ont immigr�, o� j'ai �t� �lev�, je vous ai pas dit que j'y avais tra�n� quelques-unes de mes fianc�es, chaque fois je les mettais en garde - je t'avertis, c'est trou.
Toutes me disaient apr�s : l'exag�res, c'est pas si mal.
Je pense � cette Montr�alaise, Emmanuelle, originaire de Saint-Maixent-l'�cole o� le Tour faisait �tape hier, qui disait dans son courrier, avec affection, mais elle le disait tout de m�me, que Saint-Maixent �tait un trou.
Vous exag�rez madame, ce n'est pas si mal.
Cela me fait penser que m�me s'il y a des milliards de paysages sur la plan�te, il n'y a que deux sorteii de lieux. Ceux auxquels nous sommes attach�e par des souvenirs d'enfance et les autres. On porte sur les premiers un regard tourn� vers l'int�rieur et sur les autres un regard panoramique. L'exacerbation du souvenir nous porte � revivre les premiers plut�t qu'� les voir, l'oeil a moins de m�moire que le coeur. Le regard de l'�tranger est souvent plus juste : t'exag�res, c'est pas si mal. C'est lui qui a raison, ce n'est pas si mal.
Non seulement Saint-Maixent-l'�cole n'est pas si mal, madame, mais c'est m�me tout � fait charmant. Et cela malgr� que cette �cole soit militaire et la petite ville pleine d'adjudants, et que j'ai d� emprunter, pour aller jogger, la rue du 114e r�giment d'infanterie. Franchement ! Surtout que c'�tait une jolie rue, pas du tout au garde-�-vous, c'�tait le soir, l'air �tait l�ger, une vieille prenait le frais sur sa chaise, vous savez madame comment je la rebaptiserais cette rue, si c'�tait moi ? Rue-de-la-Nuit-qui-tombe-avec-une-gr�ce-l�g�re. Si c'�tait moi. Mais vous ferez bien ce que vous voudrez.
C'est un soldat de faction devant sa caserne qui m'a indiqu� comment rejoindre les bords de la S�vre par une rue qui d�bouche soudain en pleine campagne pour devenir une route bord�e de peupliers. Et puis, j'ai entendu la rivi�re, chez nous on dirait un ruisseau. Je ne sais pas ce que j'avais hier, je courais comme un lapin, c'est d'ailleurs la remarque qu'a faite un ado � ses copains quand je suis pass� sur le pont Charrault : vous avez vu le vieux, il court comme un lapin. J'en ai remis une couche. Du 170 � mon cardio machin.
J'�tais log� � l'Auberge du Cheval Blanc, � deux pas de la grande Place Denfert o� �tait jug�e l'arriv�e hier. C'est bien la premi�re fois, durant ce Tour, que je me suis rendu travailler � pied.
La po�sie
Une dame vous cherche, m'informe le responsable de la salle de presse � mon arriv�e. La chose l'amusait manifestement.
Une dame ?
Une fan m'a-t-elle dit. Elle lit vos papiers.
Une Fran�aise ?
Je crois. Dois-je la laisser entrer si elle revient ?
Bien s�r.
Elle est revenue. Jacqueline Sadoux. Elle a enseign� � Marie-de-France au niveau primaire, aussi � Trois-Rivi�res � l'�cole qu'avait ouverte l'usine P�chinet. Elle vit maintenant pas tr�s loin de Saint-Maixent � Congouillette-les-Mouchettes.
Pardon ?
Congouillette-les-Mouchettes, c'est pr�s d'une petite ville qui s'appelle Chauvigny pas tr�s loin de Poitiers. Je ne vous d�range pas au moins ?
Pas du tout. Je vous remercie d'�tre venue. Dites-moi encore d'o� vous �tes ?
Congouillette-les-Mouchettes.
Madame, pennettez-moi de vous nommer, sur-le-champ, pr�sidente de mon fan club. J'y pose deux conditions, que vous soyez l'unique membre de ce fan-club et ne d�m�nagiez pas.
Comment y causent
J'aurais appris quelques expressions et mots nouveaux durant ce Tour, comme cette suave insulte de � Femme au foyer � que je n'ai pas r�entendue depuis que je vous l'ai rapport�e, peut-�tre suis-je tomb� sur un titi inspir�, je lui pr�dis quand m�me un grand avenir, pas au titi, � l'expression. Toujours autant d'anglicismes dans le langage courant des Fran�ais, cela m'amusait quand c'�tait uniquement affaire de coquetterie, mais l� c'est en train de tourner � la paresse, on va directement � l'anglais sans se donner la peine de chercher, d'inventer au besoin le terme fran�ais, un laisser-aller qui se v�rifie en particulier dans le sport - tout sp�cialement dans le golf - dans le langage technique aussi, c'est trop, mais bon, je peux bien le r�p�ter en tapant du poing sur la table - c'est trop nom de dieu - cela ne changera rien...
Entendu souvent, mais l� on retombe dans l'amusante affection langagi�re, entendu souvent l'euph�misme : I'm mot amused. Tr�s tr�s courant : See you. Un nouveau mot en verlan (le langage � l'envers), enfin nouveau pour moi : joibour, pour bourgeois. Nouveau aussi dans mon oreille, airbags pour les seins et guez pour le p�nis, contraction, si j'ose dire, de merguez.
Si moi, je leur ai appris des nouveaux mots ? Aucun. J'ai tent� d'apprendre une petite chanson � mon nouvel ami et coll�gue Luxembourgeois Petz Lahure, mais d�s qu'il entend les premi�res paroles - la belle d� cadix... - Il me dit : Hal d'Schn�ss!
C'est du luxembourgeois. Je crois que cela veut dire ferme ta gueule.
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