![]() et le v�lo |
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24 juillet 2003
Bayonne - Quand j'�tais petit, j'�tais intrigu� par Jean-Paul Sartre. Pas tellement ses livres. Pour un truc qu'il avait dit : il voulait aller pisser sur la tombe de Chateaubriand. Ben moi aussi d'abord. Plus tard, j'ai lu un peu Chateaubriand (gr�ce � Barthes qui l'aimait bien) et c'est alors sur la tombe de Jean-Paul que j'ai voulu aller pisser. Mais entre-temps, il avait refus� le Nobel, �a m'a impressionn� et j'ai encore chang� d'id�e, C'est sur la tombe de Luis Mariano que j'irai pisser. Petit probl�me : il �tait pas mort.
Vous savez cette chanson que je vous chante parfois, La belle d� Cadix a des yeux d� velours tchika tchik aya-yaille ? C'est lui. Luis Mariano. Une sorte de Michel Louvain ib�rique, le m�me genre de poodle fr�n�tique, mais avec de la voix, il gueulait ce con dans la radio, Mexi-hiiiiiiiii-co.
Je suis � Arcangues dans les Pyr�n�es-Atlantiques, un village au sud de Bayonne o� les coureurs du Tour de France sont arriv�s hier. Le village, camp� sur une colline, est curieusement regroup� autour de son �glise et du cimeti�re qui ceint l'�glise. Je ne suis pas dans ce cimeti�re par hasard. Et mon envie de pisser n'est pas non plus un hasard, je la retiens depuis Tarbes, depuis que j'ai lu dans mon guide que la tombe de Mariano Eusebio Gonzalez Garcia, dit Luis Mariano, �tait dans ce cimeti�re.
Eh non, j'ai pas fait. J'aurais pu, y'avait personne. Mais il y avait sur la dalle cette �pitaphe qui m'a boulevers�, et m'a coup� l'envie. Fianc�e, prends note s'il te pla�t, je veux que ce soit �crit exactement comme �a sur ma tombe. � toi mon prince, que ton repos soit doux comme ton coeur fut bon.
Et si �a co�te pas trop cher de faire graver quelques mots de plus, fianc�e, j'aimerais que ce soit ceux-l� : Tchika tchik aya-yaille.
Est-ce pour laisser � Biarritz, sa jumelle, les surfeurs bronz�s ? Bayonne tourne le dos � la mer pour se pr�lasser sur les quais de ses deux rivi�res, l'Adour et la Nive. La vieille ville qui est presque toute la ville, ses remparts o� je suis all� lire mes journaux hier soir, ses maisons aux bois peints, l'animation des ruelles autour de la cath�drale, son quartier populaire gentiment d�cr�pit que l'on appelle � Petit Bayonne�, tout cela fait de Bayonne sans doute la plus jolie ville o� le Tour de France se sera arr�t� cette ann�e. Et pourtant, je me m�fie. Quelque chose me retient d'exulter. J'ai pour le Pays basque (du c�t� fran�ais, le c�t� espagnol, si j'ose dire, est compl�tement diff�rent), j'ai pour le Pays basque les m�mes r�serves que pour la Provence. Il y a dans l'air quelque chose de fabriqu�, de surajout�, c'est trop de rues pi�tonnes, trop de terrasses, trop de tout, et en m�me temps comme une fatigue, comme si l'�me de la ville �tait ext�nu�e � force de faire la f�te tous les soirs, avec des �trangers.
Je suis s�v�re, bien s�r. C'est que je go�te les villes comme d'autres les vins. C'est mon ivresse � moi. Je suis s�v�re bien s�r, trop. Je tape ce texte de ma chambre qui donne sur la place des Victoires, une courette pav�e plut�t qu'un place, o� sont en train de souper des locaux un peu partis, un d�ner de buveurs humides comme dans une chanson de Brel je ne sais plus laquelle, et il n'y a rien l� de fabriqu�, d'�tranger, au contraire, il flotte ici un air de gueuserie des plus authentiques.
Je suis log� au tr�s vieil h�tel des Basses-Pyr�n�es, ancienne demeure du bourreau de Bayonne. C'�tait un homme plut�t aust�re, pas tr�s port� sur le confort, si je le vous dis, c'est que c'est encore un peu comme �a. Mais j'exag�re encore. C'est correct. Sauf un truc qui chez nous serait un motif suffisant pour faire fermer cet h�tel imm�diatement. Au bout des couloirs qui m�nent aux chambres, il y a une fen�tre. Dans le mur de sout�nement de cette fen�tre, fix�e � deux gros anneaux de fer, une �chelle de corde.
Dites-moi, l'�chelle de corde, c'est une coquetterie moyen-�geuse ?
Pas du tout, me r�pond le monsieur de la r�ception, c'est la sortie de secours. S'il y avait le feu, vous ouvrez la fen�tre, vous jetez l'�chelle de corde dehors, et voil�.
Et les vieux ? Et les handicap�s ? Et les b�b�s?
J'ai lu dans son regard qu'il me r�pondait � et ta soeur�, mais plus poliment il m'a dit : Allez, monsieur, il n'y aura pas le feu. Effectivement, j'ai pass� une bonne nuit sans le moindre incendie, m�me pas une petite braise. On s'inqui�te toujours pour rien.
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