![]() et le vélo |
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24 juillet 2003
Dites, sa fracture, c'était la clavicule droite ou gauche ? Le confrère ne savait pas. Et franchement, à voir pédaler Tyler Hamilton hier, il ne semblait pas savoir non plus si cette fracture - ou fissure, ou luxation, j'ai même lu quelque part foulure acromio-claviculaire - le faisait souffrir à droite ou à gauche. Je pense qu'il devait surtout avoir mal aux jambes hier. Cent quarante kilomètres d'une échappée, dont presque 100 tout seul, bouche ouverte, à relancer dans toutes les bosses, à travers ce Pays basque médusé et déçu une fois de plus par ses coureurs orange qui se sont encore défilés.
Une escapade plus ou moins improvisée. Riis, le coach de la CSC, avait demandé à ses coureurs de garder l'oeil ouvert, de sauter sur toutes les occasions. Hamilton avait raté l'échappée matinale, mais revint dessus en catastrophe, y retrouva son copain Sorensen et lui demanda d'accélérer. L'échappée se démaille aussitôt. Hamilton décolle dès les premières rampes du col de Bargagui, le dernier du Tour, personne ne le reverra avant Bayonne.
Ce garçon si gentil dans la vie avait la grinta, la rage contre le sort qui a failli le sortir du Tour dès la première étape, ce Tour qu'il avait préparé pour finir sur le podium. Cela n'arrivera pas. Des cinq minutes qu'il avait à 25 kilomètres de l'arrivée, il en gardé deux. Trop loin de la troisième place au général pour un podium à Paris.
Je disais une escapade plus ou moins improvisée, on vit Hamilton hésiter en haut du col du Bargagui, qu'il passa avec deux minutes d'avance, appeler la voiture de Riis :
- Et maintenant qu'est-ce que je fais ?
- Tu fais 80 kilomètres tout seul, t'es capable, lui dit Riis.
C'est ainsi que cette étape entièrement courue dans les vallées tortueuses d'Euskadi (le Pays basque) vit le triomphe d'un petit gars de Marblehead, dans le Massachusetts. La foule qui agitait d'immenses ikurrina (le drapeau basque), lui criait, méchante, en euskara (la langue basque) hé l'Américain, c'est la clavicule gauche ou la droite qui te fait mal ?
Pendant ce temps-là, dans le peloton, il ne se passait rien. Comme prévu. Tellement rien que dans le rude Bagargui, c'était George Hincapie qui emmenait le peloton maillot jaune. Hincapie, qui est loin d'être un grimpeur, moulinait sur un très petit plateau (36 dents... et 26 derrière!), manière de nous rappeler que ce n'est pas la montagne qui fait la course, ce sont les coureurs, or les favoris avaient décidé hier que le Tour suspendrait son vol jusqu'à samedi, jusqu'à Nantes, où aura lieu l'explication finale entre Ullrich et Armstrong.
À la flamme rouge, on vit Hamilton demander la voiture de son directeur technique, et quand Riis fut à sa hauteur, il lui serra la main, geste très inhabituel, d'un coureur pas comme les autres, aimé de tous dans le peloton. On vit aussi Lance Armstrong le féliciter chaleureusement sur le podium. Hamilton fut longtemps son lieutenant, il est toujours son ami, et son voisin à Gérone la petite ville espagnole près de la frontière française, où il vit la plus grande partie de l'année.
En tout cas, c'est pas un jambon qui a gagné à Bayonne. S'cusez, je voulais absolument la placer.
De l'honneur et de la politesse
Ullrich a-t-il eu tort d'attendre Armstrong dans la montée vers Luz-Ardiden ? On n'a pas fini d'en parler. Comme il l'a rapporté dans son point de presse, Ullrich s'est fait engueuler par tout le monde, y compris sa famille, ses amis. T'aurais pas dû, Jan. Lui n'a aucun doute. Je n'y ai même pas pensé, je le referais sans hésiter, on n'attaque pas un coureur qui vient de tomber.
Lui pourtant n'a pas hésité à vous attaquer aussitôt revenu sur vous...
Et alors ? Je ne comprends pas que vous ne compreniez pas. La course était repartie. La règle morale, c'est que tu n'attaques pas un coureur à terre. Ce coureur revenu, la course reprend ses droits. Me semble que c'est pas compliqué.
Et si vous perdez le Tour pour cela ?
Je ne peux pas perdre le Tour pour cela, c'est impossible. Si je perds le Tour, même par trois secondes, ce n'est pas parce que j'aurais attendu Armstrong, c'est parce qu'il m'aura battu, c'est tout.
Je n'ai rien à ajouter à ce qu'a dit Ullrich. Par contre, j'ai trouvé Armstrong un peu trop empressé à rappeler qu'il y a deux ans, il avait attendu Ullrich quand l'Allemand avait fait une mauvaise chute dans la descente du col de Peyresourde. J'étais là, je me souviens très bien que le geste n'avait pas la même portée. Armstrong avait déjà gagné le Tour à ce moment-là. Peut-être qu'Amstrong l'eût attendu de toute façon, mais il reste qu'il ne lui coûtait rien de le faire ce jour-là, en oubliant de le préciser, il met son geste sur le même pied que celui d'Ullrich. Lundi, l'Allemand a été grand seigneur, il y a deux ans, Armstrong avait été correct.
Aujourd'hui
Dax-Bordeaux, 180 kilomètres, de très longues lignes droites à travers les Landes, rien pour favoriser une échappée. En principe, Bordeaux est la ville des sprints massifs, mais les équipes de sprinters ont-elles encore assez d'énergie pour bloquer la course ? Au fait, quels sprinters ? Baden Cooke, McEwen, Hushovd, Zabel, O'Grady, Nazon. Faites votre choix. Le mien ? Cooke. Un café, pas plus.
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