et le v�lo

21 juillet 2003

Des nuls et des rigolos

Sont nuls, les Fran�ais qui font la description du Tour � la t�l�. Sont nuls, sont assourdissants, ils r�p�tent 22 fois les m�mes clich�s et passent � c�t� de l'essentiel.

Pourquoi regardez-vous la t�l� ?

J'ai pas le choix.

On regarde tous le Tour � la t�l�.

Je me suis arr�t� 10 minutes en haut de Peyresourde, devenue colonie basque, avec l'id�e de rester l�. De me perdre dans cette mer orange aux couleurs des coureurs d'Euskaltel. Pis apr�s ? Je les aurais vu passer huit secondes. Et, de toute fa�on, il y avait un �cran g�ant et c'�tait les m�mes zozos � la t�l�.

En d�crivant le sprint final, ils n'avaient de voix que pour Virenque. Virenque est lanc�, Virenque dans son effort. Andouilles. Virenque ne voulait pas gagner. Vous n'avez pas vu qu'il emmenait le sprint, si on peut appeler �a un sprint, pour son copain Laurent Dufaux ? Sont amis comme cochons depuis l'�quipe Festina. Ils n'arr�tent pas de dire qu'ils veulent finir leur carri�re ensemble. Et Virenque n'est plus le petit ogre affam� de gloire qu'il a d�j� �t�, il s'est beaucoup humanis�. Il a compris plein de choses. Il avait deux id�es en t�te, hier, Virenque. �cumer les points en haut des sept cols de l'�tape pour assurer son maillot � pois. Ce qu'il a fait. Et offrir la victoire d'�tape � son copain Dufaux.

Il avait d� l'appeler la veille : tu viens avec moi demain ? On va rigoler. Pour vous dire que Virenque �tait en mission. Il est parti avec deux co�quipiers, Bettini et Rodgers. Une quinzaine d'autres ont suivi. Dont Gilberto Simoni, le vainqueur du Tour d'Italie. Simoni est la fable du Tour. Il s'�tait vant� de pouvoir inqui�ter Armstrong, il est actuellement 73e au classement, � une heure et demie d'Amstrong qui l'a publiquement trait� de rigolo l'autre jour. Hier Simoni s'en allait donc laver son honneur.

Et il y avait Laurent Dufaux, donc. Un Suisse que les Fran�ais prennent souvent pour un Fran�ais. Tr�s bon coureur en fin de carri�re, leader discret de l'�quipe italienne Alessio, une �quipe qu'on n'a pas vue du tout dans ce Tour et dont les deux sprinters, Furlan et Basso, ont abandonn�. Reste Dufaux. Il a gagn� une �tape du Tour de Romandie cette ann�e. C'est peu. Le commanditaire a d� t�l�phoner. Avant ou apr�s Virenque ? L'histoire ne le dit pas. Bref, Dufaux avait deux invitations. Cela ne se refuse pas.

Des 17 du d�part de l'�chapp�e, ils n'�taient plus que trois dans la mont�e de Peyresourde. Les deux amis et Simoni. � la flamme, Dufaux s'est cal� dans la roue de Virenque, et c'est parti mon kiki, l'italien n'avait en principe aucune chance. Simoni et Virenque c�te � c�te, c'est � ce moment-l� que Dufaux aurait d� passer. O� est Dufaux ? Pas de Dufaux. Dufaux deuxi�me.

N'ont pas fini d'en entendre parler ! Se mettre � deux pour battre Simoni au sprint dans une pente l�g�rement descendante, et finalement se faire baiser, le peloton n'a pas fini de rigoler.

Comme souvent en montagne, le fait marquant de l'�tape s'est pass� dans ce qu'il est convenu d'appeler le � groupe maillot jaune �, les trois ou quatre pr�tendants � victoire finale, Armstrong, Ullrich, Vinokourov, Zubeldia. Le fait marquant : l'attaque de Vinokourov � quatre kilom�tres du sommet de Peyresourde. L� encore, les zozos de la t�l� ont d�conn� � pleins tubes. Le Tour est en train de se jouer, s'�gosillaient-ils.

Mais le Tour est jou�. Et le vainqueur est connu : Ullrich. Sinon Ullrich, Armstrong. Pas Vinokourov. � Armstrong est en train de perdre son maillot jaune �, hurlaient les deux zozos. Il l'a finalement gard� par un fil, mais l'e�t-il perdu ?

Hier, comme pr�vu, Armstrong et Ullrich ont fait match nul. Vinokourov, qui �tait � 45 secondes d'Ullrich, s'est rapproch� � cinq secondes. Au culot, au panache, bravo. Mais il a besoin de deux minutes. Il va les prendre o� ?

Le Tour se termine aujourd'hui dans la mont�e finale vers Luz-Ardiden. Si Armstrong perd du temps sur Ullrich, ce qui va certainement arriver, ou s'il en gagne trop peu, moins d'une minute par exemple, je remballe, je vais les attendre � Nantes.

Notez que Vinokourov pourrait bien h�riter du maillot jaune ce soir. Mais rappelez-vous, c'est pas le maillot, c'est le chrono. Un maillot avec moins de deux minutes d'avance est un maillot emprumt� qu'il faudra rendre � Ullrich, � Nantes.

Hier, on a vu un Ullrich remarquable d'aisance se comporter d�j� comme le patron du Tour. Il monte en puissance quand tous les autres sont dans le rouge.

Aujourd'hui, il va renouer avec cette gloire qu'il a si mal dig�r�e il y a cinq ans quand il a gagn� son premier Tour de France. Aujourd'hui, il va gagner son second.

Aujourd'hui
Bagn�res-de-Bigorre/Luz-Ardiden, 160 kilom�tres, c'est l'�tape �pouvantail des Pyr�n�es: Aspin, Tourmalet et la derni�re mont�e vers Luz-Ardiden, une autre station de ski dont le slogan, hol� attention, est le suivant : � Ici c'est pas les Pyr�n�es, c'est les Happyr�n�es �. Voyez, nous n'avons pas, au Qu�bec, l'exclusivit� des jeux de mots commerciaux d�biles (mais on est quand m�me difficiles � battre !).

Programme d'entra�nement
Le bon docteur Michele Ferrari, qui a introduit l'EPO aupr�s de coureurs comme Moser, Bugno, Argentin et Rominger, conseille toujours Lance Armstrong. Quand l'Am�ricain est tomb�, au d�but du Tour, il lui a envoy� un ost�opathe de ses amis. Cela dit, il m'�tonnerait beaucoup, si l'Am�ricain se dope, qu'il prenne pour cela conseil de Ferrari. Peut-�tre suis-je na�f, mais je pense qu'Armstrong voit en Ferrari un pr�parateur physique exceptionnel. Il n'est pas le seul. Le site du bon docteur sur le Net est tr�s fr�quent�. Il propose des programmes d'entra�nement, tr�s chers d'ailleurs, 500 euros pour un programme pour d�butant, 1200 pour un coureur �tabli, pour des conseils du genre : couchez-vous de bonne heure et mangez des yogourts albanais. Donnez-moi la moiti� de �a, je vais vous en faire un programme d'entra�nement � base de rognons en fricass�e, de raie au beurre blanc nantais, de salade de g�siers, de cr�me br�l�e glac�e et de pruneaux au beaujolais. Faites-moi confiance, et si vous sentez une certaine lourdeur, si votre moyenne baisse un peu, c'est normal ; mon programme, c'est pas pour rouler plus vite, c'est pour rouler content.

La vie mon vieux
Les quatre �tapes pyr�n�ennes sont trac�es sur le m�me mod�le. D�part d'une petite ville au pied de la montagne - Saint-Girons hier, Bagn�res aujourd'hui - arriv�e en altitude, o� la salle de presse est install�e dans un champ sous un grand chapiteau. Nos textes �crits et envoy�s, faut bien redescendre. Ou alors demander � Armstrong de nous faire une place dans son h�lico, mais j'y ai pens� trop tard. Une seule route. Petite. En lacets. On est des milliers. Des autos, des motos, des camions, ces camions qui transportent le mat�riel du Tour, les estrades de la ligne d'arriv�e qui seront install�es dans la nuit � l'�tape suivante. Sans parler des nonos qui remontent, ils ont perdu la suce du petit, ou ils ont la suce, mais ils ont perdu le petit. C'est arriv� � l'Alpe d'Huez. Un couple d'Am�ricains, ils pensaient que l'enfant �tait descendu dans la voiture d'un ami. Il �tait dans un champ � mi-pente. Anyway. Bouchons monstres. Et dans la vall�e, �a continue, une seule route m�ne � Foix, o� j'aurais bien dormi, mais on m'a ri au nez.

Une chambre ! Ha ha ! Faut aller � Toulouse, monsieur !

J'ai fini par en trouver une � Tarbes. Ce qu'il y a de bien avec les bouchons, c'est que tu peux chercher dans les guides (je les ai tous) et t�l�phoner.

� quelle heure pensez-vous arriver ?

Je suis � Tarascon dans un bouchon.

� Tarascon? Vous ne serez pas � Tarbes avant deux heures du matin. Je vais vous donner le code de la porte, la clef sera accroch�e au tableau, la 23. Merde, la 23, c'�tait la chambre de Timoth�e � Sainte-Justine. Anyway, je suis arriv� � une heure et demie du matin.

C'est pas pour me plaindre. Je vous raconte.

Tarbes ? Une petite Ville ouvri�re snob�e par les guides touristiques, en ce moment d�bin�e par la fermeture de ses usines d'armement, 800 employ�s � la rue. Ils protesteront demain sur le parcours du Tour. La derni�re fois que je suis venu � Tarbes, j'�tais avec deux amis, dont un coll�gue du journal qui n'est plus mon ami - all�, Paul - on roulait dans le coin, j'avais cass� mon d�railleur et... et quoi ? Et mon h�tel est juste � c�t� de la boutique o� j'avais fait r�parer le v�lo. Je suis entr�.

On ferme !

Ben fermez, crisse, vous ne la saurez pas, mon histoire.

Tarbes, c'est aussi le Royalty, un p�tissier qui fait glacier, je m'�tais lev� t�t pour aller jogger et je tombe sur cette cr�me br�l�e glac�e, je m'assois en terrasse.

Un petit caf� ?

Non. Une cr�me br�l�e glac�e.

Comme �a ? � l'aube ?

De quoi j'me m�le ?

H�tel de l'Avenue, mon h�tel, pas tr�s loin de la gare. On pense que c'est un caf�, il fait aussi h�tel. Je ne sais pas combien d'�toiles, s�rement aucune, il en m�rite pourtant au moins cinq pour la gentillesse de l'accueil, pour la tenue irr�prochable des chambres, t�l�, t�l�phone, petite table pour poser l'ordi. Un balcon qui donne sur la rouille d�lavee des toits de la ville. Une douche, oui. Non, pas les toilettes, elles sont dans le couloir, mais chez moi aussi hein, les toilettes sont dans le couloir. Vingt-cinq euros. C'est la France convenable, un peu oubli�e de ce qu'il ne convient pas d'appeler le progr�s, mais enfin c'est ainsi que disent les imb�ciles.


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