![]() et le vélo |
|---|
11 juillet 2003
Le Tour de France partira peut-être un jour de Québec. En attendant, hier, il est passé tout près de Montréal, un des six Montréal de France, j'ai fait le détour.
Bonjour madame, comment s'appelle ce village ?
Montréal.
Ben voyons donc. À Montréal, y a un restaurant qui s'appelle chez Schwartz, il y a un oratoire, il y a une rue de L'Esplanade, et dans une maison, sur cette rue de L'Esplanade, deux petites filles, une qui s'appelle Louise et l'autre Adèle. Votre fille à vous, madame, connnent s'appelle-t-elle ?
Sarah. Vous êtes Canadien ? Il en vient des fois. Ils sont gentils. Entrez.
C'est rare que les Français vous fassent entrer dans leur maison. Fallait bien que ce soit à Montréal. Une toute jeune femme qui portait sa fille - la Sarah en question - dans un harnais, sur son ventre. On accède au salon directement de la rue, par une volée de marches en pierres. Un peu connement, j'ai dit, oh là, c'est une vieille maison! Elle a ri.
Du XIIIe siècle monsieur.
Reste-t-il une seule poutre d'origine ?
Toutes les poutres, tous les arches sont d'origine. Les dalles sur lesquelles vous marchez sont du XIIIe siècle. Ainsi que la liseuse, cette chaise sculptée dans la pierre près de la fenêtre, les gens s'asseyaient là pour profiter de la clarté du jour, les maisons n'étaient évidemment pas éclairées. Mais ce qui a survécu surtout, c'est l'âme.
Vous avez acheté cette maison par goût des vieilles choses ?
J'y suis née. On n'est pas des riches touristes. Mon mari travaille au supermarché de la ville voisine, ma mère habite en face, elle élève des moutons... Bébé Sarah, égayée par tant de moyennâgeries, croassait comme un petit crapaud dans le fossé d'un château. Je les ai laissé à leurs minoucheries.
Le village est juché sur une colline, en fait sur un mont, qui devint un mont royal, quand un roi (sans doute un duc de Bourgogne) y fit construire son château et plus tard, une église. De là-haut, on a vue sur la vallée du Serein, sur les moissons qui battent leur plein, plus loin sur les monts du Morvan. Je suis entré dans l'église, me suis assis au pied d'une croix de pierre portant un christ de pierre aussi ; une hirondelle a traversé la nef, a suspendu son vol un instant avant de disparaître dans le cintre d'une voûte où elle a peut-être son nid. Je ne me sens jamais aussi pieux que dans ces vieilles églises, c'est à cause de la fraîcheur je crois, je serais probablement un bien meilleur chrétien si j'avais l'air climatisé.
Voilà c'était Montréal, un village fortifié sur la rive gauche du Serein, 281 habitants, dans le département de l'Yonne. La jeune femme qui m'a reçue s'appelle Stéphanie Ragois, sa maman c'est Yvette, le chien, ah oui y'avait un chien, c'est Obus, la petite je l'ai dit, Sarah, elles habitent au 18 Grande Rue, c'est tout de suite après l'arche par laquelle on entre dans les fortifications.
J'ai rejoint le Tour une quinzaine de kilomètres plus loin, dans une petite ville qui se nomme curieusement Avallon, pas de farce plate, je vous remercie.
Ah oui, j'allais oublier, j'ai vu au moins huit chats, dans ce superbe village, dont un particulièrement sympathique dans le cimetière qui ceint l'église. Il était couché sur la tombe d'un certain Marius Flageole, mort en 1911. Tu le connaissais ? Je peux m'asseoir ?
Je me suis assis.
Il est venu se frotter.
Vive le Luxembourg
Vous connaissez ma fixation sur le Luxembourg, j'ai le bonheur d'être assis dans la salle de presse de Nevers à côté d'un confrère luxembourgeois, M. Petz Lahure, qui revient d'une croisière en Alaska où il n'a pas vu d'ours polaire ni de phoque. Je me suis permis de lui présenter les excuses officielles du Canada. Je sais, je sais, l'Alaska, c'est pas au Canada. Mais c'était une croisière canadienne qui partait de Vancouver.
Quatre journalistes luxembourgeois et un photographe couvrent le Tour, je vous rappelle que le Luxembourg au grand complet compte 72 (soixante-douze) habitants. Aucun coureur luxembourgeois dans le Tour.
Aucun coureur canadien non plus ! m'a rétorqué Petz, sur un ton que je n'ai pas aimé. Holà le grand Duché, on descend de son grand cheval. Quand je regarde le niveau de certaines équipes françaises, une demi-douzaine de coureurs canadiens pourraient trè bien rouler dan le peloton du Tour.
J'exagère beaucoup. Disons deux.
Disons Michael Barry et Rolland Green. Charles Dionne ? Pas encore. Ce garçon a ce qu'il faut pour se retrouver dans le Tour un jour à une condition : que la tête suive les jambes. Pour l'instant, ce n'est pas évident. Il faudrait aussi qu'il quitte cette équipe Saturn où on ne lui fait pas confiance. Il faudrait, à l'exemple des Australiens, dont il a un peu le style rugueux, qu'il s'installe en Europe pour frotter dans les courses plus dures, plus longues, qu'il apprenne à la dure, loin d'un entourage qui le trouve donc bien beau, bien bon, bien fin. Ben oui ben oui, mais arrêtez de lui dire, il est en train de le croire.
La tradition
Quand on revoit toutes les chutes qui ont marqué le début du Tour on se dit que le vélo est en train de redevenir la machine infernale que décrivait, en 1868, ce chroniqueur de L'Illustré : Une demi-douzaine d'hommes apprenaient à faire du vélocipède, leur démarche consistait apparemment soit à se rentrer les uns dans les autres et à tomber dans un amas et de roues, soit à foncer dans le mur. Pour monter sur leur machine ils commençaient par courir le long de celle-ci puis sautaient en selle, ou du moins cherchaient à le faire, mais ne sautaient pas assez haut et tombaient sur le côté dans un épouvantable fracas.
Aujourd'hui
Nevers-Lyon, 230 kilomètres, une grosse bosse à 70 kilomètres de l'arrivée, ce ne sera pas assez pour empêcher les sprinters de gagner celle-là aussi, j'ai bien peur que l'arrivée à Lyon soit une répétition de celles de Nevers. Le Tour radote.
page mise en archives par SVP