et le vélo

23 octobre 2003

Des naïfs et des babouins

Le résultat du test d'urine de la cycliste Geneviève Jeanson est maintenant connu. Je n'étais pas censé le savoir quand j'ai écrit ces lignes hier après-midi, mais puisqu'à deux reprises depuis Hamilton, j'ai présumé que ce test serait assurément négatif, je présume encore : on vient de vous annoncer que le test de Mlle Jeanson était négatif, c'est bien ça ?

Et tant qu'à jouer au devin je peux aussi deviner votre première réaction : « Ouais, elle est négative, mais ça ne veut pas dire qu'elle n'a pas pris de dope. »

Rappelons que Mlle Jeanson a été empêchée de prendre part à la course sur route des championnats du monde qui se déroulaient à Hamilton il y a deux semaines, après avoir échoué un test sanguin. Une mesure strictement sanitaire. Trop de globules rouges dans son sang, un haut taux d'hématocrite qui l'exposait à de graves problèmes de santé. Comme cette augmentation de l'hématocrite chez les athlètes est souvent une indication de prise d'erythropoïétines (EPO), Mlle Jeanson a dû donner un échantillon d'urine qui a été envoyé à Lausanne, dans un labo spécialisé dans la détection de toutes les formes connues d'érythropoïétines. Et on vient de vous l'annoncer : rien dans les urines de Mlle Jeanson. Né-ga-tif.

Vous doutez quand même. Vous avez lu quelque part que l'EPO reste moins longtemps dans les urines que dans le sang. Ainsi un taux d'hématocrite élevé pourrait très bien annoncer une prise d'EPO dont les urines n'auraient gardé aucune trace. Je sais exactement où vous avez lu ça : dans ce journal, sous ma signature. Je vous félicite de vos bonnes lectures.

Une précision avant d'aller plus loin. Quand on dit que l'EPO ne reste que deux ou trois jours, quatre au max, dans les urines, il faut comprendre : dans le système urinaire. Pas dans la petite fiole ! Je le précise parce que j'entends marmotter la foule des soupçonneux : « On devait avoir les résultats la semaine dernière, huit jours de retard et l'EPO disparaît au bout de trois jours, elle peut bien être négative ! » Nono ! S'il y avait eu de l'EPO dans l'urine prélevée, elle y resterait six mois, deux ans, 20 ans même, si la petite fiole est bien bouchée. C'est dans le système que disparaît toute trace de l'EPO deux ou trois jours après la dernière prise.

Reste qu'un test négatif ne prouve pas que Mlle Jeanson n'ait pas pris de dope.

Mais cela ne prouve pas non plus qu'elle en ait pris. Or j'en vois, j'en entends, j'en lis ces jours-ci - je pense à ce petit connard qui chronique sur le site internet de Radio-Canada - qui savent eux, depuis toujours, que Mlle Jeanson est dopée jusqu'aux oreilles. Leur preuve : on n'a rien trouvé dans ses urines. Non seulement elle se dope, mais elle est négative. Elle exagère.

C'est bête à dire, mais un test positif eût réglé la question une fois pour toutes.

Tandis que ce test négatif nous dit seulement qu'il n'y avait pas d'EPO dans ses urines. Rien de plus, rien de moins. Cela ne prouve pas, hélas, qu'elle n'en ait pas pris, comme le prochain communiqué de Rona, le marchand de clous qui la commandite, va s'ingénier à nous le prouver. Cela ne prouve pas non plus qu'elle en prend comme une légion de babouins à pédales le prétendent depuis bien avant cet incident.

Ce test négatif ne nous dit ni qu'elle est dopée ni qu'elle ne l'est pas. ON N'EN SAIT RIEN. Et ceux qui prétendent savoir sont soit des naïfs, soit des babouins.

Les seules personnes qui savent pour sûr ce sont Mlle Jeanson elle-même et son entraîneur, André Aubut. Elles seules pourraient faire la lumière. Je les mets au défi de le faire.

Quand Mlle Jeanson a été empêchée de prendre part à la course, c'est parce que son taux d'hématocrite dépassait la limite de 47 %.

Qu'elle nous dise de combien il dépassait, ce qu'elle a refusé de faire jusqu'à maintenant. À 48 %, 49 %, 50 % on n'en parle plus. On dira que c'est un effet secondaire de la tente hypoxique.

Plus de 53 % - et a fortiori plus de 55 % - il faudra alors trouver une explication. Je ne présume pas d'avance qu'il n'y a pas d'explication, je dis qu'il faudra aller demander à des spécialistes du sang comment on peut atteindre ces sommets-là au niveau de la mer si j'ose dire. L'Arizona où elle s'entraînait avant les championnats, c'est pas l'Himalaya quand même...

Mais, bien sûr, Mlle Jeanson a parfaitement le droit de garder pour elle son taux d'hématocrite. On continuera alors de se disputer entre naïfs et babouins. Oui elle est dopée. Non elle ne l'est pas. Et gnagnagna.

Pour votre information Mlle Jeanson, je suis dans le camp des naïfs, mais je ne sais plus très bien si c'est un reste d'affection pour vous ou par mépris pour des babouins.


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