et le v�lo

18 novembre 2003

Je la crois

Je n'ai jamais pris d'EPO, ni aucune substance interdite, a dit Genevi�ve Jeanson hier. Vous allez rire, mais je la crois. Je suis le seul ? On doit bien �tre deux ou trois... Mais c'est vrai, la grande majorit� de mes confr�res, pas tous des nonos - ils �taient quarante hier � la conf�rence de presse � l'h�tel Delta -, mes confr�res, disais-je, ont un doute. Un gros. En fait, ils �taient surtout d��us. Ils s'attendaient tellement � une confession. Ils souhaitaient tellement qu'elle d�nonce son entourage. Ils sont plut�t tomb�s sur une petite ch�vre cabr�e qui opposait ses cornes aux cam�ras d�s qu'on tentait de la bousculer : je n'ai jamais pris d'EPO.

Je la crois. Je la crois depuis le d�but. Hier, elle a rappel� qu'elle avait �t� mise au courant de toute cette histoire il y a un an, par un journaliste montr�alais. Et si je l'ai mise au courant, c'est pr�cis�ment parce que je n'ai jamais cru qu'elle prenait de l'EPO.

Un soir, c'�tait il y a un an, je suis all� voir ce m�decin Duquette dans son bureau au sous-sol de l'h�tel dont il est propri�taire, rue Saint-Jacques :
Avez-vous prescrit, administr� de l'EPO � Jeanson, docteur Duquette?
Non.
Pourquoi ne pas l'avoir affirm� aussi clairement aux inspecteurs du syndic?

Comme je m'impatientais imp�tueusement de ses impr�cisions, il a tout envoy� promener : bon, si c'est comme �a (si compliqu� que �a, voulait-il dire) je vais plaider coupable, je serai suspendu quatre mois, je m'en fous vous savez, la m�decine c'est pas la fin du monde pour moi. Les bras m'en sont tomb�s. C'est brillant ! Plaider coupable ! Cela va s�rement arranger les affaires de Jeanson... C'est � ce moment que l'ai compris que ce m�decin �tait compl�tement extravagant.

C'est le m�me m�decin extravagant qui, la semaine derni�re, donc un an apr�s la sc�ne que je viens de vous raconter, plaidait effectivement coupable d'avoir prescrit et administr� de l'EPO de mani�re inappropri�e � Jeanson en m�me temps qu'� 11 autres de ses patients, pour se d�dire le lendemain dans une lettre qui rectifiait : � Je n'ai jamais administr� d'EPO � Genevi�ve Jeanson.

Une volte-face qui a beaucoup occup� mes confr�res hier. Ils y ont vu une manoeuvre : le clan Jeanson avait fait ind�ment pression sur le pauvre docteur.

Pour avoir vu le pauvre docteur dans ses oeuvres, je le crois, moi, capable de se reconna�tre coupable et, le lendemain, quand mademoiselle Jeanson l'appelle pour l'engueuler, de r�aliser qu'il a fait une connerie : je vais vous �crire une lettre. Je le reconnais tout � fait dans cette bouffonnerie.

Au tout d�but de cette histoire, il y avait donc ce m�decin impr�visible, fantasque, accus� d'avoir prescrit et administr� de l'EPO de fa�on intempestive � une douzaine... d'athl�tes. C'est ce que je croyais au d�but : des athl�tes. C'est comme �a que la nouvelle est sortie en f�vrier dernier sur les ondes de Radio-Canada. Un docteur dopeur comme on en conna�t en Europe, un docteur Mabuse et son �curie. V�rifiez autour de vous, c'est encore ce que croit l'opinion publique.

Or, on n'est pas du tout devant un m�decin dopeur. Si le docteur Duquette a jamais distribu� de l'EPO, ce n'est pas comme on croit. Un jour cela sortira, mais ce n'est pas ce que l'on croit. En attendant, le bon docteur Duquette est accus� d'avoir mal administr� de l'�PO � des patients qui DEVAIENT EN RECEVOIR de toute fa�on � des fins th�rapeutiques. Des gens dans la cinquantaine qu'on venait d'op�rer. On n'est pas devant un m�decin dopeur. On est devant un mauvais m�decin selon le Coll�ge des m�decins. Un mauvais m�decin qui a mal trait� une douzaine de patients et mal trait� aussi Genevi�ve Jeanson en la soignant pour une an�mie (ce qui ne rel�ve pas de ses comp�tences), en lui administrant de la novoca�ne (un anesth�sique local)... et en lui administrant une dose d'EPO et m�me plusieurs, soutient le Coll�ge des m�decins qui montrera ses preuves en f�vrier.

Je n'ai jamais pris d'EPO, d�mentait Genevi�ve Jeanson, hier.

Je la crois. Je ne l'imagine pas mentir avec cet aplomb. Je ne l'imagine pas mentir en sachant que les preuves du Coll�ge la feront passer pour une folle mythomane en f�vrier.

Mais son taux d'h�matocrite � Hamilton, me direz-vous ?

Je vous ai dit que je la croyais. Affaire de foi ? D'amiti� surtout.


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